Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

abus dans le Littré

1 article· 28 citations· rimes· synonymes

abus s. m. (a-bu)

  1. 1Usage mauvais qu'on fait de quelque chose. Abus de la force. La Grèce a dû sa ruine à l'abus de la liberté. Tout commence par la nécessité et finit par l'abus. Ils font abus de nourriture.

    • De quoi les hommes savent-ils user sans abus ? Comme il y a dans les conditions élevées plus de faux désirs, plus d'abus de son âme que dans les états inférieurs, les grands sont sans doute de tous les hommes les moins heureux Buffon, Nature des anim.
    • Qu'est-ce de communier indignement ? quel abus du saint même des saints ! Bourdaloue, Pensées, t. III, p. 314
    • Laisser impunie une profanation est un abus si énorme Bourdaloue, ib. p. 362
    • Un superflu qui me deviendrait pernicieux et nuisible par l'abus que j'en ferais Bourdaloue, ib. t. II, p. 77
    • Je sais que dans l'amitié dont je parle il y a divers degrés d'abus et de désordres Bourdaloue, ib. p. 259
    • Les ministères publics sont des assujettissements perpétuels et très réels, à moins qu'on ne veuille, par un abus énorme, en négliger toutes les fonctions et en abandonner tous les devoirs Bourdaloue, ib. p. 486
    • Le peu qu'on en cite est un abus du texte Bossuet, Avert.
    • Voilà le plus grand abus qu'on ait jamais fait de l'Évangile Bossuet, IV, écrit, 30
    • Mais qui peut arrêter l'abus de la victoire ? Voltaire, Alz. I, 1
    • Ne prends point pour vertu l'abus de la victoire SAURIN, Spartacus, V, 5
  2. 2Coutume, usage mauvais qui s'introduit. Telle est la force des abus. Un abus qui s'introduit depuis quelque temps. On a retranché ces abus. Cet abus subsiste, comme tant d'autres, par la raison qu'il est établi.

  3. 3APPEL COMME D'ABUS, appel interjeté d'une sentence rendue par un juge ou supérieur ecclésiastique, qu'on prétend avoir excédé ses pouvoirs ou contrevenu aux lois.

    • C'est une assez faible consolation que celle des appels comme d'abus Pascal, Pensées, Pape, 7
    • Le bruit se répandit que le procureur général appellerait comme d'abus de tout ce que le pape pourrait faire au préjudice des libertés de l'Église gallicane Saint-Simon, 502, 82
    • Ce qu'il y eut de plus intéressant, ce fut l'appel comme d'abus que le parlement introduisit Voltaire, Mœurs, 75
  4. 4En jurisprudence, abus de pouvoir se dit quand un fonctionnaire outre-passe le pouvoir qui lui est confié et fait des actes qui ne lui sont pas permis.

  5. 5Abus de confiance, délit dont on se rend coupable en abusant de la confiance qui avait été accordée.

  6. 6En termes de grammaire, abus des mots, sens détourné et forcé qu'on leur donne.

  7. 7Erreur. C'est un abus de croire.

    • Lourd et grossier abus ! croyance ridicule ! Rotrou, Bélis. V, 8
    • Qu'un si charmant abus serait à préférer A l'âpre vérité qui vient de m'éclairer ! Corneille, Hér. III, 1
    • Et semant de nos noms un insensible abus Corneille, Hér. IV, 4
    • Mais il faut renoncer à des abus si doux Corneille, Pulch. II, 1
    • Dans les moments où Dieu vous a affligé, vous vous êtes adressé à lui ; vous avez ouvert les yeux sur l'abus de ce monde misérable Massillon, Carème
    • Prospérités temp. Que sais-je si, au premier jour, votre fin soudaine et surprenante ne fournira pas à ceux qui m'écoutent de grandes mais d'inutiles réflexions sur l'abus du monde et de ses espérances Massillon, ib. Impénitence finale
    • Travailler serait un abus : J'ai cinquante écus BÉR., Cinquante écus.
  8. 8Proverbe. Le monde n'est qu'abus et vanité.

Étymologie

Provenç. abus ; espagn. et ital. abuso ; de abusus, de ab, indiquant perversion, et usus, usage (voy. US).

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander