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un seul est le mot juste.

étranger dans le Littré

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1étranger, ère adj. (é-tran-jé, jê-r')

  1. 1Qui est d'une autre nation, qui appartient, qui a rapport aux autres pays. Les coutumes, les mœurs étrangères. Les langues étrangères.

    • Affaires étrangères, relations d'un État avec les gouvernements étrangers. Ministre des affaires étrangères, le ministre chargé de diriger les affaires étrangères.

    • On dit de même le ministère, le département des affaires étrangères.

    • Être étranger dans son pays, ne pas en connaître les usages.

      • Êtes-vous à ce point parmi nous étrangère ? Racine, Athal. II, 4
    • Par extension. Être étranger dans sa famille, ne savoir pas les affaires de sa maison.

    • N'être étranger nulle part, avoir ce qu'il faut pour ne se trouver embarrassé nulle part, pour être bien vu, bien accueilli partout.

    • Terme de peinture. Lumière étrangère, lumière différente de la principale, et ménagée artistement pour le bon effet du tableau.

  2. 2Qui n'appartient pas à.

    • On écarte tout cet attirail qui t'est étranger, pour pénétrer jusqu'à toi qui n'es qu'un fat La Bruyère, II
    • Que d'imitateurs votre rang n'a-t-il pas donnés à vos désordres ! ....que de crimes étrangers sur lesquels on ne s'avise pas même d'entrer en scrupule ! Massillon, Car. Confess.
  3. 3En parlant des personnes, qui n'est pas parent.

  4. 4Qui ne se mêle point d'une chose, qui n'y a point de part, qui n'y prend point de part. Il n'est pas étranger à cette émeute.

    • Absolument.

      • Voyant avec des yeux étrangers ce qui se passe ici-bas Massillon, Av. Disp.
      • Être étranger à une science, à un art, n'en avoir aucune notion.

      • Être étranger à une compagnie, n'en pas faire partie.

      • Être étranger à toute humanité, n'avoir aucun sentiment d'humanité.

  5. 5Qui n'a point de liaison, d'intimité avec.

    • Nous sommes devenus absolument étrangers l'un à l'autre Mme de Genlis, Ad. et Théod. t. III, lett. 7, p. 38, dans POUGENS
  6. 6Qui n'a aucun rapport, aucune conformité avec l'objet dont on parle. Une dissertation étrangère au sujet. Des citations étrangères à la cause.

    • Qui n'est pas naturel ou propre à une personne ou à une chose. Se montrer sous des dehors étrangers.

      • Cette voie est basse, indigne et étrangère Pascal, Pens. I, 3
      • Tout est étranger dans l'humeur, les mœurs et les manières de la plupart des hommes La Bruyère, XI
      • Dans quelques républiques anciennes, où le peuple en corps avait le débat des affaires, il était naturel que la puissance exécutrice les proposât et les débattît avec lui ; sans quoi, il y aurait eu dans les résolutions une confusion étrangère Montesquieu, Espr. XI, 6
  7. 7En parlant des choses, ignoré de. Cette science lui est tout à fait étrangère.

    • Avez-vous quelque notion de physique et d'histoire naturelle ? Rien de tout cela ne m'est étranger Mme de Genlis, Veillées du chât. t. I, p. 515, dans POUGENS
    • Ignoré, en parlant des sentiments. La bienveillance lui est étrangère. La haine lui est étrangère.

    • Absolument.

      • Parler à un homme intéressé de faire des largesses aux pauvres, c'est lui tenir un langage étranger Bourdaloue, Pensées, t. 1, p. 341
  8. 8Qui est inconnu. Les traits de cet homme ne me sont pas étrangers.

  9. 9Terme de chimie. Qui n'est pas de même nature que le corps auquel il est uni, allié. Des métaux purifiés de tout corps étranger.

    • Terme de chirurgie. Corps étranger, toute chose qui se trouve engagée contre nature dans les parties vivantes. Une balle, une esquille sont des corps étrangers qui compliquent souvent les plaies.

  10. 10S. m. Un peuple étranger.

  11. 11Les pays étrangers. Vivre à l'étranger. Les ouvrages français qui s'impriment à l'étranger.

    • Passer à l'étranger, s'expatrier.

    • Ce que nous disons l'étranger, se disait, au XVIIIe siècle, le pays étranger.

      • S'il était possible qu'elle [l'Encyclopédie] s'imprimât dans le pays étranger, en continuant, comme de raison, à se faire à Paris.... D'Alembert, Lett. à Volt. 28 janv. 1757
  12. 12Caractère d'étranger.

    • Quoiqu'avec beaucoup d'étranger dans ses expressions et dans son accent, il [Law] s'exprimait en fort bons termes Saint-Simon, 441, 147
  13. 13Ce qui est étranger, non naturel.

    • Par l'addition de l'étranger et du superflu, vous effacez souvent le propre et l'essentiel Guez de Balzac, Socr. chrét. Disc. 7
  14. 14S. m. et f. Étranger, étrangère, une personne qui n'est pas du pays où elle se trouve.

Synonymes

ÉTRANGE, ÉTRANGER. Ces deux mots ont été primitivement synonymes. Aujourd'hui ils sont distincts, et signifient, l'un ce qui est hors des conditions naturelles, l'autre ce qui est hors de la nation, du pays. Dans le figuré, les significations se rapprochent beaucoup ; cependant elles ne se confondent pas complétement ; voy. ci-dessus le n° 6.

Étymologie

Nivernais, étranzé ; bourguig. étraingé ; provenç. estrangier, estranher ; catal. estranger ; espagn. extrangero ; portug. estrangeiro ; ital. straniere ; du latin fictif extranearius, d'extraneus, (voy. ÉTRANGE).

2étranger v. a. (é-tran-jé. Le g prend un e devant a ou o : nous étrangeons, j'étrangeais)

  1. 1Faire éloigner d'un lieu, désaccoutumer d'y venir, en parlant d'animaux. Étranger le gibier, les loups d'un pays.

  2. 2Fig. et familièrement. Écarter, éloigner, en parlant des personnes.

    • Ils se séparèrent, Monsieur outré, mais n'osant éclater, et le roi très piqué, mais ne voulant pas étranger Monsieur Saint-Simon, 91, 204
    • Courtebonne, au lieu de se laisser étranger et sa femme, sut plaire et en tirer les meilleurs partis Saint-Simon, 145, 113
  3. 3S'étranger, v. réfl. S'éloigner, s'écarter. Le gibier s'est étrangé de cette plaine.

    • Sauf l'usage technique pour la chasse, ce verbe vieillit, et c'est dommage.

Étymologie

Du latin extraneare, d'extraneus (voy. ÉTRANGE), prov. estranhar ; catal. estranyar ; esp. extrañar ; port. estranhar ; ital. stranare, straniare.

Supplément

2. ÉTRANGER. Ajoutez : - REM. J'ai regretté que ce verbe, sauf pour l'usage technique dans la chasse, ait vieilli ; je constate que, même de notre temps, il n'est pas tout à fait hors d'emploi : vous connaissez le mot des couturiers : Madame, cette robe vous étrange. - Dès qu'un vêtement m'étrange, il n'est pas fait pour moi, Mme DE GASPARIN, Voyages, t. IV, à Florence, 2e édit. Paris, 1866. Ce mot signifie ici donner un caractère étranger. Il faut encourager les efforts contre la désuétude des mots dignes d'être conservés. Comment, en effet, remplacerait-on étranger dans cette phrase de Malherbe : Une petite somme étrange celui qui l'emprunte ; une grande le rend ennemi, Lexique, éd. Lalanne.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander