cœur s. m. (keur)
-
1Terme d'anatomie. Organe conoïde, creux et musculaire qui, renfermé dans la poitrine, est le principal agent de la circulation du sang. Les battements du cœur.
Grande reine, je satisfais à vos plus tendres désirs, quand je célèbre ce monarque ; et ce cœur, qui n'a jamais vécu que pour lui, se réveille, tout poudre qu'il est, et devient sensible, même sous ce drap mortuaire, au nom d'un époux si cher
Bossuet, Reine d'Anglet.- Il ne se forma plus de nouveau sang au cœur ;Chaque membre en souffrit ; les forces se perdirent La Fontaine, Fabl. III, 2
- Tout abattu qu'il fût, il demeura vainqueur ;Son sang fut en cent lieux le prix de sa victoire ;Et Mars ne lui laissa rien d'entier que le cœur Épitaphe du mar. de Rantzau, dans RICHELET
-
Tant que le cœur me battra, me battra au ventre, dans le ventre, c'est-à-dire tant que je vivrai.
-
Fig. Le cœur me bat, je suis très inquiet.
-
Faire la bouche en cœur, donner aux lèvres la forme d'un cœur, les resserrer d'une façon mignarde ; et fig. S'efforcer de paraître gracieux.
-
Fig. Il voudrait lui manger le cœur, lui arracher le cœur, il le hait mortellement.
-
Se ronger le cœur, se consumer d'un chagrin secret.
Y a-t-il rien de plus sot que de vouloir porter continuellement un fardeau qu'on veut toujours jeter par terre ; d'avoir son être en horreur et de tenir à son être ; enfin de caresser le serpent qui nous dévore, jusqu'à ce qu'il nous ait mangé le cœur ?
Voltaire, Candide, 11
-
Le cœur me saigne, je suis pénétré d'une vive douleur. Le cœur saigne en lisant le récit de ces cruautés.
-
Avoir le cœur gros, éprouver le besoin de pleurer, de soupirer, de sangloter, ressentir un chagrin profond. Le cœur gros de soupirs.
-
Je veux en avoir le cœur net, je veux savoir ce qui en est.
-
Sacré-Cœur, dévotion au cœur de Notre Seigneur Jésus-Christ, qui s'est développée au commencement du XVIIIe siècle
-
Congrégation de religieuses consacrées à l'adoration du cœur de Jésus-Christ et qui se dévouent aussi à l'éducation des jeunes filles.
-
2Par extension, la poitrine. Il le pressa tendrement contre son cœur.
- Jamais sans défiance avez-vous pu d'un frèrePresser le sein sur votre cœur ? GILBERT, Ode à Salm.
- Riant et m'asseyant sur lui, près de son cœur André Chénier, 70
-
3L'ensemble des facultés affectives et des sentiments moraux, par opposition à esprit, qui est l'ensemble des facultés intellectuelles ; cet emploi du mot cœur provient d'une opinion ancienne et erronée qui plaçait le siége des passions dans le cœur, parce que cet organe en ressentait immédiatement des effets manifestes. Attendrir, toucher le cœur de quelqu'un. Avoir le cœur navré, oppressé.
L'homme croit souvent se conduire lorsqu'il est conduit ; et, pendant que par son esprit il tend à un but, son cœur l'entraîne insensiblement à un autre
La Rochefoucauld, Max. 43L'esprit est toujours la dupe du cœur
La Rochefoucauld, ib. 102Chacun dit du bien de son cœur, et personne n'en ose dire de son esprit
La Rochefoucauld, ib. 98Je sais que tous les lieux sont égaux pour les esprits bien faits ; mais il n'en est pas de même quand les esprits bien faits ont des cœurs sensibles
Voltaire, Lett. Chauvelin, 25 août 1763Le cœur, dès qu'il est touché, ne tarit point
Bourdaloue, Pensées, t. II, p. 90- Ils habitaient un bourg plein de gens dont le cœurJoignait aux duretés un sentiment moqueur La Fontaine, Phil. et Bauc.
- J'en ai le joie au cœurPar le chagrin qu'aura ce lâche déserteur Molière, Femmes sav. V, 5
- Et le plus sûr moyen de gagner leur faveur,C'est de flatter toujours le faible de leur cœur Molière, D. Garc. II, 1
- Il dit en soupirant que la nuit de sa vueNe l'empêche pas tant que la nuit de son cœur Malherbe, I, 4
Avec des vers bien faits, bien compassés, on ne tient rien si le cœur n'est ému
Voltaire, Lett. d'Argental, 16 déc. 1760Les cœurs sont-ils donc faits à Paris autrement que chez moi ?
Voltaire, Lett. d'Argental, 17 sept. 1760Le bel art de la déclamation, c'est-à-dire l'art de se rendre maître des cœurs
Voltaire, Lett. Albergati, 14 fév. 1763- Il faut que le cœur seul parle dans l'élégie Boileau, Art poét. II
Dieu connaît le caractère de nos cœurs et jusqu'où va notre faiblesse
Massillon, Avent, Afflict.- Et déjà le chagrin pesait moins sur mon cœur ST-LAMBERT, Saisons, hiver.
- Pourquoi de mes loisirs accuser la langueur ?Pourquoi vers des lauriers aiguillonner mon cœur ? André Chénier, Élég. VIII
- Et les arts, dans un cœur de leur amour rempli,Versent de tous les maux l'indifférent oubli André Chénier, ib. XVI
-
Parler, aller au cœur, toucher vivement, intéresser.
Cette grâce qui m'allait droit au cœur
Mme de Sévigné, 79
-
Le cœur me le disait bien, j'en avais le pressentiment.
-
De cœur, par la disposition intérieure.
Les dévots de cœur
Molière, Tart. I, 6Mortifié dans l'abondance, pauvre de cœur au milieu des biens périssables
Massillon, Avent, Afflict.La loi qui nous oblige à croire de cœur
Massillon, Car. Culte.- Qui la cherche de cœur un jour peut la connaître Voltaire, Henr. I
-
De cœur, avec un sentiment sincère. Attaché de cœur à la famille de ses rois.
-
Ami de cœur, ami dévoué, sincère.
-
De gaieté de cœur, de propos délibéré, et sans sujet.
-
4Le cœur considéré comme mémoire des sentiments. Vos bienfaits sont gravés dans mon cœur.
Il faut ne rien garder sur votre cœur
Mme de Sévigné, 509
-
Avoir quelque chose sur le cœur, garder, entretenir un ressentiment.
- J'aurai toujours ce coup-là sur le cœur Molière, Fâch. II, 2
- J'ai ce soufflet fort sur le cœur Molière, Sicil. 13
- J'ai cette insulte sur le cœur Molière, Fourb. II, 27
J'ai quelque chose sur le cœur contre vous
Mme de Sévigné, 296Nous avons ces réponses sur le cœur
Mme de Sévigné, 234Elle emporta tout cela sur son cœur avec la rage pêle-mêle
Mme de Sévigné, 35Il avait encore sur le cœur la perfidie du Suisse
Hamilton, Gramm. 3N'osant lui parler de ce qu'il avait sur le cœur
Hamilton, ib. 7Il fut bien aise de dire une partie de ce qu'il avait sur le cœur
Hamilton, ib. 5Une femme à qui l'on joue ce tour dit volontiers à son adverse partie ce qu'elle a sur le cœur
Voltaire, Lett. d'Argental, 23 déc. 1762
-
Décharger son cœur, dire sans réticence ce qui préoccupe.
-
Par cœur, de mémoire. Locution qui vient d'une extension de la mémoire du cœur à la mémoire de l'esprit.
Le peuple apprit par cœur ce divin cantique
Bossuet, Hist. II, 3Qui ont lu et appris par cœur le même livre
Pascal, Persuad.
-
Fig. Savoir un homme par cœur, connaître parfaitement son caractère et sa vie.
Votre homme arrive ; je l'ai étudié une bonne grosse demi-heure, et je le sais déjà par cœur
Molière, Pourc. I, 4
-
Familièrement. Dîner par cœur, se passer involontairement de dîner. Cette locution paraît s'être dite d'abord de celui qui, au lieu de dîner, parlait, racontait, récitait, et de la sorte se passait de manger.
-
5Sens moral, conscience.
- Et renverser soudain la paix de votre cœur,Comme un enfant renverse un verre Victor Hugo, Voix intér. IX
- Pour juge il a son cœur, pour amis ses égaux ST-LAMBERT, Saisons, automne.
Je n'ai point sur mon cœur de m'être divertie
Mme de Sévigné, 21- Le jour n'est pas plus pur que le fond de mon cœur Racine, Phèd. IV, 2
-
Sans cœur, sans sentiment moral.
- Et moi, reine sans cœur, fille sans amitié Racine, Athal. II, 7
- Dit que j'étais sans foi, sans cœur, sans conscience Corneille, Médée, I, 1
-
Par extension.
Tant de marbres réputés beaux sont sans âme, sans cœur, et vous laissent aride
VITET, Marbres d'Éleusis. Revue des Deux-Mondes, t. XXVI, p. 221
-
Familièrement. Un sans cœur, un homme dépourvu de sentiment moral et d'énergie. C'est un grand sans cœur.
-
6Tempérament moral. Avoir bon cœur. Avoir un mauvais cœur. Cœur égoïste. Il a le cœur gâté, corrompu.
- Plus on vieillit, dit-on, plus on a le cœur dur Voltaire, Lett. Mme du Deffant, 20 nov. 1765
C'est l'affaire dont vous avez parlé à Mme la duchesse de la Rochefoucauld, qui occupe actuellement ma vieille tête et mon jeune cœur
Voltaire, Lett. Mme du Deffant, 31 déc. 1774Je reconnais cela, madame, avec ce cœur que vous savez que j'ai
Voiture, Lett. 16Ce cœur qui est si fort au-dessus des sceptres et des couronnes, et ces grâces qui vous font régner sur toutes les volontés
Voiture, ib. 7Cœur perfide
Racine, Andr. II, 5- Et mon cœur aussi fier que tu l'as vu soumis Racine, ib.
Cœur d'acier
Corneille, Hor. III, 2- Son cœur né fier et qui jusqu'à ce tempsAvait été nourri d'un doux encens Gresset, Ver-vert, III
-
Cœur de vipère, caractère plein de méchanceté et de perfidie.
-
Cœur d'airain, caractère impitoyable. On dit dans un sens analogue, cœur de marbre, de pierre, de diamant, cœur de tigre.
- Avec un cœur d'airain exerçant sa puissance,J'ai fait taire les lois et gémir l'innocence Racine, Esth. III, 1
- Et la religion, mère autrefois sensible,S'arme d'un cœur d'airain contre ses fils ingrats GILBERT, Jugem. dernier
-
Avoir, porter un cœur d'homme, être sensible, avoir des sentiments humains.
-
C'est un cœur d'or, c'est un excellent cœur.
-
Il a le cœur haut et la fortune basse, se dit d'un homme qui est glorieux et pauvre. Prendre son cœur par autrui, se mettre en la place d'un autre.
-
Le bon cœur, l'ensemble des sentiments qui constituent la bienveillance pour autrui.
- Le bon cœur est chez vous compagnon du bon sens La Fontaine, Fabl. XII, 23
Une certaine sensibilité qui est la marque d'un bon cœur
Massillon, Car. Parole
-
Mauvaise tête et bon cœur, personne vive et emportée, mais dont, au fond, les sentiments sont pleins de bienveillance.
-
Un bon cœur, un mauvais cœur, une personne qui a un bon, un mauvais cœur.
-
De bon cœur, loc. adv. Volontiers, sincèrement.
- Jamais de si bon cœur je ne brûlai pour elle Malherbe, V, 24
- Je vous pardonnerai de bon cœur tout ce crime Tristan L'Hermite, M. de Chrispe, III, 4
- Je baise de bon cœur les verges que tu tiens Tristan L'Hermite, ib. V, 9
Elle est fort affligée et pleure de bon cœur
Mme de Sévigné, 214- Je suis au monde unique en mon espèce. -Pauvre immortel ! je vous plains de bon cœur MILLEV., le Phénix
-
De grand cœur, très volontiers.
- Voulez-vous m'écouter ? - Sans doute et de grand cœur Molière, Éc. des maris, II, 3
-
Être tout cœur, être vif à obliger. Il est tout cœur pour ses amis, il est pour eux plein d'attachement et de désir de les servir.
-
De tout son cœur, avec une pleine affection.
Je salue madame votre sœur de tout mon cœur
Bossuet, Lett. abb. 47Ils condamnent cette hérésie de tout leur cœur
Pascal, Prov. 18
-
De tout cœur, avec la meilleure volonté du monde.
-
Absolument, cœur dans le sens de bon cœur, de cœur bien doué.
C'est le cœur qui fait tout ; que la terre et que l'onde Apprêtent un repas pour les maîtres du monde, Ils lui préféreront les seuls présents du cœur
La Fontaine, Phil. et Bauc.- Parlerai-je d'Iris ? chacun la prône et l'aime :C'est un cœur, mais un cœur.... c'est l'humanité même GILBERT, XVIIIe siècle.
- L'art des transports de l'âme est un faible interprète ;L'art ne fait que des vers, le cœur seul est poëte André Chénier, Élég. XX
- Si, pauvre et généreux, son cœur vient de souffrirAux cris d'un indigent qu'il n'a pu secourir André Chénier, ib.
-
7La pensée intime, les dispositions secrètes.
- Montrant que dans le cœur ce voyage le fâche Malherbe, I, 4
On s'est plus appliqué aux vices de l'esprit, aux replis du cœur et à tout l'intérieur de l'homme
La Bruyère, Disc. sur Théophr.Il ne faut pas juger des hommes sur une seule et première vue : il y a un intérieur et un cœur qu'il faut approfondir
La Bruyère, XIIIl dissimule les mauvais offices, sourit à ses ennemis, contraint son humeur, déguise ses passions, dément son cœur, parle, agit contre ses sentiments
La Bruyère, VIII- Connaître un bon visage, et juger si le cœur,Contraire à ce qu'on voit, ne serait pas moqueur Régnier, Sat. III
Vous avez vu plus tôt que moi un sentiment qui était caché dans mon cœur
Voiture, Lett. 16- Ces enfants bien heureux.... AyantDieu dans le cœur, ne le purent louer Malherbe, I, 4
La constance des sages n'est que l'art de renfermer leur agitation dans leur cœur
La Rochefoucauld, Max. 20La sincérité est une ouverture de cœur
La Rochefoucauld, ib. 62- Je veux qu'on soit sincère et qu'en homme d'honneurOn ne lâche aucun mot qui ne parte du cœur Molière, Mis. I, 1
Il est bon quelquefois de sentir des traverses Et d'en éprouver la rigueur, Elles rappellent l'homme au milieu de son cœur, Et peignent à ses yeux ses misères diverses
Corneille, Imit. I, 12C'est dans cette simplicité champêtre que se trouve la vérité et l'effusion du cœur
Voltaire, Lett. Schouvalof, 19 déc. 1762C'est du cœur que je vous demande cette grâce
Mme de Sévigné, 395Crois-tu.... Qu'Andromaque en son cœur n'en sera pas jalouse ?
Racine, Andr. II, 5- Il n'est que trop instruit de mon cœur et du vôtre Racine, Brit. III, 7
Télémaque ouvrit son cœur à son ami
Fénelon, Tél. XXIIEn m'éveillant je reconnus l'embarras de Néoptolème ; il soupirait comme un homme qui ne sait dissimuler et qui agit contre son cœur
Fénelon, Tél. X- Et nous ouvrant son cœur nous ouvrit ses trésors Corneille, Pomp. I, 3
Dans l'entretien où, m'ayant ouvert votre cœur, j'y vis tant de résolution, de force et de générosité
Voiture, Lett. 34
-
Selon le cœur de Dieu, pieux, aimé de Dieu.
David que Dieu trouva selon son cœur
Bossuet, Hist. II, 3Un roi selon le cœur de Dieu
Fléchier, Dauph.
-
Dans le langage général, selon le cœur de, agréable à.
La première chose que le roi fait avec ce nouveau pape qui est entièrement selon son cœur et au delà de nos espérances, c'est de lui rendre le Comtat
Mme de Sévigné, 592
-
Dans le langage de l'Écriture, les cœurs des rois sont dans la main de Dieu.
Mais, comme dit le Sage, autant que le ciel s'élève, et que la terre s'incline au-dessous de lui, autant le cœur des rois est impénétrable
Bossuet, le Tellier.
-
À cœur ouvert, avec franchise, sincérité, effusion. Parler à cœur ouvert.
- Souffrez qu'à cœur ouvert, monsieur, je vous embrasse Molière, Mis. I, 2
-
Avoir le cœur sur les lèvres, avoir le cœur sur la main, ne pas déguiser sa pensée, ses sentiments.
-
Parler d'abondance de cœur, parler du cœur, parler avec épanchement.
- Pour chercher un ami qui me parle du cœur Racine, Bérén. I, 4
- Nous parlâmes du cœur, comme deux vieux amis,Au foyer l'un de l'autre à la campagne admis Lamartine, Harm. III, 6
-
Se parler cœur à cœur, se parler avec franchise.
-
8L'affection, la tendresse, l'amour. Se concilier tous les cœurs. Régner sur les cœurs.
L'extrême joie qu'on m'a donnée en me mandant que j'étais tout entier dans le cœur de cet homme que vous savez qui est si fort selon le mien
Voiture, Lett. 42- Hyménée et l'Amour, par des désirs constants,Avaient uni leurs cœurs dès leur plus doux printemps La Fontaine, Phil. et Bauc.
Sans mentir, mademoiselle, ce ne vous est pas peu de gloire d'avoir pu allumer le cœur d'un homme aussi froid que je suis
Voiture, Lett. 42- Ah ! si mon cœur osait encor se renflammer ! La Fontaine, Fabl. IX, 2
- Je veux encore un coup montrer un cœur de père Corneille, le Ment. V, 3
- Ayons un cœur dont nous soyons les maîtres Molière, le Fest. III, 6
Sévère lui avait gagné le cœur des soldats
Bossuet, Hist. I, 10J'ai fort dans le cœur M. et Mme Scomberg
Bossuet, Lett. 45Toutes les choses où j'ai mis mon cœur
Pascal, Prière.Le petit cardinal a son oncle dans le cœur
Mme de Sévigné, 219Je ne vous demande que votre cœur
Fénelon, Tél. IVUn roi fait ce qu'il veut des cœurs : tous les protestants sont prêts à mourir pour son service
Voltaire, Lett. Damilaville, 16 avril 1765- Emporter après lui tous les cœurs des soldats Racine, Baj. I, 1
- Pour m'arracher du cœur de ses soldats Racine, ib.
- Sans me faire payer son salut de mon cœur Racine, Andr. I, 4
- J'attends avec la paix son cœur de votre main Racine, ib. II, 4
Si vous faites ce petit voyage que vous avez projeté dans nos cantons, vous verrez tous les cœurs voler au-devant de vous
Voltaire, Lett. Thiroux, mars 1763- Puis-je espérer encoreQue vous accepterez un cœur qui vous adore ? Racine, Andr. I, 4
- Elle aura quelque trait qui, de mes sens vainqueur,Me passant par les yeux, me blessera le cœur Régnier, Sat. VII
- Il ira, le cœur plein d'une image divine,Chercher si quelques lieux ont une Clémentine André Chénier, Élég. XI
-
Ces deux personnes ne font qu'un cœur et une âme, elles sont liées par la plus étroite affection.
Les deux princesses ne furent plus qu'un même cœur
Bossuet, Anne de Gonz.
-
Son cœur commence à parler, son cœur a parlé, se dit d'une jeune personne qui éprouve les premiers sentiments de l'amour.
-
Affaire de cœur, commerce de galanterie.
-
9La personne elle-même qui éprouve ces divers sentiments.
Je me tiens très heureux d'avoir une si grande place dans le meilleur cœur de France
Voiture, Lett. 42- Deux démons à leur gré partagent notre vie ;Je ne vois point de cœur qui ne leur sacrifie La Fontaine, Fabl. X, 10
- Il peut trouver du moins, dans le cours de sa vie,Un cœur sans injustice, un ami sans envie ST-LAMBERT, Saisons, automne.
- Des cœurs séparés à regretTrouvent de se rejoindre aisément le secret Corneille, Othon, II, 4
- Un cœur né pour servir sait mal comme on commande Corneille, Pomp. IV, 2
- Que ne fait point un cœurPour plaire à ce qu'il aime et gagner son vainqueur ? Racine, Bérén. II, 2
- Cœur accablé de déplaisirs Racine, Andr. II, 1
Cœur épris de courroux
Racine, ib. I, 1D'un cœur qui t'aime, Mon Dieu, qui peut troubler la paix ?
Racine, Athal. III, 8- J'aime mieux renoncer à tout cet embarras,Et ne veux point d'un cœur qui ne se donne pas Molière, F. sav. V, 4
Avez-vous un secret important, versez-le hardiment dans ce noble cœur
Bossuet, Duch. d'Orl.
-
Familièrement.
- Bien que d'un cabinet sortît un petit cœur,Avec son chaperon, sa mine de poupée Régnier, Sat. X
- De s'entendre appeler petit cœur ou mon bon Boileau, Sat. X
Elle a eu l'effronterie de me dire que je ne suis point malade ; vous savez, mon cœur, ce qui en est
Molière, Mal. im. I, 6- Mon pauvre petit cœur, tu le peux si tu veux Molière, Éc. des f. V, 5
-
Un joli cœur, un jeune homme qui prend un soin particulier de sa toilette.
-
Faire le joli cœur, se donner des grâces.
-
10Ardeur, vif intérêt. Il a le cœur à l'étude.
- Amour enfin qui prit à cœur l'affaire La Fontaine, Coc.
Il s'agit d'une affaire que j'ai fort à cœur
Bossuet, Lett. 109Il prend trop de cœur à ce qu'il entreprend
Pascal, Prov. IIIQui croyez-vous qui prenne les choses à cœur?
Pascal, ib.Il n'eut plus de cœur que pour lui
Fléchier, M. de Mont.Il avait mis son cœur à ce mariage
J.-J. Rousseau, Hél. I, 40Des haines qui, en refusant le cœur au devoir, ont assez d'empire sur elles, pour donner les apparences au monde
Massillon, Car. Pardon.J'avais peur Que mon père ne prît l'affaire trop à cœur
Racine, Plaid. II, 6Vous prenez la chose fort à cœur
Molière, les Préc. 1- Il avait le cœur trop au métier Racine, Plaid. I, 1
-
Avoir à cœur quelque chose, y prendre un vif intérêt. Tenir au cœur, être l'objet d'un attachement, d'un désir, d'un intérêt.
Ils n'ont rien tant à cœur que de voir la concorde régner
Massillon, Or. fun. Louis XILe reste ne lui tenait plus au cœur
Mme de Sévigné, 216Cela est au premier rang de ce qui me tient le plus au cœur
Mme de Sévigné, 202On aime fort ce détail pour les choses qui tiennent au cœur
Mme de Sévigné, 5Les choses qui nous tiennent sensiblement au cœur
Mme de Sévigné, 570- Une beauté me tient au cœur Molière, Fest. I, 2
La Sicile ravie leur tenait au cœur
Bossuet, Hist. I, 8- Diantre ! l'amour vous tient au cœur de bon matin Racine, Plaid. I, 5
-
Tenir au cœur, être l'objet d'une inquiétude, d'un tourment.
Le Rhône me tient fort au cœur
Mme de Sévigné, 23Votre frère me tient fort au cœur
Mme de Sévigné, ib.- Ce maître d'armes vous tient bien au cœur Molière, le Bourg. III, 3
-
11Courage, fermeté. Homme de cœur, homme plein de courage.
- La rigueur de ses lois, après tant de licence,Redonnera le cœur à la faible innocence Malherbe, II, 1
- ... Vous vous troublez beaucoup ;Mon cœur n'est point du tout ébranlé de ce coup Molière, F. sav. V, 4
- À la fin je pris cœur, résolu d'endurer.... Régnier, Sat. X
- Non, non, j'ai trop de cœur pour lâchement me rendre Régnier, Élég. I
Si tu connaissais tes péchés, tu perdrais cœur
Pascal, Myst. 2Rodrigue, as-tu du cœur?
Corneille, Cid, I, 9- Nous vous laissons ici pour leur rendre du cœur Corneille, Hor. II, 7
- Et ne vous flattez pas ni sur votre grand cœurNi sur l'éclat d'un nom cent et cent fois vainqueur Corneille, Nicom. I, 1
... Tant de fois vaincus ils ont perdu le cœur De se plus hasarder contre un si grand vainqueur
Corneille, Cid, II, 7- Ces favorables mots vous ont rendu le cœur Corneille, Tois. d'or, IV, 5
- Un orgueil noble et juste et digne d'une reine,Qui soutient avec cœur et magnanimitéL'honneur de sa naissance et de sa dignité Corneille, Pomp. III, 1
- Sans qu'on l'ose accuser d'avoir manqué de cœur Corneille, Cid, V, 1
[Il] m'a fait voir trop de cœur
Corneille, le Ment. III, 2- En vain en l'attaquant fait paraître un grand cœur Corneille, Hor. IV, 4
S'il avait moins de cœur
Corneille, Cid, II, 7- S'il la sauve, peut-être on trouvera dans RomePlus de cœur que de crime en l'ardeur d'un jeune homme Corneille, Théodore, V, 7
Antigone Gonatas reprit cœur, pendant que Pyrrhus, inquiet et ambitieux, faisait la guerre aux Lacédémoniens et aux Argiens
Bossuet, Hist. univ. I, 8Ils ne voulaient pas qu'on s'y prît d'une manière à lui faire perdre cœur
Bossuet, Var. 10Le parti a repris cœur et fait les derniers efforts
Bossuet, Lett. quiét. 341- Ce discours ébranla le cœurDe notre imprudent voyageur ;Mais le désir de voir et l'humeur inquiète.... La Fontaine, Fabl. IX, 2
- Battre un homme à coup sûr n'est pas d'une belle âme ;Et le cœur est digne de blâmeContre les gens qui n'en ont pas Molière, Amph. I, 2
- Si l'heureux Amurat, secondant leur grand cœur,Aux champs de Babylone est déclaré vainqueur Racine, Baj. I, 1
- Surtout j'admire en vous ce cœur infatigable Racine, Mithr. III, 1
Il faut du cœur et de l'action
Fléchier, Serm. I, 169Un dessein si hardi jeta les patriciens et le peuple dans une consternation générale ; tous manquent de cœur et de résolution
VERTOT, Révol. rom. liv. II, p. 201
-
Familièrement. Prendre son cœur à deux mains, faire tous ses efforts, ou prendre son grand courage.
-
Familièrement. Avoir le cœur de, pousser la dureté, l'indifférence jusqu'à.
Vous n'aurez pas ce cœur-là
Molière, Mal. im. I, 5Comment avez-vous le cœur de mêler avec leurs fruits des ossements ?
J.-J. Rousseau, Ém. II
-
Un cœur de lion, un homme d'un extrême courage.
-
Un cœur de poule, un poltron.
Ah ! poltron ! dont j'enrage, Lâche ! vrai cœur de poule
Molière, Sganar. sc. 21
-
Mettre, remettre le cœur au ventre à quelqu'un, lui rendre le courage. Cette locution vient du langage du moyen âge, où le cœur est joint souvent à ventre, pris en un sens très général de tronc du corps ; locution qui provient elle-même de ce qu'on se sent plus de force et de courage après avoir bien mangé.
-
Faire contre mauvaise fortune, ou, absolument, contre fortune bon cœur, ne pas se laisser abattre et aussi ne pas laisser paraître sur son visage le désappointement, la peine qu'on éprouve.
-
12Générosité. Être plein de cœur.
-
Grand cœur, magnanimité.
- Seigneur, vous devez tout au grand cœur d'Exupère Corneille, Héracl. V, 4
Henriette d'un si grand cœur est contrainte de demander du secours ; Anne d'un si grand cœur ne peut en donner assez
Bossuet, Reine d'Anglet.
-
Un grand cœur, une personne magnanime.
- Mais de cette faiblesse un grand cœur est honteux ;Il ose espérer tout dans un succès douteux Corneille, Hor. I, 1
- N'attendez point de moi de regrets ni de larmes :Un grand cœur à ses maux applique d'autres charmes Corneille, Pomp. V, 1
- La grâce est aux grands cœurs honteuse à recevoir ;La menace n'a rien qui les puisse émouvoir Corneille, Suréna, IV, 4
- Un grand cœur cède un trône et le cède avec gloire ;Cet effort de vertu couronne sa mémoire Corneille, Rodog. II, 5
- Au travers des périls un grand cœur se fait jour Racine, Andr. III, 1
- Jamais dans un grand cœur vit-on plus de faiblesse ? Racine, Bérén. III, 2
-
Homme de cœur, homme qui a de la générosité, de la sensibilité.
-
N'avoir point de cœur, être dépourvu de toute sensibilité, de toute noblesse d'âme.
-
-
13Le principal agent, le principal intérêt.
Le parti du duc et de mon frère Dont l'un est votre cœur, si l'autre est votre bras
Rotrou, Vencesl. I, 1- Quand à ton père usé je rendis la vigueur,J'avais encor tes vœux, j'étais encor ton cœur Corneille, Médée, III, 3
Le prince de Conti fut le cœur et le confident de M. de Luxembourg dans ses dernières années
Saint-Simon, 220, 212
-
14Par extension, l'estomac : dénomination qui vient de ce que, dans l'ancienne anatomie grecque, on donnait le nom de cœur à l'orifice cardiaque ou supérieur de l'estomac, et le nom de douleur de cœur aux douleurs de l'estomac. Des soulèvements de cœur. J'ai encore mon dîner sur le cœur.
-
Avoir le cœur noyé, noyé d'eau, être incommodé pour avoir bu trop d'eau.
-
Fig. Cela lui pèse sur le cœur, c'est quelque chose qui lui cause du chagrin, de la rancune.
-
Ce vin va au cœur, il fait plaisir.
-
Avoir mal au cœur, être pris de nausées. Sur mer j'ai mal au cœur.
Celles qui ont dîné ont mal au cœur
Mme de Sévigné, 185
-
Mal de cœur, envie de vomir.
À moitié chemin, j'eus un grand mal de cœur
Mme de Sévigné, 58
-
Fig. Cela fait mal au cœur, fait soulever le cœur se dit d'une chose qui excite le dégoût, l'aversion, le chagrin.
Une douceur fade qui fait mal au cœur
Molière, Impr. 3Avec un style si bourgeois et si ridicule, que cela fait mal au cœur
VAUVENARGUES, Du goût.Les violons de la cour font mal au cœur au prix de ceux-là
Mme de Sévigné, 73Il est d'une faiblesse à faire mal au cœur
Mme de Sévigné, 44Les louanges me font mal au cœur
Mme de Sévigné, 235Tout ce qui ressemble à une séparation fait bien mal au cœur
Mme de Sévigné, 462Ce qui vient de sa part lui fait soulever le cœur
Bossuet, Resp. 1De ce raccommodement vint un fils qui réduisit la jeune princesse de Bade à l'état ordinaire pour les biens, dont sa belle-mère eut grand mal au cœur
Saint-Simon, 168, 259
-
Si le cœur vous en dit, si vous avez envie d'en manger ; et fig. Si vous êtes disposé à cela.
-
Avoir le cœur bon, avoir l'appétit bon, se dit d'un malade qui conserve de l'appétit.
-
Cet homme a bon cœur, il ne rend rien, se dit d'un homme dont l'estomac ne rejette pas ce qu'il mange ; et, figurément, de celui qui ne rend pas ce qu'on lui prête.
-
Avoir le cœur sur le bord des lèvres, et, simplement, sur les lèvres, être prêt à vomir.
-
Avoir le cœur mort, se sentir très faible.
-
Populairement. N'être pas malade de cœur, conserver un bon appétit.
-
S'en donner au cœur joie, à cœur joie, jouir pleinement, se rassasier d'une chose.
-
À cœur jeun, sans avoir mangé de la journée. Locution qui vieillit.
-
-
15Par analogie, la partie centrale de quelque chose. Il est logé au cœur de la ville. Le cœur d'un fruit, d'un chou.
- Je veux qu'elle me voie au cœur de ses ÉtatsSoutenir ma fureur d'un million de bras Corneille, Nicom. V, 7
Dans le cœur de son empire
Bossuet, Hist. I, 8Il y avait au cœur de la Judée des hommes choisis
Pascal, Juifs, 20Plus les chênes croissent vite, plus ils forment de cœur, et meilleurs ils sont pour le service
Buffon, Exp. sur les végét. 2e mém.Les vieilles souches [de vigne] sont pourries jusqu'au cœur, et le fruit n'en vaut guère
Paul-Louis Courier, I, 272Je relève sous l'eau les tiges abattues, Je secoue au soleil les cœurs de mes laitues
Lamartine, Joc. IX, 281
-
Fig. Au cœur de l'été, de l'hiver, pendant les plus grandes chaleurs, les plus grands froids.
Évitez le cœur de l'hiver pour revenir
Mme de Sévigné, 355On était au cœur d'un hiver extrêmement rude
Hamilton, Gramm. 8Les Suédois faisaient la guerre au cœur de l'hiver comme dans l'été
Voltaire, Charles XII, 2Éveillés à minuit au cœur de l'hiver
J.-J. Rousseau, Ém. II
-
Cœur de cheminée, le milieu de la cheminée, où est ordinairement une plaque. Il est noir comme le cœur de la cheminée.
-
À cœur de journée, sans relâche. Locution qui paraît venir de ce que le cœur de la journée est pris pour le fort du travail.
Murce avait un jeune valet qu'il appelait marcassin et qui se moquait de lui à cœur de journée
Saint-Simon, 164, 168
-
16Ce qui a la forme d'un cœur. Une croix d'or surmontée d'un cœur.
-
Le cœur, une des couleurs du jeu de cartes. Le cœur est atout. J'ai tous les cœurs.
-
Nom vulgaire d'un grand nombre de coquilles bivalves.
-
-
17Terme de manége et de fauconnerie. Être en cœur, se dit d'un cheval, d'un oiseau qui se montrent pleins d'ardeur. Un cheval de deux cœurs, est celui qui répond mal aux aides et qui ne manie pas volontiers.
-
18Terme de blason. Le milieu de l'écu, dit aussi abîme.
-
19Terme d'astronomie. Cœur du Lion, étoile de première grandeur qui fait partie de la constellation du Lion, dite aussi Régulus.
-
Cœur de Charles, petite constellation entre la Grande Ourse et le Lion.
-
Cœur de l'Hydre, étoile de la constellation de l'Hydre. Cœur du Scorpion ou Antarès.
-
-
20Terme d'horticulture. Cœur de pigeon, espèce de prune et espèce de pomme.
-
Cœur de bœuf, espèce de prune.
-
Cœur de Saint-Thomas, nom vulgaire d'un fruit d'Amérique ou mieux d'une graine, dite aussi châtaigne de mer (entade gigalobion).
-
Nom d'une espèce de bigarreau.
-
-
21Pièce d'horlogerie qui dégage la détente de la sonnerie.
-
Milieu d'une verge de plomb dans un vitrage.
-
-
22Terme de boucherie. Maniement pair ou double chez le bœuf et la vache, placé au-dessous et à quelque distance du paleron, en arrière et vers le milieu de la masse musculaire olécrânienne, et répondant à peu près à la place qu'occupe le cœur dans l'intérieur du thorax.
-
23Une personne objet de tendresse.
Je craignais encore Mme de Caylus, sa nièce [de Mme de Maintenon], son goût et son cœur, qui la connaissait parfaitement
Saint-Simon, t. VIII, p. 225, édit. Chéruel.
-
24Terme de turf. On dit qu'un cheval manque de cœur, quand il ne fait pas son possible pour triompher.
-
25Cœur vert, espèce d'arbre.
Le mora (mora excelsa) et le cœur vert (hectandra Rodeii) de la Guyane anglaise
Rev. Britann. fév. 1876, p. 283
Remarque
Le langage populaire dit quelquefois : joli comme un cœur. Cela ne signifie rien et ne peut rien signifier ; c'est une confusion avec joli cœur. Avoir à cœur et tenir au cœur, sont deux locutions toutes faites et dans lesquelles rien ne peut être interverti. Avoir au cœur et tenir à cœur seraient des fautes contre l'usage, du moins aujourd'hui ; car, au XVIIe siècle, on trouve tenir à cœur dans de bons écrivains.
Synonymes
CŒUR, COURAGE, disposition qui fait mépriser le danger. Courage est dérivé de cœur; par conséquent, la nuance entre ces deux mots ne peut être que dans cette dérivation même. En effet, le courage, à proprement parler, est le produit du cœur. On a du cœur ou on en manque ; on signale son courage, on combat avec courage ; l'homme de cœur se distingue par des traits de courage.
Proverbes
Il dit cela de bouche, mais le cœur n'y touche
, c'est-à-dire il parle contre sa pensée. De l'abondance du cœur la bouche parle
, c'est-à-dire on parle volontiers de ce qu'on désire, de ce qui captive. Loin des yeux, loin du cœur
, c'est-à-dire l'absence refroidit.
Étymologie
Bourguig. coeu ; picard (environs d'Amiens), tcheur ; provenç. cor ; ital. cuore ; du latin cor, cordis ; allem. Herz ; angl. heart ; goth. hairtô ; gaél. chridhe ; sanscrit, hrid. Cœur a pris le sens de mémoire, parce qu'il s'est étendu à l'âme tout entière ; et l'on voit nettement comment il l'a pris, dans cette phrase provençale : En vostre cor devetz saber que tuit li adjectiu.... [en votre cœur devez savoir que tous les adjectifs....], Gramm. provençales, publiées par GUESSARD, p. 78. Dans l'ancien français, au nominatif singulier li cuers, au régime le cuer ; au nominatif pluriel li cuer, au régime les cuers. Du reste, cuer se prononçait cœur.