1charme s. m. (char-m')
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1Effet prétendu d'un art magique qui change l'ordre naturel.
Le charme se rompit ; le pilote vit le rivage tel qu'il était
Fénelon, Tél. IX- .... Un charme ordinaire a trop peu de pouvoirSur les spectres parlants qu'il faut vous faire voir Corneille, Illusion, I, 3
- Mais je crains des chrétiens les complots et les charmes Corneille, Poly. I, 3
- Je n'ai que des attraits et vous avez des charmes Corneille, Tois. d'or, III, 4
Un démon.... Fit un charme si souverain Que....
LAFONT, Ch. imposs.Toute l'antiquité se servait de charmes contre la morsure des serpents
Voltaire, Mœurs, préj.Une Thessalienne a composé des charmes
André Chénier, 41On avait saigné l'enfant, sa mère lui avait mis des charmes
Chateaubriand, Itin. 74Vous croyez donc que les déplaisirs et les plus mortelles douleurs ne se cachent pas sous la pourpre, ou qu'un royaume est un remède universel à tous les maux, un baume qui les adoucit, une charme qui les enchante ?
Bossuet, Marie-Thérèse.
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2Par extension.
Ces prières apostoliques qui, par un espèce de charme divin, suspendent les douleurs les plus violentes
Bossuet, Duchesse d'Orl.Il se tait et ces mots semblent être des charmes
Corneille, Hor. III, 2- Quel est ici ton charme, odieuse princesse ? Corneille, Rod. IV, 7
- N'attendez point de moi de regrets ni de larmes ;Un grand cœur à ses maux applique d'autres charmes Corneille, Pomp. V, 1
- Et contre ma douleur j'aurais senti des charmes,Quand une main si chère eût essuyé mes larmes Corneille, Cid, III, 4
- À ma douleur je chercherai des charmes Racine, Baj. II, 5
- Quel charme l'attirait sur ces bords redoutés ? Racine, Phèdr. II, 1
- Par quel charme secret laissé-je retenirCe courroux si sévère et si prompt à punir ? Racine, Mithr. IV, 4
Par un charme fatal vous fûtes entraînée
Racine, Phèdr. IV, 6- Ils s'aiment ! par quel charme ont-ils trompé mes yeux ? Racine, ib.
- Par quel charme, oubliant tant de tourments soufferts,Pouvez-vous consentir à rentrer dans ses fers ? Racine, Andr. I, 1
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Fig. Le charme est rompu, l'illusion est détruite.
Il n'appartient qu'à vous de rompre le charme qui les éblouit
Fléchier, Mont.Il est nécessaire que cet esprit lève le charme de l'amour-propre
Bossuet, II, Fr. de P. 1À peine y touchez-vous que le charme cesse
Massillon, Car. Prosp.Rompez le charme fatal qui vous endort
Massillon, ib. Tiédeur, sermon 2
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3Ce qui plaît, ce qui touche, ce qui attire.
- Reine, puisque ce titre a pour vous tant de charmes Corneille, Nic. III, 1
Tous ces charmes de langage Dont on s'offre à la servir, Me l'assurent [ma dame] davantage, Au lieu de me la ravir
Malherbe, V, 3- Pour un cœur généreux ce trépas a des charmes Corneille, Hor. II, 1
- Qui veut que dans sa mort je trouve encor des charmes Corneille, ib. IV, 5
Le mérite a toujours des charmes éclatants
Corneille, Sert. II, 1- Et s'il met à vos pieds ce charme de vos yeux Corneille, Pulch. I, 1
- Mais c'était à l'insu de leurs parents cruels ;La défense est un charme La Fontaine, Filles de Minée.
- C'est proprement un charme ; il rend l'âme attentive,Ou plutôt il la tient captive,Nous attachant à des récits La Fontaine, Fabl. VII, Dédic.
- Ne sentirai-je plus de charme qui m'arrête ?Ai-je passé le temps d'aimer ? La Fontaine, ib. IX, 2
Sa conversation était un charme, parce qu'il savait parler à chacun selon ses talents
Bossuet, Louis de Bourbon.Jamais personne n'a jeté des charmes dans l'amitié comme vous faites
Mme de Sévigné, 477Il y a un charme pour les peuples dans la vue du prince
Bossuet, Polit.Tout cédait au charme secret de ses entretiens
Bossuet, Duch. d'Orl.Ce charme victorieux qui les entraîne
Pascal, dans COUSINLa simplicité qui fait le plus grand charme de la beauté
Fénelon, Tél. IV- Et prête à mon discours un charme qui lui plaise Racine, Esth. I, 4
- Retiens tes cris, et, par d'indignes larmes,De cet heureux moment ne trouble pas les charmes Racine, Mithr. V, 2
Dans mon désespoir trouvez-vous tant de charmes ?
Racine, Bér. V, 5- Qu'après un long hiver le printemps a de charmes ! Racine, Poésies, 1
Pour l'homme de bien la vertu a mille fois plus de charmes que le vice
Massillon, Car. Avenir.La vérité a des charmes dont un bon cœur a peine à se défendre
Massillon, ib.- Vous plaignez mon exil, il a pour moi des charmes Voltaire, Œdipe, V, 1
- La vie a ses attraits, mais la mort a ses charmes Voltaire, Triumv. I, 2
- Il enchante ces lieux par un charme invincible Voltaire, Henr. IX
- Rougis-tu d'être belle, ô charme de mes yeux ? Lamartine, Méd. II, 24
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4S. m. plur. En parlant d'une femme, attraits, appas.
- Celle dont mes ennuis avaient leur guérisonS'en va porter ailleurs ses appas et ses charmes Malherbe, V, 7
- Elle pleure en secret le mépris de ses charmes Racine, Andr. I, 1
Hermione à Pyrrhus prodiguait tous ses charmes
Racine, ib. I, 1Il commençait à trouver des charmes dans sa personne
Hamilton, Gramm. 4Vénus avait répandu sur elle de nouveaux charmes
Fénelon, Tél. VII
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Aimer comme un charme, s'est dit pour aimer beaucoup, être ensorcelé par la passion
VADÉ, Œuvr. compl. t. II, p. 303, dans CH. NISARD, Parisianismes, Paris, 1876, p. 45
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On dit se porter comme un charme, pour se porter bien, par une fausse analogie avec aimer comme un charme
CH. NISARD, ib.
Remarque
1. D'après les grammairiens, ce mot ne se dit qu'au pluriel dans le sens d'attraits, d'appas, et qu'au singulier quand il signifie cette puissance secrète qui attire, ce qui plaît, ce qui touche. La première partie de la remarque est vraie ; mais la seconde ne l'est pas, comme on peut s'en assurer en parcourant les exemples. Cette distinction, qui n'a rien en soi de logique ou de grammatical, ne pourrait être qu'une affaire d'usage ; or l'usage même est contre elle. 2. Des grammairiens prétendent que charme ne se dit pas des personnes comme des choses. Cette remarque n'est pas fondée. Lamartine a très bien dit : ô charme de mes yeux. Corneille a dit charme à, par une tournure poétique, aujourd'hui archaïque :
Synonymes
1. CHARME, ENCHANTEMENT., Le charme (carmen) est une formule en vers ou en prose mesurée à laquelle on attribue la vertu de troubler l'ordre de la nature. L'enchantement (incantamentum) est l'action de prononcer cette formule. Comme à tout moment, dans le discours, on prend la cause pour l'effet ou l'antécédent pour le conséquent, la différence des deux mots disparaît, et ils sont la plupart du temps synonymes. 2. CHARMES, APPAS., On est très porté à confondre absolument ces deux termes. Mais, à une époque où l'on était plus près du sens primitif des mots, Malherbe n'a pas hésité à mettre : ses appas et ses charmes. En effet, appas se dit des beautés qui attirent ; et charmes, de celles qui agissent par une vertu occulte, magique.
Étymologie
Carmen, chant, vers, formule d'enchantement, anciennement casmen, sanscrit çasman, de çañs, célébrer.