Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

crier dans le Littré

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crier v. n. (kri é)

  1. 1Faire un ou plusieurs cris. Écoutez, l'enfant crie. Le chien battu criait. Les canards s'ébattent dans cette mare et crient.

    • Fig. Plumer ou tuer la poule sans la faire crier, exiger sans bruit et sans éclat des choses qui ne sont pas dues, rapiner tacitement.

    • Familièrement. Il crie comme si on l'écorchait, ou comme un aveugle qui a perdu son bâton, il pousse de grands cris.

    • Crier comme un perdu, comme un fou, comme un enragé, comme un beau diable, expressions familières qui signifient crier très fort.

    • Crier à pleine tête, à tue-tête, du haut de sa tête, crier de toute sa force.

    • Terme de chasse. Quand les chiens chassent, on ne dit pas les chiens aboient, mais les chiens crient.

  2. 2Parler fort haut ou trop haut. Il est tellement sourd qu'il faut crier pour se faire entendre. Il ne saurait discuter sans crier. Cette femme-là ne chante pas, elle crie.

    • Discuter avec aigreur. C'était à qui crierait le plus haut, le plus fort.

  3. 3Dire en criant.

  4. 4Prononcer un ou plusieurs mots en criant.

  5. 5Intercéder.

    • Tous les trésors du ciel vont se répandre sur la terre ; la voix du sang de Jésus-Christ crie pour vous Massillon, Car. Motif de conv.
    • Faire appel aux sentiments.

      • Le sang de nos rois crie et n'est point écouté Racine, Athal. I, 1
      • Que je découvre ce corps pâle et sanglant auprès duquel fume encore la foudre qui l'a frappé ; que je fasse crier son sang comme celui d'Abel, et que j'expose à vos yeux les tristes images de la religion et de la patrie éplorée Fléchier, Turenne.
    • Être criant.

      • Malgré les cris de cette noblesse, malgré l'abus qui criait de lui-même Montesquieu, Esp. XXVIII, 18
      • Je ne vous ferai sur cela aucun commentaire, la chose crie ; vous en serez révolté Paul-Louis Courier, I, 109
  6. 6Répéter de tous côtés.

    • On criait de tous côtés que la république était rétablie VERTOT, Révol. rom. liv. XIV, p. 316
  7. 7Réprimander d'une manière aigre et bruyante. Il ne fait que crier. Elle a bien crié après lui.

  8. 8Faire entendre hautement le blâme, la plainte. Tout le monde crie de cela, crie contre ce ministre.

  9. 9Crier vers Dieu, élever la voix vers Dieu, l'implorer.

    • À qui crierai-je, Seigneur, si ce n'est à vous ? Pascal, Prière.
    • Grand Dieu, vous refuserez-vous à la brebis qui revient ? Le sang de l'agneau qui crie vers vous et qui coule sur l'autel, ne se fera-t-il pas entendre ? Massillon, Or. fun. Conti.
  10. 10Crier à, crier contre. Crier à l'injustice, à l'oppression.

    • S'il défend avec courage la souveraine puissance dont il est revêtu, on crie au tyran VERTOT, Révol. rom. liv. III, p. 252
    • Sans s'exposer à nous faire crier au blasphème J.-J. Rousseau, Ém. IV
    • Jusqu'à ce qu'on en ait la preuve, ses confrères de l'Académie et du clergé ne sont-ils pas en droit de crier au mensonge ? D'Alembert, Apolog. de Clermont Tonn.
    • Les bigots, par rancune, Au sorcier criaient tous Béranger, Ménétr. de Meudon.
  11. 11Proférer un cri de ralliement, une acclamation.

    • Les Français criaient autrefois Montjoie ! On cria vivat ! Du haut de nos remparts j'ai vu descendre en larmes Le peuple qui courait et qui criait aux armes Racine, Théb. V, 2
  12. 12Produire un bruit strident. Cette porte crie.

    • Ses boyaux lui crient, se dit du bruit que font les entrailles.

  13. 13Publier à cri, annoncer au nom de l'autorité. On a crié à son de trompe que chacun balayât le devant de sa porte.

  14. Impersonnellement et au passif. Il fut crié de par le maire que....

    • 14V. a. Crier les hauts cris, jeter de grands cris.

      • Je le trouvai criant les hauts cris Mme de Sévigné, 32
      • Mme de Brissac de crier les hauts cris Mme de Sévigné, 117
    • 15Dire une chose hautement, proclamer. Il ira crier cela partout.

      • Qu'est-ce donc que nous crie cette avidité et cette impuissance ? Pascal, dans COUSIN
    • 16Crier un objet perdu, annoncer qu'un objet a été perdu, afin qu'il soit rapporté. Crier une marchandise, annoncer le prix auquel elle se vend. On a crié du vin à quinze sous Crier des meubles, les mettre à l'enchère. Crier des pommes, de la salade, les vendre dans les rues en les annonçant par le cri Crier un bulletin, une ordonnance, la vendre dans les rues, en l'annonçant par un cri.

      • Je me contentais d'entendre ici, toutes les semaines, crier votre nom et vos victoires et de pouvoir apprendre de vos nouvelles en les achetant Voiture, Lett. 82
      • Autrefois, crier à son de trompe, crier à ban, crier à trois briefs jours, citer un criminel à comparaître dans un temps donné. Il fut crié à son de trompe.

    • 17Crier quelqu'un, le gronder.

      • Cette locution a vieilli ; mais elle reste en usage dans plusieurs provinces, particulièrement en Normandie.

    • 18Se crier, v. réfl. Être crié. Les marchandises qui se crient sur la voie publique.

Proverbes

On a tant crié Noël qu'à la fin il est venu, se dit d'une chose très désirée et qui s'accomplit à la fin. Il est comme les anguilles de Melun, il crie avant qu'on l'écorche, il se plaint d'avance par peur et sans cause (voy. ANGUILLE).

Étymologie

Berry, querier ; provenç. et anc. espagn. cridar ; espagn. mod. et portug. gritar ; ital. gridare ; angl. to cry. On a indiqué l'allemand kryten, crier ; goth. grêtan, pleurer (sens que to cry a en anglais) ; et le celtique : cornw. ys-gre, du simple cre, cri. Mais Diez le rattache à l'ancienne étymologie latine quĭrītare, appeler les quirites, les citoyens à son secours ; l'i bref a facilement disparu, comme dans St Cricq de Quiricus, dans triacle de theriaca ; il est resté kritare, qui a donné sans peine crier, cridar, gritare. Les formes parallèles dans les autres langues empêchent de rapporter cri ou crier à une onomatopée.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander