Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

coûter dans le Littré

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coûter v. n. (kou-té)

  1. 1Être acquis à un certain prix. Combien vous coûte cette étoffe, ce cheval, cette maison ?

  2. 2Causer des frais, de la dépense. Combien coûte un cheval à nourrir ? Les réparations de sa maison lui ont coûté dix mille francs.

    • Il m'en coûte bon, j'ai payé fort cher ; et fig. cela m'a été très onéreux, très pénible.

    • Coûter cher, revenir à un prix élevé.

    • Fig. Cette sottise lui coûtera cher, il en sera cruellement puni.

    • Absolument. Les bâtisses, les voyages coûtent.

  3. 3Être cause de quelque perte, de quelque effort, de quelque sacrifice.

  4. 4Être fait à regret ou avec difficulté.

    • Absolument.

      • Les mortifications coûtent, les observances deviennent pénibles Massillon, Profess. rel. 2
      • Cette paresse invincible à qui tout coûte Massillon, Car. Tiéd. 2
      • Qu'on interroge les écrivains de génie sur les plus beaux endroits de leurs ouvrages, ils avoueront que ces endroits sont presque toujours ceux qui leur ont le moins coûté, parce qu'ils ont été comme inspirés en les produisant D'Alembert, Mél. litt. Œuvres, t. III, p. 240, dans LACURNE
      • Rien ne lui coûte, il n'épargne rien.

      • Tout lui coûte, il a de la peine à faire tout ce qu'il fait.

  5. 5Impersonnellement.

    • Fig.

      • Il coûte si peu aux grands à ne donner que des paroles La Bruyère, IX.
      • Le plus fort et le plus pénible est de donner ; que coûte-t-il d'y ajouter un sourire ? La Bruyère, VIII
      • Benoît parut instruit sur le vide et l'amertume des plaisirs sans qu'il eût coûté à son innocence pour s'en instruire Massillon, Panég. St Benoît.
      • Et je sais ce qu'il coûte à de certaines gensPour avoir pris les leurs avec trop de talents Molière, Éc. des femmes, I, 1
      • Quand celui qui est assis sur le trône d'où relève tout l'univers, et à qui il ne coûte pas plus à faire qu'à dire parce qu'il fait tout ce qu'il lui plaît par sa parole Bossuet, la Vallière.
    • Coûte que coûte, à quelque prix que ce soit, quoi qu'il puisse arriver. Locution elliptique qui équivaut à : (que cela) coûte (ce) que (l'on voudra que cela) coûte.

  6. 6Impersonnellement avec le pronom en.

    • Fig.

      • Il m'en coûte la vie, il m'en coûte la gloire Corneille, Cinna, IV, 7
      • L'autre [tonnerre] s'écarte en son cours ; Ce n'est qu'aux monts qu'il en coûte ; Bien souvent même il se perd La Fontaine, Fabl. VIII, 20
      • Quand il en devrait coûter quelque petite chose à la bienséance Mme de Sévigné, 138
      • Sans qu'il en coûte une goutte de sang Mme de Sévigné, 505
      • Il lui en coûta la vie Bossuet, Hist. III, 6
      • Il apprit ce qu'il en coûte à sauver les enfants de Dieu Bossuet, ib. II, 3
      • Il ne lui en coûte que de le vouloir Bossuet, ib. II, 1
      • Il m'en coûterait trop s'il m'en coûtait deux fils Racine, Théb. III, 6
      • Je l'ai voulu sans doute,Et je le veux toujours, quelque prix qu'il m'en coûte Racine, Baj. III, 1
      • Toi-même, je m'assure, as rougi plus d'un jourDu peu qu'il t'en coûtait pour tromper tant d'amour Racine, ib. IV, 5
      • Crois qu'il m'en a coûté pour vaincre tant d'amour Racine, Bér. II, 2
      • Partons, et quelque prix qu'il en puisse coûter.... Racine, Phèd. II, 6
      • Quel plaisir barbare, grand Dieu ! pour des chrétiens ! il faut qu'il en coûte le sang et la réputation à leurs frères, pour les délasser Massillon, Paraphr. ps. XV, verset 4
      • Vous regarderiez comme des insensés ceux qui mettraient en balance des difficultés de pure spéculation, qu'il n'en coûte rien de croire, avec une éternité malheureuse qui au fond peut devenir le partage des incrédules Massillon, Av. Délai de la conversion.
      • Ils [les apôtres] attendaient que leur maître délivrerait Israël du joug des nations et qu'il les ferait asseoir eux-mêmes sur douze trônes terrestres sans qu'il leur en coûtât ni soins ni peines pour y monter Massillon, Car. Fausse confiance.
      • Jésus-Christ a donc prévu qu'il nous en coûterait pour aimer nos frères Massillon, ib. Pardon.
      • Qu'il en coûte pour se préparer des malheurs éternels ! Massillon, Av. Bonh.
      • Vous le feriez, quoi qu'il en dût coûter Massillon, Car. Tiéd. 1
      • Quelques efforts d'esprit que l'on fasse et quelque assiduité qu'on y donne, on est trop heureux quand il n'en coûte que de demeurer dans son cabinet Fontenelle, Maraldi.
      • Il pourra m'en coûter ; mais mon cœur s'y résout Voltaire, Zaïre, IV, 2
      • Je sais ce qu'il en coûte Voltaire, Tancr. V, 3

Remarque

1. Coûter est un verbe neutre, et quand on dit : cela m'a coûté dix francs, beaucoup de peine, quelques larmes, francs, peine, larmes ne sont point des régimes directs ; il y a une ellipse, et la locution entière est : cela m'a coûté (pour) dix francs, (pour) beaucoup de peine, (pour) quelques larmes. En effet on ne peut pas dire : dix francs m'ont été coûtés ; des larmes me sont coûtées, etc. Coûter ne pouvant se tourner par le passif, n'a donc dans les phrases de ce genre que l'apparence de l'actif ; il dérive du latin constare qui signifie proprement être avec, être acquis, de là provient l'impossibilité d'un passif. 2. Coûter n'étant pas actif, il faut dire : la somme que cette maison a coûté, et non coûtée ; les pleurs que la mort de cet enfant a coûté à sa mère, et non coûtés, etc. Cependant l'Académie, qui dit bien que coûté est toujours invariable, note que plusieurs écrivains ont accordé coûté en ces cas-là. En voici en effet des exemples. On ne peut considérer ces exemples que comme des licences condamnables en prose et tout au plus permises en poésie.

Étymologie

Provenç. et espagn. costar ; portug. custar ; ital. costare ; du latin constare, coûter, proprement, être avec, être fixé, déterminé, de cum, et stare, demeurer (voy. STABLE).

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander