Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

épargner dans le Littré

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épargner v. a. (é-par-gné)

  1. 1User d'épargne dans la dépense ; ménager une chose, ne l'employer qu'avec réserve. Nous n'avons guère de provisions, il faut les épargner. Épargnez votre argent.

    • C'est parler mal à propos que de s'étendre sur un repas magnifique devant des gens qui sont réduits à épargner leur pain La Bruyère, V
    • Les huit ou les dix mille hommes sont au souverain comme une monnaie dont il achète une place ou une victoire : s'il fait qu'il lui en coûte moins, s'il épargne les hommes, il ressemble à celui qui marchande et qui connaît mieux qu'un autre le prix de l'argent La Bruyère, X
    • Ne manquez pas de représenter l'erreur grossière de ces femmes qui se savent bon gré d'épargner une bougie, pendant qu'elles se laissent tromper par un intendant sur le gros de toutes leurs affaires Fénelon, Éduc. filles, X
    • Absolument.

      • Quoiqu'elle ait soin de tout, et qu'elle soit chargée de corriger, de refuser, d'épargner (choses qui font haïr presque toutes les femmes), elle s'est rendue aimable à toute la maison Fénelon, Tél. XXII
      • S'épargner une chose, se la refuser par épargne. L'avare s'épargne jusqu'aux choses de première nécessité.

  2. 2Fig. Ne donner qu'avec réserve. Épargner ses pas, ses démarches.

  3. 3Épargner quelque chose à quelqu'un, l'en préserver, l'en garantir.

    • En un sens analogue.

      • Ces deux maximes bien entendues épargneraient bien des préceptes de morale J.-J. Rousseau, dans le Dict. de POITEVIN
    • Aujourd'hui, en cet emploi, on dit souvent éviter ; ce qui est une grosse faute.

  4. 4Traiter avec indulgence. Épargner la vieillesse, l'enfance, la faiblesse.

  5. 5Faire grâce, parler avec ménagement.

    • Être retenu dans les louanges qu'on donne.

      • Elle allait s'étendre sur l'honneur que lui ferait dans l'histoire cette circonstance de son règne ; mais il la pria de l'épargner Marmontel, Contes moraux, Soliman II
    • Épargner quelqu'un, en parler avec modération ; ne pas l'épargner, en parler mal ; n'épargner personne, médire de tout le monde.

      • Car vous ne m'épargnez guère, Vous, vos bergers et vos chiens La Fontaine, Fabl. I, 10
      • Les hommes toujours hardis à juger les autres sans épargner les souverains, car on n'épargne que soi-même dans les jugements Bossuet, Mar. Thér.
      • On ne sait si on a affaire à un chrétien ou à un païen, lorsqu'on entend ainsi déchirer le christianisme, sans l'épargner dans ses plus beaux jours Bossuet, Var. 1er avert. § 18
      • On n'épargne ni le roi ni le cardinal de Richelieu, qu'on accuse de la plus noire ingratitude Mme de Genlis, Mlle de la Fayette, p. 11, dans POUGENS
    • En un autre sens, ne pas épargner, battre.

  6. 6Terme d'arts. Employer avec habileté la matière que l'on travaille.

    • Épargner un gilet sur un coupon de drap, tailler tellement le coupon qu'il reste de quoi faire un gilet.

  7. 7Terme de dessin. Faire servir le blanc du papier ou de l'ivoire aux effets de lumière, sans peinture ni crayon.

    • Terme de peinture. Ne rien coucher sur certaines parties d'un tableau. Il faut mettre une couche sur telle partie, et épargner telle autre. On épargne les figures et les fabriques quand on fait le ciel d'un tableau.

  8. 8Étendre l'épargne sur une pièce de dorure.

  9. 9Terme de menuiserie. Former une seconde figure, en même temps qu'on pousse celle qu'on s'est proposée. Ainsi le menuisier qui pousse un quart de rond, épargne un filet s'il forme en même temps un filet près du quart de rond.

  10. 10S'épargner, v. réfl. Se traiter l'un l'autre avec ménagement. Les combattants ne se sont pas épargnés.

    • Ne pas s'épargner, dire tout ce qu'on sait de soi, bon ou mauvais.

      • J'écris par votre ordre l'histoire de ma vie, et le plaisir que je me fais de vous obéir avec exactitude a fait que je m'épargne si peu moi-même Retz, t. III, liv. IV, p. 237, dans POUGENS
    • Ne pas s'épargner à une chose, y travailler de toutes ses forces.

    • Je ne m'épargnerai pas, je ferai tout ce qu'il faudra.

Étymologie

Wallon, spârgnî ; bourguig. reparmer ; provenç. espargnar ; ital. sparmiare, sparagnare, risparmiare. Origine douteuse. On est attiré par l'allemand sparen, épargner, et par le latin parcere, sans qu'on puisse se rendre compte du mode de dérivation qu'ont suivi les langues romanes.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander