Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

arrêter dans le Littré

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arrêter v. a. (a-rê-té, et non ar-té, faute commise dans plusieurs provinces)

  1. 1Empêcher d'avancer, de marcher, retenir. Arrêter un vaisseau. La flotte était arrêtée par le mauvais temps. La foule l'arrêta quelque temps à son entrée. Le retranchement arrêta l'ennemi. Il faut arrêter la pendule, pour la remettre à l'heure.

  2. 2Empêcher, en parlant des personnes et des choses. Chaque jour quelque chose m'arrête. On fut arrêté par la lettre du préfet. Que cela ne vous arrête pas. Aucune considération ne peut l'arrêter (l'empêcher d'agir comme il l'a résolu). Le chirurgien arrêta le sang qui coulait. Arrêter le feu ou l'incendie.

    • Arrêter avec un infinitif.

      • Je n'ai pas laissé d'en être un peu honteux, et cela m'a arrêté de vous écrire Voiture, Lettr. 196
  3. 3Maintenir, attacher, fixer. Les objets légers sont arrêtés par des poids. Arrêter ses regards sur quelque chose. Arrêtez ce volet que le vent fait battre. Arrêter un point en cousant, faire un nœud au bout d'une couture, pour que le fil n'échappe pas. Rien ne peut arrêter cet esprit frivole.

  4. 4Régler, déterminer, décider, résoudre. Arrêter le prix du blé. On arrêta le lieu du rendez-vous. Il a été arrêté qu'on se réunirait chez vous.

    • Arrêter un compte, le régler d'une manière définitive. Arrêter un marché, le conclure.

  5. 5En termes de peinture ou de composition littéraire, fixer les contours, les masses, les parties principales. Arrêter une esquisse.

  6. 6Saisir quelqu'un, le faire prisonnier. Il fit arrêter le chef. La police arrêta les perturbateurs.

    • Quelle cause les fit arrêter [le prince de Condé et son frère] ? Si ce fut ou des soupçons ou des vérités ou de vaines terreurs, qui le pourra dire à la postérité ? Bossuet, Le Tellier.
  7. 7S'assurer par précaution de quelqu'un ou de quelque chose. Arrêter un cuisinier. J'avais arrêté un logement.

  8. 8Interrompre quelqu'un. Il m'arrêta là-dessus. En cet endroit il arrêta l'orateur.

  9. 9Terme de chasse. Le chien a arrêté une compagnie de perdrix : il en a indiqué la présence en s'arrêtant, et il les tient immobiles devant lui.

    • Absolument. Ce chien arrête mal.

      • Qu'importe qu'il ait des chiens qui arrêtent bien ? La Bruyère, 10
  10. 10Arrêter, exercer le vol sur les routes. Des voleurs ont arrêté la diligence. Ce voyageur a été arrêté.

    • Absolument. On arrête sur cette route.

  11. 11En termes d'agriculture, couper la sommité d'une tige ou d'une branche, pour y suspendre la végétation.

  12. 12En termes judiciaires, saisir-arrêter, faire une saisie-arrêt ou opposition.

    • ARRÊTER, v. n.

  13. 13Cesser de marcher, faire halte. Nous arrêtâmes plusieurs jours à Bordeaux.

    • En parlant d'une voiture qu'on arrête.

      • En arrivant je fis arrêter à la grille J.-J. Rousseau, Hél. IV, 6
  14. 14Demeurer dans un lieu.

  15. 15Insister sur.

  16. 16Cesser de parler, d'agir. Il n'arrête pas, il marche sans cesse, il travaille sans cesse.

  17. 17En termes de manége, arrêter et rendre, faire des demi-temps d'arrêt.

  18. 18En termes d'escrime, prendre un coup d'arrêt.

    • S'ARRÊTER, v. réfl.

  19. 19Suspendre sa marche.

    • Cesser d'aller. Ma montre s'est arrêtée.

    • Demeurer, se fixer.

    • Fig. Ses regards ne s'arrêtaient en aucun endroit. Les suffrages ne s'arrêtèrent pas sur le plus digne.

    • Familièrement. S'arrêter en beau chemin, renoncer à une entreprise dont le succès paraît assuré.

    • Perdre le temps, s'amuser. Il s'arrête à tous les coins de rue.

    • Interrompre un voyage. Nous nous sommes arrêtés quinze jours à Genève.

  20. 20Cesser d'agir.

    • Cesser de parler. Il s'est brusquement arrêté au milieu de son récit.

  21. 21Se fixer, se déterminer. Après avoir écouté diverses propositions, il s'arrêta à la première.

  22. 22S'appesantir, insister. Il s'arrêta longtemps sur les services qu'il vous a rendus.

    • Circonstances que je ne m'arrête pas à rapporter Pascal, Prov. 17
  23. 13Anciennement, arrêter un corps mort, le retenir aux fins de forcer les héritiers du défunt à payer certaine dette.

    • Au mois de juin 1617, le fait étant discuté en pleine assemblée du Conseil, il fut dit que, nonobstant usage contraire,... les corps morts ne peuvent être arrêtés pour dettes ; suivant ce, le corps du comte d'Egmont, qui était détenu à Bruges par son hôte pour les dépens de bouche du défunt, fut élargi avec ordonnance de le laisser suivre aux parents du défunt, nonobstant l'usage contraire de Bruges Arrêts du grand conseil de Sa Majesté, résidant en la ville de Malines, recueillis par M. Humaÿn, Lille, 1773, p. 192. (Note communiquée par M. Du Bois, avocat à Gand)

Synonymes

ARRÊTER, RETENIR. Arrêter est plus définitif que retenir ; ce qui est arrêté n'avance plus ; ce qui est retenu peut avancer encore, bien que moins ou plus difficilement. Quand on retient, il reste toujours incertain si la main sera assez forte pour arrêter. Des idées arrêtées sont des opinions fixes desquelles on est décidé à ne pas s'écarter. Une imagination retenue est celle que l'on contient et que l'on empêche de s'égarer.

Étymologie

Bourguig. érétai ; Berry, airter, airreter ; picard, arter ; provenç. arrestar, arestar ; ital. arrestare ; de ad, à, et restare, rester, c'est-à-dire faire rester, et non, comme le veulent quelques étymologistes, de l'allemand Rest ou Rast, repos. Une petite particularité vient en confirmation de ce qui est établi d'ailleurs : on trouve dans l'ancien français ce verbe conjugué parfois irrégulièrement, arresteü au participe, arestut, au parfait défini ; c'est qu'en effet restare se conjuguait en latin comme stare, et que, dans le vieux français, stare avait donné esteü, estut, etc.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander