Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

bien dans le Littré

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1bien s. m. (biin ; l'n ne se lie jamais : ce bien est à moi, dites : ce biin est à moi, en donnant à biin la nasalité qui est dans in-digne, et non ce biin-n est à moi)

  1. 1Ce qui est juste, honnête. Le bien et le beau. Le bien et la justice régnaient alors. Faire le bien. Se porter au bien. Il pratiqua le bien toute sa vie. Puissance pour le bien comme pour le mal.

    • Homme de bien, gens de bien, homme. gens d'une probité éprouvée, d'une véritable vertu.

    • Femme de bien, femme dont la fidélité conjugale est irréprochable.

    • Terme de métaphysique. Le souverain bien, le bien absolu, celui qui est infini en prix et en durée, et aussi Dieu.

      • À moins que de traiter de l'immortalité de l'âme ou du souverain bien Voiture, Lettr. 51
  2. 2Ce qui est dans la règle ou dans la convenance. Il y a du bien, il y a du mal dans cet ouvrage. L'ignorant ne trouve rien de bien que ce qu'il fait lui-même.

  3. 3Ce qui est utile, avantageux, agréable.

    • Avoir le bien, locution de politesse, en place de laquelle on dit plutôt aujourd'hui avoir l'avantage.

    • Le bien public, l'utilité générale.

    • Les biens du corps, la santé, la force. Les biens de l'âme, les vertus. Les biens de l'esprit, les talents.

    • Les biens temporels, les biens de ce monde, se dit par opposition aux biens éternels, c'est-à-dire ceux dont on jouit pour toujours dans une autre vie.

    • Les biens de la terre, les productions du sol. Ce temps est contraire aux biens de la terre.

    • Sentir son bien, avoir des sentiments dignes de sa naissance. Locution qui a vieilli.

      • Et Rominagrobis même ne saurait avoir meilleure mine et ne sentirait pas mieux son bien Voiture, Lettr. 153
    • Faire du bien à quelqu'un, le secourir, lui rendre service.

    • Faire du bien à quelque chose, en procurer le développement, la prospérité. La paix fera du bien au commerce.

      • Ce manquement de liberté ne ferait pas de bien à leur censure Pascal, Prov. 3
    • Faire du bien, ayant pour sujet un nom de chose, être utile. Ce voyage lui a fait beaucoup de bien, a été utile à sa santé. Cette action lui a fait du bien, lui a donné de la considération, du crédit.

    • Dire du bien de quelqu'un, d'un ouvrage, en parler avec éloge.

      • Cela est assez ridicule que je dise tant de bien de ma fille Mme de Sévigné, 2
      • Son frère lui a dit du bien de votre style Mme de Sévigné, 141
      • J'avais dit beaucoup de bien de son cœur Mme de Sévigné, 364
      • On m'a dit cent mille biens de vous Mme de Sévigné, 27
      • Des gens qui lui en ont dit des biens Mme de Sévigné, 450
      • On disait à Diogène du jeune homme tous les biens imaginables Fénelon, Diog.
    • Vouloir du bien à quelqu'un, vouloir le bien de quelqu'un, être bien disposé en sa faveur.

    • On dit qu'une dame veut du bien à quelqu'un, quand elle a pour lui un sentiment tendre.

  4. 4À bien, loc. adv. D'une façon qui réussit. Mener une entreprise à bien, faire qu'elle réussisse. Aller à bien, venir à bien, se terminer à bien, réussir.

  5. 5En bien, locut. adverb. Avec honnêteté.

    • On ne trompe point en bien, et la fourberie ajoute la malice au mensonge La Bruyère, 11
  6. 6Bienfait.

  7. 7Ce qui appartient en propre à quelqu'un, tout ce qu'on possède. Bien patrimonial. Les biens meubles et immeubles.

    • On convie, on invite, on offre sa maison, sa table, son bien et ses services : rien ne coûte qu'à tenir parole La Bruyère, 4
    • Le prodigue de l'Évangile, qui veut avoir son partage, qui veut jouir de soi-même et des biens que son père lui a donnés Bossuet, Anne de Gonz.
    • Lorsque l'on a du bien Molière, Éc. des mar. I, 2
    • Clitie avait aussi beaucoup de bien La Fontaine, Fauc.
    • Telles je les croirai quand ils auront du bien Régnier, Sat. IX
    • L'embarras était le bien ; j'en avais grand besoin pour nettoyer le mien Saint-Simon, 15, 168
    • Un rival odieux,Seigneur, vous enlevait le bien de vos aïeux Voltaire, Tancr. III, 3
    • Les saints recommandent aux riches de partager avec les pauvres les biens de la terre, s'ils veulent posséder avec eux les biens du ciel Pascal, Prov. 16
    • Par extension.

    • Bien de campagne, ou, absolument, bien, propriété rurale.

      • Clitie à cinq cents pas de cette métairie Avait du bien La Fontaine, Fauc.
    • Familièrement. Avoir du bien au soleil, avoir des terres, des biens-fonds, des maisons.

    • En termes de mer, le navire a péri corps et biens, c'est-à-dire la cargaison et les hommes ont péri.

Proverbes

Nul bien sans peine. Le mieux est l'ennemi du bien, c'est-à-dire on risque de gâter un ouvrage, une situation, en essayant trop de l'améliorer.

Étymologie

Provenç. ben, be ; espagn. bien ; portug. bem ; ital. bene. Bien ne peut pas venir de bonum ; à la vérité, dans le dialecte normand, bonus avait donné buen, comme homo, huem, et comes, cuens ; mais il n'y a aucun exemple que cet u y ait été changé en i. Il vient donc de bene, adverbe, mais adverbe transformé par les langues romanes en un substantif et même, comme dans un exemple du XIIe siècle (bien plaisir), en un adjectif.

2bien adv. (biin ; devant une voyelle ou une h muette, l'n se lie : bien honorable, bien écrire, dites : biè-n honorable, biè-n écrire ; quelques-uns disent : biin-n honorable, biin-n écrire, en donnant à biin le son nasal de in dans indigne ; cela n'est pas bon ; la règle générale de ces prononciations, sauf exception, est donnée par vinaigre, vinai-gre, qui n'a pas souffert du mauvais usage)

  1. 1De la bonne manière. Très bien, bien, à merveille ! Très bien, pour encourager. Voyageur bien vêtu. Il a bien employé son temps. Vous ferez bien de venir. En cela, je crois avoir bien vu. Vivre bien. Cet habit lui va bien. Champ bien cultivé. Bien écrire. Statue fort bien faite. Homme bien né. Cet acteur dit fort bien. Il ne discerne pas bien la vérité. Bien agir avec quelqu'un. Se bien conduire. Une chose bien ou mal faite.

    • C'est bien fait, c'est-à-dire il a eu ce qu'il méritait. On l'a puni, c'est bien fait.

    • Aller bien, se bien porter. Le malade ne va pas bien.

    • Aller bien, prospérer, réussir. Le commencement va bien pour vous. Les affaires vont fort bien. Tout va-t-il bien ?

    • Tourner bien, réussir. Suivant que cela tourne bien ou mal.

    • Venir bien, en parlant des plantes, croître et se développer. La vigne viendra bien à cette exposition.

  2. 2Beaucoup, fort, très , entièrement, tout à fait. Une lettre bien longue. Encore bien jeune. Cela est bien désirable pour nous. Chemin bien meilleur. Je suis bien malheureux. Il a parlé bien sévèrement. Ceux qui m'aiment bien. Connaître bien quelqu'un. Ce qu'il veut, il le veut bien. J'ai bien peur que.... Ils payeraient bien pour obtenir cela.

    • Bien vendre, vendre à prix élevé.

    • C'est bien lui, c'est lui en effet, véritablement.

    • Vous voilà bien, le voilà bien, on vous reconnaît, on le reconnaît à cela. Il a donné son argent à ce pauvre ; le voilà bien ; c'est un si bon cœur. Il a cru ce que lui disait un charlatan ; le voilà bien ; il est si crédule.

  3. 3Environ, à peu près. On marcha bien quinze jours. Ces places étaient bien au nombre de trente. Étant bien âgé de vingt ans.

  4. 4À la vérité, en effet, formule de concession ; quelquefois dans un sens ironique, et quelquefois rédondant. Ce sont bien là de bons philosophes, mais.... J'avais bien entendu dire.... J'ai bien dit que.... Je voudrais bien être clément, mais.... Je voudrais bien que.... Je sais fort bien que.... Je ne sais pas bien si.... Je vois bien que.... Je comprends bien cela. Le ciel a bien ce souci ! Le peuple s'inquiète bien de cela ! C'était bien à moi de venir les trouver ! C'était bien la peine de.... Je le veux bien. Dites bien à votre roi.... As-tu bien pu craindre que... ? Quand bien même il l'avouerait.

  5. 5Cas où bien peut précéder son verbe. Comme bien vous savez.

    • Bien lui a pris de s'être retiré en toute hâte, heureusement pour lui il a eu l'idée de se retirer. Cette tournure a cela de particulier qu'elle est obligatoire et qu'on ne peut dire : il lui prit bien de son indifférence.

      • Bien lui prit de son indifférence Hamilton, Gramm. 8
  6. 6Bien, dans le style élevé, se met parfois en tête de la phrase, et alors le sujet se place après le verbe. Cette tournure a un peu vieilli ; cependant elle est encore usitée, et, quand on l'emploie bien, elle fait bon effet.

  7. 7Dans le bien, conformément au bien. Ici bien a un emploi mixte, moitié substantif, moitié adverbe, emploi résultant de son origine commune avec bien substantif. Cela est bien. Croyez-vous que cela soit bien, ou croyez-vous cela bien ? Ah ! cela n'est pas bien ! On trouve ceci bien et cela mal.

    • C'est bien, c'est fort bien, exprime l'adhésion, le consentement. C'est bien, je n'en veux pas savoir davantage. C'est bien, on fera ce que vous désirez. On s'en sert aussi ironiquement et par reproche : c'est bien, ne vous gênez pas.

    • C'est bien à vous de parler ainsi, à parler ainsi, il vous convient bien de.... Se dit par ironie et par reproche.

    • Impersonnellement, il est bien de ou que, il est juste, il est bienséant. Il est bien de garder le silence. Il n'est pas bien que cette jeune fille sorte seule.

    • Substantivement.

  8. 8Bien de avec l'article le, la, les, beaucoup de. Bien des gens. Avec bien du travail. Avec bien de l'esprit. Achever quelque chose avec bien de la peine.

    • Bien, en ce sens, suivi de la préposition de et d'un adjectif, avec un substantif exprimé ou sous-entendu, rejette l'article défini. Bien d'autres périls l'ont assailli. Vous verrez dans ce voyage bien de riches campagnes. Bien d'autres vous diront....

  9. 9Bien et beau, loc. adv. Proprement, dans l'état où la chose se trouve, et, par une extension facile à comprendre, aussitôt, sur-le-champ.

  10. 10Hé bien, loc. interjective, qui exprime l'exhortation ou l'interrogation. Hé bien, que vous en semble ? Hé bien, qu'y a-t-il ? que dites-vous ? Hé bien, travaillez donc !

    • Eh bien, s'emploie dans les mêmes circonstances. Eh bien, qu'en ditesvous ? Eh bien, que faites-vous ?

  11. 11Bien que, loc. conj. gouvernant toujours le subjonctif. Quoique.

    • On peut sous-entendre le verbe. Bien que renversé à terre, il se défendait encore.

  12. 12Bien plus, loc. adv. En outre.

  13. 13Si bien que, loc. conjonct. gouvernant l'indicatif lorsque l'action est présente ou passée. De sorte que, au point que.

  14. 14Aussi bien, en tout état de cause....

  15. 15Aussi bien que, autant que, comme. L'or aussi bien que le cuivre. Faire périr les bons aussi bien que les méchants. Le vin aussi bien que le blé est cher cette année.

    • Avec aussi bien que, le verbe, quoique se rapportant à un seul nom singulier, peut s'accorder avec les deux et se mettre au pluriel : le vin aussi bien que le blé sont chers cette année.

  16. 16Un peu bien, ironiquement, beaucoup trop. Cette locution a vieilli.

Remarque

1. Si l'on compare bien adverbe avec mal adverbe, on verra que ces deux mots se comportent souvent de la même façon, et que par conséquent ils doivent avoir même origine, c'est-à-dire provenir, l'un et l'autre, d'un nom substantif ou adjectif ; et une étymologie exacte fait reconnaître que, de bene, les langues romanes ont tiré à la fois un substantif et un adverbe ; d'où l'usage fréquent de cet adverbe comme substantif. 2. Bien, dans le sens de beaucoup, veut après lui l'article défini du, de l', de la, des, tandis que beaucoup veut simplement le partitif de : il m'a fait bien de l'honneur, il m'a fait beaucoup d'honneur ; bien des gens pensent, beaucoup de gens pensent ; voilà bien de la viande. La raison de cette construction est facile à donner. Beaucoup, malgré son emploi adverbial, est un substantif ; et l'on dit beaucoup d'hommes, beaucoup de vin, comme on dit un grand nombre d'hommes, une grande quantité de vin. Au contraire bien est un adverbe, et ne peut avoir une pareille construction ; aussi ne l'a-t-il pas et il laisse au verbe toute son action. J'ai bien de l'argent, est : j'ai de l'argent bien ; j'ai connu bien des gens qui.... est : j'ai connu des gens bien.... Puis, par assimilation : bien des gens peuvent ; tournure qui n'est plus susceptible de l'explication par le verbe, mais qui résulte d'une assimilation irrégulière. À cette assimilation survient une exception. si le substantif est précédé d'un adjectif, ou si bien de est suivi d'autres pris substantivement, on se sert de la préposition de sans article : cette contrée renferme bien de fertiles prairies ; bien d'autres vous en feront le récit. Il faut admettre ici, par une irrégularité qui n'a rien d'étrange, que l'assimilation avec beaucoup (car bien d'autres est l'équivalent exact de beaucoup d'autres) l'a emporté et a influé sur la construction. 3. Bien avec un participe présent. Le participe s'accorde lorsque bien est devant, et reste invariable lorsque bien est après : des personnes bien pensantes, des personnes pensant bien. La raison de cette différence, c'est que bien, se mettant comme très et fort devant des adjectifs, semble transformer en adjectif le participe, et dès lors l'oreille exige l'accord. 4. Des grammairiens ont prétendu qu'il ne fallait pas dire : il m'a bien ennuyé, mais m'a fort ennuyé ; il est bien malade, mais il est très malade ; à cause que l'idée de bien faisait contradiction avec les idées d'ennui et de maladie. Cette observation ne vaut rien, et l'usage proteste contre elle, bien, en plusieurs cas, s'étant confondu avec beaucoup. 5. Nous ne sommes pas encore arrivés ; bien s'en faut. Cette phrase est condamnée par des grammairiens qui veulent : il s'en faut bien. Cette locution est familière, mais n'est point incorrecte ; bien peut se mettre, comme on a vu, en tête de la phrase ; et la suppression de il se fait ici comme quand on dit elliptiquement : suffit. 6. Avec le que exclamatif, l'adverbe bien ne se joint pas à l'adjectif, et l'on ne dit pas : ô qu'il est bien sage ! ô que notre destinée est bien étrange ! mais on dit : ô qu'il est sage ! ô que notre destinée est étrange ! Il en est autrement avec un verbe ; et l'on dit : ô qu'il a bien travaillé ! ô qu'il a bien réussi !

Synonymes

BIEN, BEAUCOUP. Il a bien de l'argent ; il a beaucoup d'argent. En quoi ces deux phrases diffèrent-elles ? La nuance est très faible ; cependant elle existe. Il a beaucoup d'argent signifie simplement une grande quantité sans aucune idée accessoire. Il a bien de l'argent, signifie non-seulement une grande quantité, mais exprime de plus une sorte de surprise ou de satisfaction. Ainsi l'on emploiera beaucoup dans le cas où l'on ne veut qu'exprimer la quantité ; et bien, quand on y joindra quelque sentiment relatif à soi ou à autrui.

Étymologie

Bressan, bin ; Berry, bin ; picard, ben, prononcé bin ; bourguig. bé, ben ; normand, bé ; provenç. et catal. ben, be ; anc. espagn. ben ; espagn. mod. bien ; portug. bem ; ital. bene, be ; du lat. bene. Marg. Buffet (Observ. p. 54, 1668) dit que bien que pour quoique est une vieille façon de parler qu'on doit éviter, spécialement en écrivant. Cependant bien que était dès lors employé par les meilleurs auteurs, et il est resté en bon usage. D'après l'historique ci-dessus, cette locution ne paraît s'être établie qu'à partir du XVIe siècle.

Supplément

2. BIEN, adv. - REM. Ajoutez : 7. À la REM. 2, il est noté qu'on dit : bien de fertiles prairies, au pluriel. Mais au singulier comment faut-il dire ? Mme de Sévigné a mis l'article défini : Mme de Guitaut a bien du bon esprit, Lett. 16 août 1677 Cela n'est pas fautif ; mais on dirait aussi : a bien de bon esprit.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander