courir v. n. (kou-rir)
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1Aller avec une grande vitesse.
Où courez-vous ainsi ? Calypso, plus furieuse qu'une lionne à qui on a enlevé ses petits, courait au travers de la forêt, sans suivre aucun chemin
Fénelon, Tél. VIILes femmes ne sont pas faites pour courir ; quand elles fuient, c'est pour être atteintes
J.-J. Rousseau, Ém. V- Elle eût, des jeunes blés rasant les verts tapis,Sans plier leur sommet, couru sur les épis Delille, Énéide, VII
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Terme de marine. Faire route. Courir au nord, au sud.
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Courir signifie quelquefois s'échapper à la hâte.
- .... Serviteur au portier, Dit-il, et de courir La Fontaine, Fabl. IX, 10
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Je cours encore, locution familière, qui s'emploie pour dire : je m'en allai en hâte, on ne m'y rattrapera plus.
- Cela dit, maître loup s'enfuit et court encor La Fontaine, Fabl. I, 5
Les dames dirent qu'il ne fallait pas m'importuner ni faire des façons avec moi, et je cours encore
Saint-Simon, 404, 34
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Courir, pris substantivement.
Nier, croire et douter sont à l'homme ce que le courir est au cheval
Pascal, Rel. 8
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Courir sus à quelqu'un, en termes d'ordonnances, de déclarations, se jeter sur lui pour l'arrêter, pour le tuer. On ordonna de lui courir sus. Et fig. poursuivre, persécuter.
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On dit dans le même sens courir sur.
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Courir sur, faire la course comme corsaire.
En leur obtenant du Portugal des commissions pour courir sur les Espagnols, même après qu'ils eurent fait la paix avec la France
Raynal, Hist. phil. XIII, 35
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On dit dans le même sens courir à.
- Peuple, vengez mon père et courez à ce traître Voltaire, Fanat. V, 4
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Courir s'emploie en une espèce de passif impersonnel, avec le pronom ce. On pourra dire à des enfants qui courent : c'est assez couru, c'est-à-dire ne courez plus.
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Fig.
C'est assez couru dans les voies de l'iniquité
Fléchier, Sermons, II, 237
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Ce n'est pas tout que de courir, il faut partir de bonne heure, c'est-à-dire il ne suffit pas de se hâter, il faut encore se mettre à l'œuvre à temps.
- Rien ne sert de courir, il faut partir à point ;Le lièvre et la tortue en sont un témoignage La Fontaine, Fabl. VI, 10
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2Jouter à la course. Ceux qui devaient courir n'attendaient que le signal pour s'élancer dans la carrière. Alexandre ne voulut pas courir dans les jeux olympiques, à moins que des rois n'y courussent.
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Courir se dit aussi des chevaux qui disputent le prix de la course. Faire courir, envoyer des chevaux sur le turf pour y courir.
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3Fig.
Et dans cette entreprise il a bien su courir à la nécessité qu'il voyait de mourir
Corneille, Héracl. III, 3- Au tombeau comme au trône on me verra courir Corneille, ib. IV, 1
- Ces prisonniers même avec lui conjurésSous cette illusion couraient à leur vengeance Corneille, ib. V, 7
- Celle qui vous pressait de courir au baptême Corneille, Poly. I, 1
Qu'avec plaisir, Philippe, on court à le venger [un ennemi], Lorsqu'on s'y voit forcé par son propre danger
Corneille, Pomp. V, 1- De peur que l'ignorant, ce peuple ne se flatte,N'attende encor ce prince et n'ait quelque raisonDe courir en aveugle à qui prendra son nom Corneille, Héracl. III, 4
- Et je suis en suspens, si, pour me l'acquérir,Aux extrêmes moyens je ne dois point courir Molière, l'Étour. III, 2
Les esprits courent à vous aimer
Mme de Sévigné, 451- Cette mer où tu cours est célèbre en naufrages Boileau, Ép. I
Ce péril extrême où, pour me secourir, Je vois votre grand cœur aveuglément courir
Corneille, Héracl. I, 4- Qui se venge à demi court lui-même à sa peine Corneille, Rodog. V, 1
- Mais il court à sa perte et vous traîne avec lui Corneille, Nicom. III, 1
- Tâche à rompre le cours des maux où vous courez Corneille, Nicom. III, 2
- Je veux bien vous guérirD'une erreur dangereuse où vous semblez courir Corneille, ib. IV, 5
- Ma fille qui s'approche et court à son trépas Racine, Iphig. I, 1
- Misérable, tu cours à ta perte infaillible Racine, Phèd. IV, 3
- Jeune peuple, courez à ce maître adorable Racine, Esth. III, 9
- Roxane est offensée et court à la vengeance Racine, Baj. II, 3
- Il vous faudra, seigneur, courir de crime en crime Racine, Brit. IV, 3
- Mais parmi ces périls où je cours pour vous plaire Racine, Andr. I, 4
Tu murmures, vieillard ! vois ces jeunes mourir, Vois-les marcher, vois-les courir à des morts, il est vrai, glorieuses et belles, Mais sûres cependant et quelquefois cruelles
La Fontaine, Fabl. VIII, 1On vit alors les courtisans courir au-devant de la réforme, proscrire le luxe de leurs tables, étudier avec empressement les figures de géométrie
Barthélemy, Anach. 33
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Courir au plus pressé, faire d'abord ce qui est le plus urgent.
Ils ont couru au plus sûr, et ont compris que ce serait une folie de vouloir se sauver comme les autres se damnent
Massillon, Car. Salut.
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Courir sur les brisées de quelqu'un, se mettre en rivalité avec lui.
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Courir sur le marché de quelqu'un, enchérir sur lui, tâcher d'obtenir ce qu'un autre a demandé le premier.
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Courir à l'hôpital, se ruiner rapidement par des dépenses excessives.
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Courir à l'évêché, au bâton de maréchal, être en passe d'y parvenir.
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4Marcher vite sans précisément courir, aller en hâte, se dépêcher, s'empresser. Vous ne marchez pas, vous courez. Courir aux armes. Tout le pays se souleva et courut aux armes.
- Mais, quelques jours après, le dieu l'attrapa bien,Envoyant un songe lui direQu'un tel trésor était en tel lieu ; l'homme au vœuCourut au trésor comme au feu La Fontaine, Fabl. IX, 13
- courent parmi la villeÉmouvoir les soldats et le peuple imbécile Corneille, Sertor. V, 3
- Que dit-il quand il voit, avec la mort en trousse,Courir chez un malade un assassin en housse ? Boileau, Sat. VIII
- Quand pour le recevoir chacun court sur la rive Racine, Mithr. II, 1
- Pharnace entrait à peineQu'il courut de ses feux entretenir la reine Racine, ib. II, 2
- Bajazet vit encor ; vizir, courez à lui Racine, Baj. V, 10
- Chère Antigone, allez, courez à ce barbare Racine, Théb. II, 4
- Ma fille dans Argos courait pleurer sa honte Racine, Iphig. III, 1
- Et que m'a fait à moi cette Troie où je cours ? Racine, ib. IV, 6
- De l'Inde à l'Hellespont ses esclaves coururent Racine, Esth. I, 1
- Achille va combattre et triomphe en courant Racine, Iphig. I, 1
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Fig.
- Eh bien ! ce stratagème ? - Ah ! comme vous courez !Ma cervelle toujours marche à pas mesurés Molière, l'Étour. I, 2
- Ah ! de peur de tomber ne courons pas si fort Molière, ib. IV, 1
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Il n'y va pas, il y court comme à la noce, il y va avec ardeur, avec joie.
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En termes d'escrime, courir, marcher très rapidement sur son adversaire.
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En courant, à la hâte, d'une manière superficielle, fugitive.
Certaines choses que j'avais lues en courant
Mme de Sévigné, 613Il ne les lit pas, ou il ne les lit qu'en courant
Bossuet, Avert. 1
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5Courir après quelqu'un ou quelque chose, aller à sa recherche.
Phraate fit courir après Démétrius
Bossuet, Hist. I, 9- Il faut courir, Olympe, après ces inhumains Racine, Théb. I, 1
- Non, il ne courra plus après l'ombre du frère,S'il voit monter la sœur sur le trône du père Corneille, Héracl. I, 1
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Fig.
Mon cœur court après elle
Racine, Andr. II, 5En effet il courait après le mensonge, mais il était attiré par quelque lueur de vérité
Fléchier, I, p. 277- Qui ne court après la fortune ? La Fontaine, Fabl. VII, 12
- Mon esprit ne court pas après si peu de chose Molière, l'Étour. III, 3
Le mérite a pour moi des charmes si puissants, que je cours partout après lui
Molière, Préc. 10Cet air de parure après lequel on court et qu'on n'attrape guère
Hamilton, Gramm. 6
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Courir après l'esprit, affecter d'en montrer sans trop y réussir.
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Courir après son argent, continuer à jouer pour tâcher de regagner ce qu'on a perdu, et aussi aller relancer ses débiteurs.
Il a mieux aimé diminuer son fonds que d'avoir toujours à courir après ses rentes
J.-J. Rousseau, Hél. VI, 52
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En un autre sens, courir après l'argent, chercher toutes les occasions d'en gagner.
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6Aller et venir çà et là. Il est toujours à courir.
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7Faire des courses, des démarches. Il a couru toute la journée pour ses affaires.
- Quand on est candidat, on court plus qu'on ne pense DELAV., Éc. des vieillards, I, 5
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Faire courir quelqu'un, lui faire perdre son temps en courses.
L'attention qu'on a de ne pas faire courir les ouvriers
J.-J. Rousseau, Hél. IV, 10
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8Terme de commerce. Courir franc, ne rien payer pour salaire d'une négociation.
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9Abonder, en parlant de vermine et de petits animaux nuisibles. Les souris courent dans cette maison. Les poux courent sur cette chemise.
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10Avoir un mouvement de progression, en parlant des choses. Sa plume courait sur le papier.
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Laisser courir sa plume, se livrer en écrivant au cours de ses idées.
Vous avez laissé courir votre plume et donné un essor à votre imagination
VAUVENARGUES, Dial. Pasc. et Fén.
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Terme de marine. Faire courir une manœuvre dans ses poulies, faciliter le jeu des cordages. On dit que les amarres courent quand elles glissent.
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11Couler. Le sang court dans les veines.
- Cette affreuse sueur qui court sur son visage Corneille, Rod. V, 4
- Et nous faisons courir des ruisseaux de leur sang Corneille, Cid, IV, 3
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12Être répandu, passer de main en main. Les billets de ce négociant courent sur la place, on cherche à s'en défaire.
- Il court parmi le monde un livre abominable Molière, Mis. V, 1
Outre les copies qui couraient parmi le peuple
Bossuet, Hist. II, 3J'ai longtemps hésité si je donnerais au public ces panégyriques, et je ne m'y suis enfin déterminé qu'après en avoir vu courir quelques éditions sous mon nom, où je n'avais nulle part
Fléchier, Préf. 53Vous verrez courir de ma façon dans les belles ruelles deux cents chansons
Molière, Préc. 10Il y avait d'autres écrits de Picolomini qui couraient dans le monde
Voltaire, Mœurs, 96Lorsque la comédie du Glorieux fut donnée au théâtre, il courut, contre cette pièce et contre l'auteur, des couplets qui eurent alors toute la vogue passagère assurée aux satires
D'ALEMBERT, Éloges, Destouches.
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Faire courir un papier, une brochure, un livre, le remettre à quelqu'un en lui recommandant de le remettre à d'autres et ainsi de suite.
Ils firent courir une lettre contre lui
Pascal, Prov. 15- Vient-il de la province une satire fade,Pour la faire courir on dit qu'elle est de moi Boileau, Épît. VI
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Faire courir une santé, la faire porter successivement par tous les convives.
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On dit de même : Dans cette réunion, à ce repas, les propos joyeux, les chansons couraient à la ronde.
- Là courent à la ronde et les propos joyeuxEt la vieille romance et les aimables jeux Delille, Trois règnes, I
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Faire courir la voix, demander les avis dans une assemblée délibérante. Locution vieillie.
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L'avis qui court, l'avis qui a le plus de voix dans une délibération qui n'est pas encore finie. Locution vieillie.
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Courir se dit aussi des bruits qui circulent, des paroles qui se répandent. Il court de lui un bon mot.
- Je sais que de ma mort il courut un faux bruit Corneille, Perthar. IV, 5
- Puisque déjà le bruit jusqu'à vous a couru Corneille, Théod. IV, 5
- Et l'on fera courir quelque mauvaise excuse,Dont la cour s'éblouisse et le peuple s'abuse Corneille, Perthar. III, 2
- Ils ont de rang en rang fait courir votre nom Corneille, Othon, IV, 2
Ce malheureux proverbe qui court dans Paris
Pascal, Prov. 2Nous fîmes quelques couplets de ces Léridas qui ont tant couru
Hamilton, Gramm. 8- Que dirait-on si le bruit en courait ? La Fontaine, Mandr.
- Mille bruits en courent à ma honte Racine, Brit. IV, 2
- Déjà jusques au camp le bruit en a couru Racine, ib.
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13En parlant de maladies, sévir d'une façon épidémique. Les maladies qui courent. La scarlatine court dans ce canton, elle a enlevé beaucoup d'enfants. Il courait alors une fièvre dangereuse. Il a couru cette année des dyssenteries.
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14Être en voie de, être près d'arriver au terme. Ma provision de bois court à sa fin.
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15Se passer, en parlant du temps. L'année qui court. On lui a donné trois mois qui courent à partir de tel jour.
Les six mois ne courent qu'à partir du jour de la sommation
PATRU, Plaid. 5, dans RICHELET- Ils se repentiront de s'être fait la guerre,Mais avant cette paix il courra bien des mois MAYNARD, Poésies, dans RICHELET
Pour moi je le [le temps] vois courir avec horreur et m'apporter en passant l'affreuse vieillesse, les incommodités et enfin la mort
Mme de Sévigné, 182Malgré l'ennui et la fatigue les jours ne laissent pas de passer bien vite ; j'en ai passé de bien douloureux, sans compter les mauvaises nuits ; et cependant rien n'empêchait le temps de courir
Mme de Sévigné, 500- La Parque sur nos pas fait courir devant elleMidi, le soir, la nuit et la nuit éternelle,Et par grâce, à nos yeux qu'attend le long sommeil,Laisse voir au matin un regard du soleil A. CHEN., Élég. 33
Quand chaque année on est sûr de la suivante, qui peut troubler la paix de celle qui court ?
J.-J. Rousseau, Hél. V, 2
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Familièrement. Par le temps qui court, d'après ce qui se passe, dans les circonstances où nous sommes.
Dans le temps qui court ce n'est pas un petit mérite
Mme de Sévigné, 402
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16Être compté, en parlant des intérêts, loyers, appointements. Ses intérêts, ses gages courent depuis un an.
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17S'étendre, se prolonger. Le chemin court entre des vignes au bord du lac. Cette côte court est-ouest, c'est-à-dire va droit d'orient en occident. Ces rochers courent sud-ouest, environ trois lieues.
L'Asie est soutenue, tant au nord qu'au midi, par deux grandes chaînes de montagnes qui courent presque depuis l'extrémité occidentale de l'Asie Mineure et des bords de la mer Noire, jusqu'à la mer qui baigne les côtes de la Chine et de la Tartarie à l'orient
Raynal, Hist. phil. I, 4
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18En termes de filature, on dit qu'un fil de laine, de soie, etc. court, quand il fournit beaucoup d'ouvrage.
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19V. a. Poursuivre à la course.
Ce n'est pas qu'on s'imagine que la vraie béatitude soit dans le lièvre qu'on court
Pascal, Div. 2Monseigneur court le lièvre dans son parc
Hamilton, Gramm. 9Le duc m'a voulu mener courir un cerf avec lui
Molière, les Préc. 12Il courut un cerf au clair de la lune
Mme de Sévigné, 46Mme la Dauphine se met à courir les bêtes
Mme de Sévigné, 437
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Fig. Ils courent le même lièvre, c'est-à-dire ils prétendent à la même chose.
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Il ne faut pas courir deux lièvres à la fois, c'est-à-dire quand on recherche deux objets à la fois, on les manque l'un et l'autre, il ne faut s'occuper à la fois que d'une chose.
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En parlant des personnes qu'on poursuit. Courir quelqu'un l'épée à la main.
- Et les petits enfants, sitôt qu'on m'aperçoit,Me courent dans la rue.... Corneille, Suite du Ment. I, 3
L'un d'eux [des secrétaires de Vendôme] le courut [Alberoni] plus de mille pas à coups de bâton à la vue de toute l'armée
Saint-Simon, 156, 41Mais d'aller attaquer de ces bêtes vilaines Qui n'ont aucun respect pour les faces humaines Et qui courent les gens qui les veulent courir
Molière, Prince d'Él. I, 2
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20Fig. Rechercher avec empressement. Courir les honneurs. Cet ecclésiastique courait les bénéfices.
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Il se dit des personnes. On le court, on le choie. Ce prédicateur est très couru.
Nous les verrions nous courir sans tous ces respects et ces soumissions où les hommes les acoquinent
Molière, la Princ. III, 2C'est assez qu'elle vous ait vue pour me la faire courir
Mme de Sévigné, 111Se serait-il engagé à Césonie qui l'a tant couru ?
La Bruyère, IIICeux qui courent le favori du prince, comme ses viles créatures
La Bruyère, XL'on court les malheureux pour les envisager
La Bruyère, VIIIIls courent partout celles [les femmes] dont ils espèrent se faire écouter
FONT., Jugem. de Pluton.Nous courons quelquefois les hommes qui nous ont imposé par leurs dehors
VAUVENARGUES, Max. CCLVIIIC'est ce même chevalier que mademoiselle votre fille court aux Tuileries
Dancourt, Cheval. à la mode, V, 7
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21S'exercer dans une lice à différents jeux d'adresse. Courir la bague, la tête, courir en essayant d'atteindre avec une lance une bague, une tête. En Espagne on court les taureaux.
Il fallait courir quatre lances ; ceux qui seraient assez heureux pour vaincre quatre chevaliers....
Voltaire, Zadig, 19- court le faquin, la bague, escrime des fleurets Régnier, Sat. V
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Courir un prix, en parlant des courses de chevaux, faire courir un cheval pour avoir ce prix.
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22Courir le cachet, se dit d'un professeur qui donne des leçons en ville.
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23Parcourir. J'ai couru toute la ville sans le trouver.
Je n'ai plus qu'à courir les côtes de l'Afrique
Corneille, Pomp. IV, 3- Tout cassé que je suis, je cours toute la ville Corneille, Cid, III, 5
On court sans cesse les imprimeries
Pascal, Prov. 17Hors vous et moi, monsieur, je ne crois pas que personne s'avise de courir maintenant les rues
Molière, Sic. 3Pour moi, sur cette mer qu'ici-bas nous courons, Je cherche à me pourvoir d'esquifs et d'avirons, à régler mes désirs, à prévenir l'orage, Et sauver, s'il se peut, ma raison du naufrage
Boileau, Ép. VJe cours tout le sérail
Racine, Baj. V, 9- J'ai couru les deux mers que sépare Corinthe Racine, Phèd. I, 1
- Cher compagnon, me veux-tu croire ?Courons ensemble le pays ;Tu sais médire, je sais boire :Nous ne manquerons point d'amis La Fontaine, Daphné, III, 10
Il courut tous les environs de Montpellier à plus de dix lieues, et en rapporta des plantes inconnues aux gens même du pays
Fontenelle, Tournefort.
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Être fou à courir les rues, à courir les champs, être très fou.
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Courir le monde, voyager en divers pays.
Les philosophes ne courent guère le monde, et ceux qui le courent ne sont ordinairement guère philosophes, et par là un voyage de philosophe est extrêmement précieux
Fontenelle, Tournefort.
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Fig.
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24Courir la poste, voyager en poste, aller fort vite ; et fig. se dépêcher outre mesure.
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On dit dans le même sens courir le grand galop.
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Courir en guide, courir la poste à cheval, ayant devant soi un postillon monté sur un autre cheval.
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Anciennement, courir un bénéfice, envoyer un courrier à celui qui a la nomination d'un bénéfice devenu vacant, pour être le premier à le solliciter.
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25Terme de guerre. Faire une incursion rapide. Courir le plat pays. Les ennemis laissèrent dans la place une garnison qui se mit à courir toute la contrée.
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26Terme de marine. Courir des bordées, ou courir des bords, aller alternativement à droite et à gauche.
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Courir le bon bord, se dit des corsaires qui courent sur des bâtiments marchands ; et fig. et familièrement, fréquenter les mauvais lieux.
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Courir la mer, y faire la course comme corsaire ou pirate.
Pour courir cette mer, il ne fallait que des radeaux, des galères et des rameurs
Raynal, Hist. phil. XIX, 5
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27Suivre une profession où l'on a des émules. Courir la carrière littéraire.
- Une fille guerrièreDe son guerrier chéri court la noble carrière Voltaire, Scythes, II, 2
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28Être en train d'accomplir une certaine année de son âge.
J'ai l'honneur de courir ma 50e année
Voltaire, Lett. en vers et en prose, 80Je cours actuellement ma soixante et dix-huitième année
Voltaire, Lett. Richelieu, 18 fév. 1771
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29Courir les aventures, se disait des chevaliers qui allaient à la recherche des exploits guerriers.
Son frère, ayant couru mainte haute aventure, Mis maint cerf aux abois, maint sanglier abattu, Fut le premier César que la gent chienne ait eu
La Fontaine, Fabl. VIII, 24
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Dans un sens général, avoir des aventures, quelles qu'elles soient.
Notre héroïne se mit à rêver à ses aventures, particulièrement à celles de cette nuit ; ce n'étaient pas véritablement les plus étranges qu'elle eût courues
La Fontaine, Psyché, I, p. 39
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Par extension, être exposé à. Il a couru le risque de périr. Vous courez risque de vous ruiner.
- Quand je songe aux dangers que je lui fais courir Corneille, Cinna, I, 2
- Il vous a préservé, sur le point de périr,Du danger le plus grand que vous puissiez courir Corneille, Rodog. V, 5
- Et d'ailleurs quels périls peut vous faire courirUne femme mourante et qui cherche à mourir ? Racine, Phèd. I, 1
- C'est là tout le danger que vous pouvez courir Racine, Iphig. II, 1
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Courir fortune, hasard, s'exposer à certaines éventualités. Il a couru hasard de se tuer.
Ils sont trop habiles pour vouloir courir la fortune
Mme de Sévigné, 44
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Courir même fortune, être exposé aux mêmes risques et périls. L.
Junius eût couru la même fortune si, pour échapper à la cruauté du tyran, il n'eût feint d'être hébété, et d'avoir perdu l'esprit
VERTOT, Révol. rom. I, p. 55- D'où vient qu'ayant voulu courir notre fortune,Il ne partage point l'allégresse commune ? Voltaire, Tancr. V, 1
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Courir une belle fortune, être en passe d'arriver à quelque chose de grand.
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30Hanter, fréquenter. Courir les bals, les maisons de jeu, les théâtres, les salons.
- À courir les fillettes.... Il s'est couvert de dettes Béranger, Pet. h. gris.
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Courir les ruelles, aller de visite en visite chez les dames.
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Courir le bal, aller au bal.
- De l'habit dont jadis elle courait le bal,Elle s'est mise en homme en cet accès fatal Regnard, Fol. amour. III, 9
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Familièrement. Courir la pretantaine, aller et venir sans objet bien déterminé. Cette femme court la pretantaine, c'est-à-dire ses allées et venues ne sont pas convenables, excitent les soupçons sur sa conduite.
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Populairement. Courir le guilledou, fréquenter, principalement durant la nuit, des lieux suspects.
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31Être répandu, propagé. Cette aventure court les salons.
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Courir les rues, être su de tout le monde, être commun, vulgaire. Cette nouvelle court les rues. L'esprit court les rues, il est très commun, tout le monde en a.
Honnête homme ! et qui ne l'est pas ? C'est un mérite qui court les rues
MARMONT., Contes mor. Bon mari.Vous trouvez que toute leur capacité et leur étude sur la religion se réduit à certains discours de libertinage qui courent les rues, s'il est permis de parler ainsi
Massillon, Car. Doutes sur la Religion.
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32Terme de marine. Courir les coutures, presser les étoupes qui en ont besoin.
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33Se courir, v. réfl. En termes de turf, se dit du prix disputé dans une course. Le prix du Jockey-club se court à Chantilly sur une piste de 2400 mètres.
Remarque
1. S'en courir a été usité dans le XVIIe siècle. Des grammairiens ont condamné cette locution comme fautive c'est à tort ; elle est aussi correcte que s'en aller ou s'enfuir. Tout ce qu'on peut dire, c'est qu'elle est archaïque et tombée en désuétude. 2. On trouve dans quelques auteurs courir v. n. conjugué avec l'auxiliaire être. Les grammairiens condamnent cet emploi, disant que courir exprimant une action ne peut recevoir l'auxiliaire être. Mais venir exprime aussi une action et ne s'en conjugue pas moins avec l'auxiliaire être. Ici encore l'usage est pour l'auxiliaire avoir ; l'auxiliaire être est très peu usité, mais est également correct ; dans l'ancienne langue il était de plein usage. 3. L'usage trouve cours-je ? trop dur, ou du moins (car courge a le même son et n'est pas rejeté) nous ne sommes pas habitués à renverser ainsi les verbes monosyllabiques ; on tourne la phrase en : est-ce que je cours ?
Étymologie
Bourg. cori ; Berry, courre ; picard, keurir ; provenç. et esp. correr ; ital. correre ; du latin currere. L'ancienne conjugaison est courre, corre, reproduisant l'accent latin cúrrere ; c'est de là que vient le futur, je courr-ai ; s'il venait de courir, il serait je courir-ai, les futurs venant de l'auxiliaire avoir combiné avec l'infinitif. Courir provient d'un changement de la conjugaison latine, currire pour cúrrere, changement qui n'est pas rare.