Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

connaître dans le Littré

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connaître v. a. (ko-nê-tr')

  1. 1Savoir ce qu'est une personne ou une chose.

  2. 2Avoir des relations d'affaires ou de société avec quelqu'un. Connaissez-vous beaucoup de monde en cette ville ?

  3. 3Terme de l'Écriture. Connaître une femme, avoir avec elle un commerce charnel.

    • Joseph n'avait point connu Marie quand elle enfanta son fils premier-né Nouveau Test. St Matthieu, ch. I
    • Nicoclès faisait gloire de n'avoir jamais connu d'autre femme que la sienne pendant tout le temps de son règne Rollin, Hist. anc. Œuvres, t. V, p. 456, dans POUGENS
    • Adam connut sa femme ève, qui conçut et enfanta Caïn Voltaire, Phil. IV, 21
    • On dit aussi connaître charnellement.

  4. 4Savoir, avoir appris, s'apercevoir. Je n'ai pas connu cet accident. Vous connaissez mon malheur, mes peines.

    • Surpris de cette réponse, je connus bien que.... Pascal, Prov. 1
    • J'ai connu que notre nature.... Pascal, dans COUSIN
    • Ils connaissent que la gloire ne peut s'accorder qu'avec le mérite Bossuet, Hist. Préf.
    • Les pilotes connaissaient que l'île était inaccessible Fénelon, Tél. VII
    • Je connais que ces mages sont très utiles Voltaire, Babouc.
  5. 5Être devenu habile en. Il connaît les mathématiques, le grec, le latin. Il connaît toutes les ruses du métier. C'est un homme qui connaît bien la guerre. Je ne parle point de ce que je ne connais pas.

    • Familièrement. C'est un homme qui ne connaît rien, c'est un ignorant, il est étranger à tout.

    • Absolument. S'instruire, s'éclairer. Le désir de connaître.

      • Terme de manége. Connaître les éperons, les jambes, la bride, etc. se dit d'un cheval qui comprend les divers mouvements de son cavalier.

  6. 6Discerner. Connaître le bien et le mal. Il ne connaît pas sa main droite de sa main gauche.

  7. 7Distinguer, reconnaître. Il me connut à la voix. Je ne l'ai vu qu'une fois, mais je le connaîtrais entre mille. Le chien connaît bien son maître.

    • Absolument.

      • Votre enfant embellit ; elle rit, elle connaît Mme de Sévigné, 21
      • Fig. Je ne le connais plus, ce n'est plus le même homme.

  8. 8Apprécier, juger.

    • Connaître son monde, bien juger les gens à qui l'on a affaire.

  9. 9Admettre. Ils ne connaissent de bonheur que dans la vertu.

  10. 10Ressentir, être sujet à. On ne connaît point l'hiver à la Martinique.

  11. 11Se soumettre. L'Angleterre ne connaît point la loi salique. Une armée romaine ne connaissait que la discipline. Il connaîtra des supérieurs. Je ne connais de maître que vous.

    • Une liberté qui ne connaît aucune règle Bossuet, Pensées, 33
    • Il ne connaît plus rien, sa passion l'emporte. Quand il s'agit de ses intérêts, il ne connaît ni parents ni amis, il n'a pas plus de considération pour eux que s'ils lui étaient étrangers.

  12. 12Ne connaître que, ne considérer que, tenir exclusivement à. Ne connaître que son devoir, que la règle. Ne connaître que ses intérêts. Je ne connais qu'une chose, c'est d'agir franchement.

    • Familièrement. Je ne connais que cela, c'est la seule chose à faire. Il faut que vous obéissiez, je ne connais que cela.

  13. 13V. n. Terme de procédure. Connaître de, avoir caractère pour juger ou faire des actes d'instruction en certaines causes. Ce tribunal, ce juge connaît des matières civiles, criminelles.

    • Le roi voulut connaître de l'affaire Vaugelas, Q. C. liv. X, dans RICHELET
    • Quelque bruit que fît le nonce d'abord, de ce qu'on ne prenait pas des ecclésiastiques pour connaître d'une matière ecclésiastique Pascal, Prov. XIX, Lettre d'un avocat à un de ses amis
    • Ils obtinrent un arrêt du conseil, qui défendit au parlement de connaître de cette affaire Pascal, ib.
    • Le préteur qui connaissait des crimes dont on l'accusait [Pison] PERROT, Tac. 123
    • Par extension.

      • S'il s'agit enfin d'un point de fait, nous en croirons les sens, auxquels il appartient naturellement d'en connaître Pascal, Prov. 18
      • L'autorité y est inutile ; la raison seule a lieu d'en connaître Pascal, Vide.
  14. 14Se connaître, v. réfl. Savoir qui on est.

  15. 15Se connaître, avoir la connaissance de ce qu'on est, de ses penchants, de ses forces. Connais-toi toi-même.

    • Sous lui [Louis XIV] la France apprit à se connaître ; elle se trouve des forces que les siècles précédents ne savaient pas Bossuet, Marie-Thér.
    • Je crains de me connaître en l'état où je suis ; De tout ce que tu vois, tâche de ne rien croire ; Crois que je n'aime plus ; vante-moi ma victoire Racine, Andr. II, 1
    • Je ne me suis connu qu'au bout de ma carrière Voltaire, Alz. V, 7
    • Ce malade ne se connaît plus, il n'a plus sa connaissance.

    • Ne plus se connaître, être hors de soi, s'abandonner sans frein à son emportement.

    • Ne pas se connaître, méconnaître sa condition, élever trop haut ses visées.

      • Martian se connaîtrait si peu Que d'oser... Corneille, Othon, IV, 1
  16. 16Se connaître, être de connaissance, être lié. Ils se connaissent l'un l'autre depuis longtemps.

  17. 17Se connaître à ou en, pouvoir bien juger d'une matière. Il se connaît en livres, en tableaux.

    • Je vois bien que je ne me connais guère en péché Pascal, Prov. 9
    • Je ne me connais pas trop mal en amitié Mme de Sévigné, 3
    • ... Je suis quelque peu du métier, à me devoir connaître en un pareil gibier Molière, l'Étour. III, 2
    • Jupiter qui sans doute en plaisirs se connaît Molière, Prol. Amph.
    • Ceux qui se connaissent en hommes Fénelon, Tél. XXII
    • Les femmes se connaissent plus finement à bien faire les choses, parce que l'avantage de plaire leur est naturel LE CHEVALIER DE MÉRÉ, dans RICHELET
    • La suite des paroles de M. Jurieu fera bien voir qu'il ne se connaît pas mieux en morale qu'en christianisme Bossuet, Variations, X
    • Le héros [de la satire de Boileau sur la noblesse] était bien choisi et par sa naissance et par sa réputation de se connaître en vers, et par son inclination à favoriser le mérite Fontenelle, Dangeau.
    • Moi, j'en crois ceux qui s'y connaissent,Les anciens préjugés renaissent Béranger, Vieux habits.
  18. 18En parlant des choses, être jugé, apprécié. L'arbre se connaît à ses fruits.

Remarque

Se connaître à, pour dire être habile dans, ne peut s'expliquer par connaître soi-même. C'est une locution qui a une autre explication ; connaître est ici verbe neutre, signifiant être habile, entendu, et le pronom réfléchi y est joint comme dans plusieurs verbes neutres. Voy. au mot APERCEVOIR, Remarque 1, où cela est expliqué. On trouve des exemples de se connaître à dès le XIIIe siècle.

Étymologie

Wallon, kinohe ; namurois, conoche, conèche ; rouchi, conoitre ; Berry, conneûtre, couneûtre ; bourguig. cônay, connaître, queneussu, connu ; provenç. conoscer, conoiscer, conoisser ; catal. conexer ; espagn. conocer ; portug. conhecer ; ital. conoscere ; du latin cognoscere, de cum, et gnoscere, connaître (voy. GNOSE). Le participe coneü dans l'ancien français suppose un suffixe bas-latin ūtus, cogne-utus, italien conosci-uto, attendu que dans coneü (dont connu est une contraction), eü représente deux syllabes. Palsgrave, p. 61, qui écrit je cognois, dit qu'on prononce conoi. L'orthographe de Voltaire appliquée à ce verbe ne permet plus de reconnaître pourquoi il y a un u dans je connus (cognovi), et elle brise les relations avec les mots de même origine : notion, notoire, etc.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander