Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

chatte dans le Littré

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1chatte s. f. (cha-t')

  1. 1Voy. CHAT.

  2. 2Terme de marine. Sorte de grappin servant à accrocher au fond de l'eau une corde tendue par l'ancre ou des cordages tombés dans une rade.

    • Espèce de chasse-marée servant à la pêche.

  3. 3Espèce de grappin sans empattement qui, attaché à l'extrémité du filet, sert à en fixer la tête en se piquant au fond de la mer.

    • Souvent il arrivait que des bateaux de seine, pour avoir un droit de priorité sur leurs rivaux, jetaient à la mer la chatte de leur filet et prétendaient avoir commencé à déborder la seine, bien qu'ils stationnassent longtemps dans cette position ; le § 3 déclare que le fait de stationner sur la chatte ne constitue à un bateau aucun droit de priorité HAUTEFEUILLE, Code de la pêche maritime, p. 351

2chat, chatte s. m. (cha, cha-t' ; en conversation le t ne se lie que dans les phrases suivantes : chat échaudé craint l'eau froide, dites : cha-t échaudé ; acheter chat en poche, dites : cha-t en poche ; jeter le chat aux jambes, dites : cha-t aux jambes. Au XVIe siècle, Palsgrave, p. 24, dit que le t se lie avec la voyelle qui suit. Au pluriel l's se lie : les chaz et les chiens ; chats rime avec pas, appas, etc.)

  1. 1Animal domestique, de l'ordre des carnassiers digitigrades.

    • Il a joué avec les chats, se dit d'un homme qui a des égratignures au visage.

    • Il est propre comme une écuelle à chat, se dit d'un homme malpropre.

    • Dès que les chats seront chaussés, c'est-à-dire de bon matin.

    • Familièrement. Aller comme un chat maigre, courir vite et beaucoup.

    • Fig. Jeter le chat aux jambes à quelqu'un ou de quelqu'un, lui susciter des embarras.

      • Les calvinistes sont bien aises de jeter le chat aux jambes des papistes Voltaire, Lett. vers et prose, 176
    • Fig. Emporter le chat, sortir d'une maison sans dire adieu à personne ; et aussi déménager complétement, le chat étant, de tous les animaux domestiques, le plus fidèle au logis.

    • Fig. Cette fille a laissé aller le chat au fromage, elle s'est laissé abuser.

      • Je ne le nourris [un chat] que de fromages et de biscuits ; peut-être, madame, qu'il n'était pas si bien traité chez vous ; car je pense que les dames de *** ne laissent pas aller le chat aux fromages et que l'austérité du couvent ne permet pas qu'on leur fasse si bonne chère Voiture, Lett. 153, à une abbesse qui lui avait fait présent d'un chat
    • Bailler le chat par les pattes, présenter une chose par l'endroit le plus difficile.

    • Il n'y a pas là de quoi fouetter un chat, la faute n'a rien de grave, c'est une bagatelle.

    • Se servir de la patte du chat pour tirer les marrons du feu, faire courir à un autre le risque d'une entreprise, d'une affaire dont on retirera seul le profit.

    • Vendre chat en poche, ne point faire voir ce qu'on vend.

    • Acheter chat en poche, conclure une affaire sans examen. On dit dans le même sens : acheter le chat pour le lièvre.

      • Vous êtes-vous mis en tête que Léonard de Pourceaugnac soit un homme à acheter chat en poche ? Molière, Pourc. II, 7
    • Appeler un chat un chat, appeler les choses par leur nom.

    • Il le guette comme le chat fait les souris, se dit d'un homme qui en épie un autre.

    • Écrire comme un chat, écrire d'une façon illisible.

    • Il a passé là-dessus comme chat sur braise, se dit d'une homme qui coule rapidement sur quelque fait délicat à rappeler, à mentionner, à raconter.

    • Ces gens s'accordent, vivent comme chien et chat, c'est-à-dire ils ne peuvent se souffrir, ils sont toujours en querelle.

    • Elle est friande comme une chatte, ou, simplement, c'est une chatte, se dit d'une femme très friande.

    • Elle est amoureuse comme une chatte, se dit d'une femme d'une complexion amoureuse.

    • Dans le langage familier, chatte s'emploie adjectivement quelquefois. Des manières chattes, des manières semblables à celles d'une chatte qui caresse, qui joue.

    • Musique de chat, musique aigre et dissonante.

    • Il n'y a pas un chat, il n'y a absolument personne.

      • Il n'y a pas moyen que quelqu'un trouve un chat à l'hôtel de Clermont Voltaire, Lett. vers et prose, 25
      • Mon dévot se croirait un sacrilége s'il laissait un enfant et un chat en vie dans le territoire de Mercure Voltaire, Dial. XXIX, 1
    • Je ne connais pas un chat dans cette ville, je n'y connais personne.

    • Fig. Avoir un chat dans la gorge, éprouver dans le gosier un embarras soudain qui gêne la voix.

    • C'est le chat ! manière populaire de répondre à une excuse personnelle à laquelle on ne croit pas. Votre fromage, ce n'est pas moi qui l'ai mangé. - Non, c'est le chat. Le verre, ce n'est pas moi qui l'ai cassé. - Non, c'est le chat.

    • Mon chat, ma chatte, termes d'amitié très familiers qui se disent à un petit garçon, à une jeune fille ou femme.

  2. 2Par plaisanterie, chat fourré, nom donné à certains dignitaires qui portent des fourrures dans leurs habits de cérémonie, aux docteurs, aux magistrats.

    • Si les chats fourrés de la Sorbonne étaient assez fous pour lâcher un décret Voltaire, Lett. Damilaville, 11 nov. 1767
    • Terme de blason. Chat effarouché, celui qui est rampant. Chat hérissonné, celui qui lève le train de derrière plus haut que la tête.

  3. 3Terme de chasse. Chat haret, chat sauvage, et aussi chat domestique qui se retire dans les bois et garennes, et y vit de gibier.

  4. 4Terme d'histoire naturelle. Tout animal du même genre que le chat. Le lion, le tigre et le lynx sont des chats.

    • Chat-cervier. Le chat-cervier proprement dit habite le Nord de l'Asie, et il ne faut le confondre ni avec le chat canadien, dit lynx du Canada, ni avec le chat roux, appelé chat-cervier des fourreurs.

    • Chat à crinière, guépard.

    • Chat musqué, civette.

  5. 5Chat de mer, nom vulgaire de l'aphysie et de quelques coquilles hérissées d'épines.

    • Un des noms vulgaires de la chimère monstrueuse, poisson chondroptérygien, qui est la chimère arctique de certains auteurs.

    • Chat marin, nom vulgaire d'une espèce de phoque et de trois poissons.

  6. 6S. m. plur. Folles fleurs des noyers, des coudriers, des saules.

  7. 7Jeu d'enfants dans lequel l'un des enfants court après les autres ; et celui qui est pris le remplace.

    • Chat coupé, le même jeu, avec cette condition que, si un troisième camarade passe entre le poursuivant et le poursuivi, c'est lui qui doit être poursuivi à son tour.

  8. 8Terme de pêche. Petit grappin pour retirer la lesture échappée au fond de la mer.

  9. 9Instrument à branches de fer élastiques dont on se sert pour visiter l'âme d'une pièce de canon.

    • Chat à neuf queues, nom du fouet dont on se sert, dans l'armée anglaise, pour punir les soldats.

  10. 10Matière étrangère et dure qu'on trouve dans l'ardoise.

  11. 11Chevalet de couvreur.

    • Terme de charpentier. Pièce de cuivre ou de fer percée d'un trou par où passe la corde de l'aplomb.

  12. 12Chat-brûlé, nom d'une poire fort pierreuse, qui a la forme du martin sec et qui ne mûrit qu'à la fin de l'automne.

  13. 13Familièrement. Fait comme les quatre chats, avec une toilette toute en désordre.

    • J'aime mieux être dans ces bois faite comme les quatre chats (hélas ! vous en souvient-il ?), que d'être à Vitré avec l'air d'une madame Mme de Sévigné, 25 déc. 1675
    • Il n'y avait que le chat, il n'y avait aucun témoin.

      • J'ai dans la tête que s'ils [le duc de la Rochefoucault et Mme de Longueville] s'étaient rencontrés tous deux dans ces premiers moments [à la mort du jeune duc de Longueville tué au passage du Rhin] et qu'il n'y eût eu que le chat avec eux, je crois que tous les autres sentiments auraient fait place à des cris et à des larmes Mme de Sévigné, 20 juin 1672

Proverbes

Chat échaudé craint l'eau froide, c'est-à-dire tout ce qui ressemble à ce qui nous a fait du mal nous effraye et nous met sur nos gardes. On dit dans le même sens : chat échaudé ne revient pas en cuisine. On ne peut prendre de tels chats sans mitaines, c'est-à-dire l'affaire est difficile, épineuse. La nuit tous les chats ou tous chats sont gris, c'est-à-dire on peut se méprendre dans l'obscurité, et aussi, dans l'obscurité, la beauté, la jeunesse ne comptent plus. Payer en chats et en rats, c'est-à-dire payer en bagatelles, en toutes sortes d'effets de mince valeur. À bon chat bon rat, c'est-à-dire la défense vaut l'attaque. Le mou est pour le chat, se dit de ce qui revient naturellement à une personne, le mou servant de nourriture aux chats. Il entend bien chat sans qu'on dise minon, se dit d'un homme habile et qui entend à demi-mot. À mauvais rat faut mauvais chat, c'est-à-dire on ne peut se dispenser d'être méchant aux méchants. Quand les chats n'y sont pas, les souris dansent, c'est-à-dire en l'absence des chefs, des maîtres, les inférieurs, les écoliers se dérangent. Il ne faut pas éveiller le chat qui dort, n'éveillez pas le chat qui dort, ne provoquez pas un danger, une difficulté que vous pouvez éviter, n'appelez pas l'attention, la colère d'un homme qui ne songe pas à vous. Réveiller le chat qui dort, réveiller une mauvaise affaire assoupie. C'est le nid d'une souris dans l'oreille d'un chat, se dit d'une chose impossible. On ne saurait retenir le chat quand il a goûté de la crème, c'est-à-dire on ne résiste pas aux habitudes déjà prises, aux tentations déjà goûtées. Il est comme le chat qui retombe toujours sur ses pieds, se dit d'un homme adroit qui sait toujours se tirer d'affaire.

Étymologie

Wallon, chet ; bourguig. chai ; picard, ca, co ; provenç. cat ; catal. gat ; espagn. et portug. gato ; ital. gatto ; du latin catus ou cattus, qui ne se trouve que dans des auteurs relativement récents, Palladius, Isidore, et qui était un mot du vulgaire. Il appartient au celtique et à l'allemand : irl. cat ; kymri, kâth ; angl. sax. cat ; ancien scandin. köttr ; allem. mod. Katze. D'après Isidore, cattus vient de cattare, voir, et cet animal est dit ainsi parce qu'il voit, guette ; catar, regarder, est dans le provençal et dans l'ancien français chater (Roncisv. p. 97.) Mais on ne sait à quoi se rattachent ni cattus ni catar ; la tardive apparition qu'ils font dans le latin portent à croire qu'ils sont d'origine celtico-germanique. Il y a dans l'arabe qittoun, chat mâle, mais Freitag doute que ce mot appartienne à l'arabe.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander