Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

basse dans le Littré

5 articles· 86 citations· rimes· synonymes

1basse s. f. (bâ-s')

  1. 1Celle des parties qui ne fait entendre que les sons les plus graves des accords.

    • Lulli fut le premier en France qui fit des basses Voltaire, Louis XIV, 33
    • Basse continue, celle qui accompagne un chant depuis le commencement jusqu'à la fin, sans concerter avec lui.

    • Fig. et familièrement. C'est la basse continue de son discours, c'est sa basse continue, c'est le sujet dont il parle toujours.

    • Basse fondamentale, système imaginé par Rameau et depuis longtemps abandonné, dans lequel toutes les notes d'un chant et ses accompagnements devaient être compris dans les harmoniques d'une basse non écrite, mais supposée, laquelle prouvait ainsi la bonté de toute l'harmonie.

    • Basse chiffrée, celle qui n'a, dans la portée musicale, que la note basse d'un accord, et où les autres sont indiquées par des chiffres écrits au-dessus (voy. CHIFFRER).

    • Basse contrainte, celle dont le chant est borné à un petit nombre de notes et à une même phrase qu'elle recommence toujours.

  2. 2Voix propre à chanter la basse. Cet homme a une belle basse.

    • Et Gorillon la basse et Grandin le fausset Boileau, Lutr. v.
    • Il m'a cité l'exemple d'un chantre de Notre-Dame (je crois que c'était une basse), à qui un rhume avait fait perdre entièrement la voix Racine, Lettr. III, à Boileau.
    • David Rizzio avait une voix de basse agréable Voltaire, Mœurs, 169
  3. 3Violoncelle, nommé basse, parce qu'il joue le plus souvent la basse dans les symphonies et les quatuors ou trios. Jouer de la basse.

    • Celui qui joue de cet instrument. C'est une bonne basse.

    • Basse de viole, ancien instrument appelé aussi viole de gambe, analogue pour la forme, la grandeur et la manière de le tenir, au violoncelle, qui l'a remplacé.

      • Il vous faudra trois voix, qui seront accompagnées d'une basse de viole, d'un théorbe et d'un clavecin Molière, Bourg. gent. II, 1
  4. 4S. f. plur. Les grosses cordes de certains instruments. Ce piano a de belles basses.

Étymologie

Bas, adjectif.

2basse s. f. (bâ-s')

  1. Terme de marine et d'hydrographie. Petit banc ou îlot de roches qui ne découvre jamais, sans cependant, comme le bas-fond, laisser assez d'eau pour passer dessus de basse mer.

    • La basse tient le milieu entre le haut-fond et le bas-fond LEGOARANT
    • L'entrée du port était étroite et dangereuse à cause des bancs et des basses qui s'y rencontrent SARASIN, Siége de Dunkerque

Étymologie

Bas, adjectif.

3basse s. f. (bâ-s')

  1. Terme de manége. Pente douce sur laquelle on dresse le cheval à galoper et à plier les jambes.

Étymologie

Bas, adjectif.

4basse s. f. (bâ-s')

  1. Ustensile qui sert à porter de la vendange.

Étymologie

Probablement le même, avec une autre prononciation, que bâche au sens de auge.

5bas, basse adj. (bâ, bâ-s' ; l's se lie : un cœur bas et lâche, dites : bâ-z et....)

  1. 1Qui a peu de hauteur. Maison basse. Rives plus basses. Un siége bas. Le plafond est bas. La porte est basse. Cet animal est très bas sur ses jambes.

    • En termes de guerre, basse enceinte, la fausse braie. Place basse, la casemate et le flanc retiré qui sert à défendre le fossé.

  2. 2Baissé, par opposition à levé. Marcher la tête basse. Ce chien porte les oreilles basses.

    • Fig. Avoir l'oreille basse, être humilié, mortifié.

    • En termes de guerre, faire main basse, piller, ne pas faire de quartier ; et figurément, traiter sans ménagement.

  3. 3Situé au-dessous d'une autre chose ; dont le sol est plus bas. La partie basse d'une ville. La partie basse des Alpes. La cavalerie était placée dans la partie basse. Lieux bas et marécageux. Descendre dans les terres basses. La basse Égypte, la basse Normandie, la basse Bretagne.

    • Basses voiles, les grandes voiles d'en bas, par opposition à celles de hune et de perroquet.

    • Ce vin est bas, il est près de la lie, il sent la lie.

    • Ce bas monde, la terre, par opposition au ciel.

    • Basses terres, terres situées au pied des montagnes, ou près de la mer.

    • Les basses régions de l'air, les couches d'air les plus voisines de la terre.

    • La basse région de l'âme, celle où se forment les passions grossières et les appétits sensuels.

    • Le bas bout de la salle, la place la plus voisine de la porte d'entrée, et conséquemment, celle que l'on donne aux hôtes les moins distingués.

    • Au bas mot, en réduisant la chose autant qu'il est possible. Cette terre a coûté, au bas mot, cent mille francs. Il y a eu dans ce combat, au bas mot, deux cents tués.

  4. 4Qui est inférieur à son point d'élévation ordinaire. Basse mer. Basse marée. La rivière est basse. Le jour est bas, il est sur son déclin. Le temps est bas, l'air est chargé de nuages moins élevés qu'à l'ordinaire.

    • Familièrement et fig. Les eaux sont basses, l'argent commence à manquer.

  5. 5Bas se dit du temps, aussi bien que du lieu. Le Bas-Empire, l'Empire en décadence depuis Constantin jusqu'à la prise de Constantinople par les Turcs.

    • Les bas siècles, les bas temps, les temps qui suivent la chute de l'empire romain.

    • La basse latinité, la langue latine corrompue dont on s'est servi depuis l'invasion des barbares et durant le moyen âge. Le bas-latin, le latin de ces temps. Basse grécité et bas-grec, même sens quant au grec.

    • Le carême est bas, c'est-à-dire il commence de bonne heure, dès le mois de février.

  6. 6Qui se fait à peine entendre, en parlant de la voix. Voix basse.

    • À voix basse, sans élever la voix. Dire à voix basse. De sa voix la plus basse. Répondre sur un ton bas.

    • À basse note, sans élever la voix.

      • On fit briller le vin de St-Laurens, et en basse note, entre M. et Mme de Chaulnes et moi, votre santé fut bue Mme de Sévigné, 669
      • Mlle Clairon va jouer, à basse note, Aménaïde et Électre sur notre petit théâtre de Ferney Voltaire, Lettr. d'Argental, 12 août 1765
    • Fig.

    • Familièrement. Vous l'avez pris sur un ton trop bas, vous n'avez pas parlé avec assez de fermeté.

  7. 7Terme de musique. Qui appartient au bas de la gamme, grave. Un son très bas.

  8. 8Terme de danse. Danses basses ou danses nobles, celles qui, comme la courante, le menuet, consistaient dans des pas glissés et de belles attitudes, sans s'élever de terre. On les opposait aux danses par haut, qu'on appelait autrement baladinages, dans lesquelles on sautait plus ou moins.

  9. 9Fig. Inférieur, subalterne. Professions basses. Fonctions basses. Les gens de la basse classe. Reprocher à quelqu'un sa basse extraction. Être de la plus basse origine. Homme de la plus basse condition. Bas lieu, condition, naissance peu relevée.

    • Le bas peuple, les dernières classes du peuple.

      • Le bas peuple en vaudra certainement mieux, quand les principaux citoyens cultiveront la sagesse et la vertu Voltaire, Lettr. Damilaville, 13 avril 1766
    • Le bas commerce, les petits marchands.

      • C'est la même négligence qui lui a fait dire que tout le bas commerce était infâme chez les Grecs Voltaire, Lettr, Linguet, 15 mars 1767
    • Les basses classes d'un collége, les classes élémentaires.

    • Le bas chœur d'un chapitre, les chantres et les chapelains.

    • Les bas officiers, les officiers subalternes. Ce terme désignait, au XVIIe siècle, en France, et désigne encore dans des armées étrangères, les grades inférieurs à celui d'officier, grades auxquels depuis lors on donne le nom de sous-officiers.

    • La chambre basse en Angleterre, la chambre des communes.

    • Basse justice, en parlant des justices seigneuriales, se disait par opposition à moyenne et haute justice ; elle connaissait des droits dus au seigneur, cens et rentes, de la police, de dégât de bêtes, d'injures légères, etc.

    • Messe basse, messe dite sans être chantée par le chœur et sans assistance de diacre et de sous-diacre.

      • L'évêque de Chartres ne pouvait jamais y dire la messe basse [dans la cathédrale] Saint-Simon, 78, 11
    • Les basses cartes, les cartes inférieures, celles qui ont le moins de valeur et de force.

    • Maître des basses œuvres, cureur de retraits, vidangeur.

    • En termes de fauconnerie, oiseau bas, oiseau maigre et décharné.

  10. 10Vil, méprisable, honteux. Bas flatteur. Âme basse. Sentiments bas. Manière de vivre basse.

  11. 11Manquant de distinction, en parlant du langage et des choses d'esprit. Terme bas ; expressions basses ; style bas ; plaisanterie basse. Le bas comique.

    • Cette manière basse de plaisanter a passé du peuple, à qui elle appartient, jusque dans une grande partie de la jeunesse de la cour, qu'elle a déjà infectée La Bruyère, 5
    • Ah ! Velches, quand je vous donne du grand, vous dites que je suis boursouflé ; et, quand je vous donne du simple, vous dites que je suis bas Voltaire, Lettr. d'Argental, 15 mai 1767
  12. 12Peu élevé, en parlant du prix, de l'évaluation. Ce qui est le plus bas prix. Vendre à bas prix. Ceux qui mettent le nombre des tués au plus bas. Or de bas aloi ; bas or ; bas argent. Les fonds publics sont bas.

  13. 13En parlant de la vue, qui force à se baisser, à s'approcher de l'objet que l'on regarde. Avoir la vue basse, ne distinguer les objets que de près.

  14. 14En parlant de l'âge, qui appartient à la première enfance. Être en bas âge. Dans son bas âge.

  15. 15Bas, s. m. La partie inférieure. Il venait du bas du pays. Il le saisit par le bas du corps. Il le fait rouler jusqu'au bas de l'escalier. Le bas de la montagne. Le bas d'un arbre. Le bas d'une robe.

    • Il y avait, au bas de votre lettre, trois écritures différentes Voiture, Lett. 30
    • En termes d'astrologie, le bas du ciel, la troisième ou quatrième maison d'un horoscope, où est le nadir, c'est-à-dire la partie du ciel la plus basse à notre égard.

    • En termes de marine, partie extérieure d'un bâtiment, au-dessous de la ligne d'eau.

    • Fig.

      • Je ne dois pas me fort soucier de ce qui se passe, dans le bas du monde, parmi les esprits inférieurs Guez de Balzac, liv. V, lett. 10
      • Notre argent est au bas [nous n'en avons plus], il y faut remédier Hamilton, Gramm. 3
    • Il y a du haut et du bas dans la vie, elle est mêlée de biens et de maux. Il y a des hauts et des bas dans la conduite de cet homme, beaucoup d'inégalités. Le sort a des hauts et des bas. Avoir du haut et du bas dans l'humeur.

      • N'admirez-vous pas comme cette vie est mêlée de haut et de bas, de blanc et de noir ? Voltaire, Lettr. Damilaville, 9 février 1767
      • Le christianisme a fait voir le haut et le bas de notre cœur Chateaubriand, Génie, II, III, 1
    • Les voies inférieures du corps.

      • L'opération [produite par les gouttes d'Angleterre, sorte de purgatif] sur le maréchal de Lorge fut douce, mais prodigieuse par le bas Saint-Simon, 29, 79
    • Le bas de la voix, les sons graves de la voix.

    • Ce qui manque de distinction.

      • Le trivial et le bas défigurent la tragédie Voltaire, Lettr. Walpole, 15 juillet 1768
    • BAS, adv.

  16. 16Dans la partie basse, dans un lieu situé au-dessous. Il était assis plus bas. Plus bas que la ville. Faire descendre quelque chose plus bas. Ces eaux viennent de plus bas. Nous aurons du mauvais temps, les hirondelles volent bas. Cette petite fille est assise trop bas. Dans cette grande marée, la mer s'est retirée fort bas.

    • Familièrement. Cet homme est bien bas percé, il est bien mal dans ses affaires. Locution tirée du tonneau qu'on perce bas, pour tirer les dernières bouteilles de vin.

    • Boiter tout bas, boiter beaucoup. Plus bas, ci-après. Dont nous parlerons plus bas.

    • Jouer argent bas, jouer argent comptant.

    • En termes de marine, amener tout bas, filer entièrement les drisses d'une vergue, d'une voile.

    • Terme de marine. Couler bas un navire, faire qu'il s'enfonce sous l'eau ; et, neutralement, le navire coule bas. Couler bas d'eau, s'enfoncer sous l'eau parce que l'eau remplit le bâtiment. La chaloupe coulait bas d'eau, lorsqu'elle fut rencontrée par un navire.

  17. 17Fig. Est-il possible de tomber si bas, de s'abaisser à ce point, d'éprouver de tels revers ? etc.

  18. 18Mettre bas les armes ou les armes bas, rendre les armes, cesser de combattre.

    • Qui mettait les armes bas devant l'ennemi Bossuet, Hist. III, 6
    • Ils mirent bas les armes pour les regarder Fénelon, Tél. XX
    • Le sénat.... ordonna aux deux princes numides de mettre les armes bas VERTOT, Révol. rom. IX, p. 374
    • Je n'ai point cru devoir mettre les armes bas Corneille, Sertor. IV, 3
  19. 19Bas, d'une voix basse, sans faire de bruit, au-dessous du ton convenable. Parler bas à quelqu'un. Il me répète tout bas son refrain. Il demanda tout bas. Rire tout bas. Parlons plus bas, mes sœurs.

    • Parlons bas, écoute Corneille, Cid, II, 2
    • Ciel ! si quelque infidèle.... Racine, Esth. II, 9
  20. 20Terme de musique. D'un ton qui est vers le grave. Ce luth est monté trop bas.

  21. 21À bas, locut. adverb. Mettre ou jeter à bas ; jeter, renverser ; et figurément, détruire.

    • Fig.

    • Cris d'improbation.

      • À bas la cabale ! à bas ! Crier à bas les ministres Béranger, G. nation.
    • À bas de. loc. prépos. Se jeter à bas d'un mur, des retranchements. Sauter à bas de cheval.

      • Il saute à bas de son lit J.-J. Rousseau, Ém. II
  22. 22En bas, loc. adv. Dans un lieu placé au-dessous. De haut en bas. Aller en haut et en bas. Il tombe la tête en bas. Piques qui tombent la pointe en bas.

    • Fig. Regarder, traiter quelqu'un du haut en bas, le regarder, le traiter avec dédain, avec mépris.

      • Ces femmes qui regardent un chacun de haut en bas Molière, Impr. 1
    • En bas de, locut. prépos. On le trouva évanoui en bas de l'échelle.

    • D'en bas, loc. adverb. Les émanations qui venaient d'en bas.

    • Par en bas, loc. adv. Dans le bas.

      • Sa taille est devenue plus fine par en bas Mme de Sévigné, 499
  23. 23Par bas, dans un endroit bas. Demeurer par bas. Être logé par bas, au rez-de-chaussée.

    • Par bas, en termes de médecine, par les voies inférieures du corps. Purger par bas. Purger par haut et par bas. Cette drogue fait aller par haut et par bas, elle fait vomir et aller à la garde-robe.

  24. 24Ici-bas, sur la terre, par opposition au ciel.

  25. 25Là-bas, loc. adv. Au-dessous ; à une certaine distance. Il demeure là-bas.

  26. 16Bas de, pauvre de, manquant de....

    • Je ne sais quels Scythes Bas de fortune et de mérites Malherbe, Lexique, éd. L. Lalanne

Remarque

On met des traits d'union à : bas-Breton, habitant de la basse Bretagne ; bas-breton, dialecte celtique parlé dans la basse Bretagne ; bas-Normand, habitant de la basse Normandie ; à Bas-Empire, empire romain transporté à Constantinople et tombé en décadence ; aux noms des départements, Bas-Rhin, Basses-Pyrénées, et à Pays-Bas (la Belgique et la Hollande). Mais on écrit sans trait d'union le bas Rhin, la partie inférieure du Rhin ; les basses Pyrénées, les Pyrénées situées près de la mer.

Synonymes

BAS, ABJECT, VIL. Ce qui est bas est placé au-dessous. Ce qui est abject est jeté de côté. Ce qui est vil est de prix inférieur. Aussi abject et vil expriment un degré au-dessous de bas. Une condition basse peut n'avoir rien d'abject ni de vil. Quand bas s'applique au moral (une âme basse, des sentiments bas), bas, bien qu'il n'exprime plus un état qui soit indifférent, garde encore quelque chose de son sens primitif, et on enchérirait si on disait une âme abjecte, une âme vile : cela tient à la signification primitive, dont la nuance suit le mot dans tous ses emplois. On peut signaler la même différence entre abject et vil ; ce qui est vil a très peu de prix, est beaucoup au-dessous du prix, mais enfin a encore un certain prix ; au lieu que abject est tout à fait rejeté, et, pour ainsi dire, mis à la voirie.

Étymologie

Provenç. bas ; espagn. bajo ; portug. baixo ; ital. basso. On a indiqué le celtique : bas-breton, baz ; kymri, bâs ; irland. bass, mots qui signifient peu profond. Diez combat cette étymologie, d'abord en remarquant que le j espagnol répondrait mal au bas-breton et exigerait deux s ; objection insuffisante puisque les deux s sont dans l'irlandais. Puis il objecte le sens : bassus signifiant, dans Isidore, crassus, pinguis ; dans Papias, curtus ; et dans le vieux français, qui n'est pas élevé, et non pas peu profond ; sens confirmé encore par l'italien bassotto, épais. Par ces raisons il rattache bas au latin bassus, qui a été un surnom et qui, d'après les gloses, exprime une certaine conformation du corps. Cette argumentation paraît probante.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander