aimer v. a. (è-mé)
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1Avoir un sentiment d'affection, de tendresse pour. Aimer son père, ses enfants. Il aime sa patrie avec sincérité. Aimer Dieu.
Je me fis aimer de tous les bergers
Fénelon, Tél. IICet homme si fidèle aux particuliers, si redoutable à l'État, d'un caractère si haut qu'on ne pouvait ni l'estimer, ni le craindre, ni l'aimer, ni le haïr à demi....
Bossuet, Le Tellier.Qu'un père vous ait aimé, je ne m'en étonne pas ; c'est un sentiment que la nature inspire ; mais qu'un père si éclairé....
Bossuet, L. de Bourbon.Celui qui se persécute soi-même doit avoir un quelque chose qu'il aime plus que soi-même
Bossuet, Profession de la Vallière.Mais la nature est là qui t'invite et qui t'aime ; Plonge-toi dans son sein qu'elle t'ouvre toujours : Quand tout change pour toi, la nature est la même, Et le même soleil se lève sur tes jours
Lamartine, Médit. I, 6- C'est peu de croire en toi, bonté, beauté suprême ;Je te cherche partout, j'aspire à toi, je t'aime ! Lamartine, ib. I, 16
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2Absolument.
Ô âme, vous connaissez et vous aimez ; c'est là ce que vous avez de plus essentiel, et c'est par là que vous ressemblez à votre auteur, qui n'est que connaissance et qu'amour
Bossuet, Profession de la Vallière.
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3Éprouver la passion de l'amour. Il aime cette femme. Cette jeune fille a épousé l'homme qu'elle aimait.
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4Dans le même sens, absolument. Il aima longtemps sans espoir.
- Et même en n'aimant plus il est doux d'être aimé Corneille, Pulch. IV, 2
- Il n'est plus temps d'aimer alors qu'il faut mourir Corneille, Héracl. I, 4
- Quoique Scythe et barbare, elle a pourtant aimé Racine, Phèd. III, 1
- Qu'un autre vous réponde, ô sages de la terre !Laissez-moi mon erreur : j'aime, il faut que j'espère Lamartine, Médit. I, 5
Aimons donc, aimons donc ! De l'heure fugitive, Hâtons-nous, jouissons ! L'homme n'a point de port, le temps n'a point de rive ; Il coule et nous passons !
Lamartine, Médit. I, 13- J'ai quelquefois aimé : je n'aurais pas alorsContre le Louvre et ses trésors.... La Fontaine, Fab. IX, 2
- Ah ! si mon cœur osait encor se renflammer !Ne sentirai-je plus de charme qui m'arrête ?Ai-je passé le temps d'aimer ? La Fontaine, ib.
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5Aimer quelqu'un de, l'aimer à cause de. Je vous aime d'avoir ainsi pris sa défense.
Au moins sais-je bien que vous les devez aimer [les fleurs] de cela, qu'il n'y en a pas une qui n'accompagne sa beauté de quelque vertu
Voiture, Lettr. 73Je l'aimerai toute ma vie du courage qu'il a eu de vous aller trouver
Mme de Sévigné, dans LAVEAUX
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6Avoir du goût pour, se plaire à. Il aime les animaux. Il aime les tableaux. Il aime le théâtre, la musique, les chevaux. Il aime les fruits, le lait, les huîtres. J'aime la musique de ce compositeur. J'aime la manière de ce peintre. Cet homme est méchant, il aime les procès, les querelles.
Mais, dites-vous, comment estimerons-nous et comment aimerons-nous ce qui nous rabaisse dans l'opinion des hommes ?
Bourdaloue, Exhort. t. I, p. 511Et que signifient ces expressions, si nouvelles peut-être pour vous, estimer les injures, aimer les injures, se réjouir dans les injures ?
Bourdaloue, ib. p. 512- Aime, aime cette mort qui fait notre bonheur Corneille, Hor. IV, 5
- Je n'aime mon bonheur que pour le mériter Corneille, Poly. II, 1
Qui aime son péril, aime sa mort
Bossuet, Intég. 3- Qui que tu sois, Byron, bon ou fatal génie,J'aime de tes concerts la sauvage harmonie,Comme j'aime le bruit de la foudre et des vents Lamartine, Médit. I, 2
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7En parlant des choses. La violette aime l'ombre. Le saule aime l'humidité. La vertu aime les sacrifices. Le vice aime les ténèbres.
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8Aimer à, suivi d'un infinitif, avoir du plaisir à.
On aime à voir dans les disputes le combat des opinions ; mais de contempler la vérité trouvée, point du tout
Pascal, Pensées, part. I, art. 3L'homme n'aime point à s'occuper de son néant et de sa bassesse
Massillon, dans GIRAULTDUVIVIER- J'aime à voir comme vous l'instruisez Racine, Athal. II, 7
- J'aime à voir que du moins vous vous rendiez justice Racine, Andr. IV, 5
- On n'aime point à voir ceux à qui l'on doit tant Corneille, Nicom. II, 1
Puisqu'il aime à périr, je consens qu'il périsse
Corneille, Poly. V, 3Tout favorise une jeune personne, jusqu'à l'opinion des hommes, qui aiment à lui accorder tous les avantages qui peuvent la rendre plus souhaitable
La Bruyère, 3Il y a des lieux que l'on admire ; il y en a d'autres qui touchent et où l'on aimerait à vivre
La Bruyère, 4Ah ! c'est là qu'entouré d'un rempart de verdure, D'un horizon borné qui suffit à mes yeux, J'aime à fixer mes pas, et, seul dans la nature, à n'entendre que l'onde, à ne voir que les cieux
Lamartine, Médit. I, 6
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9Aimer de, même sens.
Monseigneur aimait les peuples, et il aimait d'en être aimé
Massillon, Dauph.Cette passion [l'amour] fait qu'on aime de s'unir à ces choses et de les avoir en sa puissance
Bossuet, Conn. I, 6- Pourquoi pour la justice ai-je aimé de souffrir ? Lamartine, Socrate, 347
Aimer d'être estimé pour soi-même
Fléchier, Serm. I, 337Nous le conjurons [Dieu] de nous délivrer de la tentation, et nous aimons d'y succomber
Massillon, Car. Prière.Une religion qui n'aimerait pas d'être approfondie et qui craindrait l'examen serait suspecte
Massillon, Carême, Vérité relig.Elle aime la conversation et surtout de plaire au roi
Mme de Sévigné, 414
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10Aimer que, suivi du subj. Savoir gré, être content. J'aime qu'on soit sincère avec moi.
- Aimez qu'on vous conseille et non pas qu'on vous loue Boileau, Art poét. I,
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11Aimer mieux, préférer.
- Quoiqu'à peine à mes maux je puisse résister,J'aime mieux les souffrir que de les mériter Corneille, Hor. I, 3
- Et si tu n'aimes mieux que l'un ou l'autre meure Corneille, Héracl. V, 5
- Et j'ai bien mieux aimé me voir aux mains d'un autreQue ne pas mériter un cœur comme le vôtre Molière, Éc. des mar. III, 10
Il y a telle femme qui aime mieux son argent que ses amis, et ses amants que son argent
La Bruyère, 3L'électeur de Cologne aimait mieux se promener que le séjour de nos villes de France
Saint-Simon, 165, 179Il aimera mieux s'attirer le mépris que contrister l'objet de sa passion
Massillon, J. Bapt.On aime mieux se rendre nécessaire à l'assemblée des méchants que d'être inutile au parti des gens de bien
Massillon, Villeroy.
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Il ne faut pas confondre aimer mieux, qui signifie simplement préférer, avec aimer mieux pris absolument, qui peut signifier aimer davantage.
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S'AIMER, v. réfl.
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12Aimer soi. Cet homme s'aime trop pour aimer les autres. Il s'aime beaucoup, l a beaucoup d'amour-propre, il est uniquement préoccupé de sa personne.
Dieu se connaît soi-même, il s'aime soi-même, et c'est là sa vie
Bossuet, Profession de la Vallière.
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13S'aimer dans un lieu, s'y plaire.
- Pourquoi me chasses-tu ? Pourquoi fuis-tu mes pas ? -Tu me plais loin de moi. - Je m'aime où tu n'es pas Molière, Mélic. I, 1
Il s'aime mieux dans un tronc d'arbre ou dans une grotte que dans un palais ou sur un trône
Pascal, Prov. 9C'est là-dessus que roule le siècle ; on le sent, on s'en plaint et on s'y aime
Massillon, Myst. Visit.
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14En parlant des oiseaux et des plantes. Les pigeons s'aiment où il y a de l'eau. Les oliviers s'aiment dans les lieux sablonneux.
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15S'aimer l'un l'autre. Ils s'aiment comme frères.
Les hommes sont cause que les femmes ne s'aiment point
La Bruyère, 3Ceux qui s'aiment d'abord avec la plus violente passion, contribuent bientôt, chacun de leur part, à s'aimer moins, et ensuite à ne s'aimer plus
La Bruyère, 4
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8Ajoutez : Aimer à, en parlant d'êtres irraisonnables ou inanimés. Le café aime à être bu chaud.
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12S. m. L'aimer, l'action d'aimer.
- Et toute notre vie était un seul aimer Lamartine, Harm. IV, 11
Remarque
1. Des grammairiens ont prétendu que avec aimer suivi d'un infinitif, s'il s'agit non d'une action à faire, mais d'une impression reçue ou d'un état, on peut supprimer la préposition à, par exemple : Il aime entendre une bonne musique. L'usage est contre un pareil emploi. Tout ce qu'on peut accorder, c'est que la poésie use de cette licence, qui, n'ayant rien de contraire à la grammaire, ne serait qu'un archaïsme. 2. On remarquera que aimer mieux, suivi d'un infinitif, ne prend ni à, ni de : Saint Louis aimait mieux mourir que pécher. 3. Faut-il dire : Il aime mieux faire cela que de faire autre chose ; ou bien : il aime mieux faire cela que faire autre chose ? L'usage des auteurs montre qu'on peut à volonté mettre ou omettre ce de. La seule remarque à faire, c'est qu'il vaut mieux le mettre quand la première alternative est une longue proposition, et le supprimer quand elle est courte. On dira plutôt : J'aime mieux mourir que pécher, qu'on ne dirait : J'aime mieux mourir que de pécher. 4. Aimer mieux, présente quelquefois une construction difficile. Par exemple : J'aime mieux que vous alliez à Paris que que vous perdiez votre temps chez vous. Ces deux que sont lourds. Pour les éviter, on en a parfois supprimé un : Ce moyen est mauvais ; les deux que sont nécessaires. On a eu recours à non pas intercalé entre les deux verbes. Cette tournure est bonne ; seulement elle a un peu vieilli : on pourrait la remettre en honneur ; car elle s'applique à tous les cas. En certaines circonstances, on substitue au second subjonctif un infinitif précédé de de : Il vaut mieux que vous soyez heureux que de briller à la cour. Enfin, et c'est aujourd'hui le procédé général de remédier à cette difficulté, on substitue au second que la conjonction si : J'aime mieux que vous alliez à Paris que si vous perdiez votre temps chez vous. Voy. JULLIEN, Gramm. p. 274. 5. Aimer de suivi d'un infinitif est devenu un archaïsme ; mais, soutenu par d'excellents auteurs et n'ayant rien d'incorrect, la poésie et le haut style ont toujours licence de s'en servir.
Synonymes
1° AIMER, CHÉRIR. Aimer a un sens plus étendu que chérir. Quand il s'agit de la passion de l'amour, aimer dit tout ce qui peut être dit ; chérir n'ajouterait rien, et même affaiblirait le sens, car ici il serait moins précis. Maîtresse chérie n'exprime pas plus que maîtresse aimée ; et femme chérie est moins précis que femme aimée ; car dans femme aimée il s'agit de l'amour entre les deux sexes, et femme chérie peut s'appliquer à nos mères, à nos sœurs. Mais aimer ayant des acceptions étendues et comportant tous les degrés du sentiment qui nous incline vers son objet, chérir en marque le plus haut degré. 2° AIMER MIEUX, AIMER PLUS., Il y a un cas ou ces deux locutions se confondent : c'est quand aimer mieux répond à aimer bien ; alors aimer mieux est tout à fait synonyme de aimer plus. Je vous aimais bien déjà, mais depuis que vous vous êtes ainsi comporté, je vous aime mieux. Dans l'autre emploi, aimer mieux marque non pas une affection, un sentiment, mais seulement une préférence d'option ; quelquefois il arrive qu'on a à choisir entre deux maux. Au contraire, aimer plus marque non pas une option, mais une affection, une inclination, un sentiment, M. Guizot donne cet exemple-ci : Une âme honnête et juste aimerait mieux être déshonorée par les calomnies les plus atroces que de se déshonorer elle-même par la moindre des injustices, parce qu'elle aime plus la justice que son honneur même.
Proverbes
Qui bien aime bien châtie
; c'est une preuve d'amitié que de reprendre quelqu'un de ses défauts. Qui m'aime me suive
; ceux qui nous aiment doivent prendre nos intérêts, se joindre à nous. Qui m'aime aime mon chien
; quand on aime une personne, on aime ce qui lui appartient. Aimer mieux deux œufs qu'une prune
; préférer un grand avantage à un moindre.
Étymologie
Provenç. et espagn. amar ; ital. amare ; de amare, aimer. On remarquera que l'ancien français conjuguait aimer au singulier du présent de l'indicatif : J'aim, tu aims, il aint, ou j'am, tu ams, il ant. Pourtant on trouve aussi la forme actuelle.