1crainte s. f. (krin-t')
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1Sentiment par lequel on craint.
Ôter de crainte
Voiture, Lett. 9C'est par là que l'on tient ses voisins en contrainte, Ses peuples en repos, ses ennemis en crainte
Corneille, Nicom. III, 2- S'ils vous tiennent ici, tout est pour eux sans crainte Corneille, ib. I, 1
- Comme si notre Rome eût fait toutes vos craintes Corneille, Hor. I, 1
- J'ai crainte ici dessous de quelque manigance Molière, l'Étour. I, 4
L'homme qui est toujours en crainte
Pascal, dans COUSINLes barbares furent tenus en crainte par ses armes
Bossuet, Hist. I, 10- Cet animal est triste, et la crainte le ronge La Fontaine, Fabl. II, 14
- Cette crainte mauditeM'empêche de dormir sinon les yeux ouverts La Fontaine, ib.
....Fi du plaisir Que la crainte peut corrompre
La Fontaine, ib. I, 9- La crainte est aux enfants la première leçon La Fontaine, Oies.
La crainte est nécessaire quand l'amour manque ; mais il la faut toujours employer à regret, comme les remèdes les plus violents et les plus dangereux
Fénelon, Tél. XXIVUne âme menée par la crainte en est toujours plus faible
Fénelon, Éduc. des filles, ch. 5- Qu'ils pleurent, ô mon Dieu, qu'ils frémissent de crainte,Ces malheureux qui de ta cité sainteNe verront point l'éternelle splendeur Racine, Athal. II, 9
- Que de craintes, mes sœurs, que de troubles mortels ! Racine, ib. III, 8
Le respect et la crainte Ferment autour de moi le passage à la plainte
Racine, Bérén. II, 2- Je crains Dieu, cher Abner, et n'ai point d'autre crainte Racine, Athal. I, 1
- Jamais crainte ne fut plus juste que la vôtre Racine, Phèd. III, 3
Le tyran [Pluton] qui tient en crainte les vivants et les morts
Fénelon, Tél. XVIII- Comme il était sans crainte, il était sans défenses Voltaire, Œdipe, IV, 1
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2Sentiment de crainte respectueuse. La crainte de Dieu. Crainte filiale.
Celui-ci avait la crainte des dieux
Fénelon, Tél. XIILa bonne crainte vient de la foi : la fausse crainte vient du doute
Pascal, Pensées, part. II, art. 17[ô Dieu] rendez-le heureux, en lui conservant votre crainte, qui seule fait le bonheur des peuples et des rois
Massillon, Petit car. Malheur des grands.
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Terme de droit. Crainte révérencielle, synonyme de crainte filiale ou respectueuse. Crainte servile, celle qui naît de la seule appréhension du châtiment. Crainte grave, celle qui est capable d'ébranler même une âme forte, comme la crainte de la mort. Une crainte grave suffit pour annuler un contrat. On dit par opposition : crainte légère
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3Sentiment d'un respect mal placé.
Cette disposition renferme premièrement un mépris de Dieu qui la rend très criminelle, secondement une crainte du monde qui la rend très insensée
Massillon, Carême, Resp. hum.Rappelé d'un côté par la voix de Dieu, de l'autre retenu par la crainte des hommes
Massillon, ib.
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4Dans la crainte de, avec l'infinitif, ou dans la crainte que, avec le subjonctif et la particule ne. Dans la crainte de tomber. Dans la crainte que l'orage ne survienne.
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C'est une licence de ne pas mettre ne.
Le maréchal de Boufflers attaqua deux heures avant l'arrivée de son infanterie, dans la crainte que les ennemis se retirassent
Saint-Simon, 119, 51
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5De crainte de, avec l'infinitif.
- Quoique ce soit un bien que l'un et l'autre attende,De crainte de le perdre, aucun ne le demande Corneille, Rodog. II, 2
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De crainte que, avec le subjonctif et la particule ne, en craignant que. De crainte que l'on ne vous trompe. De crainte que l'heure ne fût passée.
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C'est une licence de ne pas mettre ne.
Anaxagoras abandonna tout ce qu'il avait, de crainte que le soin de ses propres intérêts le détournât de l'étude
Fénelon, Anaxagoras.
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Elliptiquement, crainte de.
- Il n'a, crainte du chaud, que l'air pour couverture Régnier, Sat. XI
- Crainte pourtant de sinistre aventure,Allons chez nous achever l'entretien Molière, Amph. I, 2
Le peuple est désespéré entre la nécessité de payer, de peur des exactions, et le danger de payer, crainte des surcharges
Montesquieu, Esp. XIII, 18
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Crainte de, pris ainsi adverbialement, se dit des choses et jamais des personnes : Il a fait cela crainte de pis ; on ne dirait pas : Il a fait cela crainte de vous. Cette locution s'emploie avec un substantif pour complément, plutôt qu'avec un infinitif ; cependant on trouve cet exemple-ci de l'infinitif dans J. J. Rousseau, exemple qui pourrait être imité : On n'osait interroger personne, crainte d'apprendre plus qu'on ne voulait savoir, Hél. VI, 11. Elle ne s'emploie pas avec que : De crainte qu'on ne nous dérange, et non : Crainte qu'on ne nous dérange.
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5On trouve un exemple de crainte que, dans Mme de Sévigné.
Toutes les bonnes têtes la voudraient, cette suspension, crainte que vous ne soyez trompés
Mme de Sévigné, 4 nov. 1673
Synonymes
APPRÉHENSION, CRAINTE, PEUR. L'appréhension est une vue de l'esprit qui aperçoit un péril comme possible. La crainte est une émotion du cœur à la vue du péril. La peur est, en face du péril, la perte du courage et de la puissance de résister.
Étymologie
Craint ; wallon, crimeûre. L'ancien français crieme, craime vient directement de l'ancien verbe cremir.