Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

boire dans le Littré

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1boire v. a. (boi-r')

  1. 1Avaler un liquide. Il boit du vin. Vous boirez de la tisane. Il but du poison. Buvez un verre d'eau.

  2. 2Dépenser à boire.

    • À boire ! locution pour demander qu'on verse à boire.

  3. 3Fig.

  4. 4Absolument, boire du vin. On buvait pendant des jours entiers. Boire beaucoup, boire avec excès, bien boire. Il avait bu copieusement. Aimer à boire.

    • Vous buviez sur son reste, et montriez d'affecter Le côté qu'à sa bouche elle avait su porter Molière, l'Étour. IV, 5
    • Soyons bien buvants, bien mangeants, Nous devons à la mort de trois l'un en dix ans La Fontaine, Fab. VI, 19
    • J'ai soupé hier avec trois des plus jolies femmes de Paris ; nous avons bu jusqu'au jour.... Lesage, Turc. III, 5
    • Boire son soûl, boire autant qu'on veut.

    • Boire à la santé de quelqu'un, faire des vœux pour quelqu'un en buvant. Nous buvons à votre heureux retour.

    • On dit aussi, boire la santé de quelqu'un, au lieu de boire à sa santé.

      • Je voudrais bien les remercier d'avoir bu ma santé ; la vôtre fut bue avant-hier chez la princesse de Tarente Mme de Sévigné, 441
    • Boire sec. Cet homme boit sec, c'est-à-dire il boit beaucoup.

    • Le roi boit ! la reine boit ! Acclamation usitée dans les repas du jour des Rois, lorsque le roi ou la reine de la fève boivent.

    • Boire, être ivrogne. Cet homme a le défaut de boire.

    • Donner à boire, tenir un cabaret.

    • Chanson à boire, chanson de table.

      • Elle chanta vingt chansons à boire Mme de Sévigné, 407
      • Chanter un air à boire Molière, Bourg. IV, 1
    • Donner pour boire, donner une gratification en outre du salaire.

      • Je lui donnerai de quoi boire Mme de Sévigné, 15
    • Après boire, après avoir bu, à son aise.

    • Fig.

      • Ils boiront dans la coupe affreuse, inépuisable, Que tu présenteras au jour de ta fureur, à toute la race coupable Racine, Ath. II, 9
    • En langage poétique, boire à la source d'Hippocrène, faire des vers.

    • Boire, courir risque de se noyer. On est allé à son secours ; il commençait à boire. Il faillit se noyer et but beaucoup. On dit dans le même sens, boire un coup.

    • Terme de manége. Un cheval qui boit dans son blanc, est un cheval qui a le nez blanc ; un cheval qui boit la bride, a le mors trop enfoncé dans la bouche.

  5. 5S'imbiber, s'imprégner de. L'éponge boit l'eau. La terre brûlée longtemps par le soleil, but la pluie.

  6. 6V. n. Terme de tannerie. Faire boire les peaux, les mettre à la rivière.

  7. 7Terme de couturière. Faire boire du taffetas, du linge, une étoffe, tenir en cousant une pièce lâche contre l'autre tendue, de manière qu'avec des longueurs inégales elles arrivent au même point.

    • Terme de marine. Faire boire la voile, tenir la voile lâche en la cousant à sa ralingue.

    • En ces deux derniers emplois, boire se dit pour être béant, à demi ouvert, et cela se comprend, puisque boire exige que la bouche soit ouverte.

  8. 8Se boire, v. réfl. Être bu. Ce vin se boit au dessert.

Proverbes

Boire comme un templier, comme une éponge ; boire excessivement. Les chevaliers de l'ordre du Temple étaient accusés d'être ivrognes. Boire le vin du marché, boire ensemble après la conclusion d'un marché. Boire le vin ou le coup de l'étrier, boire un verre de vin quand on est près de partir. À petit manger bien boire, c'est-à-dire lorsqu'on a peu à manger, il est bon de boire un bon coup. Il y a à boire et à manger, c'est-à-dire l'affaire présente de bons et de mauvais côtés ; se dit aussi, au propre, d'un liquide trouble, par exemple du café mal filtré. Qui bon l'achète, bon le boit, c'est-à-dire il ne faut point plaindre l'argent à bonne marchandise. On ne saurait faire boire un âne s'il n'a soif, c'est-à-dire on ne saurait déterminer une personne entêtée à faire ce qu'elle n'a pas envie de faire. Qui fait la faute la boit, on porte la peine des fautes qu'on fait. On ne saurait si peu boire qu'on ne s'en sente, c'est-à-dire boire un peu trop expose toujours à quelque sottise. Croyez cela et buvez de l'eau, se dit d'une chose qui ne mérite pas de croyance. On dit dans un sens à peu près analogue : buvez frais ; buvez du meilleur. C'est la mer à boire, se dit d'une chose trop difficile, qui ne se peut faire. Ce n'est pas la mer à boire, se dit d'une chose qui ne présente pas de grandes difficultés. Il n'y a pas de l'eau à boire, c'est-à-dire à ce travail, à ce métier, à ce marché, il n'y a rien à gagner. Le vin est tiré, il faut le boire, c'est-à-dire il n'y a plus à hésiter, à reculer, et aussi, vous avez commencé, il faut achever. Qui a bu boira, c'est-à-dire on ne se corrige pas de ses vieux défauts.

Étymologie

Bourguig. borre ; Berry, bere, beuvre ; provenç. beure ; catal. beurer ; espagn. beber ; ital. bevere ; du latin bibere ; rattaché au grec πίνειν, boire, par le sanscrit , boire, dans les védas pib, d'où, par assimilation de la consonne, la réduplication bib. Boire est régulièrement formé, ayant l'accent tonique sur la même syllabe que bíbere.

2boire s. m. (boi-r')

  1. Ce qu'on boit à ses repas.

    • Fig. et familièrement. Il en oublie, il en perd le boire et le manger, c'est-à-dire il est tout à une occupation ; sa passion l'absorbe.

      • Il en perdit le boire et le manger Hamilton, Gramm. 9
  2. 2

    • Opération par laquelle on remplit les viviers, au bord de la mer, en levant la vanne à marée montante, H. BOUT, Rev. Britann. avril 1871, p. 428

Étymologie

Boire ; norm. bére, cidre.

3boire s. f. (boi-r')

  1. 1Nom donné, dans les départements de Maine-et-Loire et de la Loire-Inférieure, aux anses ou petits golfes de la Loire.

    • Il y a près de notre village une belle boire LEGOARANT
  2. 2Terme de pêche. Communications que les mares, fossés ou chantepleures ont avec les rivières, ou bien fosses pratiquées sur les bords des rivières. La pêche ne peut être affermée au profit de l'État dans les boires creusées de main d'homme.

Étymologie

Bas-lat. borra, creux plein d'eau ; ital. borro, fosse creusée par les torrents de montagnes. Sauf ces rapprochements, on ne sait rien sur l'origine de ce mot.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander