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un seul est le mot juste.

air dans le Littré

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1air s. m. (êr)

  1. 1Fluide invisible, transparent, sans odeur ni saveur, pesant, compressible, élastique, qui forme autour de la terre une couche nommée atmosphère, et qui est composé de 0,79 d'azote et de 0,21 d'oxygène. L'air était un des quatre éléments de l'ancienne physique. L'air n'est pas un élément, c'est un corps composé. Les nuages sont portés dans l'air. L'air est l'aliment de la respiration. Un air pur, un air vif, un air tempéré. Ces émanations ont infecté l'air. Un air lourd et épais.

    • Les habitants de l'air, les oiseaux.

  2. 2Au pluriel, les airs, l'espace au-dessus de nos têtes. Le ballon s'enleva dans les airs.

  3. 3Dans un sons général, air signifie gaz. L'oxygène, l'azote et l'hydrogène sont des airs différents. L'ancienne chimie donnait le nom d'airs à tous les fluides aériformes qu'on appelle gaz aujourd'hui ; de là le nom d'air atmosphérique attribué souvent à l'air proprement dit. Dans l'ancienne chimie, l'air fixe est le gaz acide carbonique ; l'air inflammable est l'hydrogène.

  4. 4Air libre, l'espace ouvert. On dit dans le même sens le plein air. Arbres de plein air, arbres en plein air.

    • Air confiné, désigne, par opposition à air libre, l'air des enceintes dans lesquelles séjournent des êtres vivants, et qui se trouve par conséquent plus ou moins vicié.

  5. 5En termes de théologie, le prince de l'air, Satan ; les puissances de l'air, les démons.

  6. 6Mettre, exposer à l'air, soumettre une chose à l'influence, à l'action de l'air.

  7. 7Prendre l'air, respirer le frais, se promener.

    • Je marche et je prends l'air avec plaisir Mme de Sévigné, 261
    • Se faire porter dans son carrosse pour prendre l'air Mme de Sévigné, 40
    • Il faudrait prendre l'air quand il est bon Mme de Sévigné, 517
    • Prendre l'air à sa fenêtre Molière, L'Av. II, 6
    • Fig. Prendre l'air, prendre la fuite.

      • Il n'est rien tel que de mettre son crime ou son innocence au grand air [s'enfuir quand on est accusé] Mme de Sévigné, 402
  8. 8Fendre l'air, en parlant d'un oiseau, voler ; et fig. traverser l'espace avec rapidité. Les oiseaux fendent l'air. La flèche fend l'air et vient frapper le but.

    • L'exécution fut prompte : le jeune homme fendit les airs Montesquieu, Lett. pers. 141
  9. 9Donner de l'air à une chambre, en ouvrir les fenêtres et en renouveler l'air.

    • Fig. Donner de l'air à un tableau, en détacher les différents plans, de sorte que l'air semble circuler entre eux.

  10. 10Air natal, le pays où l'on est né.

  11. 11Vent. Il fait beaucoup d'air. Il ne fait pas un souffle d'air.

    • Courant d'air, air en mouvement qui pénètre par les ouvertures d'un appartement. La porte et la fenêtre ouvertes feront un courant d'air. Ne vous mettez pas dans le courant d'air ; vous en seriez incommodé.

    • Coup d'air, fluxion ou douleur qui survient à la face, au cou, aux mâchoires, et qui est souvent causée par l'impression d'un air froid.

  12. 12Prendre l'air du feu, un air de feu, se chauffer un moment, en passant.

  13. 13Cela est dans l'air, se dit de certaines conditions physiques ou morales qu'on croit provenir de la nature d'un pays, d'une société, etc.

  14. 14Porter le mauvais air en quelque endroit, y porter la contagion ; prendre le mauvais air, gagner la contagion.

    • Fig. L'air du monde est contagieux, la fréquentation du monde n'est pas salutaire au moral.

      • L'air de cour est contagieux ; il se prend à Versailles, comme l'accent normand à Rouen ou à Falaise La Bruyère, 8
      • On suit le train du monde, on est de toutes ses compagnies, on en prend toutes les manières ; et est-il surprenant alors que dans un air si corrompu on s'empoisonne et qu'au milieu de tant de scandales on fasse des chutes grièves et mortelles ? Bourdaloue, Pensées, t. I, p. 85
  15. 15Fig. et familièrement. L'air du bureau, ce qui paraît en bien ou en mal des dispositions de ceux qui ont la décision d'une affaire.

  16. 16Diverses locutions familières, proverbiales et figurées. Être libre comme l'air, n'avoir aucune sujétion.

    • Ne faire que battre l'air, se donner inutilement beaucoup de peine.

    • Vivre de l'air du temps, être dans la plus profonde misère, n'avoir rien pour subsister.

    • En l'air, loc. adv. Au milieu de l'air, dans les airs. Tirer en l'air, un coup en l'air, tirer sans viser de but ; et fig. Faire une démarche sans résultat.

      • Paroles, projets en l'air, paroles, projets sans fondement, sans réalité.

        • Ce ne sont pas là, mes pères, des contes en l'air comme les vôtres Pascal, Prov. 16
        • Ils dépendent d'un discours en l'air, de mille occasions imprévues Pascal, Conv. I
        • Vous l'accusez seulement en l'air de quatre faussetés Pascal, Réfut. de la rép. à la 12e Lett.
        • Et si d'une offre en l'air votre âme encor frappéeVeut bien s'embarrasser du rebut de Pompée.... Corneille, Sertor. IV, 2
        • Ces menaces en l'air vous donnent trop de peine Corneille, ib. V, 4
        • Un discours en l'air qu'il forge Corneille, Le Ment. V, 2
        • Et d'une cause en l'air il le faut bien leurrer Racine, Plaid. III, 2
        • Moïse ne parle point en l'air, il particularise et circonstancie toutes choses Bossuet, Hist. univ. II, 3
        • Ce discours en leur bouche n'est qu'un discours en l'air Bossuet, ib. II, 13
        • La sincérité ne permet pas de donner des paroles en l'air Bossuet, Lett. 52
        • Que de suppositions bâties en l'air ! Bossuet, Déf. com.
        • Il ne s'agit pas d'un soupçon en l'air Bossuet, Rem.
        • Quoiqu'il ait trouvé plus aisé de parler en l'air du droit des peuples Bossuet, Avert. 5
        • Ce n'est point un fait qu'on avance en l'air Bossuet, Hist. II, 12
        • Ce n'est pas ici une prédiction en l'air Massillon, Car. Communion.
        • Il est venu arrêter les pensées vagues de l'esprit humain et fixer ses raisonnements en l'air Guez de Balzac, Socrate, Disc. 1
        • Pour quelque Iris en l'air faire le langoureux Boileau, Sat. IX
        • Il est qui fait la moue aux chimères en l'air Régnier, Sat. X
        • Parler ainsi, c'est parler en l'air, et vouloir être cru sur tout ce qu'on s'imagine Fénelon, Exist. 78
        • Ne vous amusez pas à vous inquiéter en l'air Mme de Sévigné, 215
        • Je vous dis cela extrêmement en l'air Mme de Sévigné, 210
        • Il me le dit en l'air Mme de Sévigné, 379
        • C'est une chose qu'on dit souvent en l'air Mme de Sévigné, 34
        • Il dit une parole en l'air à M. de Lavardin Mme de Sévigné, 584
        • Sur des soupçons en l'air je m'irais alarmer Molière, Le Dép. I, 1
        • Contes en l'air Molière, Tart. IV, 3
        • Les personnages qu'il représente sont des personnages en l'air Molière, Impr. 3
        • À considérer cet ouvrage comme un système, j'en trouve le fondement bien incertain, bien en l'air Diderot, Lett. de Ramsay.
        • Je n'ai pas prétendu faire un système en l'air et qui n'eût aucun fondement Fontenelle, Mondes, Préface
        • Il fut question de Mlle d'Armagnac et de Mlle de La Trémouille, mais fort en l'air Saint-Simon, 28, 61
      • Être, mettre en l'air, en mouvement, dans l'agitation. Cette affaire mit toutes les têtes en l'air.

        • Puisque vous êtes en l'air Mme de Sévigné, 339
        • Je suis tellement en l'air que je m'en vais.... Mme de Sévigné, 540
        • Enfin j'ai un pied en l'air [je suis prête à partir] Mme de Sévigné, 142
        • Il faudra n'être plus ici un pied en l'air, comme vous y êtes toujours Mme de Sévigné, 399
      • En parlant des choses, être en l'air, en désordre. Dans son cabinet tout est en l'air.

      • N'être pas solide. Toute sa fortune est en l'air.

      • En termes militaires, on dit qu'une troupe est en l'air, quand elle n'est pas appuyée sur son flanc par un obstacle quelconque. L'aile droite de l'armée était en l'air.

      • En termes de fauconnerie, prendre l'air se dit d'un oiseau qui s'élève fort haut. Nouer [nager] entre deux airs, manière de voler particulière aux oiseaux de proie.

  17. 17Populairement. Se donner de l'air, prendre la fuite, pour échapper à des poursuites.

    • Il aurait mieux valu rester et prouver son innocence ; mais H.... et ses pareils aiment mieux se donner de l'air ; dans leur jargon, c'est une ordonnance de non-lieu Me LÉON DUVAL, Gaz. des Trib. 15 mars 1873, p. 253, 1re col.

Étymologie

Bourguig. et Berry, ar ; provenç. aer, air, aire ; ital. aria, aere ; espagn. aire ; du latin aer, le même que le grec ἀέρ.

2air s. m. (êr)

  1. 1Apparence extérieure.

    • D'abord on ne l'avait point regardé, à cause de ses habits simples et négligés, de sa contenance modeste, de son silence presque continuel, de son air froid et réservé Fénelon, Tél. VI
    • Ne vous y fiez pas, elle a, ma foi, les yeux fripons ; je lui trouve l'air bien coquet Boileau, Héros de romans.
    • Les blessures du visage y donnent d'ordinaire certain air violent et guerrier qui ne sied pas mal Hamilton, Gramm. 7
    • Je ne suis point d'avis qu'on vous peigne en amazone ; vous avez l'air trop doux Fontenelle, Lett. XLI
    • Elle a l'air bien furibond Voltaire, L'Écoss. I, 5
    • Elle avait l'air timide, embarrassé Voltaire, L'Enf. prod. IV, 7
    • Qu'elle est laide à présent, et qu'elle a l'air mauvais ! Regnard, Dém. amour. IV, 7
    • De grâce, dites-moi, parlant sincèrement, Sous l'habit de Vénus aurais-je l'air charmant ? Regnard, ib.
    • Mon-Dieu ! qu'elle est jolie et qu'elle a l'air mignon ! Molière, L'Étour. III, 11
    • Je l'ai vu ; son même air, son même habit de lin Racine, Athal. II, 5
    • J'admirais sa douceur, son air noble et modeste Racine, ib.
    • Elle a l'air doux et semble assez docile COL. D'HARLEV, Célib. III, 10
    • Un inconnu qui avait un air majestueux Fénelon, Tél. XXIV
    • Votre père me regardait avec un air de compassion Fénelon, ib. X
    • Protésilas reprenant son air sévère et hautain Fénelon, Tél. XI
  2. 2Un air de famille, une sorte de ressemblance. Avoir un faux air de quelqu'un.

    • Vous avez un peu de l'air de Mme de Sottenville Mme de Sévigné, 153
    • Elle a de l'air du coadjuteur Mme de Sévigné, 86
  3. 3Manière, façon.

    • Il est vrai, madame, que ce jeune prince a fait voir une adresse peu commune, et que l'air dont il a paru a été quelque chose de surprenant Molière, Princesse d'Él. III, 5
    • Parlez, Don Juan, et voyons de quel air vous saurez vous justifier Molière, Fest. 1, 3
    • Et traitent du même air l'honnête homme et le fat Molière, Mis. I, 1
    • Au contraire, j'agis d'un air tout différent Molière, L'Étour. V, 13
    • Vous preniez tout l'air d'un méchant garnement Molière, Tart. I, 1
    • Les gens de mon air Molière, Mis. III, 1
    • Et je me vis à demeurer d'accordQue l'air dont vous viviez vous faisait un peu tort Molière, ib. III, 5
    • Et l'école du monde en l'air dont il faut vivreInstruit mieux à mon gré que ne fait aucun livre Molière, Éc. des mar. I, 2
    • L'air précieux n'a pas seulement infecté Paris ; il s'est aussi répandu dans les provinces Molière, Préc. rid. 1
    • Et voyez cependant de quel air on m'écrit Corneille, Sertor. I, 2
    • Promenades où il n'y ait ni dissipation dans les airs ni indécence dans les habits Fléchier, Serm. II, 334
    • Ces dévotions superficielles qui retranchent à l'extérieur quelques airs mondains et qui laissent au cœur la liberté de ses désirs Fléchier, Panég. II, p. 315
    • Qu'est-ce que ces airs de franchise, de simplicité, de cordialité, que nous affectons quelquefois en parlant au prochain, et lui disant certaines vérités très désagréables ? Bourdaloue, Pensées, t. II, p. 299
    • Ils disent d'un air envenimé ce qui n'avait été dit qu'avec des intentions innocentes Massillon, Pard.
    • Rien ne l'égalait [Louis XIV] ni pour les grâces de sa personne, ni pour la grandeur de son air Hamilton, Gram. 5
    • Ce fut d'un air et d'un regard à lui faire croire que c'était Vénus avec toutes ses grâces qui venait de lui parler Hamilton, ib. 8
    • Elle connut à l'air et aux manières de son mari.... Hamilton, ib.
    • Il n'y avait point à la cour d'homme de meilleur air Hamilton, Gram. 9
    • Il me lâcha par la ville pour perdre l'air de la campagne Hamilton, ib. 3
    • J'avais tellement l'air de la cour et du monde.... Hamilton, ib. 3
    • Elle n'aura point un air de gouvernante Bossuet, Lett. abb. 108
    • Elles auront assez de l'air d'une dame de province Mme de Sévigné, 220
    • Il a pris le mauvais air des officiers subalternes Mme de Sévigné, 336
    • Le roi l'avait regardée d'un bon air Mme de Sévigné, 523
  4. 4Accueil.

    • Elle nous fit un air honnête Mme de Sévigné, 419
    • Vous avez vu l'air gracieux que S. M. m'a fait Hamilton, Gram. 5
  5. 5En termes de peinture et de sculpture, un air de tête, des airs de tête, l'attitude d'une tête.

    • Pour former ce vif coloris, ces attitudes si variées, ces airs de tête si passionnés Fénelon, Exist. 8
  6. 6Le bel air, les manières élégantes.

    • J'ai vu les personnes du bel air Molière, Pourc. III, 2
    • Apprendre le bel air des choses Molière, Préc. 5
    • Croyant introduire le bel air en traitant les Anglais d'étrangers Hamilton, Gramm. 6
    • Les beaux esprits et les gens du bel air traiteront d'imbécile un homme qui professe le désintéressement Diderot, Disc. prélim.
    • Ce n'est plus la mode du bel air Mme de Sévigné, 42
    • Votre frère est dans le bel air Mme de Sévigné, 42
    • Un chapeau du bel air Mme de Sévigné, 156
    • Quand on la voit habillée du bel air Mme de Sévigné, 282
    • Ils ont pourtant été d'un assez bel air Mme de Sévigné, 232
    • Tout le bel air [le beau monde] était sur le théâtre Mme de Sévigné, 112
    • Les dames, les jeunes gens, tout le bel air de la cour était pour M. de Luxembourg Saint-Simon, XVII, 201
  7. 7Le grand air, le ton du grand monde.

    • Grand air, un grand air, une belle et noble apparence.

      • La duchesse de Bourgogne avait un grand air, une taille noble Voltaire, Louis XIV, 27
    • En mauvaise part, les grands airs, des manières hautaines et fastueuses.

      • Barbezieux, avec tous ses grands airs, sentait plus l'intendant que le général d'armée Saint-Simon, 23, 5
  8. 8Bon air, manière élégante, distinguée ; mauvais air, les manières de la mauvaise compagnie.

    • On voit l'impudence devenue un bon air Massillon, Pan. Ste-Agnès.
    • Vous accoutumez les pécheurs à regarder la débauche comme un bon air en l'opposant au ridicule de la vertu Massillon, Car. Inj. du monde.
    • La profession d'incrédulité est presque devenue un bon air parmi nous Massillon, Doutes.
    • L'extérieur de la piété est un mauvais air dont on se cache Massillon, Vices.
    • Il y en a à Vitré qui ont fort bon air Mme de Sévigné, 555
    • Il cherchait le bon air Pascal, édit. Cous.
    • Cela n'est point du bon air Pascal, Préf. génér.
    • Il n'affecte point d'avoir son chapeau cloué sur sa tête pour montrer qu'il sait les bons airs J.-J. Rousseau, Hél. VI, 9
    • Vous avez tout à fait bon air avec cet habit Molière, Bourg. III, 4
    • M. le comte a tout à fait bon air Molière, Comtesse, 29
    • Il est bien fait, oui, ce petit pendard, il a bon air, bonne physionomie Molière, la Princ. III, 5
    • Absolument.

      • Elle n'avait point de taille, encore moins d'air Hamilton, Gramm. 6
      • Il avait le visage fort agréable, la tête assez belle, peu de taille et moins d'air Hamilton, ib. 8
      • Au lieu de mettre de l'accent dans son parler, il y met de l'air J.-J. Rousseau, Ém. I
      • Bon air, en parlant des choses.

        • Rien n'est d'un meilleur air pour la maison que de bâtir pendant le procès Mme de Sévigné, 479
        • Un château qui a le meilleur air du monde Mme de Sévigné, 354
        • Le carrosse qu'on avait fait pour le roi n'avait pas trop bon air HAMILTON, Gramm. 7
  9. 9Sorte de manière affectée qui consiste à faire entendre ce qu'on ne témoigne pas. Faire une chose par air.

    • Tout cela était un air pour me faire savoir qu'elle a un équipage Mme de Sévigné, 69
    • Quand je vous ai demandé si vous n'aviez point jeté mes lettres, c'était un air Mme de Sévigné, 98
    • Prendre, se donner des airs, de grands airs, affecter un ton, des manières au-dessus de son état.

      • Bien loin de se donner de ces airs que prennent les gouverneurs en pareille occasion Hamilton, Gramm. 8
      • Vous voyez les airs qu'elle se donne Hamilton, ib. 8
      • S'étant aperçue des airs que Sydney se donnait Hamilton, ib. 10
      • Avec cela, on fait le fier, on se donne des airs Voltaire, L'h. aux 40 écus.
    • Se donner l'air de, prendre l'air de, se montrer comme....

      • Pour parer mon discours et me donner l'air d'habile homme Molière, Méd. m. lui, III, 1
      • Ces airs mystérieux qu'on se donne Fléchier, M. de Mont.
      • Je ne saurais me donner des airs de singularité Massillon, Visit.
      • Mme Guyon continue à se donner un air prophétique Bossuet, Relat.
      • Pour leur apprendre à prendre un air de guerre Mme de Sévigné, 559
    • Familièrement. Se mettre sur son air, prendre une certaine manière d'être.

      • Enflé de ses premières prospérités, il s'était mis sur son air vainqueur pour achever cette dernière conquête Hamilton, Gramm. 6
  10. 10En parlant des choses, avoir l'air, avoir un air de, paraître.

    • Votre dernière lettre a un air de gaieté Mme de Sévigné, 491
    • Nous voulûmes donner à cette chambre un air d'accouchement Mme de Sévigné, 5
    • Cela a toujours l'air d'un miracle Mme de Sévigné, 478
    • Quoique ces paroles aient un air de dureté bien sec Bossuet, Dév. I
    • Et ses effets soudains ont de l'air des miracles Molière, Éc. des f. III, 4
  11. 11En termes de manége, allure du cheval. Airs bas, ceux où le cheval manie près de terre ; airs relevés, ceux où le cheval s'enlève davantage.

  12. 12Suite de tons et de notes qui composent un chant. Il se dit aussi du chant et des paroles. Chanter des airs à boire.

    • N'être pas dans l'air, ne pas chanter exactement un air.

    • Fig. Je connais des paroles sur cet air-là, j'ai déjà entendu les mêmes choses, les mêmes opinions, les mêmes excuses, etc.

    • Fig. Avoir l'air à la danse, annoncer des dispositions à réussir dans ce qu'on fait, être disposé à faire ce dont il s'agit, être vif et dispos.

  13. 13Donner de l'air à, ressembler (locution vieillie). Bayle, note i de l'article Patin (Guy), cite un éloge de cet auteur où on lit : Feu M. Huguetan, avocat de Lyon, qui le connaissait particulièrement, trouvait qu'il donnait de l'air à Cicéron dont on voit la statue à Rome. Bayle ajoute en note : Cette phrase est fort en usage à Genève et dans ces quartiers-là.

Remarque

1. Elle a l'air fâché ou fâchée. L'adjectif se rapporte également au sujet du verbe ou à son propre substantif. Quelques grammairiens ont voulu régler l'emploi de ces deux accords et fonder sur des nuances fines, mais arbitraires, le choix de l'un ou de l'autre ; mais l'usage a rejeté avec raison ces distinctions, et conserve à celui qui parle ou qui écrit une entière liberté. Il est toujours entendu que, pour que cette liberté existe, l'adjectif doit pouvoir se rapporter aux deux substantifs. S'il était impossible qu'il se rapportât à l'un des deux, il faudrait nécessairement l'accorder avec l'autre. Ainsi on dira : Cette femme a l'air enceinte, et non pas l'air enceint, puisque enceint n'a pas de masculin dans ce sens. On peut ajouter que, quand le sujet est un nom de chose, il vaut mieux accorder l'adjectif avec ce nom qu'avec air. Cette poire a l'air mûre ; cette maison a l'air gaie. En effet, on ne peut que difficilement concevoir que l'air de la poire, de la maison, soit mûr ou gai. Cependant quelques écrivains ont, même en ces cas, accordé l'adjectif avec air. 2. 3. De même, ne confondez pas mauvais air avec air mauvais, bon air avec air bon, etc. Il a mauvais air, il a des manières de mauvaise compagnie ; il a l'air mauvais, il paraît méchant. Il a bon air, il a des manières de bonne compagnie ; il a l'air bon, il paraît d'un bon caractère. 4. De Caillières (1690) remarque qu'à la cour on dit : Il se donne d'un air d'homme à bonne fortune ; ces sentiments-là vous donnent d'un air de vieillard ; et Bouhours, Nouv. rem. dit : " Prendre l'air, c'est ainsi qu'on parle ; prendre de l'air, comme disent quelques-uns, c'est mal dit. " Ces locutions sont mauvaises, et le de ne peut être accepté. Mais que faut-il penser de ces phrases-ci : Cela a bien de l'air d'une chimère, LE PRÉSIDENT HÉNAULT, ; et : Féraud fait observer, à l'occasion de ces deux phrases, que ce de est inutile et contre l'usage ; en effet, ce n'est que quand on parle de la ressemblance qui existe entre les traits du visage de deux personnes, que le de s'emploie avant le mot air : Ils ont bien de l'air l'un de l'autre ; ils ont beaucoup d'air l'un de l'autre. Mais ici on doit dire que ce de est partitif, et atténue la force de l'expression dans la phrase de Racine, ainsi : sur toutes les choses qui ont de l'apparence d'une faute. Quant à l'exemple du président Hénault, le de est sans doute amené par l'adverbe de quantité bien qui le précède.

Synonymes

AIR, MINE. Les auteurs de synonymes adjoignent d'ordinaire physionomie ; mais physionomie ne s'appliquant qu'au visage, ne peut pas être synonyme de mine et d'air qui s'appliquent à toute la personne. Mine et air sont très voisins. Ce qui paraît le plus les distinguer, c'est que mine se rapporte plutôt à l'apparence de la personne, et air plutôt aux manières et au maintien. Un homme de bonne mine, c'est un homme dont la personne est d'un bon aspect ; un homme de bon air est un homme dont les manières sont bonnes. Un malade a meilleure mine, quand des signes du retour de la santé se manifestent. Un jeune homme a meilleur air, quand il s'est habitué à la politesse du monde.

Étymologie

Provenç. aire ; catal. ayre ; anc. ital. aire (cuore di bon aire). Les dictionnaires confondent air, fluide gazeux, et air, manière, façon. Il est bien difficile de voir comment l'air atmosphérique aurait fini par signifier l'apparence, la manière. Diez a senti la difficulté, et il tire air dans le second sens de l'allemand art, manière, façon. Mais on ne voit pas comment le t aurait disparu. Dans un travail subséquent, il est disposé à réunir air de l'atmosphère et air manière, par le sens de souffle, spiritus, qui, donnant esprit, conduirait à manière, caractère. Le vieux français, à ma connaissance, n'emploie pas aire dans le sens d'air atmosphérique ; et il a air auquel il ne donne pas le sens de manière. Le provençal, qui a aer, air atmosphérique, ne s'en sert pas pour signifier manière, non plus que l'ancien catalan de son aer, et l'italien de son aer ou aere. Le provençal et l'espagnol emploient aire, ayre, dans le double sens de manière et d'air atmosphérique : c'est donc sur aire seul que porte le double sens ; c'est aire seul qui a permis une confusion ; car en effet aire (voy. AIRE) existe, dans l'ancien français du moins, avec le sens de place et nid. Voici dès lors comment je conçois la filiation des sens : place et nid ; demeure, famille ; qualité, manière. Puis air et aire se seraient confondus dans les langues romanes. Air de vent et aire de vent est un exemple d'une confusion analogue. C'est, je crois, la fauconnerie qui, en signalant le faucon de bon aire, a permis le passage d'idée entre aire, nid, et extraction, famille, qualité.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander