Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

chien dans le Littré

1 article· 39 citations· rimes· synonymes

chien, chienne s. m. (le mâle), s. f. (la femelle) (chiin, chièn')

  1. 1Quadrupède domestique, le plus attaché à l'homme, gardant sa maison et ses troupeaux, et l'aidant à la chasse. Chien de garde. Chien de berger. Chien de Malte. Chien de Terre-Neuve, grand chien à long poil, aimant à aller à l'eau. Chien danois, grande espèce de dogue. Chien de St-Bernard, grande espèce de chien des Alpes. Chien de trait, chien habitué à traîner de petites voitures.

    • Chien de manchon, chien de petite espèce que les dames portent dans leur manchon.

    • Chien d'Artois, sorte de chien camus ; d'où la locution camus en chien d'Artois, pour signifier confus, désappointé.

    • Chien-lion, sorte de chien qui paraît provenir du croisement entre l'épagneul et le petit danois.

    • Chien traître, chien qui mord sans aboyer.

    • Chien fou, nom que l'on donne quelquefois au chien atteint de la rage ; et fig. Maigre comme un chien fou.

    • Chien savant, chien dressé à certains exercices.

    • En termes de l'Écriture, il retourne comme le chien à son vomissement, se dit de celui qui retombe dans ses vices.

  2. 2Chien de chasse, chien dont l'homme se sert pour prendre le gibier. Chien courant, chien qui chasse les bêtes à la course. Chien couchant ou chien d'arrêt, chien qui arrête le gibier. Chien d'aiguail, chien qui n'est bon que le matin. Chien allongé, chien qui a les doigts étendus par quelque blessure. Chien à belle gorge, chien qui crie bien. Chien buté, chien qui a la jointure de la jambe fort grosse.

    • Chien sage, chien qui ne s'emporte pas après le gibier.

    • Fig. Faire le chien couchant, flatter bassement quelqu'un pour gagner ses bonnes grâces. On dit de même : c'est un bon chien couchant.

    • Rompre les chiens, les arrêter, les détourner de la voie ; et, figurément, rompre brusquement une conversation embarrassante.

      • Mais le mari rompait les chiens La Fontaine, Fér.
      • Le duc de Tresmes voulut rompre les chiens plus d'une fois ; à toutes Caumartin l'arrêtait, haussait le ton et continuait Saint-Simon, 277, 243
  3. 3Locutions diverses. Être comme un chien d'attache ou à l'attache, être assujetti à un travail continuel.

    • N'être pas bon à jeter aux chiens, en parlant des personnes, ne valoir rien du tout.

      • On ne me trouve pas bonne à jeter aux chiens Mme de Sévigné, 235
    • Jeter sa langue aux chiens, renoncer à deviner quelque chose.

      • Ne sauriez-vous le deviner ? jetez-vous votre langue aux chiens ? Mme de Sévigné, 248
    • Jeter ou donner sa part aux chiens, faire fi de quelque chose ; et avec un sens contraire, ne pas jeter sa part aux chiens.

      • Il était désolé, il eût jeté sa part aux chiens Mme de Sévigné, 431
      • Mlle de la C*** n'en jette pas sa part aux chiens Mme de Sévigné, 350
    • Jeter ses louanges aux chiens, les prodiguer mal à propos.

      • Ces gens-là ne jettent point leurs louanges aux chiens Mme de Sévigné, 491
    • Droit comme la jambe d'un chien, se dit d'une chose tortue.

    • Battre quelqu'un comme un chien, étriller quelqu'un en chien courtaud, le battre très fort.

      • Si vous voulez des nouvelles de nos armées, le régiment de Champagne s'est battu comme un lion et a été battu comme un chien Voltaire, Lettr. d'Argent. 24 fév. 1761
    • Il fait un temps à ne pas mettre un chien dehors, il fait un temps affreux.

    • Cela ne vaut pas les quatre fers d'un chien, c'est-à-dire cela ne vaut absolument rien, puisqu'un chien n'est pas ferré.

    • C'est saint Roch et son chien, c'est-à-dire ces deux personnes vont toujours ensemble.

    • Venir là comme un chien dans un jeu de quilles, arriver très mal à propos dans une société, y être très mal reçu. On dit dans le même sens : recevoir quelqu'un comme un chien dans un jeu de quilles.

    • Fig. Fréquenter le chien et le chat, fréquenter toute sorte de personnes.

      • Il n'est pas étrange que M. le duc se soit avantagé de l'exemple de 1688, pour la promotion qu'il fit signer toute faite au roi en 1724, et où il fourra le chien, le chat et le rat Saint-Simon, 328, 43
    • Fig. Battre le chien devant le lion, ou devant le loup, réprimander une personne inférieure devant une personne supérieure, à qui cela doit servir de leçon.

    • Entre chien et loup, à petit jour, le soir ou le matin, c'est-à-dire quand le jour est si sombre qu'on ne saurait distinguer un chien d'avec un loup.

      • Que pensez-vous que tout cela fasse entre chien et loup ? Mme de Sévigné, 221
    • Substantivement.

      • Je crains l'entre chien et loup quand on ne cause pas Mme de Sévigné, 232
      • Fig. Leurs chiens ne chassent pas ensemble, c'est-à-dire ces personnes ne sont pas en bonne intelligence.

      • Vivre comme un chien, vivre dans la débauche et le libertinage. Mourir comme un chien, mourir dans le mépris et l'abandon, et aussi sans avoir reçu les sacrements.

      • Mener une vie de chien, mener une vie pénible et misérable.

      • Il est fou comme un jeune chien, se dit d'un jeune garçon étourdi et folâtre.

      • Il est fait à cela comme un chien à aller à pied, à aller nu-tête, c'est-à-dire il est tout à fait accoutumé, endurci à une chose.

      • Entrez, nos chiens sont liés, se dit à quelqu'un pour le prévenir qu'il peut aller de l'avant, n'y ayant aucun risque.

      • C'est une charrue à chiens, ce sont des associés qui n'avancent pas, ne font rien de bon ni d'utile.

      • Ils s'accordent, ils vivent comme chiens et chats, c'est-à-dire ils sont toujours en querelle.

  4. 4Fig. et familièrement, un individu qu'on maltraite, qu'on méprise. C'est un chien. Pour cet homme orgueilleux les domestiques sont des chiens.

    • Populairement, une personne rude et sévère. Quel chien ! Il n'est pas trop chien avec (ou pour) ses ouvriers. C'est un mauvais chien.

    • Populairement et bassement. Cela n'est pas tant chien, cela n'est pas trop mauvais.

  5. 5Chien de, avec les noms masculins, chienne de, avec les noms féminins, locution qui se dit, par une sorte de dépréciation, des personnes et des choses. Un chien d'homme. Une chienne de femme. Chien de chrétien, dénomination injurieuse que les musulmans donnent aux chrétiens.

    • De chien, même sens. Un temps de chien. Une pluie de chien. Querelle de chien, bruit de chien, train de chien, grande querelle, grand bruit.

      • Ne soyez point en peine de mon écriture, c'est que j'ai une plume de chien Mme de Sévigné, 314
      • Allez, philosophe de chien Molière, Bourg. II, 4
  6. 6Terme de zoologie. Genre de mammifères auquel le chien appartient. Le loup, le chacal sont des chiens.

  7. 7Nom de différents animaux qui n'appartiennent pas au genre chien. Chien crabier, un des noms donnés au chien cancrivore (digitigrades), appelé chien des bois par Buffon, dit aussi raton.

    • Chien-rat, mangouste du Cap.

    • Chien d'eau, cabiai.

    • Chien de mer, chien marin, nom vulgaire de la grande roussette (scyllium canicula).

  8. 8Terme d'astronomie. Le Grand et le Petit Chien, constellations de l'hémisphère austral.

    • Chiens de Chasse, petite constellation boréale entre la Grande Ourse et le Bouvier.

  9. 9Chien de faïence, petite figure de chien qui se mettait souvent sur les cheminées, une d'un côté, l'autre de l'autre. De là la locution, se regarder en chiens de faïence, c'est-à-dire se regarder fixement et d'un air surpris ou hébété.

  10. 10Chien de fusil, pièce qui tient la pierre d'une arme à feu, et dans les armes à percussion, pièce qui vient frapper la capsule et en produit l'inflammation.

    • Sorte de sergent de tonnelier.

    • Fer plat du métier à tisser.

    • Sorte de chariot ou de brouette dans les mines.

    • Brosse des blanchisseuses, faite ordinairement de chiendent.

    • En termes de marine, sorte de grappin.

  11. 11

    • Chiens verts, chiens ainsi nommés, parce que les piqueurs étaient habillés de vert ; ils formaient un équipage pour la chasse du daim, qui était payé sur la cassette du roi et que commandaient M. de Dampierre et le valet de chambre Lebel LUYNES, VI, 153
  12. 12Populairement, chien de commissaire, secrétaire.

    • Une table couverte d'un tapis vert où écrivait le chien du commissaire, un grand diable à tête de pion, à redingote râpée ALPH. DAUDET, Fromont jeune et Risler aîné, III, 5
  13. 13À la chien, se dit d'une coiffure de femme dans laquelle les cheveux semblent ébouriffés et en désordre sur le front.

    • À force de voyager en wagon avec des filles bizarrement accoutrées, les cheveux sur les yeux à la chien, ou flottants dans le dos à la Geneviève de Brabant, elle finit par leur ressembler ALPH. DAUDET, Fromont jeune et Risler aîné, III, 2
  14. 14Fig. et populairement. Avoir du chien, avoir de la verve (dégénérescence de la locution avoir une colère de chien, une peur de chien).

  15. 15Fig. À tuer chiens, locution qui n'est plus usitée et qui désigne des prétextes comme quand on veut tuer son chien.

    • Quand j'ai dû aller en Portugal, j'ai trouvé des objections à tuer chiens, mais que j'ai enfin vaincues pour ce même arrangement si convenable D'ARGENSON, Mémoires, 1860, t. II, p. 299
  16. 16Chien de mine, nom donné à un petit chariot à quatre roues qui sert dans les mines.

  17. 17Chien de Blenheim, voy. BLENHEIM au Supplément.

    • Ajoutez : - REM. 1. Mme de Sévigné a dit par une singulière ellipse : ; c'est-à-dire pendant le temps dit entre chien et loup.

      • On soupe pendant le chien et le loup Mme de Sévigné, Lett. 29 juin 1689
    • Mme de Sévigné connaissait le proverbe du chien du jardinier :

      • Jamais il n'y eut un véritable chien de jardinier comme lui Mme de Sévigné, Lett. 13 sept. 1677

Proverbes

C'est un beau chien s'il voulait mordre, c'est-à-dire il a belle apparence, mais il est sans courage. C'est un chien qui aboie à la lune, c'est-à-dire il crie inutilement contre plus puissant que lui. Il ne faut point se moquer des chiens qu'on ne soit hors du village, c'est-à-dire il faut se mettre à l'abri du danger avant de s'en moquer. Il est comme le chien du jardinier, qui ne mange point de choux et n'en laisse pas manger aux autres, se dit de ceux qui, ne pouvant pas se servir d'une chose, ne veulent pas que les autres s'en servent. Ils veulent faire comme les grands chiens, ils veulent pisser contre la muraille, se dit des petits garçons qui veulent faire comme les grandes personnes. Pendant que le chien pisse, le loup s'en va, c'est-à-dire le moindre retardement fait manquer l'occasion. Il y a trop de chiens après l'os, c'est-à-dire c'est une affaire où il y a trop de partageants. Ce sont deux chiens après un os, c'est-à-dire le même objet est poursuivi de deux personnes. Il mourrait plutôt un chien de berger, se dit en parlant d'une personne peu recommandable et qui est revenue d'une maladie grave. C'est un chien au grand collier, c'est-à-dire il a le principal crédit dans une compagnie, dans une maison. Chien hargneux a toujours l'oreille déchirée, c'est-à-dire il arrive toujours quelque accident aux gens querelleurs. Chien en cuisine souper ne demande, c'est-à-dire il le prend. Il a du crédit comme un chien à la boucherie, se dit d'un homme sans crédit, sans importance. Petit chien, belle queue, proverbe qui équivaut à celui-ci pour le sens : dans les petites boîtes, les bons onguents. Si vous n'avez pas d'autre sifflet, votre chien est perdu, se dit à ceux qui ont une mauvaise cause. Jamais à un bon chien il ne vient un bon os, se dit d'une bonne fortune qui ne vient point à ceux qui en seraient dignes. Bon chien chasse de race, c'est-à-dire les enfants ont les qualités de leurs parents, ou, ironiquement, leurs défauts, leurs vices. Il n'est chasse que de vieux chiens, c'est-à-dire les gens qui ont de l'expérience, qui ont vieilli dans une chose, sont ceux qui rendent les meilleurs services. Je lui garde un chien de ma chienne, c'est-à-dire je me vengerai d'un mauvais office. Il vaut autant être mordu d'un chien que d'une chienne, c'est-à-dire entre des risques égaux il n'y a pas de raison d'être plus effrayé de l'un que de l'autre. On ne lui demande pas es-tu chien ? es-tu loup ? se dit d'un misérable qu'on abandonne. Il a été mordu d'un chien, il veut l'être d'une chienne, c'est-à-dire il n'a pas assez du mal qu'il a reçu déjà. Qui m'aime, aime mon chien, c'est-à-dire quand on aime quelqu'un, on aime tout ce qui lui appartient. C'est le chien de Jean de Nivelle, il s'enfuit quand on l'appelle, se dit d'un homme qui s'en va quand on veut le retenir ; proverbe venu de ce que Jean de Nivelle, fils du duc de Montmorency, ayant été sommé pour quelque méfait, à son de trompe, dans les carrefours de Paris, de comparaître, se hâta de gagner la Flandre, où étaient les biens de sa femme, LE ROUX, Dict. comique. Suivant cette explication, il s'agirait non pas du chien de Jean de Nivelle, mais de ce chien de Jean de Nivelle. Chien en vie vaut mieux que lion mort, c'est-à-dire il vaut mieux être pauvre et misérable qu'être riche et mourir. Quand on veut noyer son chien, on dit qu'il a la rage, c'est-à-dire on ne manque jamais de prétexte pour se débarrasser d'une personne qui déplaît. Chien qui aboie ne mord pas, c'est-à-dire ceux qui crient beaucoup ne sont pas les plus à craindre. Un chien regarde bien un évêque, c'est-à-dire que, quelque élevé que soit un homme, il ne doit pas trouver mauvais qu'un autre s'adresse à lui. À chien qui mord il faut jeter des pierres, on ne doit pas avoir pitié des gens malfaisants. Chien sur son fumier est hardi. Jamais chien ne mordit l'Église qu'il n'enrageât, s'est dit de ceux qui se sont élevés contre l'Église et qui ont fait une fin malheureuse. À mauvais chien on ne peut montrer le loup, on ne peut décider un homme couard à s'exposer en rien. Les coups de bâton sont pour les chiens, se dit quand quelqu'un, traité en parole ou en action d'une façon qui ne lui convient pas, remet à sa place celui qui le traite ainsi. Il ne faut pas tuer son chien pour une mauvaise année, on ne doit pas se désespérer pour une seule ou une petite disgrâce. Écorcher son chien pour en avoir la peau, sacrifier une chose importante pour un petit bénéfice. L'hôpital n'est pas fait pour les chiens, se dit quand on réclame l'usage d'une chose qui est destinée au public.

Étymologie

Picard, kien, et, dans le Santerre, tchèn ; rouchi, tien ; wallon, chen ; Berry, chen, chin ; chian, chine, chienne ; Saintonge, chein, et cheune, chienne ; bourguig. chen ; provenç. can ; ital. cane ; du latin canis ; au même radical appartiennent le gaélique cu, le bas-breton kî, le gothique hunts (allemand Hund, anglais hound), le lithuanien szu, le zend çpa, le sanscrit svan.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander