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bâiller dans le Littré

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1bâiller v. n. (bâ-llé, ll mouillées, et non bâ-yé ; il faut avoir bien soin de donner à l'a le son marqué par l'accent circonflexe)

  1. 1Faire un bâillement. Nous bâillons en voyant bâiller les autres.

  2. 2S'ennuyer. On bâillait à cette comédie.

  3. 3S'entr'ouvrir, être mal joint.

    • Cette étoffe, cette dentelle bâille, elle n'est pas assez tendue.

Remarque

Bâiller a été dit pour soupirer après, désirer ardemment ; mais c'est une faute et une confusion avec bayer (voy. ce mot).

Étymologie

Provenç. badaillar ; catal. badallar ; ital. sbadigliare. Ces formes expliquent pourquoi l'ancien français a baailler en trois syllabes, et l'accent circonflexe du français moderne bâiller. Badaillar, baailler sont une forme allongée de badare, bayer (voy. ce mot).

Supplément

BÂILLER. Ajoutez : Activement. Bâiller sa vie, la passer en bâillant.

2bailler v. a. (ba-llé, ll mouillées, et non ba-yé ; il faut bien prendre garde à ne pas assimiler ce mot à bâiller qui a un a long)

  1. 1Donner. Bailler des coups. Il vieillit en ce sens.

      • Dans le langage de l'ancienne chevalerie, bailler sa foi était synonyme de tous les prodiges de l'honneur Chateaubriand, Génie, I, II, 2
  2. 2En termes de pratique, donner, mettre en main. Bailler à ferme, bailler par contrat.

    • Un sergent baillera de faux exploits, sur quoi vous serez condamné sans que vous le sachiez Molière, Scapin, II, 8
  3. 3Familièrement. En bailler d'une belle ; la bailler bonne, belle ; c'est-à-dire chercher à en faire accroire.

    • Vous me la baillez bonne Molière, l'Étour. III, 4
    • Bailler le lièvre par l'oreille, faire de belles promesses.

      • Napoléon ne nous baillait pas le lièvre par l'oreille, jamais ne nous leurra de la liberté de la presse Paul-Louis Courier, II, 224
  4. 4Terme de marine. Jeter de la rogue des maquereaux sur les filets traînés par des bateaux, pour prendre des sardines.

Étymologie

Normand, je baurai, je baillerai ; provenç. bailar, baillir ; anc. catal. baillir ; bas-lat. bajulare, diriger, gouverner, de bajulus, tuteur, baile, pédagogue, du latin bajulare, porter ; de sorte qu'un mot qui ne signifiait dans le latin que porter un fardeau, a pris, dans les langues romanes, les sens dérivés les plus étendus : tenir, donner, garder, gouverner, traiter. La conjugaison était double : bailler et baillir, d'où, dans l'ancien français, baillie, autorité, puissance, et bailli. On remarquera aussi le futur, je baurai, conservé dans les patois, mode ancien de conjuguer dont des traces se retrouvent dans je lairrai, forme populaire de je laisserai, et dans j'enverrai.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander