Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

épuiser dans le Littré

1 article· 46 citations· rimes· synonymes· conjugaison

épuiser v. a. (é-pui-zé)

  1. 1Mettre à sec. Épuiser une source, une fontaine.

  2. 2Il se dit aussi du sang et de tout ce qui contribue à entretenir les forces du corps. On l'a épuisé par d'abondantes saignées. Ses débauches ont épuisé ses forces.

    • Absolument.

      • J'étais donc brûlant d'amour sans objet, et c'est peut-être ainsi qu'il épuise le plus J.-J. Rousseau, Conf. v.
      • Familièrement. Cela m'épuise, cela me cause de l'épuisement. Vous m'épuisez, vous m'obsédez par vos instances, par votre bavardage, etc.

      • Il se dit aussi des forces morales et intellectuelles.

        • La nature nous a donné des goûts qu'il est aussi dangereux d'éteindre que d'épuiser BARTHÉLEMY, Anach. ch. 78
        • Cette succession rapide de mouvements vifs et tumultueux épuise et dessèche le cœur, sans l'avoir jamais pu remplir Mme DE GENLIS, Ad. et Théod. t. I, lett. 52, p. 438, dans POUGENS
  3. 3Épuiser une terre, la faire devenir inféconde par suite de cultures mal combinées ou de mauvais assolements.

  4. 4Épuiser une mine, en extraire tout le métal qu'elle contient.

  5. 5Causer l'appauvrissement d'un État, la dépopulation d'un pays, la ruine d'une armée. Les guerres de Louis XIV avaient épuisé la France.

    • Épuiser quelqu'un, le ruiner.

  6. 6Consommer, absorber complétement. La citadelle a épuisé toutes ses munitions. Nous avons épuisé nos dernières ressources.

    • Fig.

      • Cette suite continuelle de méchantes affaires qui nous réduisent à toute heure à lasser les bontés du souverain, et qui ont épuisé auprès de lui le mérite de mes services et le crédit de mes amis Molière, le Fest. IV, 6
      • Bientôt il eut épuisé tout le savoir de son maître, et il fallut qu'il allât herboriser lui-même aux environs du Mans et y chercher des plantes nouvelles Fontenelle, Morin.
    • Épuiser la patience, faire qu'on ne puisse plus supporter.

    • Épuiser sa patience, ne pouvoir plus supporter.

      • Les Crétois avaient épuisé toute leur patience Fénelon, Tél. XII
  7. 7Épuiser le sort, les coups, la vengeance, la colère, etc. avoir éprouvé du sort, du ciel, etc. tout ce qu'il y a de plus funeste.

  8. 8Mettre en usage toutes les ressources de.

    • Il se prépare contre le prince quelque chose de plus formidable qu'à Rocroy ; et, pour éprouver sa vertu, la guerre va épuiser toutes ses inventions et tous ses efforts Bossuet, Louis de Bourbon.
    • On épuise toutes sortes d'artifices pour le tromper Fénelon, Tél. XI
    • Épuise ton esprit et ton adresse pour hâter mon bonheur Lesage, Diable boit. 15
    • Nous [prédicateurs] que l'exercice de notre ministère appelle, s'il est permis d'ainsi dire, dans un monde de morts et de mourants.... il nous semble que nous devons épuiser toute la religion pour arracher au monde ceux qui nous écoutent J. SAURIN, Disc. de saint Paul à Félix et à Drusille
    • Le ciel, industrieux dans sa triste vengeance,Avait à le former épuisé sa puissance Voltaire, Œd. I, 1
  9. 9Épuiser un sujet, n'y omettre aucun détail, le traiter à fond.

    • Crois-tu qu'il ait épuisé dans ses comédies tout le ridicule des hommes ? Molière, Impromptu, I, 3
    • Les longs ouvrages me font peur :Loin d'épuiser une matière,On n'en doit prendre que la fleur La Fontaine, Fabl. VI, Épilogue.
    • Je ne vous en parlerai pas, nous avons épuisé cette matière Mme de Sévigné, 592
    • La curiosité fait toujours agir jusqu'à ce qu'elle ait épuisé l'objet de ses recherches, et aucune question ne peut être épuisée que par le vrai TURGOT, Ébauche du 2e disc. Progrès de l'esprit humain, p. 263
    • Les premiers maîtres du théâtre avaient épuisé les combinaisons des caractères, des intérêts et des passions Marmontel, Élém. littér. Œuvres, t. VII, p. 432, dans POUGENS.
    • On lui reprochait d'épuiser ses sujets et de ne rien laisser à penser au lecteur Marmontel, Mém. X
    • Un homme qu'on ne saurait épuiser, homme d'un grand savoir et qui parle bien et facilement sur toute sorte de sujets.

  10. 10Épuiser une idée, mettre en dehors tout ce qu'elle renferme.

    • Ceux qui ont compris que le terme d'infini est tellement absolu qu'il épuise ou plutôt qu'il renferme la totalité de l'être sans exception, ont voulu éviter cet écueil en employant une distinction scolastique BOULLAINVILLIERS, Réfut. de Spinosa, p. 64
  11. 11Traiter comme par la méthode de l'épuisement (terme de mathématique).

    • À force de tâtonner, de multiplier les systèmes, d'épuiser pour ainsi dire les erreurs, on arrive enfin à la connaissance d'un grand nombre de vérités TURGOT, 2e disc. en Sorbonne.
  12. 12S'épuiser, v. réfl. Se tarir. Cette source s'épuisera bientôt. Les vivres s'épuisent.

    • L'or et l'argent s'épuisent ; mais la vertu, la constance, la force et la pauvreté ne s'épuisent jamais Montesquieu, Rom. ch. 4
    • Sur son lit une lampe fatale Versait en s'épuisant sa lumière inégale Ducis, Othello, v, 2
    • Dieu veuille que ce charme ne s'épuise pas ! Mme de Staël, Corinne, XV, 9
    • Se vendre jusqu'au dernier exemplaire. Une édition qui s'épuise rapidement.

  13. 13Employer tout ce qu'on a de force ou d'habileté.

    • L'architecte ne s'est pas épuisé en la structure de ce palais royal Corneille, Androm. Décor. du 5e acte.
    • Il se hâte et s'épuise en efforts superflus Corneille, Hor. IV, 2
    • Il ne faut pas vous épuiser en lectures Mme de Sévigné, 408
    • Après s'être épuisé en regrets inutiles Hamilton, Gramm. 3
    • S'épuiser en conjectures, faire une multitude de conjectures coup sur coup.

    • Employer tout ce qu'on a.

      • Ceux qui s'épuisent en folles dépenses Fléchier, Aig.
      • Ce peuple s'épuisait en fêtes et en réjouissances pour son retour [la restauration de Charles II] Hamilton, Gramm. 6
      • Son État s'épuise d'argent et d'hommes Fénelon, Tél. XI
      • L'imagination des hommes s'épuise en fictions romanesques Voltaire, Mœurs, 59
      • Il dépensa beaucoup, pendant que ses parents s'épuisaient encore davantage à vivre en grands seigneurs Voltaire, Jeannot et Colin.
      • Il s'épuise à payer leurs plaisirs onéreux Casimir Delavigne, Vêpres sicil. II, 6

Étymologie

É- pour es- préfixe, et puiser ; picard, épucher.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander