Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

étourdir dans le Littré

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étourdir v. a. (é-tour-dir)

  1. 1Causer dans le cerveau un ébranlement qui en trouble et en suspend les fonctions. Une balle morte le frappa à la tête et l'étourdit.

  2. 2Il se dit de ce qui cause une sorte d'ivresse. Le tabac étourdit l'homme. Il but quelques verres de vin qui l'étourdirent.

    • Absolument. L'opium étourdit.

  3. 3Fatiguer par le bruit. Vous nous étourdissez par votre caquet. Ces enfants nous étourdissent.

    • Familièrement. Importuner, fatiguer par du bavardage.

      • Vous nous venez encore étourdir la tête Molière, G. Dand. II, 9
      • Il semble que vous m'étourdissiez par vos discours Mme de Sévigné, 377
    • On dit de même étourdir les oreilles.

      • Il y venait tous les jours des poëtes, qui ne manquaient pas de nous étourdir les oreilles de leurs disputes et de leurs vers Lesage, Estev. Gonz. 37
    • Étourdir quelqu'un de quelque chose, le lui répéter d'une manière fastidieuse.

      • Vous êtes de plaisantes gens avec vos règles dont vous nous étourdissez tous les jours Molière, Critique, 7
      • Les âmes végétatives, sensitives, dont on nous a tant étourdis Voltaire, Phil. v, 308
    • Par extension. Étourdir les bois, les faire retentir de grands bruits.

  4. 4Étourdir une douleur physique, faire qu'elle soit moins sensible. Ce remède ne guérit pas, il ne fait qu'étourdir la douleur.

    • Fig. et familièrement. Étourdir la grosse faim, la calmer en mangeant quelque peu.

    • Étourdir, s'est dit pour étouffer une affaire, empêcher qu'elle n'éclate.

      • L'avis du lieutenant fut d'étourdir la procédure, en obtenant un arrêt qui fît défense de poursuivre l'instruction du procès GUYOT DE PITAVAL, Causes célèbres, I, 227
    • Étourdir une douleur morale, faire que l'esprit en soit moins occupé.

    • Étourdir quelqu'un, l'empêcher par toutes sortes de distractions, de réfléchir.

      • Il faut étourdir Angélique à force de jeux, d'amusements et de petites fêtes, et tâcher, s'il se peut, d'empêcher qu'elle continue de réfléchir à l'engagement que j'exige d'elle Dancourt, Colin-maillard, sc. 4
      • Jamais les cœurs sensibles n'aimèrent les plaisirs bruyants ; vain et stérile bonheur des gens qui ne sentent rien et qui croient qu'étourdir la vie, c'est en jouir J.-J. Rousseau, Ém. v.
  5. 5Causer étonnement, stupeur. Cette nouvelle les a tous étourdis.

  6. 6Étourdir la viande, la cuire à demi.

    • Étourdir l'eau, la chauffer légèrement.

  7. 7S'étourdir, v. réfl. S'occuper follement. Il s'étourdit de chimères.

    • Distraire son esprit de ce qui l'occupe, l'inquiète.

      • Vous devez vous étourdir et détourner le cours de vos pensées Bossuet, Lett. abb. 30
      • Je ne puis plus soutenir ces grandes paroles par lesquelles l'arrogance humaine tâche de s'étourdir elle-même pour ne pas apercevoir son néant Bossuet, Duch. d'Orl.
      • Je tâchais de m'étourdir par l'ébranlement de mes passions Fénelon, Tél. VIII
      • Pressé d'échapper au sentiment intérieur qui l'oppresse, il semble vouloir s'étourdir en s'abandonnant à une joie expansive Ségur, Hist. de Nap. VIII, 10
    • S'étourdir sur quelque chose, y penser le moins possible, s'en distraire.

      • Pour nous étourdir sur le sentiment intérieur Massillon, Myst. Incarn.
      • Pour s'étourdir sur les vérités les plus terribles du salut Massillon, Carême, Samar.
      • Si l'on peut s'étourdir sur son état en y pensant peu J.-J. Rousseau, Hél. IV, 13
    • Chercher à s'étourdir, chercher à étourdir sa douleur, à distraire son chagrin, ses inquiétudes, etc.

      • Mécontent, malheureux, cherchant à m'étourdir Mme de Genlis, Veillées du chât. t. III, p. 396, dans POUGENS
  8. 8S'étourdir, perdre le sentiment, la sensibilité.

    • Quand le mal est aux nerfs, aux jointures, c'est là qu'il nous traite cruellement ; mais ce sont parties qui s'étourdissent bientôt Malherbe, Lexique, éd. L. Lalanne.

Étymologie

Norm. étaudi (Villedieu, étaui) ; provenç. stordit, étourdi, dans du Cange, au mot stordatus ; anc. espagn. estordir ; ital. stordire ; bas-lat. stordatus. Le latin classique fournit stolidus ; mais la forme ne convient pas ; l'allemand fournit stürzen, étonner, confondre ; mais la forme ne convient pas non plus. L'espagnol et le portugais ont aturdir, étourdir, qui indique un radical turd, que Covarruvias rattache à turdus, grive, prise ici pour un type de sottise, comme l'étourneau l'est lui-même ; de sorte que es-tourdir serait le même mot avec un autre préfixe. Diez approuve cette étymologie, qui paraît en effet tout à fait probable. Le bas-latin stordatus indique une conjugaison estourder, qui n'a pas laissé d'autre trace. D'un autre côté, on a mis en avant le kymri twrdd, bruit, tonnerre, qui serait acceptable, si, comme le remarque Diez, une étymologie latine ne devait pas, en qualité de plus prochaine, avoir la préférence. On a dit aussi estormir pour étourdir : XIVe s. Ce doit être une confusion, si la leçon est bonne, avec estormir, combattre.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander