Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

chose dans le Littré

1 article· 78 citations· rimes· synonymes

chose s. f. (cho-z')

  1. 1Désignation indéterminée de tout ce qui est inanimé. Les belles choses de la terre. C'est une chose choquante. Chose étrange, inouïe, incroyable. Quelque chose qu'on ait dite de lui. Il fit de grandes choses.

    • L'auteur des choses, Dieu.

    • Les choses humaines, l'ensemble de ce qui existe et de ce qui se fait parmi les hommes.

      • Comme la religion et le gouvernement politique sont les deux points sur lesquels roulent les choses humaines Bossuet, Hist. Dessein général.
    • Choses de flot, choses de la mer, tout ce que la mer rejette sur ses bords.

    • Appeler les choses par leur nom, parler franchement et sans réticence.

    • Dire à quelqu'un bien des choses, lui faire ses compliments.

      • Elles vous disent des choses bien obligeantes Mme de Sévigné, 546
    • C'est la même chose, il n'y a pas de différence.

      • Venir, voir et vaincre est même chose en moi Corneille, Pomp. IV, 3
    • Autre chose, une chose différente. On ne pouvait attendre autre chose de lui. Autre chose est de parler, autre chose d'agir.

    • C'est autre chose, c'est différent.

      • Un époux beau, bien fait, jeune et tout autre chose Que le défunt.... La Fontaine, Fab. VI, 21
    • Aller au fond des choses, ne pas s'arrêter à un examen superficiel.

    • On dit dans le même sens le bout des choses.

      • Il leur promit de leur faire un beau livre de philosophie, écrit fort menu pour leur usage, et que dans ce livre ils verraient le bout des choses Voltaire, Microm. 7
    • Ne pas faire les choses à demi, ne pas épargner la dépense, donner tout ce qui doit être donné.

    • Faire bien les choses, faire les choses de bonne grâce, s'acquitter convenablement d'une obligation, d'une corvée ; et aussi, payer convenablement ce qui doit être payé, faire les dépenses nécessaires. Je croyais qu'il ferait mieux les choses.

    • Sur toute chose, avant toute chose, loc. adv. Avant tout.

      • Et sur toute chose, Observe exactement la loi que je t'impose Corneille, Cinna, V 1
      • Apprenons, avant toutes choses, à n'être pas éblouis du bonheur qui ne remplit pas le cœur de l'homme Bossuet, Anne de Gonz.
  2. 2Chose se dit quelquefois des personnes.

  3. 3La chose publique, l'État.

  4. 4Ce dont il s'agit. Je vais vous expliquer la chose. Voilà quel est l'état des choses.

    • La chose parle d'elle-même, il y a évidence, il n'est pas besoin de plus ample explication.

  5. 5Terme de droit. Chose jugée, ce qui a été résolu par une décision judiciaire en dernier ressort, ou ce qui n'est plus susceptible d'appel ou d'opposition ; ce qui est décidé, mis hors de contestation. Cela a force, ou est passé en force de chose jugée.

  6. 6Terme de droit. Bien, propriété, possession. L'esclave était la chose du maître. Soigner sa chose. Vendre la chose d'autrui. Division des choses en corporelles et incorporelles. Choses hors du commun.

  7. 7En termes de grammaire, chose se dit par opposition à personne. Le pronom quoi se rapporte toujours à des choses, il ne se rapporte jamais à des personnes.

  8. 8Ce qui est en fait, en réalité, par opposition à ce qui est un mot, un nom. Vous ne nous donnez que des mots, et nous voulons des choses.

    • Rien n'est plus commun que le nom,Rien n'est plus rare que la chose La Fontaine, Fabl. IV, 17
    • Que la grandeur et la gloire n'étaient parmi nous que des noms pompeux, vides de sens et de choses Bossuet, Duch. d'Orl.
    • La pauvreté, la honte, la mort sont pour les hommes du monde des choses trop effectives et trop réelles ; pour nous, ce sont seulement des noms Bossuet, ib.
    • Dire le mot et la chose, se laisser aller à quelques plaisanteries un peu libres.

      • Ces soupers étaient très gais ; on y disait le mot et la chose J.-J. Rousseau, Confess. v.
    • Par extension, en termes de littérature, pensées de valeur, notions réelles et positives. Livre, style plein de choses. On dit peu de choses solides quand on veut en dire d'extraordinaires.

      • Mes vers sont durs, d'accord, mais forts de choses Voltaire, Goût.
      • Je conviens qu'où il n'y a pas de choses, il ne peut y avoir de style Diderot, Térence.
  9. 9Quelque chose, s. m. Certaines choses.

    • Quelque chose suivi d'un adjectif, qui est toujours au masculin, avec la préposition de, qui est indispensable.

      • Il faut que vous gardiez quelque chose d'excellent pour vous, puisque vous faites de ces présents à vos amies Voiture, Lett. 79
      • Il y a en vous quelque chose de surnaturel Voiture, ib. 80
      • Si d'aventure il y a quelque chose d'aussi beau qu'elle Voiture, ib. 28
      • La pauvreté est quelque chose de bien dur PATRU, Plaid. 6, dans RICHELET
    • Autre chose s'emploie de même, c'est-à-dire avec la préposition de et un adjectif au masculin. Montrez-nous autre chose de beau. Dites-nous autre chose de gai.

    • Quelque chose est devenu masculin à cause du sens vague qui y est attaché ; mais naturellement il était, quand on a commencé à s'en servir en ce sens, féminin.

    • Difficulté, brouille.

      • On me mande qu'il y a eu quelque chose entre le roi et Monsieur Mme de Sévigné, 440
    • Faire quelque chose, obtenir quelque succès.

    • Faire quelque chose, avoir une profession. Ce jeune homme ne peut pas rester plus longtemps oisif ; il faut qu'il fasse quelque chose.

    • C'est quelque chose, il y a quelque mérite, quelque intérêt.

    • Être de quelque chose à quelqu'un, être de sa parenté. Naissance, position distinguées.

      • Il me semble qu'elle vous est de quelque chose Mme de Sévigné, 552
      • Tous les Provençaux me sont de quelque chose Mme de Sévigné, 128
      • Il serait honteux d'être né quelque chose et de ne pas songer à s'élever Massillon, Car. Prosp.
      • Je pourrais m'estimer quelque chose de plus que je n'étais Guez de Balzac, liv. I, lettre 4
      • Si l'on m'eût fait faire une étude sérieuse de l'histoire, j'aurais pu y devenir quelque chose Saint-Simon, I, 21
    • Environ. Il y a quelque chose comme huit jours qu'on ne vous a vu.

  10. 10Peu de chose, s. m. Chose inutile, sans valeur.

    • De peu de chose, d'une famille qui n'a rien de bien relevé.

      • Des Alleurs était un Normand de fort peu de chose, fait à peindre et de grande mine Saint-Simon, 50, 93
  11. 11Grand'chose, quelque chose qui a de l'importance. Grand'chose ne s'emploie guère que dans des phrases négatives.

    • On ne lui répondit pas grand'chose Hamilton, Gramm. 4
    • À quoi vous servait d'irriter des gens qui, sans être grand'chose, tiennent à quelque chose ? Paul-Louis Courier, I, 57
    • Celle [la voix] de mon mari qui n'est pas grand'chose PONT DE VEYLE, le Complaisant, II, 1
    • Grand'chose est un archaïsme (grand, dans l'ancienne langue, étant à la fois masculin et féminin) pour grande chose, dont Bossuet s'est servi : Ce n'est pas grande chose, Vie rel. L'apostrophe est inutile, puisque la locution n'était pas grande chose, mais était, à l'origine, grand chose ; l'Académie devrait supprimer cette apostrophe.

  12. 12Familièrement, chose se dit en place d'un terme, d'un nom qui ne revient pas à l'esprit. Monsieur chose. Madame chose.

  13. 13Populairement. Être tout chose, être mal disposé soit pour la santé soit pour l'humeur.

  14. 9Quelque chose, une chose de quelque valeur.

    • Quelque chose, une chose indéterminée.

      • Les Français ont, dans leur caractère et trop souvent dans leur gouvernement, quelque chose qui ne leur permet pas de former de grandes associations heureuses Voltaire, Pol. et lég. Fragm. sur l'Inde, 20

Remarque

1. Quelque chose comme un seul mot est masculin ; il en est de même de autre chose, qui, dans le sens vague, est également employé au masculin. Peu de chose est naturellement masculin, puisque peu est un substantif masculin. 2. La prononciation chouse, qui est celle du Berry et qui fut très usitée au XVIe siècle, avait cours encore dans le XVIIe ; Marguerite Buffet la condamne, et Chifflet, Gramm. p. 179, dit : " J'ai vu le temps que presque toute la France était pleine de chouses ; tous ceux qui se piquaient d'être diserts chousoient à chaque période. Et je me souviens qu'en une belle assemblée un certain lisant hautement ces vers : Jetez-lui des lis et des roses, Ayant fait de si belles choses : quand il fut arrivé à choses, il s'arrêta, craignant de faire une rime ridicule ; puis, n'osant démentir sa nouvelle prononciation, il dit bravement chouse. Mais il n'y eut personne de ceux qui l'entendaient qui ne baissât la tête pour rire à son aise, sans lui donner trop de confusion. Enfin la pauvre chouse vint à tel mépris, que quelques railleurs disaient que ce n'était plus que la femelle d'un chou. "

Étymologie

Picard, cose ; Saintonge et Berry, chouse ; provenç. espagn. portug. et ital. cosa ; du latin causa (voy. CAUSE), employé avec le sens de chose dans le bas-latin de la loi Salique, de Grégoire de Tours et des Capitulaires.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander