Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

chapeau dans le Littré

1 article· 13 citations· rimes· synonymes

chapeau s. m. (cha-pô)

  1. 1Couvre-chef. Coiffure d'homme, ordinairement d'étoffe foulée, de laine ou de poil, et qui a une forme avec des bords. Mettre, garder, ôter, tirer, enfoncer son chapeau. Chapeau de soie, chapeau recouvert d'une peluche de soie. Chapeau bordé, chapeau galonné.

    • Chapeau en blanc, chapeau qui n'est pas teint.

    • Fig. et familièrement. Coup de chapeau, salutation.

    • Porter la main au chapeau, faire un léger salut.

    • Fig. et familièrement. Enfoncer son chapeau, s'armer de courage ; prendre des airs de matamore.

    • Mettre son chapeau de travers, prendre un ton menaçant.

    • Mettre chapeau bas, ôter son chapeau.

    • Fig. Voilà un beau chapeau qu'on lui a mis sur la tête, se dit, par ironie, d'une personne à qui il est arrivé quelque honte, ou de qui on a dit quelque grosse médisance.

    • Familièrement. Il y a eu bien des chapeaux de reste, se dit d'une affaire où beaucoup d'hommes ont péri.

    • Chapeau de cardinal, chapeau rouge à forme plate, larges bords et grands pendants de soie rouge ; et fig. La dignité de cardinal.

      • Depuis le bruit du chapeau pour M. l'abbé d'Auvergne Bossuet, Lett. quiét. 247
      • Innocent XI refusait un chapeau de cardinal que Jacques II demandait pour son confesseur Voltaire, Louis XIV, 15
      • Il m'écrivit en homme qui attendait le chapeau, et m'ordonna.... Voltaire, Lett. Richelieu, 13 mars 1765
    • Familièrement, un cavalier, un homme. Les chapeaux étaient rares, on ne voyait partout que des femmes.

    • Frère chapeau, moine subalterne qui en accompagne un autre. Et fig. Un frère chapeau, un vers oiseux fait pour la rime. La locution entière paraît être frère au chapeau, c'est-à-dire le frère portant chapeau.

      • Tallard ne fut jamais que le frère au chapeau du maréchal de Villeroy et le valet des Rohan Saint-Simon, 524, 229
    • Les chapeaux, ou le parti des chapeaux, parti politique en Suède au XVIIIe siècle, opposé au parti des bonnets.

    • Terme de commerce maritime. Chapeau de mérite, ou, simplement et plus ordinairement, chapeau, gratification accordée par convention au capitaine d'un bâtiment de commerce, qui remet à bon port les marchandises chargées à fret. Dans un navire à vapeur, mille tonnes de marchandises, au prix actuel de 75 francs par tonne, plus 5 pour 100 de chapeau. Ce terme est passé tout à fait dans la langue des affaires, au sens qu'avait épingles. Ainsi un négociant dit : Soit, je vous céderai à ce prix, mais il y aura un chapeau.

  2. 2Le feutre même dont on fait des chapeaux. Mettre dans ses souliers des semelles de chapeau.

  3. 3Coiffure de femme d'une étoffe consistante, ou tendue sur du carton ou une carcasse de laiton, dont la forme ou calotte est garnie en avant d'un large bord, dit passe, et par derrière d'un petit rebord dit bavolet. Chapeau de paille, de feutre, de satin, de velours. Chapeau garni. Chapeau à plumes. Les joues, les brides d'un chapeau. Porter chapeau.

    • Fig. et familièrement. Se donner un mauvais chapeau, se perdre de réputation.

    • Chapeau de fleurs, couronne de fleurs.

      • Notre bergère se prosterna devant l'image de la déesse, puis lui mit au bras un chapeau de fleurs, lesquelles elle venait de cueillir en courant et sans aucun choix La Fontaine, Psyché, II, p. 154
    • Absolument, le bouquet qu'on met sur la tête d'une fille le jour de ses noces.

      • Terme d'ancienne coutume. Chapeau de roses ou de fleurs, petit don des père et mère à leur fille en la mariant. La coutume de Normandie portait qu'un père et une mère pouvaient marier leur fille d'un chapeau de fleurs et que, si rien ne lui avait été promis lors de son mariage, rien n'aurait.

      • Fig. C'est la plus belle rose de son chapeau, c'est son plus grand honneur ou avantage. Ce droit n'est-il pas la plus belle rose de son chapeau ?

  4. 4Terme de botanique. La partie supérieure d'un champignon, quand elle a un certain diamètre, et qu'elle dépasse sensiblement la partie inférieure, nommée pédicule ou stipe.

  5. 5Cet enfant a encore le chapeau, il a encore la tête couverte de gourme.

  6. 6Partie supérieure du crâne des oiseaux, depuis la racine du bec jusqu'à la nuque.

  7. 7Chapeau chinois, instrument de musique militaire formé d'un bâton terminé par une calotte de cuivre garnie de clochettes.

  8. 8Terme de musique. Trait demi-circulaire, dont on couvre deux ou plusieurs notes pour indiquer qu'elles doivent être coulées et non détachées. On dit plus souvent liaison.

  9. 9Nom, dans les arts, de diverses choses qui ont quelque rapport d'usage ou le forme avec un chapeau. Chapeau d'escalier, de lucarne, de presse, etc.

    • Chapeau d'horlogerie, pièce en forme de cône.

    • Chapeau de pâté, la croûte de dessus.

    • Terme de construction. Pièce de bois posée horizontalement à la partie supérieure d'un ouvrage en charpente. Pièce de bois que des chevilles de fer tiennent attachée sur les couronnes d'une file de pieux.

    • Bobine sur laquelle le tireur d'or roule l'or avant qu'il soit dégrossi.

    • Chapeau de cardinal ou rondelle, rond de tôle à l'extrémité d'un tuyau ou d'une cheminée.

  10. 10Marc qui reste dans les alambics après certaines distillations.

  11. 11Terme d'eaux et forêts. Tête, couronne d'un arbre.

  12. 12Terme de mines. Partie d'un filon qui s'approche de la surface du sol.

  13. 13Terme de marine. Chapiteau placé sur deux montants, au-dessus de la cloche d'un bâtiment.

    • Serrer une voile en chapeau, la ramasser au milieu de la vergue sous laquelle elle est carguée.

  14. 14Chapeau-roux, espèce de gros-bec.

    • Chapeau d'évêque, arbrisseau des montagnes.

    • Chapeau cannelle, l'agaric du châtaignier.

  15. 15Dans le blason, les évêques ne portaient autrefois que six houppes au cordon de leur chapeau, et les archevêques dix ; plus tard les évêques en prirent dix, et les archevêques quinze comme les cardinaux.

  16. 16Chapeau ferré, nom du chapeau à cornes des officiers généraux, garni d'un galon d'or.

  17. 17Fig. Homme de paille, remplaçant sans titre sérieux. (Cet emploi vient de l'habitude, dans les bals, de marquer sa place en y laissant son chapeau.)

    • Ce ne sont pas des chapeaux que j'ai laissés sur mon siége d'administrateur [de compagnies financières], mais bien des titulaires réels : j'ai bien, je crois, droit au repos, et ce repos j'y aspire MALOU, minist. des fin. à la chambre belge, dans Journ. offic. du 30 mars 1874, p. 2450, 2e col.

Étymologie

Saintonge, chapiâ ; wallon, chapai ; namur. chapia ; bourguig. chaippéa ; picard, capiau. capieu ; provenç. capel ; espagn. capelo ; portug. chapeo ; ital. cappello ; diminutif de cappa (voy. CHAPE). Dans l'ancien français, nominatif chapels, chapex, chapeaus ; régime chapel.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander