Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

corrompre dans le Littré

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corrompre v. a. (ko-ron-pre)

  1. 1Rompre l'ensemble, et, par suite, gâter, détruire.

    • Arsanes mit le feu partout et corrompit tout ce qui pouvait servir à l'usage des hommes VAUG., Q. C. 168
  2. 2Gâter par décomposition putride. La décomposition de substances organiques avait corrompu les eaux.

    • La terre que nous habitons n'est devenue salubre que par les travaux de l'homme ; dans son origine, elle était couverte de forêts et de marécages qui corrompaient l'air ; c'est l'état actuel de Madagascar Raynal, Hist. phil. IV, 4
  3. 3Dépraver. Corrompre les mœurs. La flatterie le corrompit.

  4. 4Altérer, modifier en mal, en parlant de la langue, du goût, du style. La lecture des mauvais auteurs corrompt le goût. Corrompre une langue. L'invasion des barbares corrompit le latin.

    • Dans les arts d'imagination, tout ce qui n'est pas neuf ou brillant est inutile ; et la multiplication des ouvrages médiocres corrompt le goût au lieu de le former Condorcet, Haller.
    • Corrompre un texte. La négligence des copistes a corrompu bien des passages dans les auteurs anciens.

      • Il a omis ces paroles par un dessein outrageux, pour corrompre la pensée de ce père Pascal, Prov. Réfut. de la rép. à la 12e lett.
      • Il découvre l'orgueil caché et l'hypocrisie des Pharisiens et des docteurs de la loi qui la corrompaient par leurs interprétations Bossuet, Hist. II, 6
  5. 5Fig. Gagner quelqu'un par dons ou promesses. Il essaya de corrompre ses juges. On corrompit les témoins.

    • Séduire, en parlant d'une femme.

      • En poursuivant les fuyards, il fut tué par un des siens dont il avait corrompu la femme Bossuet, Hist. I, 10
      • Crispe, fils de Constantin, mais d'un autre mariage, accusé par cette marâtre [la seconde femme de l'empereur Constantin] de l'avoir voulu corrompre, trouva son père inflexible Bossuet, ib. I, 11
    • Absolument.

      • Les vices n'y sont point un sujet de ridicule ; corrompre ou être corrompu ne s'appelle point un usage ou une manière de vivre Montesquieu, Esp. XVIII, 25
      • Ce Philippe qui, mieux qu'homme du monde, savait diviser pour réduire et corrompre pour asservir MARMONT., Élém. litt. Œuvres, t. VIII, p. 86, dans POUGENS
  6. 6Se corrompre, v. réfl. Se putréfier. La viande se corrompt rapidement dans les jours chauds et orageux.

    • Je vois qu'un corps tel que l'eau est divisible, muable, sujet à se corrompre, à se geler BOULAINVILLIERS, Réfutation de Spinosa, p. 41
    • Se dépraver, s'altérer. Les mœurs se corrompent. La langue grecque se corrompit peu à peu.

      • Cette sagesse insensée, ingénieuse à se tourmenter, habile à se tromper elle-même, qui se corrompt dans le présent, qui s'égare dans l'avenir Bossuet, Duch. d'Orl.
      • C'est une chose étonnante comment les langues se forment, s'augmentent, se perfectionnent, et comment, après un certain cours d'années, elles dégénèrent et se corrompent Rollin, Hist. anc. Œuvres, t. XI, 2e part. p. 602, dans POUGENS.

Étymologie

Provenç. corrompre ; catal. corromprer ; espagn. corromper ; ital. corrompere ; du latin corrumpere, de cum, et rumpere, rompre. L'ancien français, à côté du participe corrompu, avait aussi corrot ou corrout, dont le simple se trouve : un nombre rout ou roupt, un nombre fractionnaire. Corrompu est un participe fait sur le verbe français ; corrot provient directement du participe latin corrúptus, avec l'accent sur ru.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander