attendre v. a. (a-tan-dr')
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1Demeurer pour la venue de quelqu'un ou de quelque chose. Qu'attendez-vous pour vous sauver ? L'armée attend impatiemment son général. Le vaisseau attend un vent favorable. Attendre les bêtes à la chasse. Attendre l'arrivée d'une lettre. Il attendait le beau temps. J'attends votre commodité.
Mais attendons la fin
La Fontaine, Fab. I, 21- Il n'attend qu'un prétexte à s'éloigner de lui Racine, Andr. II, 3
- L'ingrat qui ne m'attend que pour m'abandonner Racine, Iph. II, 5
La bonté de Dieu nous attend à repentance
Bossuet, Asc. 3Ne vous a-t-il pas attendu assez longtemps à pénitence ?
Massillon, Rech.On attend tous les jours que M. de Luxembourg batte les ennemis
Mme de Sévigné, 300- Attend l'ordre d'un père à choisir un époux Corneille, Cid, I, 1
Qu'attendez-vous à vous soumettre ?
Bossuet, Hist. II, 13Qu'attendez-vous, chrétiens, à vous convertir, et pourquoi désespérez-vous de votre salut ?
Bossuet, Anne de Gonz.Sur cette terre déserte Qu'attends-tu ? je n'y suis pas !
Lamartine, Harm. II, 1
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Familièrement et par ironie. Attendez-moi sous l'orme, se dit d'un rendez-vous où l'on n'a pas dessein d'aller, d'une chose que l'on ne veut pas faire.
Attendez-moi sous l'orme ; Vous m'attendrez longtemps
Regnard, Attendez-moi sous l'orme, 22
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Faire attendre une chose à quelqu'un, la lui retenir, différer de la lui donner.
Une circonstance essentielle à la justice que l'on doit aux autres, c'est de la faire promptement et sans différer ; la faire attendre, c'est injustice
La Bruyère, 12- De ces Égyptiens qui la mirent ici,Trufaldin qui la garde est en quelque souci,Et trouvant son argent qu'ils lui font trop attendre,Je sais bien qu'il serait très ravi de la vendre Molière, l'Étour. I, 2
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2Compter sur, espérer ; quelquefois, craindre. On ne pouvait attendre aucun secours du sénat. N'attendre son salut que de sa valeur. Je n'attends rien que de moi-même. On attend beaucoup de vous.
Ce service, monseigneur, n'est pas le seul qu'on attend de vous
Bossuet, Reine d'Anglet.S'il nous ouvre aujourd'hui le sein de l'enfer, c'est pour nous y montrer un réprouvé que nous n'y attendions point
Massillon, Car. Mauvais riche.- Concurrent malheureux à cette place insigne,Votre orgueil l'attendait ; mais en étiez-vous digne ? Voltaire, Catin. I, 5
- Quels honneurs dans sa cour, quel rang pourrais-je attendre ? Racine, Brit. IV, 2
Les apôtres attendaient que leur maître délivrerait Israël du joug des nations, et qu'il les ferait asseoir eux-mêmes sur douze trônes terrestres
Massillon, Car. Fausse confiance.N'attendez-pas que je recueille ici toutes ses actions dont une partie est presque incroyable
Fléchier, Panég. II, p. 366- N'attendez pas ici que j'éclate en injures Racine, Bér. IV, 5
- Attendez tout aussi de ma reconnaissance Corneille, Sert. I, 2
- Elle qui de vous seul attend son diadème Corneille, Pomp. III, 3
- Les Juifs n'attendent rien d'un méchant tel que toi Racine, Esth. III, 5
- Dans un âge si tendreQuel éclaircissement en pouvez-vous attendre ? Racine, Ath. II, 7
Attendant tout de sa bonté pour les malheureux
Massillon, Prière.Il n'y a rien à attendre de la tradition des saints
Bossuet, 3e écrit.
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Attendre de, suivi d'un infinitif, espérer, se promettre.
N'attendez pas de le trouver sans imperfection
Fénelon, Tél. XI- Cher amant, n'attends plus d'être un jour mon époux Corneille, Hor. I, 3
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3Attendre quelqu'un à.... attendre qu'il s'engage dans une difficulté dont on pense qu'il ne se tirera pas.
Il est vrai, cette somme lui est due ; mais je l'attends à cette petite formalité ; s'il l'oublie, il n'y revient plus et il perd sa somme
La Bruyère, 14- Il ne faut plus qu'un pas, mais c'est où je l'attends Racine, Baj. I, 3
Ne vous mettez pas en peine, j'ai des remèdes qui se moquent de tout, et je l'attends à l'agonie
Molière, Méd. m. lui, III, 5Les comédiens m'ont dit qu'ils l'attendaient sur la réponse
Molière, Impromptu, 3
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4Attendre de, différer.
Si vous attendez de vous convertir à la mort, vous mourrez dans votre péché
Massillon, Car. Impénit.Ils attendent de n'être plus propres au monde pour être propres au royaume de Dieu
Massillon, Étienne.Pour juger de ce qu'il est, attendez de savoir ce qu'il a fait
J.-J. Rousseau, Ém. V
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5Être réservé à, menacer. Les indignes traitements qui attendent les vaincus.
Est-ce donc là ce qui vous attend ? De nouveaux outrages vous attendaient dans votre gloire
Massillon, Indig.
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6Fig. Un coup n'attendait pas l'autre, les coups se succédaient sans interruption.
- La valeur n'attend pas le nombre des années Corneille, Cid, II, 2
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7Attendre un cheval, en retarder l'éducation jusqu'à ce qu'il ait acquis de la force.
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Attendre du vin, attendre qu'il soit à point. Attendre des fruits, attendre qu'ils soient mûrs.
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8V. n. Attendez ici un moment. J'attendis longtemps sans rien voir venir.
Pour ne pas attendre et pour arriver justement en ce temps-là
Voiture, Lett. 43- Espérer, attendre, c'est vivre ?Que sert de compter et de suivreDes jours qui n'apportent plus rien ? Lamartine, Harm. III, 9
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Faire attendre quelqu'un, le retarder, lui faire perdre son temps. Il fait attendre ses créanciers. Préparez tout, je ne ferai pas attendre.
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Se faire attendre, tarder à venir, au propre et au figuré. Il ne se fit pas attendre. Ses bienfaits ne se feront pas attendre.
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9Attendre à, différer jusqu'à. Il attend à la belle saison, au printemps.
- Faudra-t-il sur sa gloire attendre à m'exercerQue ma tremblante voix commence à se glacer ? Boileau, Épît. I
Il y a des hommes qui attendent à être dévots que tout le monde se déclare impie ou libertin
La Bruyère, 16César résolut d'attendre à se déterminer, qu'il fût sûr du parti qu'embrasseraient Lépidus et Plancus
VERTOT, Révol. rom. liv. XIV, p. 329On attend à se convertir à l'heure de la mort
Fléchier, Serm. II, 28Gardez-les pour son père [les cendres de Pisistrate], mais attendez à les lui donner quand il aura assez de force pour les demander
Fénelon, Tél. XX- À me chercher lui-même attendrait-il si tard ? Racine, Baj. III, 3
Le feu demeure caché dans les veines des cailloux, et il y attend à éclater jusqu'à ce que le choc d'un autre corps l'excite
Fénelon, Exist. 15Il n'attendit pas à la mort à consacrer à Jésus-Christ une partie de ses richesses
Fléchier, M. de Mont.
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10Attendre après, avoir besoin d'une personne, d'une chose. Apporte-lui ce livre ; il attend après.
Ce n'est pas avoir du respect pour le ministre que de le faire attendre après vous
Bossuet, Ord.
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11En attendant, loc. adv. Jusqu'à tel moment. En attendant il s'est reposé.
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En attendant que, loc. conjonct. Jusqu'à ce que. En attendant qu'il vienne. Les poëtes disent quelquefois attendant que.
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S'ATTENDRE, v. réfl.
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12Différer jusqu'à ce qu'on soit réuni. Nous nous sommes attendus, et nous sommes partis ensemble.
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13Compter sur, espérer ou craindre. Tous s'attendent à retourner dans leur patrie. Attends-toi à essuyer des contrariétés sans nombre. Il s'attend bien à ce qui doit arriver. Plutôt qu'on ne s'y attendait. Au moment qu'ils s'y attendaient le moins.
L'erreur la plus pernicieuse est de nous attendre que Dieu nous attendra
Bourdaloue, Carême, II, Grâce, 243Je sais ce qu'il faut croire de ce pays-là ; je ne m'attends pas du tout à m'y amuser
Mme de Staël, Corinne, liv. I, ch. 3Ils ne s'attendaient pas, lorsqu'ils me virent naître, Qu'un jour Domitius dût me parler en maître
Racine, Brit. III, 8
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S'attendre à quelqu'un, compter sur quelqu'un.
- Ne t'attends qu'à toi seul : c'est un commun proverbe La Fontaine, Fab. IV, 22
- Toi donc, qui que tu sois, ô père de famille,T'attendre aux yeux d'autrui, quand tu dors, c'est erreur La Fontaine, ib. XI, 3
- Après ce coup, Narcisse, à qui dois-je m'attendre ? Racine, Brit. II, 6
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Avec la préposition de et un infinitif.
Cassius s'était bien attendu de trouver une opposition générale à sa proposition, de la part des grands de Rome
VERTOT, Révol. rom. liv. III, p. 228On lui donne une pompe funèbre où l'on s'attendait de lui dresser un triomphe
Fléchier, Turenne.- Ulysse en fit autant : On ne s'attendait guèreDe voir Ulysse en cette affaire La Fontaine, Fab. X, 3
- Mes transports aujourd'hui s'attendaient d'éclater Racine, Bérén. III, 1
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Des grammairiens ont prétendu que ce vers de Racine était fautif et que la faute avait été commandée par la nécessité d'éviter l'hiatus ; mais on voit par les exemples que la préposition de était alors aussi usitée dans ce sens que à, et que, aujourd'hui, parler ainsi, ce serait non pas pécher contre la grammaire, mais user d'une tournure dont on peut dire seulement qu'elle est présentement moins usitée.
Remarque
1. S'attendre que régit l'indicatif quand le sens est affirmatif : Je m'attends qu'il viendra. Il régit le subjonctif quand le sens est négatif : Ne vous attendez pas que je le fasse. 2. S'attendre, avec le sens d'espérer, compter, serait inintelligible si on ne connaissait pas à attendre un autre sens que celui qu'il a aujourd'hui. Ce verbe signifiait aussi faire attention, ce qui en est le sens propre. S'attendre, c'est donc s'appliquer à, tendre son esprit à, et de là la signification dérivée dont il s'agit.
Proverbes
On l'attend comme les moines font l'abbé
; c'est-à-dire en se mettant à table et commençant toujours à dîner. Il ennuie à qui attend
. Tout vient à point à qui sait attendre
, c'est-à-dire avec de la patience on finit par trouver une occasion favorable. Vous ne perdrez rien pour attendre
; le retard sera un avantage, ou, dans un sens contraire, vous recevrez le châtiment qui vous est dû. Il faut attendre le boiteux [le messager]
; c'est-à-dire, pour être sûr d'une nouvelle, il faut en avoir la confirmation. Qui s'attend à l'écuelle d'autrui a souvent mal dîné
, c'est-à-dire il ne faut pas compter sur autrui.
Étymologie
Bourguig. étandre ; provenç. atendre ; espagn. atender ; ital. attendere ; du latin attendre, de ad, à, et tendere, tendre (voy. TENDRE) : mot à mot, tendre vers ; de là on arrive au sens actuel. D'après Palsgrave, p. 23, on prononçait les deux t au XVIe siècle.
Supplément
ATTENDRE. - REM. Ajoutez : 3. Dans s'attendre, au sens d'espérer, de compter, le participe passé aux temps composés s'accorde : elle s'est attendue, ils se sont attendus, elles se sont attendues à ce qui devait arriver. S'attendre est tendre soi à, d'où espérer, compter. Cette analyse montre que le participe doit s'accorder.