1bel adj. m. (bèl)
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Voy. BEAU.
Voy. BEAU.
Terme de pêche. Nom donné par les pêcheurs de la morue verte à l'établissement qu'ils font depuis les haubans de misaine jusqu'au commencement du gaillard d'arrière.
1Qui plaît par la forme, en parlant des êtres animés. Ô le bel enfant. Un beau garçon. Femme très belle. Sa pudeur la rendait encore plus belle. Un beau cheval. Un bel arbre. Des traits beaux et réguliers.
J'ai vu souhaiter d'être fille, et une belle fille, depuis treize ans jusqu'à vingt-deux, et, après cet âge, de devenir un hommeLa Bruyère, 3
Un beau visage est le plus beau de tous les spectaclesLa Bruyère, ib.
....Le lierre Qui croît beau tant qu'à l'arbre il se tient bien serré, Et ne profite point s'il en est séparéMolière, Sgan. 2
Il s'emploie quelquefois avec de et un nom sans article : il était beau d'indignation et de colère.
Le beau sexe, les femmes.
Ma belle amie, ma belle enfant, ou simplement ma belle, expression affectueuse et familière dont on se sert envers une jeune fille ou une jeune femme.
Familièrement, élégant, bien vêtu. Une belle dame. Pourquoi vous faites-vous si beau ?
Distingué. Le beau monde. Les gens du bel air.
Beau fils, jeune élégant à mise recherchée, à manières affectées.
Ce Saumery avait un cadet qui faisait le beau fils et l'homme à bonnes fortunesSaint-Simon, 366, 91
2Remarquable par les proportions, en parlant des choses, qui plaît à la vue, agréable. Une belle maison. Un beau théâtre. Beaux jardins. Un très beau site. Toutes les belles choses sont rares. Chacun trouve beau ce qu'il possède. Les statues de Phidias, qui sont ce qu'il y a de plus beau en ce genre. La plus belle saison de l'année.
3Qui est en bon état, bon, qui fait bien une chose. Très belle flotte. Champ de belle apparence. Belles moissons. Beau feuillage. Belle santé. Cette maison est en bel air. Un beau mangeur. Un beau danseur. Un beau diseur.
Beau joueur, celui qui fait les plus grandes pertes au jeu, sans laisser apercevoir le chagrin qu'il éprouve, et figurément, celui qui supporte galamment les diverses chances.
Belle humeur, bonne disposition de l'âme, gaieté.
On dit, par belle humeur et dans la liberté de la conversation, de ces choses froides qu'à la vérité on donne pour telles, et que l'on ne trouve bonnes que parce qu'elles sont extrêmement mauvaisesLa Bruyère, 5
Digne d'être écouté. De belles paroles, de belles promesses.
Combien de belles et inutiles raisons à étaler à celui qui est dans une grande adversité, pour essayer de le rendre tranquille !La Bruyère, 5
Ironiquement, de belles paroles, de belles promesses, des paroles dites, des promesses faites, sans qu'on veuille les faire suivre d'effets.
Un beau pinceau, un beau ciseau, un beau burin, pour dire un bon peintre, un bon sculpteur, un bon graveur.
4Pur, serein. Beau jour. Par un beau temps. Quel beau ciel !
Il fait beau temps, il fait beau, le temps est beau.
Elle se promène dès qu'il fait beauMme de Sévigné, 253
Ironiquement, il fera beau temps, il fera beau quand.... c'est-à-dire à l'avenir la chose ne se passera plus de même. Il fera beau temps quand je lui confierai un secret.
Les beaux jours, la saison chaude de l'année ; et figurément, les beaux jours, les belles années, le bel âge, le temps, l'époque de la jeunesse.
En termes de marine, une belle mer, une mer qui n'est pas agitée.
Mourir de sa belle mort, mourir de sa mort naturelle.
À la belle étoile, en plein air.
5Fig. Grand, relevé, en parlant des choses de l'esprit. Beaux poëmes. Beaux génies. Belle harangue. De très belles expressions. Il a laissé de beaux ouvrages.
J'aime encore les beaux morceaux de Lulli, malgré tous les Glucks du mondeVoltaire, Lettr. Mme du Deffant, 25 janv. 1775
Bel esprit, genre d'esprit qui ne manque ni de distinction ni d'élégance, mais qui tombe facilement dans la prétention.
La Garouffière, qui prétendait fort au bel esprit, se fit apporter un portefeuilleScarron, Rom. com. II, ch. 13
Un bel esprit, un homme dont l'esprit est orné de connaissances agréables.
Voiture est le premier qui fut en France ce qu'on appelle un bel espritVoltaire, Louis XIV, Écrivains, Voiture.
Je le sais, Théobalde, vous êtes vieilli ; mais voudriez-vous que je crusse que vous êtes baissé, que vous n'êtes plus poëte ni bel esprit ?La Bruyère, 5
Ascagne est statuaire, Hégion fondeur, Eschine foulon, et Cydias bel esprit, c'est sa professionLa Bruyère, ib.
Oui, allez dire qu'on peut nous voir ; c'est sans doute un bel esprit qui a ouï parler de nousMolière, Préc. 7
Vous recevez beaucoup de visites ? Quel bel esprit est des vôtres ?Molière, ib. 10
Il se prend souvent en mauvaise part. C'est un bel esprit ennuyeux ; une femme bel esprit.
Les belles-lettres, la grammaire, l'éloquence et la poésie.
Il y avait des savants à belles-lettres qui ne cherchaient que la pureté des languesFénelon, XXI, 44
Les beaux-arts, l'éloquence, la poésie, la peinture la sculpture, l'architecture, la musique et la danse d'expression.
6Noble, élevé, généreux, glorieux. De beaux sentiments. Un beau caractère. Belle âme. Une belle naissance. Les beaux temps de notre histoire.
Don Rodrigue et don Sanche à l'envi font paraître Le beau feu qu'en leurs cœurs ses beautés ont fait naîtreCorneille, Cid, I, 1
Qu'il mourût, Ou qu'un beau désespoir alors le secourûtCorneille, Hor. III, 6
Rome unique objet d'un désespoir si beauRacine, Mithr. III, 1
S'efforce à noircir une si belle vieCorneille, Nicom. III, 8
Ah ! Seigneur, d'une si belle vie Un si faible ennemi peut-il troubler la paix ?Racine, Esth. II, 1
7Bienséant, convenable, honnête. Il est beau de.... Il serait très beau, à mon avis, de.... Le plus beau rôle est de regarder. Il y a un langage qui est beau pour les vieillards. Trouvez-vous que cela soit beau ? Cela n'est pas beau. Il n'est pas beau que vous ayez pris sa place.
8Heureux, favorable. Un très beau succès. Un bel emploi. Avoir de belles protections. Être en belle passe. Un beau commencement.
Cependant puisqu'enfin l'apparence est si belleCorneille, ib. IV, 2
9Gros, grand, considérable, précieux. De belles pommes. Une belle quantité d'or. Une belle somme d'argent. Belle fortune. Belle provision de livres. Ces conquêtes seraient déjà d'assez beaux prix de la victoire. Très beaux présents. Belles promesses. Vous nous avez fait une belle peur. Une belle et bonne fluxion de poitrine.
Mais beaux et bons sangliers, daims et cerfs bons et beauxLa Fontaine, Fabl. II, 19
Il vous en rapportera un beau nombrePascal, Prov. 4
Familièrement. Il y a beau temps qu'il est parti, il y a longtemps qu'il est parti.
Dans un sens ironique. Répondez, beau défenseur des mauvaises causes. Ô le beau général ! Mon bel ami ! Oh ! la belle victoire que vous remportez ! La belle chose, la belle affaire si... ! Me voilà dans un bel état ! Arrangé de la belle manière.
Le bel appui que j'ai là ! Belle demande ! Aussi on en a fait beau bruit en FlandrePascal, Prov. 19
Si faut-il voir si cette belle philosophie.... La belle chose de crier à un homme....Pascal, dans COUSIN
La reine les mande [les maîtres des requêtes], les appelle de belles gens pour s'opposer à la volonté du roiRetz, II, 104
Vous vous taisez exprès et me laissez parler par belle maliceMolière, D. Juan, III, 1
Quand tout le monde est descendu dans la rue, il s'y fait un bel embarrasMontesquieu, Lett. pers. 24
Familièrement. Vous avez fait un beau coup, c'est-à-dire, vous avez fait une maladresse, une action blâmable.
En faire de belles, en dire, en conter de belles, faire, dire des sottises, des extravagances. De belle sorte, ironiquement, de la bonne manière, sans ménagement.
.... Que si la colère une fois me transporte, Je vous ferai chanter hélas de belle sorteMolière, Sgan. 1
Nous les avons menés de la belle manièrePaul-Louis Courier, I, 218
On lui en fera voir de belles, on le malmènera. Dans le même sens, il verra beau jeu.
10Quelquefois beau est rédondant. Un beau jour il pourra, je l'espère.... A beaux deniers comptants. Au beau milieu de la rue. Crier comme un beau diable. Le cheval le déchira à belles dents.
Fig. Déchirer à belles dents, médire.
11Il fait beau, suivi d'un infinitif, il est agréable de.
Ironiquement, il fait beau, on serait mal reçu à....
Il serait étrange.... Il ferait beau alléguer l'opinion publique à Mademoiselle de PisseleuPaul-Louis Courier, II, 391
Il me ferait beau voir aller à la fontaine des féesPERRAULT, 23
Il ferait beau voir une province entière se disperser dans les forêtsDiderot, Pens. phil. 6
12Terme de jeu. Donner beau jeu à quelqu'un, lui donner des cartes maîtresses ; et figurément, donner à quelqu'un les moyens de réussir contre nous. Avoir beau jeu, avoir les cartes maîtresses ; et figurément, avoir l'occasion favorable. Cela lui fait beau jeu, cela lui donne un grand avantage.
Faire un beau coup, avoir un coup heureux. Fig.
Un beau coup de bourse, un grand gain.
Au jeu de paume, donner beau, jouer la balle de manière qu'elle soit facile à prendre. Donner beau sur les deux toits, envoyer la balle à son adversaire de manière à ce qu'elle porte sur les deux toits, ce qui la rend aisée à prendre.
Fig. et familièrement. Donner beau ou la donner belle à quelqu'un, fournir à quelqu'un une occasion favorable.
Pour lui donner plus beau, elle ne cessait de le raillerHamilton, Gramm. 10
Nous convînmes [Bezons et moi] que, s'il [le duc d'Orléans] nous le donnait beau dans la conversation à l'un de nous deux, celui qui trouverait jour le saisirait pour pousser l'ouvertureSaint-Simon, 251, 107
Ironiquement. La donner belle à quelqu'un, se moquer de lui.
Pinuccio nous l'allait donner belleLa Fontaine, Berc.
La bailler belle à quelqu'un, lui en faire accroire.
L'avoir beau ou l'avoir belle, avoir l'occasion favorable.
Mme de Nemours fut desservie auprès du roi, Puysieux eut beau à la donner comme peu mesurée avec un prince du sangSaint-Simon, 129, 169
Au jeu du mail, mettre en beau, ajuster au milieu pour franchir la passe.
13L'échapper belle, échapper à un grand péril.
La manquer belle, perdre une bonne occasion.
14Avoir beau, faire inutilement. Il a beau se remuer, il ne réussira pas, c'est-à-dire bien qu'il se remue, il ne réussira pas.
On a beau avoir des troupesBossuet, Hist. III, 3
Vous avez beau dire et beau faireMme de Sévigné, 4
On a beau étudier les hommesFénelon, Tél. XI
Ce fait [l'Iliade renfermée dans l'alphabet] étant supposé, un homme qui voudra trouver de l'art dans l'Iliade, raisonnera très mal ; il aura beau admirer l'harmonie des vers, la justesse et la magnificence des expressionsFénelon, Exist. 74
Nous avons beau leur annoncer qu'on meurt comme on a vécuMassillon, Car. Mort.
Vous avez beau faire montre d'une vaine intrépiditéMassillon, Carême, Évidence.
Les prophètes avaient beau alors leur reprocher leurs injusticesMassillon, Car. Culte.
15En termes d'escrime, avoir les armes belles, faire bien des armes et avec grâce.
16En termes de manége, ce cheval porte beau, il porte bien la tête.
17S. m. Ce qui est beau, le beau côté d'une chose. Le beau est rare. Où est le beau dans un monceau d'or ? Le beau de cette victoire c'est.... Quand on achète, il faut prendre du beau.
Lorsqu'on en est maître une fois, il n'y a plus rien à souhaiter, tout le beau de la passion est finiMolière, Festin, I, 2
Pendant qu'il [le roi de Suède] rassemble de nouvelles forces, Dieu tonne du plus haut des cieux ; le redouté capitaine tombe au plus beau de sa vie, et la Pologne est délivréeBossuet, Anne de Gonz.
Tout ce qui élève l'âme en lui faisant éprouver un sentiment de plaisir. Le beau idéal.
C'est ce beau universel [de Platon] qui enlève le corps et qui fait oublier toute beauté particulièreFénelon, XVIII, 323
En beau, en donnant plus de beauté, et figurément, sous un favorable aspect. Peindre quelqu'un, quelque chose en beau.
Je mets dans son portrait un peu de Grignan en beauMme de Sévigné, 575
Au beau, en parlant du temps, à un état serein. Le baromètre est au beau. Le beau fixe auquel le baromètre se tient depuis quelques jours.
Faites un soupir ou un sourire, et dites que le temps est au beauPaul-Louis Courier, I, 60
S. m. Un beau, un homme recherché dans sa toilette et dirigeant la mode.
Familièrement. Faire le beau, la belle, se pavaner.
S. f. Une belle, une femme qui a de la beauté.
.... le fécond pinceau qui, sûr dans ses regards, Retrouve un seul visage en cent belles éparsAndré Chénier, 3
Une belle, une maîtresse. Il attendait sa belle.
18Elliptiquement. Belle, avec un substantif féminin sous-entendu. Prendre sa belle, saisir l'occasion. Attendre sa belle, attendre une occasion favorable.
M. Talon avait conclu en plein contre M. de Luxembourg ; ce fut aussi où il arrêta son affaire ; et à son érection nouvelle il attendit sa belleSaint-Simon, 17, 195
Terme de jeu. Jouer la belle, se dit de deux joueurs qui, ayant gagné chacun une partie, en jouent une troisième pour décider finalement du gain ou de la perte.
De plus belle, en augmentant.
Le seigneur fait frapper de plus belleLa Fontaine, Paysan.
La main qu'on lui serrait de plus belle à cette déclarationHamilton, Gramm. 4
En conter de belles sur, raconter des choses peu honorables, peu favorables sur quelqu'un.
On m'en a conté de belles sur son peu de probitéHamilton, Gramm. 9
19Tout beau, loc. adv. Doucement, modérez-vous.
Tout beau, qui dans la langue de Corneille appartenait au style le plus élevé, n'est plus aujourd'hui que du style familier.
Tout beau, tout beau ! expression dont on se sert pour modérer les mouvements d'un chien.
Ces chiens à qui l'on dit tout beauMme de Sévigné, 499
Bel et bien, bel et beau, bien et beau, loc. adv. Tout à fait, entièrement. Il le fit bel et bien.
Dis-lui bien et beau [clairement] que....Molière, Dép. I, 6
1. La locution avoir beau pour dire faire inutilement, peut s'expliquer ainsi : avoir beau, c'est toujours avoir beau champ, beau temps, belle occasion ; avoir beau faire, c'est proprement avoir tout favorable pour faire. Voilà le sens ancien et naturel. Mais par une ironie facile à comprendre, avoir beau a pris le sens d'avoir le champ libre, de pouvoir faire ce qu'on voudra, et, par suite, de se perdre en vains efforts. Vous avez beau dire, c'est, primitivement, il est bien à vous de dire ; puis, vous pouvez dire, on vous permet de dire, mais cela ne servira à rien. 2. Molière a écrit : Nous l'avons échappé belle, et c'est ainsi qu'on écrit maintenant ; mais ce n'en est pas moins une irrégularité, et, dans le XVIe siècle, on écrivait : il l'a échappée belle.
BEAU, JOLI. Le joli n'est qu'un diminutif du beau ; il n'en a ni la grandeur, ni la régularité, ni la généralité, ni l'idéal. La chaîne des Pyrénées vue du haut du pic du Midi est un beau spectacle ; un joli paysage est quelque chose de bien plus restreint. Un vieillard peut avoir une belle tête ; mais il n'a jamais un joli visage ; une femme jolie peut n'être pas belle. Enfin le joli n'a point un type idéal de perfection auquel les lettres et les arts cherchent à se conformer. TORIQUE : Xe s. XIe s. XIIe s. XIIIe s. XIVe s. XVe s. XVIe s.
À beau jeu beau retour, rendre la pareille
. Ce que vous me proposez est beau et bon, mais je n'en ferai rien
, se dit à une personne dont on ne goûte pas les propositions. Il a le commandement beau
, c'est-à-dire il ordonne des choses impossibles, ou peu importe ce qu'il commande, on n'en tient compte. Voilà un beau venez-y-voir
, se dit pour rabaisser une chose trop vantée. La belle plume fait le bel oiseau
, c'est-à-dire les beaux habits donnent de la bonne mine.
Berry, biau ; bressan, bal ; picard, biau et biel ; provenç. bel ; catal. bell ; espagn. et ital. bello ; de bellus. Bèze, au XVIe s. dit qu'on prononce beo, un e fermé s'entendant avec o et ne faisant qu'un son, et il recommande de ne pas prononcer biau comme font les Parisiens. Dans l'ancien français, au nominatif singulier, bels ou baus, au régime bel ; au nominatif pluriel bel, et au régime bels ou baus. C'est du régime singulier que nous est restée la forme bel.
BEAU. - REM. Ajoutez : 3. Il est rare que bel se dise autrement que devant un substantif commençant par une voyelle ou une h muette : un bel arbre, un bel homme. Pourtant on en trouve quelques exemples dans un autre emploi, mais toujours devant une voyelle, bien entendu. Cela n'est point une faute, mais maintenant c'est peu usité.
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander