Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

couvert dans le Littré

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1couvert, erte part. passé (kou-vêr, vèr-t')

  1. 1Garni, muni de quelque chose qui couvre. Maison couverte en tuile.

    • Clos et couvert, logé dans une maison qui est bien close et qui a bonne toiture. Le propriétaire doit tenir son locataire clos et couvert.

    • Fig. Se tenir clos et couvert, se tenir en lieu de sûreté.

    • Terme de marine. Batterie couverte, batterie de bouches à feu renfermée entre deux ponts.

    • Ailes couvertes, ailes des insectes qui sont tout à fait cachées sous les élytres.

    • Terme de botanique. Fruit couvert, fruit que le calice, persistant autour de l'ovaire, et se fermant vers le sommet, enveloppe en entier.

    • Fig. Servir quelqu'un à plats couverts, ne lui confier un secret qu'en partie, et aussi lui rendre de mauvais offices secrètement.

  2. 2Vêtu. Il n'était couvert que de simple serge. Un homme bien couvert.

    • D'après de Caillières, 1690, dire un homme bien couvert, était une façon de parler du dernier bourgeois.

    • Qui a son chapeau sur la tête.

      • Le chancelier Guy de Rochefort était assis et couvert Voltaire, Mœurs, 110
    • Terme de musique. Couvert, mot qui indique qu'on doit couvrir d'un drap les timbales afin d'en amortir le son.

  3. 3Mots couverts, paroles qui cachent un sens différent de celui qu'elles expriment.

    • C'est me conseiller de mourir, en paroles couvertes Mme de Sévigné, 219
    • Mots couverts, paroles honnêtes qui en font entendre d'obscènes.

  4. 4Allée couverte, allée taillée en berceau.

    • Pays couvert, pays très boisé.

  5. 5Chargé, plein de. Une table couverte de mets. Pays couvert de bois.

  6. 6Protégé, défendu.

    • Terme d'art militaire. Cette porte est couverte par une demi-lune. Chemin couvert, chemin sur le bord extérieur du fossé et où l'assiégé est à l'abri du feu des assiégeants.

  7. 7Caché.

    • Terme de musique. Quinte, octave couverte, synonyme de quinte, octave cachée.

  8. 8Dissimulé. C'est un homme couvert.

    • Se tenir couvert, cacher ses pensées, ses projets.

      • Il [Monsieur] se tint couvert au dernier point au sujet des trois ministres Retz, Mém. liv. III, p. 464, dans POUGENS
    • On dit dans le même sens : clos et couvert.

  9. 9Vin couvert, vin d'une couleur rouge foncée.

    • Il y pleut [dans l'île des Plaisirs] du vin couvert quand le temps est chargé, et, dans les plus beaux jours, la rosée du matin est toujours du vin blanc Fénelon, XIX, 38
  10. 10Drap couvert, drap qui n'a pas été tondu d'assez près.

2couvert s. m. (kou-vêr ; le t ne se lie pas ; un couvêr épais ; au pluriel, l's ne se lie pas : des cou-vêr épais ; cependant plusieurs lient : des kou-vêr-z épais)

  1. 1Logis où l'on est couvert des intempéries.

    • Qu'en peu de jours il eut au fond de l'ermitageLe vivre et le couvert : que faut-il davantage ? La Fontaine, Fab. VII, 3
    • Des hommes ayant souvent à peine le couvert et la pâture Voltaire, Mœurs, 144
    • On donne le couvert à des passants embarrassés de leur gîte J.-J. Rousseau, Ém. V
    • La solitude a préparé à l'oiseau le vivre et le couvert Chateaubriand, Génie, I, V, 7
    • À Dieu ne plaise, dit le lévite, que je loge chez un peuple infidèle, et qu'un Cananéen donne le couvert à un ministre du Seigneur J.-J. Rousseau, Lév. d'Éphr. ch. II
    • Terme de blason. Château ou tour avec un comble.

  2. 2Terme de fortification. Ouvrage défendu par un autre.

    • Glacis qui sert de parapet au grand chemin des rondes.

  3. 3Ombrage que donne un massif d'arbres. Ce jeune bois donne un beau couvert.

    • Ces boutures de peupliers et des épines qui, après avoir pris racine, ont fait un peu de couvert BUFFON, Exp. sur les végét. 2e mém.
  4. 4Sous le couvert, avec une enveloppe qui porte l'adresse d'un tiers.

    • Je supplie V. A. R. d'adresser les ordres sous le couvert de M. du Breuil Voltaire, Lett. Prusse, 12
    • On m'a déjà adressé quelques volumes sous le couvert du général Miollis Paul-Louis Courier, Lett. II, 16
    • Fig. Sous le couvert de l'amitié, en prenant les dehors de l'amitié. Sous le couvert des formes judiciaires, en usant loyalement ou déloyalement des formes qu'imposent les lois.

  5. 5À couvert, loc. adv.

    • Les troupeaux ne pouvaient trouver d'étables pour être mis à couvert Fénelon, Tél. I
    • Fig.

      • Ma fourbe est à couvert, l'autre a tout avoué MAIR., Soliman, III, 9
      • Il n'est pas de ces rois qui, loin du bruit des armes, Sous des lambris dorés donnent ordre aux alarmes, Et, traçant en repos d'ambitieux projets, Prodiguent à couvert le sang de leurs sujets Corneille, Victoires du roi.
      • Mettre à couvert son honneur La Fontaine, Contr.
      • Pour savoir, dites-vous, si Jansénius est à couvert, il faut savoir s'il défend la grâce efficace à la manière de Calvin Pascal, Prov. 18
      • Afin de vous mettre par là à couvert du côté des juges Pascal, ib. 13
      • Voilà tout ce qu'on peut souhaiter pour mettre l'honneur à couvert Pascal, ib. 7
      • Cette définition vous met fort à couvert Mme de Sévigné, 442
      • Pour mettre la conscience à couvert Bossuet, Var. 7
      • On mettait à couvert la faiblesse et l'innocence Massillon, Prière, 2
    • Mettre son bien, sa fortune à couvert, les garantir contre les dangers de les perdre, contre des répétitions qui pourraient les compromettre. Voyant ses affaires embarrassées, il a mis la dot de sa femme à couvert.

      • On leur permet de mettre une partie de leur bien à couvert Pascal, Prov. 8
      • Mazarin prit ses mesures pour mettre à couvert ses richesses Voltaire, Louis XIV, 6
    • Terme de commerce. Être à couvert, avoir des garanties sûres pour les avances faites à quelqu'un.

  6. 6À couvert de, loc. prépos. Dans une situation où l'on est couvert, et défendu contre quelque chose. Être à couvert du canon.

Synonymes

À COUVERT, à L'ABRI. À l'abri ajoute une idée de protection qui n'est pas dans la locution à couvert. Celui qui est à couvert est simplement couvert ; celui qui est à l'abri est protégé, défendu, garanti.

Étymologie

Couvert 1 ; provenç. cubert ; portug. coberta ; ital. coperto.

3couvert s. m. (kou-vêr ; le t ne se lie pas ; un couvert élégant ; dites : un kou-vêr élégant ; au pluriel, l's ne se lie pas : des kou-vêr élégants ; cependant plusieurs lient : des kou-vêr-z élégants)

  1. 1Ce dont on couvre une table, nappe, assiettes, cuillers, fourchettes, etc. avant de servir les mets.

  2. 2L'assiette, la serviette, la cuiller, la fourchette, le couteau et le verre de chaque convive. Mettez un couvert pour Monsieur.

    • Il y avait dans un coin cinq ou six couverts où se mettaient tantôt les unes [des princesses] tantôt les autres, mais qui n'étaient tenus par personne Saint-Simon, 32, 121
    • Alexandre dressa pour le festin une tente qui contenait cent tables, où par conséquent il pouvait y avoir neuf cents couverts Rollin, Hist. anc. Œuvres, t. VI, p. 191, dans POUGENS
    • On lui apporta un couvert ; il se jeta d'abord sur l'omelette avec tant d'avidité qu'il semblait n'avoir mangé de trois jours Lesage, Gil Blas, I, 2
    • Avoir toujours son couvert mis chez quelqu'un, être certain qu'on y sera toujours reçu à dîner.

  3. 3La cuiller et la fourchette réunies. Une douzaine de couverts d'argent à filet.

  4. 4Étui garni d'un couvert et du couteau. Couvert de vermeil. Il porte toujours son couvert en voyage.

Étymologie

Couvert 1 ; bourguig. couvar. Mettre le couvert se disait ainsi parce que, aux tables des rois et des princes, les plats, hanaps, salières avaient un couvercle, sorte de garantie extérieure contre l'empoisonnement ; de là couvert a pris le sens des assiettes, fourchette, cuiller, couteau, qu'on met devant un convive, et plus particulièrement encore, de la fourchette et de la cuiller.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander