Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

ôté dans le Littré

8 articles· 34 citations· rimes· synonymes

1ôté, ée part. passé (ô-té, tée)

  1. 1Tiré hors de sa place. Les livres ôtés de la bibliothèque et portés dans un grenier.

    • Fig.

      • Ce vilain fond de l'homme [la personnalité] n'est que couvert, il n'est pas ôté Pascal, Pens. XXIV, 81, édit. HAVET.
      • Si Jésus dit ailleurs, comme il fait, qu'il délivrera son peuple de ses péchés.... l'équivoque est ôtée, et le sens double des ennemis réduit au sens simple d'iniquités Pascal, ib. XVI, 16
      • Il voyait une âme ôtée à l'hérésie et rendue à l'Église J.-J. Rousseau, Conf. II
  2. 2Ôté, prép. Hormis, excepté. Ôté deux ou trois chapitres, cet ouvrage est excellent.

    • On fait en ce dernier cas ôté indéclinable ; cependant cette règle n'était pas observée autrefois.

      • Je ne vous parlerai ici que de la conséquence que j'en tire [de la mort de Pascal le père], qui est, qu'ôtés ceux qui sont intéressés par les sentiments de la nature, il n'y a point de chrétien qui ne s'en doive réjouir Pascal, Lett. sur la mort de son père.

2bigot, ote adj. (bi-go, go-t' ; le t se lie : un bigot insensé, dites : un bi-go-t insensé ; au pluriel l's se lie : des bigots insensés, dites : des bi-go-zinsensés ; bigots rime avec repos, dos, faux, travaux, etc.)

  1. 1Qui est livré à une dévotion étroite et superstitieuse.

    • La différence est totale entre une armée fanatique et une armée bigote Montesquieu, Rom. 22
  2. 2Substantivement. Un bigot, une bigote.

Étymologie

Bas lat. bigoti. Une vieille chronique latine (DUCHESNE, III, 360) dit que Rollon, sommé de baiser le pied du roi Charles, s'écria : Ne se bi god, jamais par Dieu, et que le sobriquet de bigot vint de là aux Normands : by, par, et god, Dieu. On peut soupçonner que l'anecdote (ce qui arrive souvent) a été imaginée pour expliquer le mot. Remarquez (et cela s'oppose à l'étymologie) que le mot est commun aux langues romanes : espagn. ligote, moustache (dans le Dictionnaire de l'Académie de 1696 : bigotelle ou bigotere, pièce d'étoffe ou de cuir dont on se sert pour tenir la moustache relevée), hombre de bigote, homme d'un caractère ferme ; ital. s-bigottire, effrayer, ôter le courage. Fr. Michel a proposé visigothus, visigoth. Cette étymologie n'est pas sans probabilité ; car elle permet, dans bigot, à la fois un terme de mépris et un terme d'éloge ; ayant pu, selon le point de vue, exprimer ou un homme méchant ou un homme brave et courageux ; d'où l'italien s-bigottire ; et le changement du v en b, toujours difficile en français, a pu se faire dans les autres langues romanes, qui le comportent davantage. Le sens moderne de bigot ne commence, d'après l'historique, qu'au XVe siècle.

Supplément

1. BIGOT. - ÉTYM. Ajoutez : Ce mot est d'origine assez douteuse pour qu'on en rapproche tout ce qui paraît y tenir. M. Ch. Nisard, Parisianismes, Paris, 1876, p. 22, rapporte le verbe bigotter au sens d'impatienter ou de s'impatienter : là bigotte tout ton soûl. Bigotter pourrait avoir des relations avec l'espagnol hombre de bigote, homme ferme, et bigote, moustache.

3cagot, ote s. m. et f. (ka-go, ka-go-t' ; le t ne se lie pas dans la conversation ; au pluriel l's se lie : des ka-go-z insolents ; cagots au pluriel rime avec dos, maux, faux, etc.)

  1. 1Celui, celle qui a une dévotion suspecte et déplaisante. Un cagot. Une cagote.

    • Adjectivement. Un ton cagot. Une mine cagote.

  2. 2Peuplade des Pyrénées affectée d'une sorte de crétinisme.

Synonymes

CAGOT, BIGOT. Le bigot est le dévot dont l'esprit est étroit, petit, attaché aux minuties ; c'est un terme de dédain, mais qui n'implique aucun autre blâme. Cagot au contraire est un terme tout à fait injurieux, exprimant une dévotion suspecte à double titre, soit parce qu'on la trouve agressive et offensante, soit parce qu'on ne la croit pas sincère.

Étymologie

Provenç. cagot ; bas-lat. cagoti. Des Goths et des Arabes s'étant réfugiés, sous les derniers Mérovingiens, au pied des Pyrénées, reçurent des habitants le nom injurieux de cagots, c'est-à-dire canes gothi, chiens de Goths (voy. MICHEL, Hist. des races maudites, I, p. 284). On donne encore aujourd'hui ce nom à une race ou caste desquelles les autres habitants se tiennent séparés. Cette dénomination injurieuse attribuée à des gens dont la foi était suspecte aura pu passer facilement au sens actuel de cagot. On a indiqué une autre étymologie : cap, tête, en provençal, et l'allemand Gott, dieu : par la tête de Dieu, affirmation par laquelle on pourrait avoir dénommé les hypocrites. Mais cette étymologie, pour laquelle on n'a point d'intermédiaire, a contre elle l'ancienne forme cagotus qui ne s'y rapporte pas.

Supplément

CAGOT. Ajoutez : - REM. Scarron, Virg. IV, a dit cagous en parlant des cagots des Pyrénées : Sales magasins de vermine, Enfin véritables cagous.

4falot, ote adj. (fa-lo, lo-t')

  1. Plaisant, drôle, grotesque. Conte falot. Aventure falote.

    • Substantivement. Il fait le falot.

Étymologie

Ital. falotico, capricieux. Origine fort incertaine. Il est possible que cet adjectif soit le même que falot 1, l'individu gai, un peu fou, capricieux, ayant été comparé à quelque chose qui vacille comme la lumière d'un falot, d'une lanterne portée à la main. L'espagn. faroson, homme effronté, farota, femme dévergondée, appartient-il à falot, à falotico ?

Supplément

2. FALOT, OTTE., - ÉTYM. Ajoutez : On peut mettre aussi en regard le bas-breton fal, fou, falgoet, bois du fou.

5finot, ote adj. (fi-no, no-t')

  1. Synonyme inusité de finaud.

6idiot, ote adj. (i-di-o, o-t')

  1. 1Dépourvu d'intelligence.

    • Ils rejetèrent cette friponnerie sur Ésope, ne croyant pas qu'il se pût jamais justifier, tant il était bègue et paraissait idiot ! La Fontaine, Vie d'Ésope.
    • Ce n'est point du tout pour faire une mauvaise plaisanterie qu'on a remarqué qu'idiot signifiait autrefois isolé, retiré du monde, et ne signifie aujourd'hui que sot Voltaire, Quelq. niais, ch. XX
    • Se dit aussi en parlant des choses.

      • Les lois des Wisigoths sont puériles, gauches, idiotes Montesquieu, Espr. XXVIII, 1
      • Quand je dirai que parmi les chrétiens il y a eu plus de cent mille victimes de cette jurisprudence idiote et barbare [les procès faits aux prétendus sorciers], et que la plupart étaient des femmes et des filles innocentes, je ne dirai pas encore assez Voltaire, Polit. et législat. Avis au public, Exemples de fanatisme.
      • Le dévouement doit toujours être un peu idiot ; cela plaît bien plus à un maître que ces gens qui tranchent du capable Paul-Louis Courier, Livret I, n° 3
  2. 2Substantivement. Celui, celle qui manque d'intelligence.

    • En médecine, celui qui est affecté d'idiotie.

    • S. m. pl. Nom que l'on donnait aux frères convers qui ne savaient pas lire.

Étymologie

Lat. idiota, ignorant, sans instruction, dérivé de ἰδιώτης, qui, signifiant particulier, par opposition à magistrat, a fini par signifier homme du peuple, homme ignorant, et vient de ἴδιος, particulier.

7nabot, ote s. m. et f. (na-bo, bo-t')

  1. 1Terme de mépris et familier. Personne d'une très petite taille.

  2. 2S. m. Hotte.

    • Encore saigne la plaie et le trou que M. de la Meilleraye dans les troubles de la Fronde fit au nabot d'un crocheteur Retz, Mém. t. IV, livre V, p. 282, dans LACURNE
    • Inusité aujourd'hui en ce sens.

Synonymes

NABOT, RAGOT. Le nabot est beaucoup trop petit. Le ragot, s'il n'est pas plus petit ou plus court, est au moins plus vilain, plus difforme, plus ridicule ; c'est ce que Scarron a fort bien observé dans le portrait de son Ragotin.

Étymologie

Génev. naimbot, naimbote. Ménage a indiqué navot, gros navet, par assimilation ; mais navot, au sens de navet, est seulement normand. Diez propose le scandinave nabbi, grosseur, bosse. On remarquera le sens de hotte qu'a eu le mot.

8ragot, ote adj. (ra-go, go-t')

  1. Court et gros. Un cheval ragot.

    • Après ce que je viens de vous dire, vous n'aurez pas de peine à croire qu'elle était très succulente, comme sont toutes les femmes ragotes Scarron, Rom. com. II, 8
    • Qu'une fille soit grande ou qu'elle soit ragote BUSSY, Lett. t. I, p. 84, dans POUGENS
    • Substantivement.

      • Celui auprès de qui j'étais était un petit ragot grassouillet et rond comme une boule Hamilton, Gramm. 3
      • La duchesse de Boukingham était une petite ragote Hamilton, ib. 11
      • Terme de manége. Un ragot, cheval qui a la taille ramassée, la croupe large et les jambes courtes.

      • Terme de vénerie. Un ragot, sanglier qui a quitté les compagnies et qui n'a pas encore trois ans.

Étymologie

La série des sens paraît être : sanglier de deux à trois ans, jeune pourceau ; de là homme court et gros. Par conséquent ragot tient sans doute au wallon roguin, jeune cochon, et même au Berry raguin, agneau de l'année. Du reste l'étymologie est inconnue.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander