Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

charité dans le Littré

1 article· 24 citations· rimes· synonymes

charité s. f. (cha-ri-té)

  1. 1Amour du prochain.

    • Dans les nécessités extraordinaires sa charité faisait de nouveaux efforts Bossuet, Anne de Gonz.
    • Ce n'était plus cet ardent vainqueur qui semblait vouloir tout emporter ; c'était une douceur, une patience, une charité qui songeait à gagner tous les cœurs et à guérir des esprits malades Bossuet, Louis de Bourbon.
    • Je suis reconnaissant de la charité que vous avez pour mon âme Bossuet, Lett. quiét. 12
    • J'ai appris la charité que vous aviez pour ce pays Bossuet, Lett. 1
    • Nos pères ont eu plus de charité que cela Pascal, Prov. 8
    • Ces faux monnayeurs en dévotion, qui veulent attraper les hommes avec un zèle contrefait et une charité sophistiquée Molière, 1er Placet au roi.
    • Les grands ne semblent être nés que pour exercer la charité Fléchier, Mont.
    • Il se croit obligé d'exercer la charité dans une profession cruelle Fléchier, Tur.
    • Qu'est-ce qu'une charité qui n'a point de pudeur avec le misérable, et qui, avant que de le soulager, commence par écraser son amour-propre ? Marivaux, Vie de Marianne, 1re partie, p. 34
    • Comme ils voulaient demeurer attachés à l'Évangile par leur devoir envers Dieu, et aux gens du monde par leur charité pour le prochain Pascal, Prov. 7
    • Ironiquement.

    • Une des trois vertus théologales, par laquelle nous aimons Dieu comme notre souverain bien. La fin de la religion, l'âme des vertus et l'abrégé de la foi, c'est la charité.

      • La charité, qui bannit la crainte, opère un si grand miracle ; et, sans autre joug qu'elle-même, elle sait non-seulement captiver, mais encore anéantir la volonté propre Bossuet, Fr. Bourgoing.
      • La charité est la plus parfaite des vertus théologales ST-CYRAN, Théologie familière, dans RICHELET
  2. 2Acte de bienfaisance, aumône.

    • Voilà des charités qu'il a faites pour le salut de ses frères Fléchier, Tur.
    • Il faisait une infinité de charités que personne ne savait Mme de Sévigné, 152
    • On lui vient demander des charités pour les églises Mme de Sévigné, 275
    • Je n'aimais pas qu'on me fît la charité J.-J. Rousseau, Conf. II
    • Ignace avait de quoi vivre honnêtement par les charités qu'on lui faisait BOUHOURS, Vie de saint Ignace, liv. II, dans RICHELET
    • Absolument. Demander la charité, être à la charité, mendier.

      • Par antiphrase. Charité de cour, perfidie de courtisan.

      • Prêter des charités à quelqu'un, le calomnier.

        • Lorsque le P. La Chaise eut cessé de parler, je lui dis que j'étais étonné qu'on m'eût prêté des charités auprès de lui Racine, Lett. Boil. 45
        • Une de ces personnes qui prêtent doucement des charités à tout le monde, de ces femmes qui donnent toujours le petit coup de langue en passant Molière, Impromptu, 1
      • Nom, dans quelques ordres religieux, de la discipline qu'un religieux donne à un autre.

  3. 3Les frères, les sœurs de la Charité, congrégations qui se vouent au soulagement de la misère.

    • Frères de la Charité, ordre religieux fondé vers 1550 par saint Jean-de-Dieu pour le soulagement des malades ; ces religieux suivent la règle de Saint-Augustin ; ils bâtirent à Paris, dans le faubourg St-Germain, le célèbre hôpital qui porte encore leur nom.

    • Charité de Notre-Dame, religieuses de l'ordre de Saint-Jean-de-Dieu rendant aux femmes les mêmes services que les frères de Saint-Jean-de-Dieu rendent aux hommes.

    • Charité de Saint-Hippolyte, congrégation de religieux hospitaliers dans les Indes occidentales et qui rendent aux malades les mêmes services que les religieux de la congrégation de Saint-Jean-de-Dieu.

    • Religieuses de Notre-Dame-de-Charité, établies pour retirer du mal les pauvres filles ou femmes de mauvaises mœurs. Elles suivent la règle de Saint-Augustin et commencèrent en 1642.

    • Charité de la Sainte-Vierge, ordre religieux sous la règle de Saint-Augustin.

    • La maison où résident les frères, les sœurs de Charité.

      • Il n'y avait [dans le domestique de Mme de Maintenon] d'un peu distingué que cette ancienne servante du temps qu'elle était à la Charité de Saint-Eustache Saint-Simon, 414, 209
    • Charité, nom d'hôpitaux divers. La Charité de Lyon. La Charité de Paris.

    • Anciennement, la charité pour les pauvres honteux, service de charité composé uniquement du curé de la paroisse et des marguilliers et destiné aux pauvres honteux.

    • Anciennement, tous les pauvres malades d'une paroisse. Il est le médecin de la charité d'une telle paroisse.

  4. 4Aujourd'hui, dame de charité, bureau de charité dame, bureau qui distribuent des charités.

    • Nom que, dans quelques localités, on donne à des confréries ou associations d'assistance.

  5. 5Votre Charité, titre d'honneur donné aux princes de l'Église.

  6. 6Nom, en Normandie, de confréries établies pour rendre les derniers devoirs aux morts.

    • Les charités, d'origine fort ancienne, sont encore en plein exercice dans tout le Lieuvin H. MOISY, Noms de famille normands, p. 145

Remarque

La locution prêter des charités à quelqu'un, qui signifie le calomnier en lui attribuant une chose défavorable qu'il n'a pas faite ou dite, s'explique par une antiphrase : lui donner des charités, lui faire l'aumône d'une imputation calomnieuse ; locution à laquelle prêter ajoute une idée de méchanceté hypocrite, comme si le calomniateur ne faisait que prêter sa calomnie.

Étymologie

Picard, carité ; provenç. caritat ; espagn. caridad ; ital. carità ; du latin caritatem, de carus (voy. CHER).

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander