1creux, creuse adj. (kreû, kreû-z')
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1Qui a une cavité intérieure. Une roche creuse.
- L'aigle avait ses petits au haut d'un arbre creux,La laie au pied, la chatte entre les deux La Fontaine, Fabl. III, 6
Théodoret dit que Théophile, évêque d'Alexandrie, fit voir à ceux de cette ville les statues creuses où les prêtres entraient par des chemins cachés pour y rendre les oracles
Fontenelle, Oracles, I, 16
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On dit d'un repas insuffisant, qu'il n'y en a pas pour la dent creuse de quelqu'un ; et fig. il n'y a pas de quoi le satisfaire.
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2Profond. La rivière est fort creuse à cet endroit. Fossé, chemin creux.
Il représentait les forêts sombres qui couvrent les montagnes et les creux vallons
Fénelon, Tél. II
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Assiettes creuses, assiettes plus profondes que les autres, et dans lesquelles on sert d'ordinaire la soupe.
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Terme de marine. Mer creuse, se dit de la mer quand il s'y forme des lames considérables.
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3Amaigri, cave. Avoir les joues creuses.
Ses yeux creux et austères se changent en des yeux bleus d'une douceur céleste et pleins d'une flamme divine
Fénelon, Tél. XXIV
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4Vide. Avoir le ventre creux, n'avoir pas mangé depuis longtemps.
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Terme de chasse. Trouver buisson creux, ne pas trouver le gibier où on espérait le trouver ; et fig. ne pas trouver la personne ou la chose qu'on était allé trouver.
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Drap creux, drap d'un tissu trop lâche, mal fabriqué.
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Terme de jeu. Jeu creux, jeu de cartes incomplet.
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5Viande creuse, viande peu substantielle, mets qui nourrit peu. Les écrevisses sont viandes creuses.
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Fig. Divertissement qu'on propose à une personne qui a besoin de manger.
La musique est une viande bien creuse pour un homme affamé
Dict. de l'Académie
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Se repaître de viandes creuses, s'infatuer d'idées chimériques, d'espérances folles.
- Ma foi, si vous songez à nourrir votre esprit,C'est de viande bien creuse, à ce que chacun dit Molière, Femm. sav. II, 7
- Oser lui préférer de légères douceurs,C'est d'une viande creuse aisément se repaître Fontenelle, Poésies div. Œuvres, t. X, p. 387, dans POUGENS
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6Vain, vide, chimérique.
Que le cœur de l'homme est creux et plein d'ordures
Pascal, dans COUSINNe me plaignez que de n'avoir point ma chère fille, qui me fait une si charmante et si aimable occupation et sans laquelle ma vie est toute creuse
Mme de Sévigné, 478Au lieu d'un bien solide et effectif, ils n'ont embrassé que l'image creuse d'une vertu fantastique
Pascal, Pensées, part. II, art. 1J'ai honte de discourir si longtemps sur des visions plus creuses que celles des malades
Bossuet, Var. XIII, § 43Des spéculations creuses
Fléchier, Serm. I, 275Des philosophes voudraient ébranler cette vérité [le libre arbitre] par de creuses spéculations
Fénelon, Exist. 63À Dieu ne plaise que j'autorise une vaine crédulité pour de creuses visions
Fénelon, XVII, 255Vous êtes insupportable, dit-elle, de me pousser à bout avec un raisonnement aussi creux que celui-là
Fontenelle, Mondes, 2e soir.Comment donc, point de nature et tout est art ? quelle idée creuse !
Voltaire, Dial. XXIX.Des idées creuses, soi-disant profondes, revêtues d'un style de rhéteur ou d'écolier, qu'on appelle de l'éloquence et quelquefois du sublime
D'Alembert, Éloges, Marivaux.
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Une tête creuse, un esprit creux, un homme qui a peu de bon sens.
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7Adverbialement. Sonner creux, se dit du son que rendent les corps creux et vides quand on les frappe. Ce tonneau vidé sonne creux.
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Songer creux, se laisser aller à de vaines rêveries, poursuivre en idée des chimères.
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Songe-creux, voy. ce mot à son ordre alphabétique.
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8Creux s'est dit d'une imperfection dans le tissage des draps.
... Ni aussi mêler ensemble les laines de différentes qualités, attendu que, les unes foulant moins que les autres, tel mélange rend le drap creux et imparfait en sa fabrique
Règlement sur les manufactures, art. 41, août 1669... Ce qui rend la marchandise creuse et ouverte
Procès verbal de police d'Amiens, 16 janvier 1671
Étymologie
Bourguig. crô ; Berry, cros, crot ; saintongeois, creut ; provenç. crus ; bas-lat. crosum et crotum. Diez propose, dubitativement il est vrai, corrosus, rongé et, par suite, creusé. Mais, en prenant les formes dans leur ensemble, qui ont une s ou un t, il semble qu'il faut, pour étymologie, un mot qui permette à la fois ces deux lettres ; or on a le latin crypta, grotte (voy. GROTTE), qui a donné à la fois le provençal crosa et crota. Ici la dérivation de crypta est indubitable, et rien n'empêche de l'étendre à creux.