Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

borne dans le Littré

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1borne s. f. (bor-n')

  1. 1Tout ce qui sert à séparer deux champs l'un de l'autre.

    • Colonne qui marquait le bout de la carrière dans les cirques anciens.

    • Borne milliaire, borne qui servait à indiquer, sur les chemins romains, chaque distance de mille pas. Par extension, sur nos routes, les bornes qui marquent les distances en kilomètres ou même en moins de mètres.

    • Au plur. Tout ce qui sépare un État d'un autre. Fixer les bornes d'un empire.

      • Pour étendre les bornes de son royaume Fénelon, Tél. XI
  2. 2Extrémité, fin de l'étendue, de la durée. Régions qui n'auraient pas de bornes. Les bornes de la vie. Le ciel qui est sans bornes. Une durée qui n'avait point de bornes.

  3. 3Fig. Il donnait la satiété pour borne à ses désirs. Quelles doivent être les bornes de l'affection ? Les bornes que je me suis fixées à moi-même. Lorsque les passions ont passé toute borne. Douleur sans borne. La nature elle-même y mettra des bornes. Enfermer quelque chose dans des bornes étroites. Rester dans de justes bornes. Il a peine à ne point passer les bornes du devoir.

    • Sortir des bornes, faire ce qu'il ne convient pas de faire.

      • Ah ! le mauvais garnement ! Sans respect il sort des bornes Béranger, M. d'école.
  4. 4Pierres plantées près des murs, à l'encoignure des édifices, à côté des portes, pour les préserver du choc des voitures ; ainsi nommées pour leur ressemblance avec les bornes des chemins, et appelées jadis boute-roue.

    • Fig. Il est là planté comme une borne, il ne bouge non plus qu'une borne, il reste debout sans remuer.

    • Borne-fontaine, petite fontaine en forme de borne.

  5. 5Carreau de vitre en forme de losange.

Étymologie

Bourguig. boone ; Berry, bune, bone ; bas-lat. bódina, bódena, avec l'accent sur bo, comme l'indique l'ancien français bodne ; angl. bound. On trouve dans le celtique bun, fond, bas ; kymri, bon, base ; mais les anciennes formes bodina, bodne, ne permettent pas de recevoir cette étymologie ; et il faut recourir, comme Diez, au radical bod, qui subsiste dans le provençal boz-ola, borne, contracté en bola, boula ; bas-latin. bodula ; ce radical bod est, d'après Diez, le même que celui de boudin, bouder. La forme régulière est bodne, prononcé et écrit bone ou bonne ; bonde est le même avec le déplacement du d ; borne est due à l'intercalation accidentelle d'une r, comme dans hurler pour huller, intercalation qui n'était pas rare dans l'ancienne langue et dont il reste quelques traces dans la moderne. La borne serait la chose renflée.

Supplément

BORNE. Ajoutez : - REM. Au fig. Sans bornes s'écrit avec un s ; cela du moins est le plus usité ; mais rien n'empêche d'écrire : sans borne.

2borné, ée part. passé et adj. (bor-né, née)

  1. 1Qui a reçu des bornes. La France bornée au midi par les Pyrénées.

  2. 2Restreint, resserré, au propre et au figuré. Borné par le temps. Borné par mon sujet. Borné dans sa durée. Vue bornée par un bois. L'instruction très bornée des paysans.

    • Appellerai-je homme d'esprit celui qui, borné ou renfermé dans quelque art ou même dans une certaine science.... La Bruyère, 12
    • Et nous vous ferons voir tous nos désirs bornés à vous donner en nous des sujets couronnés Corneille, Rodog. IV, 3
    • Les dieux me sont témoins qu'à vous plaire bornéeMon âme à tout son sort s'était abandonnée Racine, Mithr. III, 5
    • [Il n'eût].... vu sa faute bornée D'une [terminée par une] chute infortunée Malherbe, II, 2
    • Raison sur laquelle on peut conclure que les êtres bornés et particuliers ne peuvent jamais être conséquents de l'existence de la substance infinie BOULLAINVILLIERS, Réfut. de Spinosa, p. 51
  3. 3Peu considérable. La nature nous a donné des besoins bornés. Une fortune bornée.

  4. 4Petit, restreint, en parlant de l'intelligence, de la capacité. Intelligence bornée. Homme d'un esprit borné.

    • Ses lumières sont fort petites et son esprit le plus borné du monde Molière, Pourc. III, 1
    • Le cardinal Fleury, haïssant tout système parce que son esprit était heureusement borné Voltaire, Louis XV, 3
    • Sans capacité, sans intelligence, en parlant des personnes. C'est un homme borné.

      • Que cet enfant est borné ! Claude, quelque borné qu'on le suppose Diderot, Essai sur Claude.
      • La plupart des législateurs ont été des hommes bornés que le hasard a mis à la tête des autres, et qui n'ont consulté que leurs préjugés et leurs fantaisies Montesquieu, Lett. pers. 129

Supplément

BORNÉ. Ajoutez : - REM. On a dit borné en, au lieu de borné à.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander