Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

chère dans le Littré

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1chère s. f. (chê-r')

  1. 1Visage. Ce sens a vieilli.

  2. 2Bon accueil, réception caressante.

    • Chez les cabaretiers, tant pour la bonne chère, tant pour le couvert et les autres menus frais. Ce sens a vieilli.

  3. 3Par extension, faire bonne chère a passé du sens de faire bon accueil à faire un bon repas, parce qu'un bon repas est une partie d'un bon accueil. Dans ce sens chère comprend tout ce qui regarde la quantité, la qualité et la préparation des mets. Aimer la bonne chère.

    • Le lieu de la ville où l'on faisait la chère la plus délicate Hamilton, Gramm. III
    • Faisant chère et vivant sur la bourse publique La Fontaine, Fabl. IV, 12
    • Hélas ! que sert la bonne chèreQuand on n'a pas la liberté ? La Fontaine, ib. IV, 3
    • Je dois faire aujourd'hui bonne chère ou jamais La Fontaine, ib. VIII, 9
    • Alexandre disait que la bonne chère n'était point de saison, quand on avait de grandes affaires DU RYER, Supplément de Quinte-Curce, liv. II, ch. 8
    • Repose-toi, fais grande chère Bossuet, Char. 1
    • Elle disait hier à table, qu'en Basse-Bretagne on faisait une chère admirable Mme de Sévigné, 68
    • Votre intendant jure qu'on ne peut pas faire une meilleure chère, ni plus grande, ni plus polie Mme de Sévigné, 427
    • Comment appelez-vous ce traiteur de Limoges qui fait si bonne chère ? Molière, Pourc. I, 6
    • Nous feras-tu bonne chère ? Molière, l'Av. III, 5
    • Faire petite chère, maigre chère, avoir un repas insuffisant en quantité ou en qualité.

    • Homme de bonne chère, celui qui aime la table et s'y connaît.

      • C'était un homme de bonne chère ; et il devient sobre et tempérant Bourdaloue, Pensées, I, 392
      • Vous avez dit que c'était un homme de bonne chère Massillon, Panég. St. Jean-Bapt.
    • Chère entière, grand repas suivi de plusieurs divertissements.

    • Chère de commissaire, un repas où l'on sert viande et poisson, locution qui vient du temps où il y avait des chambres mi-parties de catholiques et de protestants, les commissaires faisant les uns maigre les autres gras.

    • Faire grande chère et beau feu, faire une très grande dépense.

    • Faire chère lie, faire bonne chère et vie joyeuse.

Proverbes

Il n'est chère que de vilain, c'est-à-dire lorsqu'un avare se résout à donner un repas, il y met plus de profusion qu'un autre. Chère d'homme fait vertu, c'est-à-dire la face, la présence de l'intéressé fait vertu, rien ne vaut la présence d'un homme pour le succès de ses affaires.

Étymologie

Norm. chère, visage ; wallon, caire, mine, air ; provenç. et espagn. cara ; du latin cara, face, qui se trouve pour la première fois dans Corippus, poëte du VIe siècle, et qui est le grec ϰάρα, tête. On voit la série des sens : visage, puis bon accueil, c'est-à-dire bon visage, et enfin bon repas, qui est une des manières du bon accueil.

Supplément

CHÈRE. - ÉTYM. Ajoutez : À Lamballe, Côtes-du-Nord, on dit faire des chères, pour dire : faire une mine gracieuse, faire des caresses.

2cher, chère adj. (chêr, chê-r')

  1. 1Auquel on est attaché par une vive affection. Un homme cher à sa famille.

  2. 2Par extension, à quoi on tient. Son estime m'est chère. Sa mémoire vous est chère.

  3. 3En parlant du temps, précieux.

  4. 4Que l'on caresse en idée. C'est mon vœu le plus cher. C'est ma plus chère espérance.

  5. 5Qui est d'un prix élevé. Une marchandise chère. Ce drap est fort cher. Les vins sont chers cette année.

    • Substantivement.

      • Pour me régaler du plus cher [du vin le plus cher], Au beau coin m'attend dame Jeanne Béranger, Bedeau.
      • C'est chère épice, se dit d'une chose qu'on fait trop cher.

      • Qui exige une grande dépense. La vie est chère. Un voyage cher.

      • Une chère année, une année pendant laquelle le blé a été beaucoup plus cher qu'à l'ordinaire.

        • Comme il [le menu peuple] est beaucoup diminué dans ces derniers temps par la guerre, les maladies, et par la misère des chères années qui en ont fait mourir de faim un grand nombre.... VAUBAN, Dîme, p. 97
      • Qui vend à haut prix. Ce marchand est très cher. C'est un magasin très cher. Cet ouvrier est habile, mais il est cher.

        • Vous pouvez voir ailleurs, messieurs ; on vous accommodera peut-être ; moi, je suis cher, je vous l'avoue Dancourt, La maison de campagne, sc. 30
  6. 6Cher, adv. À haut prix. Vendre, acheter cher. Ces étoffes coûtent cher.

  7. 8Une chère, une précieuse, jeune femme au temps de l'hôtel de Rambouillet, et aussi une petite femme sur le retour ; ce terme d'amitié que les précieuses se prodiguaient entre elles, avait bientôt servi à les désigner elles-mêmes, Note de l'édit. Regnier, t. II, p. 145, Lett. de Sévigné.

    • Je meurs de peur que vous ne mettiez une coiffe jaune comme une petite chère Mme de Sévigné, 4 avril 1671

Remarque

1. Voltaire a dit : 2. C'est une faute ; cher est ici adverbe et, par conséquent, invariable ; chers ne pourrait être adjectif que s'il se rapportait à vivres ; et le sens serait alors qu'on leur avait vendu des vivres que la délicatesse ou la rareté rendait trop chers ; or ce n'est pas le sens que Voltaire veut faire entendre. 3. Cher signifiant d'un prix élevé, se met toujours après le substantif : une marchandise chère. Il faut en excepter l'expression chère année que l'on emploie quelquefois pour dire une année pendant laquelle le blé a été beaucoup plus cher qu'à l'ordinaire

Étymologie

Picard, cair, kier, quier ; rouchi, tier ; provenç. car ; espagn. et ital. caro ; du latin carus.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander