Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

aine dans le Littré

6 articles· 77 citations· rimes· synonymes· prononciation

1aine s. m. (ê-n')

  1. Le pli de la cuisse au bas du ventre.

    • Des taureaux auxquels ils [les bourreaux] mirent dans l'aine des fers ardents Voltaire, Phil. V, 81

Étymologie

Wallon, ine et ewez ; provenç. mod. lengue, pour l'engue ; espagn. engle ; ital. inguine ; d'inguen, aine ; sanscr. anji, parties honteuses.

2aine s. f. (ê-n')

  1. 1Technologie. Petit bâton qu'on passe dans la tète des harengs destinés à être fumés.

  2. 2Aine et demi-aine, pièce de peau de mouton qui sert à joindre une éclisse et une têtière dans un soufflet d'orgue.

3nain, aine s. m. et f. (nin, nè-n')

  1. 1Celui, celle qui est d'une taille beaucoup plus petite que la taille ordinaire.

    • La naine, un abrégé des merveilles des cieux Molière, Mis. II, 5
    • Il y avait alors dans la chambre du roi un petit nain qui était muet, mais qui n'était pas sourd Voltaire, Zadig, 8
    • Je viens de voir un véritable nain chez Mme la comtesse Humieska ; il est Polonais, fils d'un gentilhomme, il a vingt-deux ans et n'est haut que de vingt-huit pouces SAINT-FOIX, Ess. Paris, Œuv. t. IV, p. 227
    • Les citoyens de ce pays-là [Saturne] sont des nains qui n'ont que mille toises de haut ou environ Voltaire, Microm. 1
    • On a des exemples de nains qui n'avaient que deux pieds, vingt-un et dix-huit pouces, et même d'un qui, à l'âge de trente-sept ans, n'avait que seize pouces Buffon, Suppl. à l'hist. nat. Œuv. t. XI, p. 125
    • En prenant cinq pieds pour la mesure commune de la taille des hommes, sept pieds pour celle des géants, et trois pieds pour celle des nains, on trouvera encore des géants plus grands et des nains plus petits Buffon, ib. p. 127
    • D'anciens châteaux s'offraient-ils à mes yeux,Point n'invoquais, à la porte fermée,Pour m'introduire, un nain mystérieux Béranger, Fille du peuple.
    • Fig.

      • .... Il faut... à tout petit esprit des dignités, des places ; Le nain monte sur des échasses ; Que de nains couronnés paraissent des géants ! Voltaire, Lett. pr. roy. de Pr. 1740
      • Ô géant ! se peut-il que tu dormes ? On vend ton sceptre au poids ; un tas de nains difformes Se taillent des pourpoints dans ton manteau de roi Victor Hugo, Ruy Blas, III, 2
      • Car nous sommes des nains à côté de nos pères BARBIER, Iambes, Quatre-vingt-treize.
  2. 2Terme de jeu. Nain jaune, sorte de jeu de cartes pour lequel on emploie un tableau au milieu duquel est représenté un nain tenant à la main un sept de carreau

  3. 3Terme de commerce. Nain londrin, drap fin qui se fabrique à Londres avec des laines d'Espagne.

  4. 4Adj. Qui a une taille de nain.

    • Sa fille a le visage de travers, elle est bossue, naine et boiteuse Dancourt, Vend. Surêne, sc. 17
    • Fig.

      • Que t'importe avec ses outrages, à toi, géant, un peuple nain ? Victor Hugo, Odes, IV, 6
  5. 5Végétaux nains, végétaux dont la taille est beaucoup au-dessous de celle des individus de même espèce. On dit que telle plante s'élève beaucoup dans un terrain aqueux, mais qu'elle reste naine dans un terrain sec.

Étymologie

Picard, naintre, nain, naintresse, naine ; Berry, nine, naine ; provenç. nan, nant ; espagn. enano ; portug. anâo ; ital. nano ; du lat. nanus, grec νάνος.

4sain, aine adj. (sin, sè-n')

  1. 1Qui est de bonne constitution, d'une constitution qui n'est lésée en rien.

    • Familièrement. Sain comme une cloche, très sain, très bien portant, intact.

    • Substantivement.

      • Que le malade au sain présente le remède.... Molière, Dép. II, 8
      • Tout est sain aux sains, comme vous dites Mme de Sévigné, 598
      • Admirez les plantes qui naissent de la terre ; elles fournissent des aliments aux sains et des remèdes aux malades Fénelon, Exist. I, 12
      • Les maquignons disent qu'un animal est sain et net, quand il est exempt de vices rédhibitoires.

  2. 2En parlant des parties du corps. Qui est en bon état, qui n'éprouve aucune altération. Ce cheval a les jambes saines.

  3. 3Il se dit des fruits, des plantes et du bois. Voilà des poires encore fort saines pour la saison. Un arbre sain. Le bois de cette charpente est fort sain.

    • Par extension. Les fondements de cet édifice ont été trouvés fort sains.

  4. 4Fig. Il se dit de la santé de l'âme, de l'esprit. Une tête saine. Ce vieillard, malgré l'âge, a le jugement sain.

    • Son esprit toujours sain ne fut point altéré Rotrou, Herc. m. V, 1
    • Nulle créature n'est heureuse, si elle n'est saine ; et c'est la même chose à l'égard de l'âme : qu'elle soit heureuse et qu'elle soit saine Bossuet, Sermons, Providence, 2
    • Il se dit, dans le même sens, des opinions, des idées, etc.

    • La saine raison, la droite raison.

    • La saine critique, la critique judicieuse.

    • Saine doctrine, doctrine conforme à la morale, à la raison, au bon goût.

      • Sur ce grand sacrement de l'indissoluble union de Jésus-Christ avec son Église, les opinions sont plus saines dans le barreau éclairé et parmi les magistrats intelligents, que dans les livres de quelques auteurs qui se disent ecclésiastiques et théologiens Bossuet, le Tellier.
    • Particulièrement. Saine doctrine, celle qui est orthodoxe et conforme aux décisions de l'Église.

      • Il n'y a nul doute que l'opinion ne soit très saine Bossuet, Lett. 149
  5. 5Qui contribue à la santé. Les lieux marécageux ne sont pas sains. L'exercice est sain.

    • Fig.

      • Le pain de la charité est plus sain que celui de la prostitution Chateaubriand, Génie, IV, III, 6
    • Cette année les maladies ne sont pas saines, se dit en se moquant de ceux qui s'efforcent de prouver une chose manifeste.

  6. 6Sain et sauf, sans accident, sans blessures, sans dommage, en parlant des personnes et des choses. Revenir sain et sauf. Ils sont revenus sains et saufs. Ces marchandises sont arrivées saines et sauves.

    • Au sing. on prononce sin et sauf, sans lier l'n, et au plur. sin-z et saufs, en liant l's.

  7. 7Terme de marine. Côte saine, côte dont les abords ne présentent ni écueil, ni bancs, ni roches.

Étymologie

Prov. san ; espagn. sano ; port. Sāo ; ital. sano ; du lat. sanus ; comparez le grec σάος.

5vain, aine adj. (vin, vè-n')

  1. 1Proprement, vide, ce qui est le sens étymologique conservé seulement dans les locutions suivantes : vaine pâture, terres où il n'y a ni semences, ni fruits, et, par suite, où tous les habitants d'une commune peuvent conduire leurs bestiaux ; terres vaines et vagues, terres incultes qui ne rapportent rien.

    • Temps vain, temps bas et couvert, accompagné d'une chaleur étouffante (locution vieillie).

    • Terme de vénerie. Fumées vaines, ou, substantivement, les vaines, fumées des bêtes fauves, qui sont légères et mal pressées.

  2. 2Fig. Qui est comme vide, qui n'a qu'une apparence.

    • Non, ce n'est pas une vaine ombre ! je le tiens, je l'embrasse, mon cher Mentor Fénelon, Tél. IV
    • L'éloquence d'Iphicrate est pompeuse et vaine, celle de Timothée plus simple et plus persuasive Barthélemy, Anach. ch. 7
    • Chez les Grecs, lorsque l'éloquence devint oiseuse, elle fut vague et vaine Marmontel, Œuvres, t. IV, p. 372, dans POUGENS
  3. 3Qui est sans valeur.

    • Il se dit quelquefois, en ce sens, des personnes.

      • Il [l'homme] est si vain, qu'étant plein de mille causes essentielles d'ennui, la moindre chose, comme un billard et une balle qu'il pousse, suffisent pour le divertir Pascal, Pens. IV, 1
      • Qui ne voit pas la vanité du monde, est bien vain lui-même Pascal, ib. VI, 59 bis.
      • Et vains, ils [les hommes illustres du paganisme] ont reçu une récompense aussi vaine que leurs désirs Bossuet, la Vallière.
    • Terme de manége. Cheval vain, celui qui est faible par trop de chaleur ou d'ardeur, ou pour avoir pris quelques remèdes.

  4. 4Qui est sans effet. De vains efforts.

  5. 5Sans talent, sans succès.

    • Imite mon exemple, et lorsqu'une cabale, Un flot de vains auteurs follement te ravale.... Boileau, Ép. VII
  6. 6Qui n'a aucun fondement raisonnable, sérieux.

  7. 7Qui se prise au delà de son mérite.

    • Te mesurer à moi, qui t'a rendu si vain, Toi qu'on n'a jamais vu les armes à la main ? Corneille, Cid, II, 2
    • Cette femme ambitieuse et vaine croit valoir beaucoup quand elle s'est chargée d'or, de pierreries.... Bossuet, la Vallière.
    • Un homme vain trouve son compte à dire du bien ou du mal de soi La Bruyère, XI
    • Celui qui s'empresse pour se faire honorer, ne sait pas encore l'art d'être vain Massillon, Orais. fun. Villars.
    • Les nations libres sont superbes ; les autres peuvent plus aisément être vaines Montesquieu, Esp. XIX, 27
    • Vous voyez que je vous ai deviné ; et voilà ce qui me rend si vain Voltaire, Lett. Chauvelin, 17 oct. 1762
    • Nous en savons assez pour être sage et point assez pour être vains Bonnet, Paling. XIII, 8
    • Son bon naturel l'empêchait d'être vaine, c'est-à-dire sotte COMTE DE CAYLUS, Cadichon, Œuv. t. IX, p. 402
    • Il est deux choses que les hommes vains ne trouvent jamais trop fortes, la flatterie pour eux-mêmes, la médisance contre les autres Marmontel, Œuv. t. VI, p. 149
  8. 8En vain, loc. adv. Inutilement.

    • Les princes et les peuples gémissaient en vain ; en vain Monsieur, en vain le roi même tenait Madame serrée par de si étroits embrassements ; elle leur échappait.... Bossuet, Duch. d'Orl.
    • Avant lui [Louis XIV], la France, presque sans vaisseaux, tenait en vain aux deux mers Bossuet, Mar.-Thér.
    • Les empereurs grecs avaient oublié que ce n'était pas en vain qu'ils portaient l'épée Montesquieu, Esp. VI, 21
    • Dieu ne fait rien en vain ; il a donné aux bêtes les mêmes organes de sentiments qu'à moi ; donc, si les bêtes n'ont point de sentiment, Dieu a fait ces organes en vain Voltaire, Mél. litt. au P. Tournemine.
    • Prendre le nom de Dieu en vain, l'employer dans un serment sans nécessité.

  9. 9Terme de forestier. Semence vaine, semence qui ne germe pas.

    • Il est prudent de rejeter les premières semences tombées : elles sont généralement piquées ou vaines G. BAGNERIS, Manuel de sylvicult. p. 232, Nancy, 1873

Étymologie

Provenç. van, va ; catal. va ; espagn. et ital. vano ; portug. vão ; du lat. vanus ; comparez le goth. vans ; anc. scand. vanr, défectueux.

6aîné, ée adj. (è-né, née)

  1. 1Celui des enfants qui est né le premier. Fils aîné. Fille aînée. Frère aîné. Sœur aînée.

  2. 2Le fils aîné de l'Église, qualification donnée autrefois au roi de France.

  3. 3La fille aînée des rois de France, titre que prenait autrefois l'Université.

  4. 4S. m. Fils aîné. C'est là l'aîné de mes fils.

  5. 5S. f. Aînée, fille aînée. Il a marié l'aînée de ses filles.

  6. 6Frère aîné. Il est jaloux de son aîné.

  7. 7Qui est plus âgé qu'un autre. C'est mon aîné. Respectons nos aînés.

  8. 8Aîné de Normandie, aîné particulièrement avantagé.

    • J'ai vu 54 lettres de cachet dans ma famille, et j'en ai eu 17 pour ma part ; ainsi, vous voyez que j'ai été partagé en aîné de Normandie Mirabeau, Collection, t. IV, p. 106

Étymologie

L'historique, décomposant le mot, montre l'étymologie : ains, avant (voy. AINS) et : né avant (voy. ). Espagn. entenado, enfant d'un premier lit ; ital. antenato, ancêtre.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander