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cœur dans le Littré

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cœur s. m. (keur)

  1. 1Terme d'anatomie. Organe conoïde, creux et musculaire qui, renfermé dans la poitrine, est le principal agent de la circulation du sang. Les battements du cœur.

    • Tant que le cœur me battra, me battra au ventre, dans le ventre, c'est-à-dire tant que je vivrai.

    • Fig. Le cœur me bat, je suis très inquiet.

    • Faire la bouche en cœur, donner aux lèvres la forme d'un cœur, les resserrer d'une façon mignarde ; et fig. S'efforcer de paraître gracieux.

    • Fig. Il voudrait lui manger le cœur, lui arracher le cœur, il le hait mortellement.

    • Se ronger le cœur, se consumer d'un chagrin secret.

      • Y a-t-il rien de plus sot que de vouloir porter continuellement un fardeau qu'on veut toujours jeter par terre ; d'avoir son être en horreur et de tenir à son être ; enfin de caresser le serpent qui nous dévore, jusqu'à ce qu'il nous ait mangé le cœur ? Voltaire, Candide, 11
    • Le cœur me saigne, je suis pénétré d'une vive douleur. Le cœur saigne en lisant le récit de ces cruautés.

    • Avoir le cœur gros, éprouver le besoin de pleurer, de soupirer, de sangloter, ressentir un chagrin profond. Le cœur gros de soupirs.

    • Je veux en avoir le cœur net, je veux savoir ce qui en est.

    • Sacré-Cœur, dévotion au cœur de Notre Seigneur Jésus-Christ, qui s'est développée au commencement du XVIIIe siècle

    • Congrégation de religieuses consacrées à l'adoration du cœur de Jésus-Christ et qui se dévouent aussi à l'éducation des jeunes filles.

  2. 2Par extension, la poitrine. Il le pressa tendrement contre son cœur.

  3. 3L'ensemble des facultés affectives et des sentiments moraux, par opposition à esprit, qui est l'ensemble des facultés intellectuelles ; cet emploi du mot cœur provient d'une opinion ancienne et erronée qui plaçait le siége des passions dans le cœur, parce que cet organe en ressentait immédiatement des effets manifestes. Attendrir, toucher le cœur de quelqu'un. Avoir le cœur navré, oppressé.

    • Parler, aller au cœur, toucher vivement, intéresser.

      • Cette grâce qui m'allait droit au cœur Mme de Sévigné, 79
    • Le cœur me le disait bien, j'en avais le pressentiment.

    • De cœur, par la disposition intérieure.

      • Les dévots de cœur Molière, Tart. I, 6
      • Mortifié dans l'abondance, pauvre de cœur au milieu des biens périssables Massillon, Avent, Afflict.
      • La loi qui nous oblige à croire de cœur Massillon, Car. Culte.
      • Qui la cherche de cœur un jour peut la connaître Voltaire, Henr. I
    • De cœur, avec un sentiment sincère. Attaché de cœur à la famille de ses rois.

    • Ami de cœur, ami dévoué, sincère.

    • De gaieté de cœur, de propos délibéré, et sans sujet.

  4. 4Le cœur considéré comme mémoire des sentiments. Vos bienfaits sont gravés dans mon cœur.

    • Il faut ne rien garder sur votre cœur Mme de Sévigné, 509
    • Avoir quelque chose sur le cœur, garder, entretenir un ressentiment.

      • J'aurai toujours ce coup-là sur le cœur Molière, Fâch. II, 2
      • J'ai ce soufflet fort sur le cœur Molière, Sicil. 13
      • J'ai cette insulte sur le cœur Molière, Fourb. II, 27
      • J'ai quelque chose sur le cœur contre vous Mme de Sévigné, 296
      • Nous avons ces réponses sur le cœur Mme de Sévigné, 234
      • Elle emporta tout cela sur son cœur avec la rage pêle-mêle Mme de Sévigné, 35
      • Il avait encore sur le cœur la perfidie du Suisse Hamilton, Gramm. 3
      • N'osant lui parler de ce qu'il avait sur le cœur Hamilton, ib. 7
      • Il fut bien aise de dire une partie de ce qu'il avait sur le cœur Hamilton, ib. 5
      • Une femme à qui l'on joue ce tour dit volontiers à son adverse partie ce qu'elle a sur le cœur Voltaire, Lett. d'Argental, 23 déc. 1762
    • Décharger son cœur, dire sans réticence ce qui préoccupe.

    • Par cœur, de mémoire. Locution qui vient d'une extension de la mémoire du cœur à la mémoire de l'esprit.

      • Le peuple apprit par cœur ce divin cantique Bossuet, Hist. II, 3
      • Qui ont lu et appris par cœur le même livre Pascal, Persuad.
    • Fig. Savoir un homme par cœur, connaître parfaitement son caractère et sa vie.

      • Votre homme arrive ; je l'ai étudié une bonne grosse demi-heure, et je le sais déjà par cœur Molière, Pourc. I, 4
    • Familièrement. Dîner par cœur, se passer involontairement de dîner. Cette locution paraît s'être dite d'abord de celui qui, au lieu de dîner, parlait, racontait, récitait, et de la sorte se passait de manger.

  5. 5Sens moral, conscience.

  6. 6Tempérament moral. Avoir bon cœur. Avoir un mauvais cœur. Cœur égoïste. Il a le cœur gâté, corrompu.

  7. 7La pensée intime, les dispositions secrètes.

    • Montrant que dans le cœur ce voyage le fâche Malherbe, I, 4
    • On s'est plus appliqué aux vices de l'esprit, aux replis du cœur et à tout l'intérieur de l'homme La Bruyère, Disc. sur Théophr.
    • Il ne faut pas juger des hommes sur une seule et première vue : il y a un intérieur et un cœur qu'il faut approfondir La Bruyère, XII
    • Il dissimule les mauvais offices, sourit à ses ennemis, contraint son humeur, déguise ses passions, dément son cœur, parle, agit contre ses sentiments La Bruyère, VIII
    • Connaître un bon visage, et juger si le cœur,Contraire à ce qu'on voit, ne serait pas moqueur Régnier, Sat. III
    • Vous avez vu plus tôt que moi un sentiment qui était caché dans mon cœur Voiture, Lett. 16
    • Ces enfants bien heureux.... AyantDieu dans le cœur, ne le purent louer Malherbe, I, 4
    • La constance des sages n'est que l'art de renfermer leur agitation dans leur cœur La Rochefoucauld, Max. 20
    • La sincérité est une ouverture de cœur La Rochefoucauld, ib. 62
    • Je veux qu'on soit sincère et qu'en homme d'honneurOn ne lâche aucun mot qui ne parte du cœur Molière, Mis. I, 1
    • Il est bon quelquefois de sentir des traverses Et d'en éprouver la rigueur, Elles rappellent l'homme au milieu de son cœur, Et peignent à ses yeux ses misères diverses Corneille, Imit. I, 12
    • C'est dans cette simplicité champêtre que se trouve la vérité et l'effusion du cœur Voltaire, Lett. Schouvalof, 19 déc. 1762
    • C'est du cœur que je vous demande cette grâce Mme de Sévigné, 395
    • Crois-tu.... Qu'Andromaque en son cœur n'en sera pas jalouse ? Racine, Andr. II, 5
    • Il n'est que trop instruit de mon cœur et du vôtre Racine, Brit. III, 7
    • Télémaque ouvrit son cœur à son ami Fénelon, Tél. XXII
    • En m'éveillant je reconnus l'embarras de Néoptolème ; il soupirait comme un homme qui ne sait dissimuler et qui agit contre son cœur Fénelon, Tél. X
    • Et nous ouvrant son cœur nous ouvrit ses trésors Corneille, Pomp. I, 3
    • Dans l'entretien où, m'ayant ouvert votre cœur, j'y vis tant de résolution, de force et de générosité Voiture, Lett. 34
    • Selon le cœur de Dieu, pieux, aimé de Dieu.

      • David que Dieu trouva selon son cœur Bossuet, Hist. II, 3
      • Un roi selon le cœur de Dieu Fléchier, Dauph.
    • Dans le langage général, selon le cœur de, agréable à.

      • La première chose que le roi fait avec ce nouveau pape qui est entièrement selon son cœur et au delà de nos espérances, c'est de lui rendre le Comtat Mme de Sévigné, 592
    • Dans le langage de l'Écriture, les cœurs des rois sont dans la main de Dieu.

      • Mais, comme dit le Sage, autant que le ciel s'élève, et que la terre s'incline au-dessous de lui, autant le cœur des rois est impénétrable Bossuet, le Tellier.
    • À cœur ouvert, avec franchise, sincérité, effusion. Parler à cœur ouvert.

    • Avoir le cœur sur les lèvres, avoir le cœur sur la main, ne pas déguiser sa pensée, ses sentiments.

    • Parler d'abondance de cœur, parler du cœur, parler avec épanchement.

    • Se parler cœur à cœur, se parler avec franchise.

  8. 8L'affection, la tendresse, l'amour. Se concilier tous les cœurs. Régner sur les cœurs.

    • Ces deux personnes ne font qu'un cœur et une âme, elles sont liées par la plus étroite affection.

      • Les deux princesses ne furent plus qu'un même cœur Bossuet, Anne de Gonz.
    • Son cœur commence à parler, son cœur a parlé, se dit d'une jeune personne qui éprouve les premiers sentiments de l'amour.

    • Affaire de cœur, commerce de galanterie.

  9. 9La personne elle-même qui éprouve ces divers sentiments.

  10. 10Ardeur, vif intérêt. Il a le cœur à l'étude.

    • Amour enfin qui prit à cœur l'affaire La Fontaine, Coc.
    • Il s'agit d'une affaire que j'ai fort à cœur Bossuet, Lett. 109
    • Il prend trop de cœur à ce qu'il entreprend Pascal, Prov. III
    • Qui croyez-vous qui prenne les choses à cœur? Pascal, ib.
    • Il n'eut plus de cœur que pour lui Fléchier, M. de Mont.
    • Il avait mis son cœur à ce mariage J.-J. Rousseau, Hél. I, 40
    • Des haines qui, en refusant le cœur au devoir, ont assez d'empire sur elles, pour donner les apparences au monde Massillon, Car. Pardon.
    • J'avais peur Que mon père ne prît l'affaire trop à cœur Racine, Plaid. II, 6
    • Vous prenez la chose fort à cœur Molière, les Préc. 1
    • Il avait le cœur trop au métier Racine, Plaid. I, 1
    • Avoir à cœur quelque chose, y prendre un vif intérêt. Tenir au cœur, être l'objet d'un attachement, d'un désir, d'un intérêt.

      • Ils n'ont rien tant à cœur que de voir la concorde régner Massillon, Or. fun. Louis XI
      • Le reste ne lui tenait plus au cœur Mme de Sévigné, 216
      • Cela est au premier rang de ce qui me tient le plus au cœur Mme de Sévigné, 202
      • On aime fort ce détail pour les choses qui tiennent au cœur Mme de Sévigné, 5
      • Les choses qui nous tiennent sensiblement au cœur Mme de Sévigné, 570
      • Une beauté me tient au cœur Molière, Fest. I, 2
      • La Sicile ravie leur tenait au cœur Bossuet, Hist. I, 8
      • Diantre ! l'amour vous tient au cœur de bon matin Racine, Plaid. I, 5
    • Tenir au cœur, être l'objet d'une inquiétude, d'un tourment.

  11. 11Courage, fermeté. Homme de cœur, homme plein de courage.

    • Familièrement. Prendre son cœur à deux mains, faire tous ses efforts, ou prendre son grand courage.

    • Familièrement. Avoir le cœur de, pousser la dureté, l'indifférence jusqu'à.

      • Vous n'aurez pas ce cœur-là Molière, Mal. im. I, 5
      • Comment avez-vous le cœur de mêler avec leurs fruits des ossements ? J.-J. Rousseau, Ém. II
    • Un cœur de lion, un homme d'un extrême courage.

    • Un cœur de poule, un poltron.

      • Ah ! poltron ! dont j'enrage, Lâche ! vrai cœur de poule Molière, Sganar. sc. 21
    • Mettre, remettre le cœur au ventre à quelqu'un, lui rendre le courage. Cette locution vient du langage du moyen âge, où le cœur est joint souvent à ventre, pris en un sens très général de tronc du corps ; locution qui provient elle-même de ce qu'on se sent plus de force et de courage après avoir bien mangé.

    • Faire contre mauvaise fortune, ou, absolument, contre fortune bon cœur, ne pas se laisser abattre et aussi ne pas laisser paraître sur son visage le désappointement, la peine qu'on éprouve.

  12. 12Générosité. Être plein de cœur.

  13. 13Le principal agent, le principal intérêt.

  14. 14Par extension, l'estomac : dénomination qui vient de ce que, dans l'ancienne anatomie grecque, on donnait le nom de cœur à l'orifice cardiaque ou supérieur de l'estomac, et le nom de douleur de cœur aux douleurs de l'estomac. Des soulèvements de cœur. J'ai encore mon dîner sur le cœur.

    • Avoir le cœur noyé, noyé d'eau, être incommodé pour avoir bu trop d'eau.

    • Fig. Cela lui pèse sur le cœur, c'est quelque chose qui lui cause du chagrin, de la rancune.

    • Ce vin va au cœur, il fait plaisir.

    • Avoir mal au cœur, être pris de nausées. Sur mer j'ai mal au cœur.

      • Celles qui ont dîné ont mal au cœur Mme de Sévigné, 185
    • Mal de cœur, envie de vomir.

      • À moitié chemin, j'eus un grand mal de cœur Mme de Sévigné, 58
    • Fig. Cela fait mal au cœur, fait soulever le cœur se dit d'une chose qui excite le dégoût, l'aversion, le chagrin.

      • Une douceur fade qui fait mal au cœur Molière, Impr. 3
      • Avec un style si bourgeois et si ridicule, que cela fait mal au cœur VAUVENARGUES, Du goût.
      • Les violons de la cour font mal au cœur au prix de ceux-là Mme de Sévigné, 73
      • Il est d'une faiblesse à faire mal au cœur Mme de Sévigné, 44
      • Les louanges me font mal au cœur Mme de Sévigné, 235
      • Tout ce qui ressemble à une séparation fait bien mal au cœur Mme de Sévigné, 462
      • Ce qui vient de sa part lui fait soulever le cœur Bossuet, Resp. 1
      • De ce raccommodement vint un fils qui réduisit la jeune princesse de Bade à l'état ordinaire pour les biens, dont sa belle-mère eut grand mal au cœur Saint-Simon, 168, 259
    • Si le cœur vous en dit, si vous avez envie d'en manger ; et fig. Si vous êtes disposé à cela.

    • Avoir le cœur bon, avoir l'appétit bon, se dit d'un malade qui conserve de l'appétit.

    • Cet homme a bon cœur, il ne rend rien, se dit d'un homme dont l'estomac ne rejette pas ce qu'il mange ; et, figurément, de celui qui ne rend pas ce qu'on lui prête.

    • Avoir le cœur sur le bord des lèvres, et, simplement, sur les lèvres, être prêt à vomir.

    • Avoir le cœur mort, se sentir très faible.

    • Populairement. N'être pas malade de cœur, conserver un bon appétit.

    • S'en donner au cœur joie, à cœur joie, jouir pleinement, se rassasier d'une chose.

    • À cœur jeun, sans avoir mangé de la journée. Locution qui vieillit.

  15. 15Par analogie, la partie centrale de quelque chose. Il est logé au cœur de la ville. Le cœur d'un fruit, d'un chou.

    • Je veux qu'elle me voie au cœur de ses ÉtatsSoutenir ma fureur d'un million de bras Corneille, Nicom. V, 7
    • Dans le cœur de son empire Bossuet, Hist. I, 8
    • Il y avait au cœur de la Judée des hommes choisis Pascal, Juifs, 20
    • Plus les chênes croissent vite, plus ils forment de cœur, et meilleurs ils sont pour le service Buffon, Exp. sur les végét. 2e mém.
    • Les vieilles souches [de vigne] sont pourries jusqu'au cœur, et le fruit n'en vaut guère Paul-Louis Courier, I, 272
    • Je relève sous l'eau les tiges abattues, Je secoue au soleil les cœurs de mes laitues Lamartine, Joc. IX, 281
    • Fig. Au cœur de l'été, de l'hiver, pendant les plus grandes chaleurs, les plus grands froids.

      • Évitez le cœur de l'hiver pour revenir Mme de Sévigné, 355
      • On était au cœur d'un hiver extrêmement rude Hamilton, Gramm. 8
      • Les Suédois faisaient la guerre au cœur de l'hiver comme dans l'été Voltaire, Charles XII, 2
      • Éveillés à minuit au cœur de l'hiver J.-J. Rousseau, Ém. II
    • Cœur de cheminée, le milieu de la cheminée, où est ordinairement une plaque. Il est noir comme le cœur de la cheminée.

    • À cœur de journée, sans relâche. Locution qui paraît venir de ce que le cœur de la journée est pris pour le fort du travail.

      • Murce avait un jeune valet qu'il appelait marcassin et qui se moquait de lui à cœur de journée Saint-Simon, 164, 168
  16. 16Ce qui a la forme d'un cœur. Une croix d'or surmontée d'un cœur.

    • Le cœur, une des couleurs du jeu de cartes. Le cœur est atout. J'ai tous les cœurs.

    • Nom vulgaire d'un grand nombre de coquilles bivalves.

  17. 17Terme de manége et de fauconnerie. Être en cœur, se dit d'un cheval, d'un oiseau qui se montrent pleins d'ardeur. Un cheval de deux cœurs, est celui qui répond mal aux aides et qui ne manie pas volontiers.

  18. 18Terme de blason. Le milieu de l'écu, dit aussi abîme.

  19. 19Terme d'astronomie. Cœur du Lion, étoile de première grandeur qui fait partie de la constellation du Lion, dite aussi Régulus.

    • Cœur de Charles, petite constellation entre la Grande Ourse et le Lion.

    • Cœur de l'Hydre, étoile de la constellation de l'Hydre. Cœur du Scorpion ou Antarès.

  20. 20Terme d'horticulture. Cœur de pigeon, espèce de prune et espèce de pomme.

    • Cœur de bœuf, espèce de prune.

    • Cœur de Saint-Thomas, nom vulgaire d'un fruit d'Amérique ou mieux d'une graine, dite aussi châtaigne de mer (entade gigalobion).

    • Nom d'une espèce de bigarreau.

  21. 21Pièce d'horlogerie qui dégage la détente de la sonnerie.

    • Milieu d'une verge de plomb dans un vitrage.

  22. 22Terme de boucherie. Maniement pair ou double chez le bœuf et la vache, placé au-dessous et à quelque distance du paleron, en arrière et vers le milieu de la masse musculaire olécrânienne, et répondant à peu près à la place qu'occupe le cœur dans l'intérieur du thorax.

  23. 23Une personne objet de tendresse.

    • Je craignais encore Mme de Caylus, sa nièce [de Mme de Maintenon], son goût et son cœur, qui la connaissait parfaitement Saint-Simon, t. VIII, p. 225, édit. Chéruel.
  24. 24Terme de turf. On dit qu'un cheval manque de cœur, quand il ne fait pas son possible pour triompher.

  25. 25Cœur vert, espèce d'arbre.

    • Le mora (mora excelsa) et le cœur vert (hectandra Rodeii) de la Guyane anglaise Rev. Britann. fév. 1876, p. 283

Remarque

Le langage populaire dit quelquefois : joli comme un cœur. Cela ne signifie rien et ne peut rien signifier ; c'est une confusion avec joli cœur. Avoir à cœur et tenir au cœur, sont deux locutions toutes faites et dans lesquelles rien ne peut être interverti. Avoir au cœur et tenir à cœur seraient des fautes contre l'usage, du moins aujourd'hui ; car, au XVIIe siècle, on trouve tenir à cœur dans de bons écrivains.

Synonymes

CŒUR, COURAGE, disposition qui fait mépriser le danger. Courage est dérivé de cœur; par conséquent, la nuance entre ces deux mots ne peut être que dans cette dérivation même. En effet, le courage, à proprement parler, est le produit du cœur. On a du cœur ou on en manque ; on signale son courage, on combat avec courage ; l'homme de cœur se distingue par des traits de courage.

Proverbes

Il dit cela de bouche, mais le cœur n'y touche, c'est-à-dire il parle contre sa pensée. De l'abondance du cœur la bouche parle, c'est-à-dire on parle volontiers de ce qu'on désire, de ce qui captive. Loin des yeux, loin du cœur, c'est-à-dire l'absence refroidit.

Étymologie

Bourguig. coeu ; picard (environs d'Amiens), tcheur ; provenç. cor ; ital. cuore ; du latin cor, cordis ; allem. Herz ; angl. heart ; goth. hairtô ; gaél. chridhe ; sanscrit, hrid. Cœur a pris le sens de mémoire, parce qu'il s'est étendu à l'âme tout entière ; et l'on voit nettement comment il l'a pris, dans cette phrase provençale : En vostre cor devetz saber que tuit li adjectiu.... [en votre cœur devez savoir que tous les adjectifs....], Gramm. provençales, publiées par GUESSARD, p. 78. Dans l'ancien français, au nominatif singulier li cuers, au régime le cuer ; au nominatif pluriel li cuer, au régime les cuers. Du reste, cuer se prononçait cœur.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander