1avoir v. a. (a-voi. Au XVIe s. on écrivait aurai, auras, etc. mais on prononçait, d'après Bèze, arai, aras, etc. Au XVIIe s. d'après Dangeau, ayant, ayons, ayez se prononçaient a-iant, a-ions, a-iez. Aujourd'hui, c'est une prononciation fautive : il faut dire éiant, é-ions, é-iez. À Paris le peuple prononce eü ou evu au lieu de u [eu] ; c'est un archaïsme sur lequel on débattait encore au XVIIe siècle ; la prononciation u est aujourd'hui la seule correcte)
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1Posséder un objet physique, posséder quelqu'un ou quelque chose dans un certain état. Il a une propriété patrimoniale sur notre commune. Il faut user de ce qu'on a. Avoir de la fortune. Avoir des alliés. N'avoir pas d'enfants. Il n'a pas d'argent. N'avoir rien. Il eut un père très illustre.
- Et de quelques bons yeux qu'on ait vanté Lyncée,Il en a de meilleurs Malherbe, II, 12
- Il a l'oreille rouge et le teint bien fleuri Molière, Tart. II, 3
- J'ai pour aïeul le père et le maître des Dieux RACINE, Phèdre, IV, 6
J'aurais à cette heure de quoi vous écrire un beau poulet
Voiture, Lett. 38
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Familièrement. Avoir de quoi, être dans l'aisance.
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2Porter, tenir. Avoir à la main une coupe, une boîte. Ayant un casque sur la tête. Il n'avait pas de canne en venant.
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En termes de jeux, avoir la boule, le dé, etc. Être en tour de jouer ou être le premier à jouer.
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3Fig. Posséder une chose immatérielle, une qualité ; éprouver une sensation ou un sentiment ; être dans un état ; être âgé de ; être d'une dimension de. Qu'avez-vous ? c'est-à-dire quelle est votre émotion ? Avoir droit sur quelque chose. Avoir la paix. Avoir dans l'esprit. J'ai l'intention de. J'ai une opinion tout à fait opposée. Les hommes qui ont de la prudence. Ces gens ont coutume de. J'ai eu de la peine à me contenir. Avoir mal à la tête. Il avait vingt ans. Rue qui a 10 m. de large.
Ces enfants.... Ayant Dieu dans leur cœur ne le purent louer
Malherbe, I, 4- Et, pourvu qu'il soit cru, nous n'avons maladieQu'il ne sache guérir Malherbe, II, 12
- Mais serait-ce raison qu'une même folieN'eût pas même loyer Malherbe, ib.
Tu as donc familiarité avec le prince d'Ithaque
Molière, la Princ. d'Él. III, 3Le désir se fait mieux sentir parce qu'il a de l'agitation et du mouvement
Bossuet, le Tellier.- Qu'avez-vous donc, dit-il, que vous ne mangez point ? Boileau, Sat. III
J'ai beaucoup de plaisir à voir les choses que j'avais imaginées
Voiture, Lettr. 38- Ayant un empire absolu sur les esprits Boileau, Longin, Sublime, 32
Ah ! n'aie point pour moi si grande indifférence
Molière, l'Étour. II, 7Je vous écris à la vue de la terre de Barbarie, et il n'y a entre elle et moi qu'un canal qui n'a pas plus que trois lieues de largeur, bien que ce soit l'Océan et la mer Méditerranée tout ensemble
Voiture, Lettr. 39- Le fer qui les tua leur donna cette grâceQue, si de faire bien ils n'eurent pas l'espace,Ils n'eurent pas le temps de faire mal aussi Malherbe, I, 4
- Quand j'avais de ma foi l'innocence première,Si la nuit de la mort m'eût privé de lumière,Je n'aurais pas la peur d'une éternelle nuit Malherbe, ib.
- Eh bien ! ne mangeons plus de chose ayant eu vie La Fontaine, Fab. X, 5
Ce qu'il y a eu en lui de plus éminent, c'est l'esprit qu'il avait sublime
LABRUY., 1Trouvant que j'avais peu de latin, il entreprit de m'en enseigner davantage
J.-J. Rousseau, Conf. IIIOui, monsieur, seulement pour vous faire peur, et vous ôter l'envie de nous faire courir toutes les nuits, comme vous aviez de coutume
Molière, Scap. II, 5Que, depuis quarante-deux ans qu'il servait le roi, il avait la consolation de ne lui avoir jamais donné de conseil que selon sa conscience
Bossuet, le Tellier.
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Par analogie il se dit des choses. Cette ville a de beaux édifices. Cette maison a beaucoup de locataires.
- Ah ! sire, un tel honneur a trop d'excès pour moi Corneille, Hor. V, 2
Si tu l'aimes encor, ce sera ton supplice. - Je n'en murmure point, il a trop de justice
Corneille, Cinna, V, 3- Lorsque l'obéissance a tant d'impiété,La révolte devient une nécessité Corneille, Rodog. III, 5
- Seigneur, quand ce dessein aurait quelque justice Corneille, Nicom. V, 5
- Ce projet qui pour vous est tout brillant de gloire,N'aurait-il rien pour moi d'une action trop noire ? Corneille, Sertor. III, 2
- Un moment de sa perte a pour moi des supplices Corneille, ib. III, 4
- Toutes les autres morts n'ont mérite ni marque ;Celle-ci porte seule un éclat radieux Malherbe, II, 12
- Les sceptres devant eux n'ont point de priviléges Malherbe, ib.
- À ce coup nos frayeurs n'auront plus de raison,Puisque par vos conseils la France est gouvernée Malherbe, IV, 2
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4Trouver, rencontrer. Nous avons des gens capables d'exécuter votre projet.
- En te perdant j'ai sur qui me venger Corneille, Rod. II
- J'avais pour de tels coups certaine vieille en main Molière, Éc. des f. III, 4
- Et quand on a quelqu'un qu'on hait ou qui déplaît,Lui doit-on déclarer la chose comme elle est ? Molière, Mis. I, 1
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5Se procurer, acquérir, obtenir, gagner, acheter. Ce qu'on a pour de l'argent. On a quatre pommes pour dix sous. On ne peut rien avoir de cet ouvrier.
La cabale s'est réveillée aux simples conjectures qu'ils ont pu avoir de la chose
Molière, 2e placet au roi.Et que j'avais de quoi le connaître
Pascal, dans COUSINIl a trouvé le moyen de faire avoir des bénéfices sans argent
Pascal, Prov. 12
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6Avoir à, suivi d'un infinitif, être chargé du soin de, être dans le cas de. Avoir une terre à cultiver. Il a de grands travaux à exécuter. Je n'ai absolument rien à vous écrire. Je n'ai rien à craindre. J'ai eu à choisir.
Comme il y a toujours une grande différence entre les choses qui ont à être et celles qui sont en effet....
Voiture, Lett. 124- Vous avez à combattre et les dieux et les hommes Racine, Iphig. V, 3
- J'ai votre fille ensemble et ma gloire à défendre Racine, ib. IV, 7
- Que je serais heureux si j'avais à le faire Racine, Bérén. III, 1
- Son pouvoir n'ayant plus à s'étendre plus loin,Il brise l'instrument dont il n'a plus besoin Rotrou, Bélis. V, 5
Il fut ensuite au sénat, et il demanda qu'on eût, par un sénatus-consulte, à dégager sa parole et à abolir toutes les dettes
VERTOT, Révol. rom. liv. ILe sénat lui ayant fait dire [à Mithridate] qu'il eût à retirer ses troupes de toutes ces provinces
VERTOT, ib. liv. X, p. 33On publia le décret du sénat qui ordonnait qu'on eût à les poursuivre aux dépens du public
VERTOT, ib. liv. X, p. 45Il nous fait remarquer que nous ayons à lui préparer les voies
Massillon, Délai.
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N'avoir qu'à, n'avoir rien autre chose à faire que de. Vous n'avez qu'à lever les yeux. Vous n'avez qu'à dire un mot, et la chose sera faite.
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7Avoir de, tenir de, avoir reçu de. J'ai cette terre du chef de mon père. De qui avez-vous la nouvelle ?
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8Engendrer, créer. Il avait des enfants de ses deux femmes.
Elle a un fils du roi
Mme de Sévigné, 216
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9Imiter, reproduire. Avoir les traits de quelqu'un. Elle n'avait d'une femme que le corps. Il a tout votre air. Avoir la couleur du minium.
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10Avoir pour, regarder comme.
Avoir pour suspecte la vertu même
La Bruyère, 13- Et je vous supplierai d'avoir pour agréableQue je me fasse un peu grâce sur votre arrêt Molière, Mis. I, 1
- Eh bien, mes souverains, aurez-vous agréableQue, n'ayant pu la voir en sa fin lamentable,Nous la fassions au moins apporter devant nous ? MAIRET, Sophon. V, 7
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Avoir quelqu'un, quelque chose pour soi, l'avoir en sa faveur. Ils ont pour eux la justice. Elle a pour elle sa beauté.
Il suffit que ta cause est la cause de Dieu, Et qu'avecque ton bras elle a, pour la défendre, Les soins de Richelieu
Malherbe, II, 12
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11Avoir la parole dans une assemblée, avoir la permission de parler.
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12Avoir quelqu'un à dîner, lui donner à dîner. Il a eu beaucoup de monde à son bal.
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Avoir quelqu'un avec soi, être avec quelqu'un, en être accompagné. Il avait un ami avec lui.
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13Avoir une femme, obtenir ses faveurs. C'est une expression libre et de mauvaise compagnie.
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14En avoir, gallicisme qui signifie être irrité contre, songer à.
Je ne sais à qui il en avait
Mme de Sévigné, 173Je ne sais à qui en ont vos femmes avec leurs vœux
Mme de Sévigné, 511Je lui demandai à qui elle en avait de se vouloir ruiner
Mme de Sévigné, 441À qui en as-tu donc, ou si c'est aux anges que tu ris ?
Hamilton, Gramm. 2
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Vous en aurez, expression de menace, vous serez puni, maltraité.
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En avoir dans l'aile, être atteint de quelque perte, de quelque accident grave.
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15Avoir, verbe auxiliaire dans la conjugaison. J'ai dit. Il avait ordonné. Je crois avoir entendu dire. Ce qui a été dit par vous. L'événement ne m'a pas trompé.
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16Avoir se prend impersonnellement avec le pronom y dans beaucoup de locutions. Il y a, il existe. Il y aura des vices tant qu'il y aura des hommes. Il y en a qui pensent.... Il y eut beaucoup de sang versé. Il y a de la honte à.... Il y a longtemps que.... Y a-t-il rien de plus indigne ? Pourvu qu'il y ait assez d'argent.
Peut-il y avoir des doutes en une question si claire ? Il y aurait de la folie à douter d'une vérité si universellement reconnue
Boileau, Longin, Sublime, 32Il faut convenir que ces Juifs sont des hommes comme il n'y en a point
Diderot, Nouv. max. Phil. 25
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Il n'y a qu'à parler, c'est-à-dire il suffit de parler.
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Il n'y a qu'à pleuvoir, c'est-à-dire la pluie peut survenir.
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Familièrement.
- Ô vent donc, puisque vent y a,Viens dans les bras de notre belle La Fontaine, Fab. IX, 7
- Madame, puisque madame y a Molière, G. Dand. I, 4
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Tant y a, quoi qu'il en soit. Vous me vantez cet homme ; tant y a que je ne veux pas le voir.
- Tant y a qu'il n'est rien que votre chien ne prenne Racine, Plaid. III, 3
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Y ayant, puisqu'il y a, comme il y a.
N'y ayant qu'une vérité de chaque chose
Descartes, Méth. 2Rapsodie veut dire un amas de vers qu'on chantait, y ayant des gens qui gagnaient leur vie à les chanter
Boileau, Réflexions crit. n° 2C'est ainsi que tous les interprètes ont expliqué ces mots.... y en ayant même qui ont mis à la marge du texte grec....
Boileau, ib.N'y ayant rien de si inconcevable
Pascal, dans COUSIN
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17S. m. terme de commerce. Avoir du poids, nom que les Anglais donnent à la livre de seize onces.
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18Terme de turf. Avoir un cheval, parier pour un cheval. Quand un pouleur demande : quel cheval avez-vous ? cela veut dire pour quel cheval pariez-vous ?
Remarque
1. Faut-il dire : il y eut cent hommes tués, ou bien, il y eut cent hommes de tués ? L'usage aujourd'hui est d'employer de quand le substantif est sous-entendu ou qu'il est remplacé par le pronom en, et de supprimer de quand le substantif précède l'adjectif ou le participe ; ainsi on dira : il y eut cent hommes tués, et deux cents de blessés. 2. Les ennemis que j'ai eus à combattre, et les ennemis que j'ai eu à combattre. Il y a entre les deux locutions une distinction qui, quelquefois à peine sensible, l'est d'autres fois assez pour qu'on veuille choisir. Dans le premier cas, j'ai eu des ennemis, et je les ai combattus ; dans le second, il m'a fallu combattre des ennemis. 3. C'est une faute très grosse de dire, à la troisième personne du subjonctif présent, au singulier : qu'il aie, au lieu de : qu'il ait. Vaugelas la signale ; et il n'est pas rare de l'entendre encore aujourd'hui. 4. Dans les prétérits surcomposés, lorsque le complément direct du verbe est placé devant lui, doit-on prendre la forme variable eu, eue, ou la forme invariable eu ? J'avais beaucoup d'affaires ; je suis parti quand je les ai eu terminées, ou eues terminées. Les deux manières peuvent certainement se défendre ; et le poëte pour éviter un hiatus ne devrait se faire aucun scrupule d'accorder eu. Mais il est plus naturel de ne le pas accorder, JULLIEN. 5. Je vous aurais parlé, si je vous eusse trouvé ou si je vous avais trouvé. Si ne prend la construction du subjonctif qu'avec les auxiliaires. 6. En poésie, aie est monosyllabe, et pour l'employer, il faut qu'il soit suivi d'une voyelle. Mais dans le XVIIe siècle, on s'en servait devant une consonne, et on le faisait de deux syllabes : On observera que, bien que avoir soit un verbe actif, il n'a pas de passif ; on ne dit pas : ces choses ont été eues.
Synonymes
AVOIR, POSSÉDER. Avoir est beaucoup plus général que posséder. On a de toutes les façons possibles, au lieu que posséder, c'est avoir, en exprimant précisément que l'on tient en sa main, en son pouvoir, la chose dont il s'agit.
Étymologie
Bourguign. aivoy ; provenç. aver ; espagn. haber ; portug. haver ; ital. avere ; du lat. habere. Comparez l'allemand haben, le gothique haban. Dans l'ancienne langue, on disait non pas il y a, mais simplement il a (illud habet), ce qui voulait le cas régime du substantif : il avoit un chastel, il y avait un château ; chastel est le cas régime : chastels ou chastaus serait le nominatif. Pourtant, l'adverbe y se montre dans cette locution dès le XIIIe siècle. La forme archaïque, sans y, s'est conservée dans le style marotique, au moins avec la négation : Il y a lieu de remarquer avret dans un texte du Xe siècle ; c'est, étymologiquement, l'équivalent de habuerat, où l'u, comme dans ces formations, devint un v, habverat, avec l'accent par conséquent sur há. On s'était étonné que le plus-que-parfait latin n'eût laissé aucune trace dans les langues romanes, où en effet on ne le trouve pas ; mais ces textes du Xe siècle montrent qu'il a existé, bien que transitoirement.