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un seul est le mot juste.

brave dans le Littré

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1brave adj. (bra-v' ; Chifflet, Grammaire, p. 123, remarque que l'a a le son que nous marquons par un accent circonflexe, brâ-v' ; la prononciation a changé)

  1. 1Qui affronte courageusement le danger. Les plus braves. Qui n'est brave qu'en paroles.

    • Brave se dit d'un cheval qui a du courage, de la vigueur et de la docilité.

  2. 2Familièrement, et surtout avec les mots homme et gens, bon, honnête, obligeant. C'est un brave homme. C'est une famille de braves gens.

    • Ironiquement.

      • Et les braves Pyrrhoniens PASCAL, dans COUSIN
    • Très familièrement. Vous êtes un brave homme d'être venu me voir.

      • Nous n'avons, m'a-t-il dit, ni Lambert ni Molière ; Mais, puisque je vous vois, je me tiens trop content ; Vous êtes un brave homme, entrez, on vous attend Boileau, Sat. III
  3. 3Familièrement, vêtu, paré avec soin.

    • Brave comme une noce, comme un jour de Pâques, extrêmement paré.

  4. 4S. m. Un homme vaillant à la guerre.

    • Familièrement et par plaisanterie, c'est un brave à trois poils, c'est un homme d'une bravoure éprouvée. Locution venue de la forme de la moustache des raffinés d'honneur sous Henri III et Henri IV.

    • Mon brave, locution vulgaire qui se dit soit à un homme avec qui l'on est très familier, soit à un homme inférieur de position. Venez ici, mon brave.

  5. 5Assassin à gages. Il le fit assassiner par un brave qu'il paya. Peu usité (voy. BRAVO 2).

Remarque

1. Un brave homme est un honnête homme ; un homme brave est un homme qui a de la bravoure. Cette distinction, qui est maintenant établie par l'usage, ne l'était pas au XVIIe siècle ; et, comme on peut voir dans les exemples, Corneille a dit constamment un brave homme pour un homme brave. Quant à braves gens, il a les deux sens et signifie soit des hommes vaillants, soit des hommes bons et obligeants. 2. Le sens de bon que brave a dans : c'est un brave homme, est étendu, dans le Midi, à toutes sortes d'emplois qui sont vicieux : notre curé est fort brave, voilà de braves poulets ; il faut dire : notre curé est un brave homme ; ces poulets sont beaux. Un brave curé, c'est un curé qui est un excellent homme ; un curé brave serait un curé qui aurait de la bravoure.

Étymologie

Provenç. brau (féminin brava), dur, méchant, brave ; catal. brau ; espagn. et ital. bravo ; bas-lat. bravus, sauvage. Le sens primitif est sauvage, dur, fougueux, d'où on passe facilement au sens de vaillant, courageux. Mais d'où vient celui de beau, bien habillé ? Sans doute de vaillant on est venu à habile (bravo en italien a cette acception), puis bon, beau, bien habillé. Cette acception est purement française et prouve que le mot brave est venu dans notre langue récemment de l'italien ou de l'espagnol ; s'il était ancien, il y serait sous la forme brou, répondant au provençal brau. Diez examine trois étymologies : 1° le latin pravus, méchant ; mais pravus a donné en provençal prau, et non brau ; 2° l'ancien haut-allemand raw, cru, d'où cruel, méchant, par l'épenthèse d'un b ; étymologie insuffisamment appuyée ; 3° le kymri braw, terreur, à laquelle Diez objecte que le sens de terreur ne se retrouve dans aucune langue romane. Aussi, admettant l'objection, on peut proposer comme quatrième conjecture le gaélique borb, cruel, barbare, hautain. Le bas-breton brao, beau, bien habillé, vient du français. On a aussi indiqué le latin bravĭum, brabīum, brabēum, du grec βραϐεῖον, prix de la victoire, récompense. Mais aucun intermédiaire, dans les langues romanes, ne permet de passer du sens de prix de la victoire à brave, surtout dans sa signification primitive ; puis l'accent diffère dans brave et dans bravīum : deux raisons qui ne permettent pas d'accueillir cette étymologie.

2brave (bra-vé)

  1. ÉTYM. Ital. brave, pluriel féminin de l'adjectif bravo (voy. BRAVO 1).

Supplément

BRAVE. - ÉTYM. Ajoutez : Comme il n'y a, sur l'origine de ce mot, que des conjectures, il convient d'ajouter ici celle de M. J. Storm, Romania, avril 1876, p. 170 : Brave est récent dans le français ; il appartient au provençal, à l'italien et à l'espagnol. Reprenant l'idée de Ménage, M. Storm le tire du latin rabidus, enragé, par l'épenthèse d'un b (brabidus), comme dans b-ruire et b-raire. De brabidus vient l'ancien ital. braido, homme leste, agile. Braido a donné brado, qui conserve le sens primitif : bue brado, taureau sauvage. D'autre part, brabidus, par l'intermédiaire fictif de bravio, est devenu bravo. En espagnol, on a bravio et bravo : caballo bravo, cheval sauvage, non dressé, los Indios bravos, les Indiens sauvages, mares bravas, mers agitées. En provençal, cavalh braidiu, cheval fougueux, hennissant. M. Storm rappelle des emplois latins de rabidus avec le sens roman de bravo : rabidum Pelorum, Lucain ; rabies caelique marisque, Virgile ; rabidi canes, Lucrèce ; rabidi leones, Horace. D'après cette théorie de M. Storm, le thème brabidus (rabidus) ne serait pas étranger à la langue d'oc, où il se trouverait sous la forme braidir, crier, hennir, braidif, criard, hennissant.

3bravé, ée part. passé. (bra-vé, vée)

  1. Bravé par son adversaire. Toutes ses menaces bravées et méprisées.

    • Il semblait.... Que tous les Grecs bravés en leur ambassadeur, Dussent de son hymen relever la splendeur Racine, Androm. V, 3

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander