Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

étoffe dans le Littré

2 articles· 29 citations· rimes· synonymes

1étoffe s. f. (é-to-f')

  1. 1Nom général des tissus de soie, de laine et d'autres matières dont on fait des habits et des ameublements.

    • Il était fort obligeant, fort officieux ; et, comme il se connaissait fort en étoffes, il en allait choisir de tous côtés, les faisait apporter chez lui et en donnait à ses amis pour de l'argent Molière, Bourg. gent. IV, 5
    • L'étoffe me sembla si belle que j'en ai voulu lever un habit pour moi Molière, ib. II, 8
    • Je tâte votre habit ; l'étoffe en est moelleuse Molière, Tart. III, 3
    • Ils [les Spartiates] ne pouvaient s'imaginer que ce même homme [Alcibiade] eût jamais eu chez lui de cuisinier, qu'il eût porté de fines étoffes de Milet Rollin, Hist. anc. Œuvres, t. III, p. 644, dans POUGENS
    • Fig. Ne pas épargner, ne pas plaindre l'étoffe, employer une plus grande quantité de matière qu'il ne fallait.

    • En un sens contraire, rogner sur l'étoffe.

    • Tailler en pleine étoffe, se donner ses coudées franches, prendre autant qu'on veut, faire ce qu'on veut.

      • Vous taillerez en pleine étoffe ; Vite un congrès.... Béranger, Christophe.
    • Terme de peinture. Se dit des vêtements d'un portrait et de ceux des figures d'un tableau de genre. Draperie se dit pour les tableaux d'histoire.

  2. 2Se dit de toutes les matières qui entrent dans la fabrication des chapeaux.

    • Terme de mégissier. Solution de sel marin et d'alun, dans laquelle on fait chauffer les peaux jusqu'à ce qu'elles en soient bien imprégnées.

  3. 3Morceau d'acier commun dont les couteliers forment les parties non tranchantes de leurs ouvrages.

    • Mélange d'étain et de plomb dont les facteurs d'orgues font des tuyaux.

    • Composition à l'usage des potiers d'étain.

  4. 4Fig. Matière, matériaux, sujet.

    • L'étoffe me manque quelquefois pour remplir mes lettres Mme de Sévigné, 446
    • Ce que vous me mandez est l'étoffe de dix épigrammes Mme de Sévigné, 320
    • Je retouche la première édition [du Dictionnaire], j'y fais des additions qu'il faut enchâsser le mieux qu'on peut et lier avec la vieille étoffe BAYLE, Lett. à Marais, 27 sept. 1700
  5. 5Valeur et qualités des personnes et des choses.

    • Il y a en lui l'étoffe d'un grand écrivain, il est capable de devenir grand écrivain.

    • Absolument. Ce qu'il faut pour atteindre à un certain point.

      • Il y a bien des gens à qui l'étoffe manque Mme de Sévigné, 432
      • La gourmandise est le vice des cœurs qui n'ont point d'étoffe J.-J. Rousseau, Ém. II
      • Il se chargea, s'il me trouvait de l'étoffe, de chercher à me placer J.-J. Rousseau, Conf. III
      • Leurs subtiles pensées marquent des esprits sans étoffe J.-J. Rousseau, Émile, IV
  6. 6Au plur. Terme d'imprimerie. Proprement, le matériel d'une imprimerie, et, par une extension naturelle, l'intérêt que l'imprimeur en doit tirer et qu'il calcule en dehors des prix de composition, de mise en pages et de tirage, etc.

  7. 7Au plur.

    • Dans l'exploitation du bois de flottage, les étoffes, l'ensemble des perches, rouettes, chantiers, etc. nécessaires pour former les trains Mémoires de la Société centrale d'Agriculture, 1873, p. 264

Étymologie

Wallon, sitoff, stof ; bourguig. estofle ; espagn. et portug. estofa ; ital. stoffa, s. f. et stoffo, s. m. ; angl. stuff ; allem. Stoff ; du latin stupa, étoupe (voy. ce mot), changé par la prononciation allemande en stupfa, stuffa, stoff, stuff, et sous cette forme entré dans les langues romanes. Le gaélique stubh paraît être non propre au celtique, mais emprunté à l'anglais stuff.

2étoffé, ée part. passé. (é-to-fé, fée)

  1. 1Garni d'étoffe Chapeau bien étoffé. Lit bien étoffé.

    • Je donnerais donc à madame la baronne un bon grand carrosse bien étoffé Lesage, Turcaret, III, 2
  2. 2Fig. Un homme bien étoffé, bien vêtu. Maison bien étoffée, bien meublée.

    • On n'y voyait point d'ameublements magnifiques ; mais rien n'y sentait l'épargne, et tout y était bien étoffé Lesage, Estev. Gonz. ch. 45
    • Malgré mon petit habit violet.... j'avais l'air si peu étoffé qu'il ne me crut pas difficile à gagner J.-J. Rousseau, Conf. IV
  3. 3Qui a du corps, de l'embonpoint.

    • Une belle demoiselle plus grande que Mme M.... de deux doigts, plus jeune, plus étoffée Voltaire, Lett. en vers et en prose, 176
    • Se dit d'un cheval de forte construction, qui a de l'embonpoint.

      • Les chevaux arabes sont les plus beaux que l'on connaisse en Europe ; ils sont plus grands et plus étoffés que les barbes Buffon, Cheval
  4. 4Qui a des qualités de force et d'ampleur.

    • Pour cette fois le dépit fut mon Apollon, et jamais musique plus étoffée ne sortit de mes mains J.-J. Rousseau, Confess. IX
    • Une belle voix de basse, étoffée et mordante, qui remplissait l'oreille et tonnait au cœur J.-J. Rousseau, ib. V

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander