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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

cour dans le Littré

1 article· 77 citations· rimes· synonymes· étymologie· traductions· prononciation (6)

cour s. f. (kour)

  1. 1Domaine rural : sens primitif, tombé en désuétude, et qui ne se trouve plus qu'en composition et écrit court dans des noms de lieux en Normandie, en Picardie, en Lorraine : Harcourt, Brucourt, etc.

    • Se dit, en Normandie, du terrain et des plantations dépendant immédiatement du bâtiment de la ferme.

  2. 2Terrain enfermé de murs et à découvert qui fait partie d'une habitation et de ses commodités (c'est ici le tout pris pour la partie ; l'ancienne court comprenant le logis, la cour, la basse-cour et les terres d'exploitation). Cour d'entrée. Cour de derrière. Cour intérieure.

    • Cour d'honneur, la principale cour d'un palais, d'un château.

    • Basse-cour, cour d'une ferme, d'une maison de campagne, où l'on nourrit la volaille. Basse-cour, cour séparée de la cour principale et où sont les écuries, les équipages.

    • Fig. et familièrement. Nouvelles de la basse-cour, de basse-cour, bruits populaires, nouvelles fausses, ridicules.

    • Basse-cour s'écrit au pluriel basses-cours.

    • Dans les grandes villes, cour, nom de certains passages, et aussi d'enceintes de maisons. Cour des Miracles.

  3. 3Le palais du prince : ainsi dit parce que les rois de la première et de la deuxième race et les seigneurs demeuraient habituellement dans des domaines ruraux nommés court. Je me rends à la cour.

    • Avoir bouche à cour, ou bouche en cour, avoir droit de manger à quelqu'une des tables entretenues par le prince.

    • Le prince et son conseil. Recevoir un ordre de la cour.

    • Être bien en cour, être en faveur.

      • Vous êtes bien en cour ? Pourvoyez-nous d'une riche abbaye Béranger, Dauph.
    • Le gouvernement du prince dans ses rapports diplomatiques. La cour de France, d'Espagne. Les trois cours du Nord sont d'accord.

  4. 4Les principales personnes qui composent l'entourage d'un prince, et aussi l'air, le ton de la cour, la manière d'y vivre. La cour est partie à la suite du roi.

  5. 5Homme de cour, celui qui fait partie de la cour, qui a les manières de la cour.

  6. 6Un ami de cour, un ami qui ne l'est qu'en apparence.

    • De l'eau bénite de cour, vaines promesses, protestations de services et d'amitié qui ne produisent rien.

  7. 7Cour plénière, grande assemblée de vassaux que convoquaient les anciens rois de France. Tous ceux qui se présentaient à la cour plénière étaient traités aux frais du prince.

  8. 8Fig. Entourage de gens empressés à plaire à une personne. Depuis qu'il est en place, il a une petite cour. ar extension, respects et hommages qu'on rend à une personne, assiduités qu'on a auprès d'elle pour gagner ses bonnes grâces. Faire la cour aux grands. Faire la cour à une jeune personne pour l'épouser.

    • Familièrement. Faire un doigt de cour à une personne, témoigner par quelques légers respects ou hommages qu'on veut gagner sa faveur.

    • Faire la cour de quelqu'un, lui rendre un bon office auprès d'un tiers. J'ai vu le ministre, je lui ai fait votre cour.

    • Faire sa cour aux dépens de quelqu'un, chercher à plaire en le desservant.

      • Faire sa cour aux dépens d'autrui Bossuet, Honneur, 1
    • Faire sa cour d'une chose à quelqu'un ou auprès de quelqu'un, se faire un mérite auprès de lui de lui annoncer une chose qui l'intéresse.

    • Faire la cour se dit aussi des choses qui concilient la faveur, les bonnes grâces.

      • Crenay m'avait demandé si je voulais bien être du détachement pour les sacs ; j'acceptai les sacs, parce que je sentis que cela ferait ma cour Saint-Simon, 1, 28
  9. 9Siége de justice où l'on plaide (ainsi dit, parce que les cours de justice résidaient primitivement dans la cour du roi ou des seigneurs). Autrefois il se disait de la plupart des tribunaux ; aujourd'hui on ne le dit que des tribunaux supérieurs. Cour d'assises.

    • Cour d'appel, juridiction supérieure dont l'attribution principale est de juger les appels des jugements de première instance. Conseiller à la cour d'appel.

    • La cour suprême, se dit quelquefois pour la cour de cassation.

    • Haute cour, tribunal exceptionnel de haute justice.

    • Sous la monarchie parlementaire, la cour des pairs, la chambre des pairs constituée en haute cour de justice pour connaître d'un crime d'État.

    • Sous la république de 1848, il y eut aussi une haute cour chargée de juger les crimes contre l'État.

    • Cour des comptes, juridiction chargée de juger les comptes des comptables de deniers publics et de surveiller l'exécution des lois de finances.

    • La cour des monnaies, c'était jadis une compagnie souveraine qui jugeait des différends survenant au sujet des monnaies et des manufactures d'or et d'argent.

    • La cour de parlement, c'était jadis tout le parlement, composé de plusieurs chambres : la grand'chambre, la tournelle civile, la tournelle criminelle, les cinq chambres des enquêtes, les deux chambres des requêtes, et les requêtes de l'hôtel.

    • La cour des aides, c'était jadis une compagnie souveraine qui jugeait en dernier ressort les causes civiles et criminelles regardant les aides, les impôts, les gabelles, etc.

    • La cour des aides n'est pas loin, dicton jovial et jeu de mots sur aide, qui s'emploient pour exprimer que, si un mari néglige sa femme, d'autres le remplaceront.

    • Autrefois, en matière criminelle, hors de cour signifiait qu'il n'y avait pas assez de preuves pour asseoir une condamnation.

    • Aujourd'hui, mettre hors de cour, mettre hors de cour et de procès, déclarer qu'il n'y a pas lieu à suivre.

    • Substantivement. Un hors de cour. Prononcer un hors de cour.

      • Les membres d'une cour. La cour va en délibérer.

      • Lieu où siége une cour de justice. Je vais à la cour de cassation.

      • En termes d'ancienne pratique, cour signifiait pouvoir de juger. Ravoir la cour, obtenir le renvoi d'une cause.

        • La partie menait son seigneur avec elle, afin que, si la défaute n'était pas prouvée, il pût ravoir sa cour Montesquieu, Esp. XXVIII, 32
      • Dans le moyen âge, cour d'amour, société provençale de personnes des deux sexes qui traitait ou jugeait des questions de galanterie.

        • Il y avait en Provence la fameuse cour d'amour, et la Picardie, rivale de la Provence, avait aussi ses plaids et gieus sous l'ormel Fontenelle, Hist. théât. fr. Œuvres, t. III, p. 13, dans LACURNE.
  10. 11En termes de théâtre, cour et jardin, la droite et la gauche, en souvenir du théâtre de Versailles qui se trouvait entre cour et jardin.

Remarque

1. Vaugelas condamnait la locution : être bien en cour ; Thomas Corneille la défend ; et l'usage l'a sanctionnée. Écrire en cour, se dit pour adresser des lettres à des personnes qui appartiennent à la cour. 2. Bien que la règle générale ou ordinaire soit qu'un pronom (ici la mienne) ne peut se rapporter à un nom pris sans article (ici point de cour), comme c'est surtout la clarté qui a suggéré cette règle, la phrase de Voltaire est si claire qu'elle ne doit pas être blâmée, surtout dans un style de caractère léger.

Synonymes

HOMME DE COUR, HOMME DE LA COUR. L'homme de cour est celui qui a le ton, les manières, l'esprit de la cour. L'homme de la cour est celui qui en fait partie. On peut être un homme de la cour sans être un homme de cour.

Étymologie

Norm. court, grande ferme ; bourguig. cor ; provenç. cort ; ital. et espagn. corte ; du bas-latin, curtis, cortis, dérivé du latin cohors ou cors, basse-cour, enclos ; grec, χόρτος, qui a le même radical que le latin hortus, et l'allemand Garten, jardin. Le t qui appartient à cour dans tous les anciens textes et dans toutes les langues romanes, et qui se retrouve dans tous les dérivés, courtois, courtisan, etc. montre que le mot vient de curtis et non de curia, fausse étymologie qui commença à se montrer dans le XIVe siècle où l'on se mit à nommer en latin les gens de cour curiales. Curtis a signifié d'abord la cour, l'enclos, la ferme, puis la résidence rurale des seigneurs et des rois, puis la résidence de leur conseil, de leur autorité et aussi de la justice. Dans l'ancien français, au nominatif singulier la cors, au régime la cort ; au nominatif pluriel, les cort, au régime, les cors.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander