Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

court dans le Littré

1 article· 73 citations· rimes· synonymes

court, courte adj. (kour, kour-t' ; usage variable pour la liaison du t ; les uns disent : un kour espace de temps ; les autres : un kour-t espace de temps ; au pluriel, même incertitude pour l's ; quelques-uns disant : les kour espaces de temps ; plus souvent : les kour-z espaces de temps)

  1. 1Qui a peu de longueur. Cheveux courts. Herbe courte. Manteau court.

    • Que le chemin est court d'un palais au tombeau ! Rotrou, Bélis. V, 4
    • Il a bien jugé que le plus court chemin de persuader était de plaire Guez de Balzac, liv. VI, lett. 5
    • J'en vis plusieurs s'approcher sur une espèce de courte allée qui séparait en deux le terre-plein J.-J. Rousseau, Hél. IV, 11
    • Anciennement, prévôt, lieutenant criminel de robe courte, juge qui porte l'habit court et l'épée, qui n'est point gradué ; ces juges étaient particulièrement établis pour la capture et le jugement des voleurs et des vagabonds.

    • Terme d'anatomie. Vaisseaux courts, artères et veines qui s'étendent de la rate au grand cul-de-sac de l'estomac.

    • Courte paume, courte boule, jeu de paume ou de boule renfermé dans un espace étroit, et où l'on ne pousse pas la paume, la boule de toute sa force, mais où l'on fait voir plus d'adresse en la menant en des endroits limités.

    • On dit d'un homme adroit et habile, que l'herbe sera bien courte s'il ne trouve à brouter.

    • Fig. Son épée est trop courte, c'est-à-dire il n'a pas assez de crédit, de capacité, de force pour.... On dit dans le même sens : il a les bras trop courts.

    • Tirer à la courte paille, décider par le sort au moyen de plusieurs pailles dont la plus courte assigne ce dont il s'agit à celui à qui elle échoit.

    • Faire la courte échelle, présenter son dos comme marchepied à quelqu'un qui veut escalader un mur. Escalader un mur à la courte échelle. Et, figurément, faire à quelqu'un la courte échelle, lui faciliter les moyens d'arriver à son but.

    • Tenir quelqu'un de court, lui laisser peu de liberté.

      • Mme de Marsan ne fut regrettée ni des siens, ni de son mari qu'elle tenait de court, et qui demeurait riche usufruitier d'une partie de ses biens Saint-Simon, 73, 203
      • Le duc de Bourgogne était peu accompagné, et de personne qui le tînt de court Saint-Simon, 306, 3
      • Ne sachant à qui nous en avions, on nous tenait de plus court qu'auparavant J.-J. Rousseau, Conf. I
    • Prendre quelqu'un de court, ne pas lui laisser assez de temps pour faire la chose dont il s'agit.

      • On l'eût pris de bien court à moins qu'il ne songeât à l'endroit où gisait cette somme enterrée La Fontaine, Fabl. IV, 20
    • Terme de poterie. Pâte courte, pâte qui ne s'étend pas beaucoup.

      • Cette porcelaine diffère essentiellement des autres, en ce qu'elle est faite d'une pâte plus courte, qu'elle est très dure et très solide Raynal, Hist. phil. V, 27
  2. 2Qui a peu de taille.

    • La trop courte beauté monta sur des patins,La coquette tendit ses lacs tous les matins Boileau, Ép. IX
    • Ce peuple imitateur, ce singe de la cour A commencé depuis un jour D'humilier enfin l'orgueil de ses coiffures ; Mainte courte beauté s'en plaint, gronde, tempête, Et, pour se rallonger consultant les devins, Apprend d'eux qu'on retrouve en haussant ses patins La taille que l'on perd en abaissant la tête CHAUL., Pour Mme de Lassay.
    • Terme de manége. Cheval court, celui dont le corps a peu de longueur du garrot à la croupe.

    • Terme de chasse. Longue levrette et court lévrier.

  3. 3Insuffisant. Il vint des gens qu'on n'attendait pas, et le dîner se trouva court. Le bouillon est un peu court, mettez-y de l'eau.

    • Tu diras qu'aux coffres du roiL'argent est court comme chez moi BOISROBERT, Ép. XI
    • Voilà ce qu'un marchand appellerait le nécessaire, mais le nécessaire est bien court entre ceux qui trafiquent d'esprit Diderot, Lett. à M. de Ramsay.
    • Depuis lors mes finances ont souvent été fort courtes, mais jamais assez pour être obligé de jeûner J.-J. Rousseau, Conf. IV
    • Avoir la vue courte, ne pas voir de loin. Et fig. N'avoir pas assez de sagacité, de prévoyance. On dit dans le même sens : un homme à courte vue. On dit aussi : des vues courtes, il n'a que des vues courtes.

      • Pour servir à ceux qui ont la vue courte Descartes, Diopt. 2
      • La faiblesse de sa vue, qui était si courte qu'il ne voyait pas à dix pas Fontenelle, l'Hôpital
    • Terme de marine. Un navire a le vent court, quand il n'atteint que difficilement, à la bordée, le point vers lequel il se dirige.

    • Fig. Avoir l'esprit court. La sagesse humaine est toujours courte par quelque endroit.

      • M. Basnage ne s'aperçoit pas, tant ses lumières sont courtes, qu'il est pris par son aveu Bossuet, Var. déf. 1er disc. § 65
      • Cette religion de l'esprit, tout intellectuelle et morale, ils l'ont faite toute physique et matérielle, pour la mettre à leur brute et courte portée Ségur, Hist. de Napol. VII, 8
    • Monnaie courte, monnaie qui n'a pas tout à fait le poids requis.

    • En parlant des personnes, être court de, manquer de. Être court d'argent, de mémoire.

      • Plus heureux cent fois que le roiSi je n'étais court de finance Régnier, Ép. III
      • Et que deviendra lors cette publique estime Qui te vante partout comme un fourbe sublime Et que tu t'es acquise en tant d'occasions à ne t'être jamais vu court d'inventions ? Molière, l'Étour. III, 1
      • Fénelon prit Godet pour un homme sans monde, sans talents, de peu d'esprit et court de savoir Saint-Simon, 34, 136
    • Absolument. Être court, n'avoir pas une grande portée d'esprit.

      • C'était [Boufflers] un homme fort court, mais pétri d'honneur et de valeur Saint-Simon, 207, 38
  4. 4Qui est de peu de durée. En hiver les jours sont courts.

    • Courte et bonne, disent les dissipateurs en parlant de la vie. La faire courte et bonne, mener joyeuse vie en mangeant sa fortune et ruinant sa santé.

    • Terme de commerce. Lettre de change à courts jours, celle qui n'a plus que peu de jours à courir. On dit de même, tirer ou remettre à courts jours, c'est-à-dire pour un terme qui doit bientôt échoir.

  5. 5Avoir la courte haleine, l'haleine courte, la respiration courte, respirer peu profondément et coup sur coup ; être facilement essoufflé.

  6. 6Bref. Courte harangue. Une courte réprimande. Une courte prière.

    • [Il] s'est défait de cet esprit jaloux Avec un compliment encor plus court qu'à vous Corneille, Tite et Bérén. III, 4
    • Je n'ai fait celle-ci plus longue que parce que je n'ai pas eu le loisir de la faire plus courte Pascal, Prov. 16
    • Être court, ne pas parler longuement.

      • Monseigneur, vous avez d'autres affaires que celles du pays de Gex, ainsi je serai court Voltaire, Lett. Turgot, 22 déc. 1775
    • Pour le faire court, pour abréger.

  7. 7Prompt et facile. Les moyens les plus courts pour réussir. Le plus court expédient.

    • Le général a plus court de céder, mais d'éviter à les avoir dans son armée [les gendarmes et mousquetaires] Saint-Simon, 471, 231
  8. 8Courte honte, refus, affront, insuccès. Il en a eu la courte honte.

    • L'explication de cette locution paraît être une honte avec laquelle on demeure court, on est arrêté court.

  9. 9Substantivement. Le court, ce qui est court. Savoir le court et le long d'une chose, en connaître tous les détails.

  10. 10Court, adv. Couper court, abréger, ou même interrompre.

    • Couper court à quelqu'un, le quitter brusquement ; rompre l'entretien par une parole brève et décisive.

    • Se trouver court, être arrêté tout à coup dans une entreprise, faute de moyens, de ressources, de capacité. Les ressources leur ont manqué, et ils se sont trouvés court. Les souscriptions ne vinrent pas, et la compagnie se trouva court.

    • Rester court, tout court, manquer de mémoire, être confondu.

      • Je ne saurais plus écrire ; me voilà demeurée tout court Mme de Sévigné, 99
      • J'aime mieux demeurer court sur cette demande Bossuet, Satisf.
      • D'où vient que son dictionnaire demeure court en celle-ci ? Bossuet, Préf.
      • Il a la confusion de demeurer court La Bruyère, Théophr. 27
      • C'est le plus petit inconvénient du monde que de demeurer court dans un sermon ou dans une harangue La Bruyère, XII
    • Tourner court, en parlant d'un cocher qui ne se donne pas assez d'espace pour faire tourner sa voiture. Un cocher risque de verser quand il tourne court.

    • Par extension. Tourner court, faire un brusque changement de direction.

      • Il tourna tout court sur l'infanterie des Arabes LA FAYETTE, Zayd, Œuvres, t. I, p. 275, dans LACURNE
    • Dans un sens analogue, tomber court.

      • Il est bon que j'imite Phoebus qui, sur la fin du jour, Tombe d'ordinaire si court Qu'on dirait qu'il se précipite La Fontaine, Fianç.
    • Tourner court, être interrompu brusquement.

      • L'engagement fut d'abord vif, mais il tourna court ; l'avant garde russe se retira précipitamment derrière le ravin Ségur, Hist. de Napol. IV, 8
    • Fig. Tourner court, ne pas ménager les transitions dans sa conduite, dans son langage.

      • Ils [les hommes faibles] tournent si court quand ils changent de sentiments qu'ils ne mesurent plus leurs allures Retz, IV, 49
      • Tournons tout court, et venons à la conclusion Bossuet, Réf.
      • On a dit un mot de Chantilly, mais cela est tombé si court qu'il n'en est plus question Mme de Sévigné, 378
  11. 11Court-vêtu, qui a un vêtement court.

  12. 12Tout court, loc. adv. Sans ajouter un mot, sans plus d'explication.

    • Il ne fut plus que messire tout court La Fontaine, Faucon.
    • Hé bien, monsieur tout court, et non plus monsieur de Sotenville, j'ai à vous dire que.... Molière, G. Dand. I, 4
    • Ce nom de Mademoiselle tout court passa ainsi dans l'esprit du monde pour être affecté à la première petite-fille de France Saint-Simon, 227, 43
    • Brusquement, subitement.

      • Je lisais votre lettre et je m'arrêtais tout court Mme de Sévigné, 52
      • Quand il lui échappe quelque chose, elle s'arrête tout court Mme de Sévigné, 181
      • Souvent l'on trouvait de l'eau en quantité qui arrêtait tout court les ouvriers et semblait devoir les rebuter pour toujours Rollin, Hist. anc. œuvres, t. I, p. 213, dans POUGENS
  13. 13En termes de marin, temps court, temps qui ne permet pas de voir au loin.

Remarque

1. Dans le XVIIe siècle, les grammairiens ont discuté la question de savoir si une femme devait dire : je suis demeurée courte ou court. Marguerite Buffet voulait que courte fût ici un adjectif et s'accordât. Vaugelas, Chifflet, Th. Corneille ont décidé que court était adverbe et invariable ; et tel est l'usage aujourd'hui. Une femme dit : je suis demeurée court. L'interprétation de cette locution est : demeurer dans le court, sans aller jusqu'au bout. 2. Une femme doit-elle dire : je suis courte d'argent. Les mêmes grammairiens se sont partagés, Marguerite Buffet voulant qu'une femme dît : je suis courte ; et les autres : je suis court. L'Académie en fait, dans cet emploi, non un adverbe, mais un adjectif ; et la construction grammaticale ne paraît pas permettre ici un adverbe. 3. Être court d'argent, et non être à court d'argent, qui est une locution fautive, puisque rien n'y justifie la préposition à.

Proverbes

On dit d'un homme peu dévot, qu'il fait courte messe et long dîner. Courte prière pénètre les cieux, ce n'est pas la longueur, c'est la ferveur de la prière qui en fait l'efficacité. Les plus courtes folies sont les meilleures, il convient de se retirer le plus tôt possible d'une mauvaise affaire où l'on est engagé. Le chemin le plus long est quelquefois le plus court, c'est-à-dire, en se détournant de la route directe on évite parfois des obstacles et on arrive plus vite au but. À vaillant homme courte épée, un homme courageux n'a pas besoin d'être bien armé, un homme habile n'a pas besoin d'être bien outillé.

Étymologie

Bourguig. cor ; provenç. cort ; espagn. corto ; portug. curto ; ital. corto ; du latin curtus ; sansc. krita, couper.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander