Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

étouffer dans le Littré

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étouffer v. a. (é-tou-fé)

  1. 1Ôter la respiration en privant de communication avec l'air ou en comprimant.

    • Étouffer les cocons des vers à soie, les mettre dans une étuve ou les exposer à la vapeur d'eau bouillante pour tuer la chrysalide, afin que le papillon qui en proviendrait sans cela ne perce pas le cocon pour en sortir ; les cocons percés ne peuvent plus être filés, parce que, pour les filer, on les met dans l'eau où ils surnagent, tandis que, s'ils étaient percés, ils se rempliraient d'eau et tomberaient au fond.

    • Par exagération. Serrer fortement.

      • Les pleurs recommencèrent, et on pensa étouffer l'enfant à force de le baiser Scarron, Rom. com. I, 13
      • La connaissance la plus légère met un homme en droit d'en étouffer un autre en l'embrassant Montesquieu, Lett. pers. 28
    • Fig. Étouffer quelqu'un, le perdre, le faire périr.

    • Familièrement. Que la peste l'étouffe ! Sorte d'exclamation pour exprimer son mécontentement de quelqu'un.

  2. 2Ôter la communication avec l'air libre et par là empêcher de brûler. Étouffer un incendie. Étouffer du charbon, de la braise.

    • Fig.

      • Il n'eût point vu Créüse, et cet objet nouveau N'eût point de notre hymen étouffé le flambeau Corneille, Médée, I, 5
    • Fig. Étouffer la révolte.

      • Il étouffait les querelles dans leur naissance Fléchier, Duc de Mont.
      • Employez votre autorité à étouffer ces disputes dès leur naissance Fénelon, Tél. XXIII
    • Étouffer une affaire, une querelle, empêcher qu'elle n'éclate, qu'elle n'ait des suites.

  3. 3Priver les plantes de l'air nécessaire à leur végétation. Les mauvaises herbes étouffent le blé.

    • Fig.

      • Le prédicateur, dans Samuel Clarke, a étouffé le philosophe Voltaire, Ph. ignor. 13
    • Terme de jardinage. Étouffer des boutures, les placer sous une cloche en verre pour les soustraire à l'action de l'air, et favoriser le développement des racines.

  4. 4Étouffer des sons, les rendre moins éclatants, les amortir.

    • Ne pas laisser entendre.

    • Étouffer la voix, en empêcher l'émission.

      • La grande joie où je suis étouffe toutes mes paroles Molière, l'Am. méd. III, 6
      • Tant de coups imprévus m'accablent à la fois Qu'ils m'ôtent la parole et m'étouffent la voix Racine, Phèd. IV, 2
      • Le sang qui coule étouffe sa voix Fénelon, Tél. XX
    • Fig.

    • Étouffer se dit aussi de celui qui retient sa voix, ses soupirs, etc.

  5. 5Supprimer, détruire.

  6. 6Terme de marine. Étouffer les voiles, les presser contre le mât, pour les dérober à l'action d'un vent trop violent. On dit aussi étrangler.

  7. 7Terme de cartonnier. Étouffer la colle, la faire tourner en eau pour l'avoir trop remuée.

  8. 8V. n. Avoir la respiration gênée par défaut d'air. Ouvrez la fenêtre, on étouffe ici. Délacez cette femme, elle étouffe.

    • Elle étoufferait plutôt que de laisser échapper un soupir en sa présence J.-J. Rousseau, Ém. v.
    • Sur ces sables muets, cette mer sans courroux S'entr'ouvre, nous dévore, et se ferme sur nous ; Ma sœur, j'étouffe encore Ducis, Abufar, II, 2
    • Familièrement. Étouffer de rire, rire jusqu'à perdre la respiration.

      • Ah ! pour étouffer n'étouffons que de rire Béranger, Gourmands.
    • Étouffer à force de manger, avoir la respiration gênée parce que l'estomac est trop plein.

    • Étouffer de rage, être si en colère qu'on en perd la respiration.

    • Fig.

      • J'étouffais dans l'univers, j'aurais voulu m'élancer dans l'infini J.-J. Rousseau, 3e lett. à M. de Malesherbes
  9. 9S'étouffer, v. réfl. Perdre la respiration.

    • Cette femme s'étouffait de rire Mme de Sévigné, 70
    • Il s'est étouffé de crier après les chiens La Bruyère, VII
    • S'étouffer, se serrer les uns les autres dans une grande foule. On s'est étouffé à ce bal.

      • Il y avait bien des places de vides, tout le monde ayant cru qu'on s'y étoufferait Mme de Maintenon, Lett. à M. d'Aubigné, 5 oct. 1682
    • Se faire périr l'un à l'autre.

      • Que, rappelant leur haine, au lieu de la chasser, Ils s'étouffent, Attale, en voulant s'embrasser Racine, Théb. III, 6
    • Être étouffé, n'être pas entendu. Leurs murmures s'étouffèrent parmi les acclamations générales.

    • Avec suppression du pronom personnel.

      • Si cette méchante doctrine était renfermée dans les livres de deux ou trois casuites inconnus, peut-être qu'il serait utile de la laisser étouffer par l'oubli et par le silence Pascal, 3e et 4e factum pour les curés de Paris, 2e part.
  10. 1S'étouffer, être étouffé, supprimé, ne pas suivre son cours.

    • Enfin le procès s'est étouffé petit à petit GUI PATIN, Lettres, t. II, p. 292

Synonymes

ÉTOUFFER, SUFFOQUER. Étymologiquement étouffer, c'est empêcher l'air d'arriver ; suffoquer, c'est serrer la gorge ; de là la différence entre ces deux verbes. On étouffe quand l'air manque d'une façon quelconque ; on suffoque, quand la gorge est obstruée d'une façon quelconque.

Étymologie

Bourguign. étôffai ; wallon, sitofé, stofé ; de es- préfixe, et un radical touf, qui se trouve dans l'italien tuffo, immersion, l'espagnol tufo, vapeur, le provençal moderne toufe, vapeur étouffante, le lorrain toufe, étouffant. Ce radical est rattaché par Diez au grec τύφος, vapeur (voy. TYPHUS). Scheler conteste cette étymologie, objectant que les autres langues romanes qui auraient le primitif n'auraient pas le dérivé étouffer, et que toufe n'est pas dans le français (ce qui n'est pas complétement exact, puisqu'il est dans le lorrain) ; en conséquence il incline à regarder étouffer comme identique avec étouper, par l'intermédiaire du germanique ; anc. h. allem. stuphan ; allem. stopfen. Ce qui semble parler pour Diez, c'est que le français, le bourguignon et le wallon gardent l'f pour étoufer et le p pour étouper (voy. TOUFFEUR).

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander