Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

abîmer dans le Littré

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abîmer v. a. (a-bi-mé)

  1. 1Précipiter dans un abîme. Jehova abîma Sodome. Un tremblement de terre abîme parfois une maison.

  2. 2Fig. Abîmer dans la douleur, dans les dettes. Cette nouvelle l'abîma en de graves réflexions.

  3. 3Ruiner, endommager, gâter, tacher. Les procès ont abîmé sa fortune. L'ouragan abîme les blés. Les pluies abîment les chemins. Son chapeau est tombé dans la boue ; il est tout abîmé. Le soleil abîme certaines étoffes.

  4. 4Dans une discussion. Abîmer son adversaire, ne lui laisser rien de bon à répondre.

    • On voit en tous ces endroits comme il les abîme [ces théologiens] Bossuet, Avertiss. VI
    • S'ABÎMER, v. réfl.

  5. 5Tomber dans un abîme. Le vaisseau s'abîma dans la mer. Une grande partie s'abîma dans le fleuve. L'infanterie s'abîma dans un marais. Troie s'abîma dans les flammes.

  6. 6Fig. Tout s'abîme dans l'oubli. S'abîmer dans l'étude. Il s'abîme dans de tristes pensées. S'abîmer dans le désespoir.

    • Toi donc qui vois les maux où ma muse s'abîme Boileau, Sat. II
    • Et dans les doux torrents d'une allégresse entièreTu verras s'abîmer tes maux les plus amers Corneille, T. d'or, Prol.
    • Que les tristes pensers où votre âme s'abîme, Ne vous empêchent pas de prévenir son crime MAIR., Sol. II, 8
    • Ces tristesses profondes où vous vous abîmez Bourdaloue, Pensées, t. III, p. 65
    • Occupé de tout cela, rempli d'admiration à la vue de tout cela, on voudrait de quelque manière s'abîmer et s'anéantir Bourdaloue, ib. p. 386
    • Boufflers s'abîma en respects, et répondit [au roi] que de si grandes marques de satisfaction le récompensaient au-dessus de ce qu'il pouvait mériter Saint-Simon, 214, 144
    • Je m'abîme dans ces pensées Mme de Sévigné, 12, 6
    • Château, chapelle, donjon, tout s'en va, tout s'abîme Paul-Louis Courier, 1, 176
  7. 7Être gâté ou endommagé. Certaines étoffes s'abîment au soleil.

    • ABÎMER, v. n. Tomber dans un gouffre, se perdre. Sodome abîma en une nuit. Toute sa fortune abîmera quelque jour. Sa maison a abîmé dans le tremblement de terre.

      • Il semblait que le monde dût abîmer PERROT D'ABLANCOURT, dans FERAUD
      • Jurant à faire abîmer la ville de Valence SCAR., Rom. com. II, 14
      • Peu usité en cet emploi.

  8. 4En général, maltraiter.

    • Saint Augustin et les deux lettres auxquelles on nous renvoie y sont abîmés BAYLE, La France toute catholique, à la fin

Remarque

Ce mot offre une idée de profondeur. Pourquoi, dit Voltaire dans ses remarques sur Corneille, dit-on abîmé dans la douleur, dans la tristesse ? C'est que l'on peut y ajouter l'épithète de profonde. Des grammairiens ont reproché à l'Académie d'avoir admis abîmer avec le sens de gâter : un habit abîmé. L'Académie n'a fait en cela que constater un usage, peu élégant sans doute, mais qui est très réel. En tout cas, cet usage n'a point amoindri le mot abîmer, qui garde dans sa plénitude sa grande signification.

Étymologie

Abîme ; Berry, abisser ; provenç. abissar ; anc. catal. abisar ; espagn. abismar ; ital. abissare. Le patois du Berry, ainsi que d'autres, ont suivi abyssus et non abyssimus.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander