épuiser v. a. (é-pui-zé)
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1Mettre à sec. Épuiser une source, une fontaine.
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2Il se dit aussi du sang et de tout ce qui contribue à entretenir les forces du corps. On l'a épuisé par d'abondantes saignées. Ses débauches ont épuisé ses forces.
- De leur père endormi vont épuiser les veines Corneille, Médée, I, 1
Une passion qui épuise votre santé
Massillon, Car. Temps.- Viens épuiser mon flancDu reste infortuné de cet auguste sang Voltaire, Zaïre, v, 10
Et cette émotion dont son âme est remplie A bientôt épuisé les sources de la vie
Voltaire, ib. III, 4
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Absolument.
J'étais donc brûlant d'amour sans objet, et c'est peut-être ainsi qu'il épuise le plus
J.-J. Rousseau, Conf. v.
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Familièrement. Cela m'épuise, cela me cause de l'épuisement. Vous m'épuisez, vous m'obsédez par vos instances, par votre bavardage, etc.
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Il se dit aussi des forces morales et intellectuelles.
La nature nous a donné des goûts qu'il est aussi dangereux d'éteindre que d'épuiser
BARTHÉLEMY, Anach. ch. 78Cette succession rapide de mouvements vifs et tumultueux épuise et dessèche le cœur, sans l'avoir jamais pu remplir
Mme DE GENLIS, Ad. et Théod. t. I, lett. 52, p. 438, dans POUGENS
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3Épuiser une terre, la faire devenir inféconde par suite de cultures mal combinées ou de mauvais assolements.
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4Épuiser une mine, en extraire tout le métal qu'elle contient.
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5Causer l'appauvrissement d'un État, la dépopulation d'un pays, la ruine d'une armée. Les guerres de Louis XIV avaient épuisé la France.
- La victoire l'épuise en le favorisant SAURIN, Spartac. I, 1
- Et Charles cependant, rassemblant des soldats,D'airain, d'or et de sang épuisait ses États Massillon, Helv. v.
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Épuiser quelqu'un, le ruiner.
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6Consommer, absorber complétement. La citadelle a épuisé toutes ses munitions. Nous avons épuisé nos dernières ressources.
- De Claude en même temps épuisant les richesses Racine, Brit. IV, 2
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Fig.
Cette suite continuelle de méchantes affaires qui nous réduisent à toute heure à lasser les bontés du souverain, et qui ont épuisé auprès de lui le mérite de mes services et le crédit de mes amis
Molière, le Fest. IV, 6Bientôt il eut épuisé tout le savoir de son maître, et il fallut qu'il allât herboriser lui-même aux environs du Mans et y chercher des plantes nouvelles
Fontenelle, Morin.
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Épuiser la patience, faire qu'on ne puisse plus supporter.
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Épuiser sa patience, ne pouvoir plus supporter.
Les Crétois avaient épuisé toute leur patience
Fénelon, Tél. XII
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7Épuiser le sort, les coups, la vengeance, la colère, etc. avoir éprouvé du sort, du ciel, etc. tout ce qu'il y a de plus funeste.
- Mais quand ce coup tombé vient d'épuiser le sortJusqu'à n'en pouvoir craindre un plus barbare effort Corneille, Œdipe, v, 9
- Dureront-ils toujours ces ennuis si funestes ?N'épuiseront-ils pas les vengeances célestes ? Racine, Théb. III, 2
- Je conjure les dieux d'épuiser tous les coupsQui pourraient menacer une si belle vie Racine, Bérén. v, 7
- Je suis la plus coupable ; épuise tout sur moi Racine, Baj. I, 4
- Les destins désormaisOnt assouvi leur haine, ont épuisé leurs traits Voltaire, Tancr. V, 5
- Dieux cruels, épuisez sur moi votre colère Voltaire, Triumv. II, 5
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8Mettre en usage toutes les ressources de.
Il se prépare contre le prince quelque chose de plus formidable qu'à Rocroy ; et, pour éprouver sa vertu, la guerre va épuiser toutes ses inventions et tous ses efforts
Bossuet, Louis de Bourbon.On épuise toutes sortes d'artifices pour le tromper
Fénelon, Tél. XIÉpuise ton esprit et ton adresse pour hâter mon bonheur
Lesage, Diable boit. 15Nous [prédicateurs] que l'exercice de notre ministère appelle, s'il est permis d'ainsi dire, dans un monde de morts et de mourants.... il nous semble que nous devons épuiser toute la religion pour arracher au monde ceux qui nous écoutent
J. SAURIN, Disc. de saint Paul à Félix et à Drusille- Le ciel, industrieux dans sa triste vengeance,Avait à le former épuisé sa puissance Voltaire, Œd. I, 1
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9Épuiser un sujet, n'y omettre aucun détail, le traiter à fond.
Crois-tu qu'il ait épuisé dans ses comédies tout le ridicule des hommes ?
Molière, Impromptu, I, 3- Les longs ouvrages me font peur :Loin d'épuiser une matière,On n'en doit prendre que la fleur La Fontaine, Fabl. VI, Épilogue.
Je ne vous en parlerai pas, nous avons épuisé cette matière
Mme de Sévigné, 592La curiosité fait toujours agir jusqu'à ce qu'elle ait épuisé l'objet de ses recherches, et aucune question ne peut être épuisée que par le vrai
TURGOT, Ébauche du 2e disc. Progrès de l'esprit humain, p. 263Les premiers maîtres du théâtre avaient épuisé les combinaisons des caractères, des intérêts et des passions
Marmontel, Élém. littér. Œuvres, t. VII, p. 432, dans POUGENS.On lui reprochait d'épuiser ses sujets et de ne rien laisser à penser au lecteur
Marmontel, Mém. X
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Un homme qu'on ne saurait épuiser, homme d'un grand savoir et qui parle bien et facilement sur toute sorte de sujets.
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10Épuiser une idée, mettre en dehors tout ce qu'elle renferme.
Ceux qui ont compris que le terme d'infini est tellement absolu qu'il épuise ou plutôt qu'il renferme la totalité de l'être sans exception, ont voulu éviter cet écueil en employant une distinction scolastique
BOULLAINVILLIERS, Réfut. de Spinosa, p. 64
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11Traiter comme par la méthode de l'épuisement (terme de mathématique).
À force de tâtonner, de multiplier les systèmes, d'épuiser pour ainsi dire les erreurs, on arrive enfin à la connaissance d'un grand nombre de vérités
TURGOT, 2e disc. en Sorbonne.
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12S'épuiser, v. réfl. Se tarir. Cette source s'épuisera bientôt. Les vivres s'épuisent.
L'or et l'argent s'épuisent ; mais la vertu, la constance, la force et la pauvreté ne s'épuisent jamais
Montesquieu, Rom. ch. 4Sur son lit une lampe fatale Versait en s'épuisant sa lumière inégale
Ducis, Othello, v, 2Dieu veuille que ce charme ne s'épuise pas !
Mme de Staël, Corinne, XV, 9
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Se vendre jusqu'au dernier exemplaire. Une édition qui s'épuise rapidement.
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13Employer tout ce qu'on a de force ou d'habileté.
L'architecte ne s'est pas épuisé en la structure de ce palais royal
Corneille, Androm. Décor. du 5e acte.- Il se hâte et s'épuise en efforts superflus Corneille, Hor. IV, 2
Il ne faut pas vous épuiser en lectures
Mme de Sévigné, 408Après s'être épuisé en regrets inutiles
Hamilton, Gramm. 3
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S'épuiser en conjectures, faire une multitude de conjectures coup sur coup.
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Employer tout ce qu'on a.
Ceux qui s'épuisent en folles dépenses
Fléchier, Aig.Ce peuple s'épuisait en fêtes et en réjouissances pour son retour [la restauration de Charles II]
Hamilton, Gramm. 6Son État s'épuise d'argent et d'hommes
Fénelon, Tél. XIL'imagination des hommes s'épuise en fictions romanesques
Voltaire, Mœurs, 59Il dépensa beaucoup, pendant que ses parents s'épuisaient encore davantage à vivre en grands seigneurs
Voltaire, Jeannot et Colin.- Il s'épuise à payer leurs plaisirs onéreux Casimir Delavigne, Vêpres sicil. II, 6
Étymologie
É- pour es- préfixe, et puiser ; picard, épucher.