Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

boucher dans le Littré

2 articles· 4 citations· rimes· synonymes· conjugaison

1boucher v. a. (bou-ché)

  1. 1Fermer une ouverture, un passage. Des chariots bouchaient le passage. Le conduit était bouché par une pierre. On boucha les fenêtres. Boucher les jours, les vues d'une maison, en murer les fenêtres.

    • Boucher la vue, l'intercepter, l'empêcher. Ces arbres nous bouchent la vue.

  2. 2Fermer avec un bouchon, avec un tampon. Boucher une fente. En bouchant le trou avec le pouce. Le procédé pour boucher les bouteilles de vin de Champagne. Le Nil bouche avec son limon les interstices de la terre.

  3. 3Terme de doreur. Boucher d'or moulu, réparer les ouvrages d'or qui ont quelque petit défaut après avoir été brunis.

  4. 4Se boucher, v. réfl. Se fermer. La voie par où les eaux s'écoulaient s'est tout à fait bouchée.

Étymologie

Ménage tire ce mot de βύζειν, boucher, mais on n'a aucun intermédiaire qui justifie l'introduction directe de ce mot grec dans le langage vulgaire. Diez, se reportant à bouchon, dit que ce mot est l'équivalent du provençal bocon, et de l'italien boccone, qui signifient bouchée (ancien français boucon) ; de là boucher, avec le sens de ce qui remplit la bouche, et, en particulier, la bouche de la bouteille. C'est avec raison que Diez rapproche boucher de bouchon ; mais est-ce bien à bocon, boccone qu'il faut rapporter bouchon ? L'orthographe boscher, boucier, bouscher n'y conduit guère ; le sens de mettre en botte que boucher a dans un de nos exemples n'y conduit pas non plus. Boucher ne peut venir de bouchon : l'un et l'autre supposent un substantif bouche, masculin ou féminin, qui voudra dire ce qui obture et ce qui fait gerbe ou botte ; substantif qui existe réellement, comme on le voit dans cet exemple du XVe siècle : Or un pareil substantif ne peut pas être rapporté à bouche, ouverture placée au visage ; mais il appartiendra sans peine (car il est le primitif de bouchon de cabaret, voy. BOUCHON 2) à un radical qui se trouve dans bois, dans bosquet, dans bouquet, dans bûche, et qui, signifiant bois ou morceau de bois, aura facilement le double sens de tampon ou de bouchon, sorte de faisceau. En définitive, l'étymologie reste indécise entre deux conjectures : 1° bouche, ouverture dans la face ; bouchée, ce qui emplit la bouche ; d'où boucher, obturer ; à quoi on objectera que, historiquement, ni bouchée n'a jamais eu le sens de ce qui obture, ni boucher celui de mettre en bouche (ce qui, si on l'avait trouvé, aiderait grandement cette étymologie), ni le provençal bocon et l'italien boccone celui de bouchon (ce qui aiderait l'assimilation, en montrant que bocon et boccone sont les mêmes que le français bouchon) ; 2° bouche, faisceau de paille, de javelle, de branchage, d'où bouchon de cabaret, ce qui s'applique sans difficulté à tout ce qui bouche, obture.

2boucher s. m. (bou-ché ; l'r ne se lie jamais ; au pluriel l's se lie : des bouchers enrichis, dites : des bou-ché-z enrichis)

  1. Celui qui tue les bestiaux, les débite, et en vend la chair crue.

    • Garçon boucher, celui qui aide le boucher dans son travail.

    • Fig. C'est un boucher, se dit d'un homme cruel, ou d'un chirurgien inhabile et maladroit, et encore d'un général prodigue de sang.

    • C'est un rire de boucher, il ne passe pas le nœud de la gorge, se dit de quelqu'un qui témoigne à l'extérieur qu'il est content, quoiqu'en effet il ne le soit pas trop. Locution qui vient de ce que les bouchers tiennent leurs couteaux à leur bouche, ce qui leur fait montrer les dents et faire une contorsion de lèvres imitant le ris.

Étymologie

Provenç. bochier ; catal. botxi ; ital. beccaio, beccaro. Une analogie apparente semble d'abord indiquer bouche comme primitif de boucher ; mais l'italien beccaio s'y oppose. Remarquant que becco en italien signifie bouc, et que la forme française et la forme provençale peuvent être sans peine rattachées à bouc, on acceptera cette étymologie qui, indiquée avant Raynouard, a été établie par lui. Le boucher est proprement le tueur de boucs (la partie pour le tout). Ainsi, pour le mot boucherie, à côté de bocaria, le provençal avait brecaria, qui, venant de berbix, signifie proprement la tuerie de brebis (encore la partie pour le tout). Bien qu'il semble très étrange que le boucher ait été nommé d'après le bouc ou le chevreau, cependant, étymologiquement, il n'y a aucun moyen d'écarter l'italien beccaio, ni de rapporter le provençal bochier et le français boucher à bouche.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander