Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

compagnon dans le Littré

1 article· 19 citations· rimes· synonymes

compagnon s. m. (kon-pa-gnon)

  1. 1Celui qui accompagne une autre personne, qui est associé à elle.

    • Se dit des religieux qui habitent ou qui marchent ensemble. Un moine ne doit point sortir de son couvent sans que son supérieur lui donne un compagnon.

    • Fig.

    • Compagnon de la mate, s'est dit pour filou, voleur.

      • Alors le drille voulut parler à son tour des compagnons de la mate, Recueil de pièces com. dans LEROUX, Dict. comique
  2. 2Camarade.

    • Il pouvait, sans sortir, contenter son envie, Avec ses compagnons tout le jour badiner, Sauter, courir, se promener La Fontaine, Fabl. VIII, 16
  3. 3Collègue, confrère.

    • Le notaire : Moi ! si j'allais, madame, accorder vos demandes, Je me ferais siffler de tous mes compagnons Molière, Femmes sav. V, 3
    • Compagnons d'armes, gens qui font la guerre ensemble.

      • Il appelle ses compagnons de guerre La Bruyère, Théophraste, 25
  4. 4Un égal. Il ne peut souffrir ni compagnon ni maître.

  5. 5Autrefois, garçon qui, ayant fait son apprentissage en quelque métier et n'ayant pas le moyen de se faire passer maître, allait servir et travailler chez les autres.

    • Aujourd'hui, ouvrier qui a fini son apprentissage mais qui travaille pour un entrepreneur ou un autre ouvrier jouant le rôle d'entrepreneur. De simple compagnon, il est devenu chef d'atelier.

      • Il a des compagnons qui travaillent sous lui La Bruyère, V
    • Parmi les maçons, compagnon se dit, entre deux ouvriers, de celui qui aide à l'autre.

    • Dans la typographie, nom que se donnent ceux qui travaillent à une même presse.

    • Compagnons de rivière, ceux qui travaillent sur les ports à décharger et à serrer les marchandises.

    • Ouvrier membre d'une société de compagnonnage. Les compagnons du Devoir. La mère des compagnons, femme qui héberge, aux frais d'une société de compagnons, ceux des membres qui sont en voyage.

    • Travailler à dépêche compagnon, travailler vite et négligemment. C'est un ouvrage fait à dépêche compagnon.

    • Se battre à dépêche compagnon, se battre à outrance, sans dessein de s'épargner.

  6. 6Homme gaillard, vif, résolu, galant. C'est un compagnon.

    • Être bon compagnon, aimer le vin, la bonne chère, les plaisirs, ne pas reculer devant les dangers.

      • Henri IV était bon compagnon, J'ai ouï dire que vous avez été autrefois un bon compagnon Molière, Fourb. I, 6
    • Faire le compagnon, faire l'entendu.

    • C'est un hardi compagnon, c'est un homme déterminé. On a dit de même : il est gentil compagnon ; c'est un gentil compagnon. C'est un dangereux compagnon, c'est un homme capable de faire de mauvais coups.

    • C'est un petit compagnon, c'est un homme sans importance.

      • Mme de Guise passait les autres six mois à Alençon, où elle régentait l'intendant comme un petit compagnon Saint-Simon, 35, 147
      • L'abbé Fleury était trop petit compagnon pour quitter sa charge par dépit Saint-Simon, 63, 50
      • Jules Mazzarini, arrivant de son pays avec peu d'équipage et petit compagnon, estime les Français Paul-Louis Courier, I, 202

Étymologie

Bourguig. compaignon ; provenç. companh, compain, compenh, companho ; anc. espagn. compaño ; ital. compagno, compagnone. Si l'on examine les plus anciens textes rapportés dans l'historique, on y voit que compain est toujours employé comme nominatif, et compagnon comme régime ; de même, dans le provençal, companh est le nominatif, et compagno, le régime ; une telle formation suppose nécessairement un mot dont l'accent se déplace, compánio, companiónem, qui vient de cum, avec, et panis, pain (voy. PAIN) : celui qui mange le même pain. Cette étymologie serait, si elle en avait besoin, confirmée par le provençal companatge, nourriture ; anc. franç. companage, ce qu'on donne dans un repas au delà du pain et du vin ; comparez aussi apanage. Cela écarte définitivement compaganus, de cum et paganus, qui avait été proposé et qui d'ailleurs aurait donné compayen.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander