croire v. a. (kroi-r' ; en 1703, la prononciation indiquée est crere, sur le théâtre on disait je croa et non pas je cres ; plusieurs prononcent crere, dit Chifflet, Gramm. p. 201 ; je crais, dit Vaugelas ; la prononciation longtemps incertaine, comme on voit, est maintenant fixée)
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1V. a. Être persuadé qu'une chose est vraie, est réelle.
Un Turc, un hérétique qui ne croit ni ciel, ni saint, ni Dieu, ni loup-garou
Molière, D. Juan, I, 1Mais encore faut-il croire quelque chose dans le monde ; qu'est-ce que vous croyez ?
Molière, ib. III, 1La promptitude à croire le mal sans l'avoir assez examiné est un effet de l'orgueil et de la paresse
LAROCHEF., Max. 267Incrédules les plus crédules, ils croient les miracles de Vespasien pour ne pas croire ceux de Moïse
Pascal, Pens. Part. II, art. 17Vous ne pouviez plus mal choisir que d'accuser le Port-Royal de ne pas croire l'Eucharistie
Pascal, Prov. 16Il ne croit donc pas le sacrifice de la messe
Pascal, ib.Le pape entreprend donc sur nos libertés dans cette bulle où il veut nous obliger de croire ses décisions
Pascal, ib. 19Quand les pères ont condamné Eutychès, parce qu'il ne croyait qu'une nature en Jésus-Christ, a-t-il dit que non et qu'il en croyait deux ?
Pascal, Lett. de Nicole au P. Annat.En montrant la vérité, on la fait croire
Pascal, dans COUSINC'est un aveuglement de vivre mal en croyant Dieu
Pascal, ib.Que dirai-je de ceux qui croyaient la transmigration des âmes ?
Bossuet, Hist. II, 6Tels sont les prodiges qu'il faut croire quand on ne veut pas croire les miracles du Tout-puissant ?
Bossuet, ib. II, 13Au troisième jour il ressuscite, il paraît aux siens qui l'avaient abandonné et qui s'obstinaient à ne pas croire sa résurrection
Bossuet, ib. II, 6Ces hommes délicats qui ne croient pas la vérité de Jésus-Christ et de la parole
Fléchier, Serm. I, 69Les uns croient la Providence, les autres la nient
Fénelon, Pyrrh.Ce qu'il croyait il le voyait, au lieu que les autres croient ce qu'ils voient
Fontenelle, Carré.Le gouverneur ne savait que croire des dieux, il était obsédé d'Épicuriens
Fontenelle, Oracles, ch. 14Il a recours au Dieu de ses pères ; il redoute ses jugements qu'il faisait semblant de ne pas croire
Massillon, Car. Doutes sur la relig.Nous nous laissons mollement entraîner au cours fatal que nous emporte sur le préjugé général que nous ne croyons rien
Massillon, ib.Vous tremblez sur un avenir que vous vous étiez vanté de ne pas croire
Massillon, ib. Vérit. de la relig.Ceux de Formose croient une espèce d'enfer
Montesquieu, Espr. XXIV, 11Ces auteurs, me repartit-il, n'ont pas cherché dans l'Écriture ce qu'il faut croire, mais ce qu'ils croient eux-mêmes
Montesquieu, Lett. pers. 134Si quelque chose justifie ceux qui croient une fatalité à laquelle rien ne peut se soustraire....
Voltaire, Louis XIV, 25- Vous croyez tous les maux que votre âme redoute Voltaire, Mérope, I, 2
Si ces philosophes croient l'existence de Dieu et l'immortalité de l'âme
J.-J. Rousseau, Hél. III, 18
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Croire une chose comme l'Évangile, comme un article de foi, la croire fermement.
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Croire tout comme article de foi, être extrêmement crédule.
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Familièrement. J'aime mieux le croire que d'y aller voir, se dit de choses qu'on dédaigne de vérifier, ou qu'on n'a pas le temps ou le moyen de vérifier.
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Si vous ne le croyez pas, allez-y voir, se dit à une personne qui doute.
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Terme de pratique. Croire un titre, le recevoir pour preuve.
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Faire croire une chose, la persuader. Nous serions coupables de faire croire une fausseté.
- Je fis croire et je crus ma victoire certaine Racine, Andr. I, 1
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Se faire croire, obtenir créance. Ce voyageur raconte de telles choses, qu'il a beaucoup de peine à se faire croire.
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Se faire croire une chose, se la persuader à soi-même.
L'homme est ainsi fait qu'à force de lui dire qu'il est un sot, il le croit ; et, à force de se le dire à soi-même, on se le fait croire
Pascal, Pensées, art. XXIV, 38, éd. Lahure, 1860
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2Ajouter foi à, obéir à, suivre l'avis. Croyez-vous cet homme-là ? Il ne croit pas les médecins. Je vous crois. Croyez-moi, ne faites point cela.
- Il croit cette âme basse et se montre sans foi ;Mais, s'il croyait la sienne, il agirait en roi Corneille, Pomp. II, 1
- Ah ! ah ! qui des deux croire ?Ce discours au premier est fort contradictoire Molière, l'Étour. I, 4
Les sages le prévirent ; mais les sages sont-ils crus en ces temps d'emportement, et ne se rit-on pas de leurs prophéties ?
Bossuet, Reine d'Anglet.Un honnête homme qui dit oui et non mérite d'être cru ; son caractère jure pour lui, donne créance à ses paroles et lui attire toute sorte de confiance
La Bruyère, V- Non, ou vous me croirez, ou bien de ce malheurMa mort m'épargnera la vue et la douleur Racine, Brit. IV, 3
- Oui, monsieur, je vous crois, comme mon propre père Racine, Plaid. I, 7
Qui l'aurait crue [la maréchale de Clérambault], on eût fait son repas sans quitter les cartes
Saint-Simon, 104, 116- Souffle sur ton amour, ami, si tu me crois André Chénier, 159
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Par extension.
J'ai failli, je l'avoue, et mon cœur imprudent A trop cru les transports d'un désir trop ardent
Corneille, Nic. II, 2- Et croire la pitié qui me pourrait surprendre Rotrou, Bélis. IV, 8
- Et de mille remords son esprit combattuCroit tantôt son amour et tantôt sa vertu Racine, Andr. V, 2
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S. m. Le croire, l'action d'ajouter foi.
Jamais on ne toucha mieux le naturel de la croyance en matières de choses humaines que quand on a dit que le croire est une courtoisie ; car, comme c'est une courtoisie de croire à un homme d'honneur, aussi est-ce une incivilité bien rustique de démentir de braves et fidèles écrivains
GARASSE, Rech. des recherches, p. 806, dans LACURNE
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3En croire, locution dans laquelle en, signifiant proprement sur cela, est devenu explétif.
- Ne vous alarmez pas, elle ne m'en croit pas Corneille, Perthar. I, 4
Je n'en serai point cru à mon serment, et l'on dira que je rêve
Molière, Georg. Dand. II, 8Les enfants n'en veulent plus croire leurs grands-pères
Bossuet, Hist. II, 2De cette sorte, saint Jean-Baptiste, qu'on jugea digne d'être le Christ, n'en fut pas cru quand il montra le Christ véritable
Bossuet, ib. II, 10On aimera mieux qu'un faussaire soit prophète qu'Isaïe, ou que Jérémie, ou que Daniel ; ou bien chaque siècle aura porté un faussaire heureux que tout le peuple en aura cru
Bossuet, ib. II, 13- M'en croirez-vous ? Lassé de ses trompeurs attraits,Au lieu de l'enlever, fuyez-la pour jamais Racine, Andr. III, 1
- Ah ! fallait-il en croire une amante insensée ?Ne devais-tu pas lire au fond de ma pensée ? Racine, ib. V, 3
- Quelle faiblesse à moi d'en croire un furieux ? Racine, Mithr. III, 4
- Je m'en fie à Burrhus ; j'en crois même son maître Racine, Brit V, 1
- Là, si vous m'en croyez, d'un amour éternelNous irons confirmer le serment solennel Racine, Phèd V, 1
- Ah ! si vous m'en croyez, ne m'interrogez pas Voltaire, Œdipe, III, 4
- J'obéis sans rien craindre et j'en crois les oracles Voltaire, Sémiram. V, 4
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À l'en croire, s'il faut l'en croire, locutions qui expriment le doute. À l'en croire, tout est perdu.
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Par extension.
- En croirez-vous cette lettre ?S'il en croit votre ardeur, je suis sûr du trépas ;Mais peut-être, madame, il ne l'en croira pas Corneille, Sertor. V, 4
- Et vous n'en croirez pas toute cette colère Corneille, Toison, IV, 3
- En crois-tu mes soupirs ? en croiras-tu mes larmes ? Corneille, Héracl. V, 3
J'en ai cru le hasard
Rotrou, Bélis. II, 10Si j'en crois leurs alarmes
Racine, Andr. I, 4- Que n'en croyais-je alors ma tendresse alarmée ? Racine, Iphig. I, 1
- Que si j'en crois ma gloire, il y faut renoncer Racine, ib. II, 7
- En croirez-vous toujours un farouche scrupule ? Racine, Phèd. I, 1
- Je connais mal peut-être une loi si nouvelle,Mais j'en crois ma vertu qui parle aussi haut qu'elle Voltaire, Alz. III 5
- Et j'en croyais trop tôt un déplaisir mortel Voltaire, Zaïre, IV, 7
Ciel ! que vois-je ! en croirai-je ma vue ?
Voltaire, Triumv. II, 4- N'en croyez pas, madame, un orgueil téméraire Voltaire, Mérope, I, 3
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En faire croire, dire des mensonges, tromper la crédulité.
- À qui vous veut ouïr, vous en faites bien croire Corneille, Ment. I, 6
- Il en ferait bien croire à des esprits mal faits Quinault, la Comédie sans comédie, II, 5
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4Penser, présumer, s'imaginer. Que va-t-on croire de moi ? Vous ne sauriez croire combien cela me contrarie. Il a cru bien faire. Trop croire de, avoir une trop haute opinion de.
Je vous pardonne d'avoir cru sur la foi du P. Bauny qu'Aristote ait été de ce sentiment
Pascal, Prov. 4Si on leur fait entendre que vous croyez pouvoir faire votre salut en calomniant vos ennemis
Pascal, Prov. 15Je ne crois pas que j'en pusse sortir, si on y recevait de vos nouvelles
Mme de Sévigné, 164- Mais c'est un jeune fou qui se croit tout permisEt qui pour un bon mot va perdre vingt amis Boileau, Sat. IX
Un homme ne veut point croire qu'il soit orgueilleux, ni lâche, ni paresseux, il veut croire qu'il a raison
Bossuet, Connais. I, 16Elle croyait servir l'État, elle croyait assurer au roi des serviteurs en conservant à Dieu des fidèles
Bossuet, Reine d'Anglet.Assiége-t-il quelque place, il invente tous les jours de nouveaux moyens d'en avancer la conquête ; on croit qu'il expose les troupes ; il les ménage en abrégeant le temps des périls par la vigueur des attaques
Bossuet, Louis de Bourbon.Augustin crut que la pénitence n'avait rien qui déshonorât le sacerdoce
Fléchier, Panég. I, p. 260- Vous croyez qu'un amant vienne vous insulter ?Il vous rapporte un cœur qu'il n'a pu vous ôter Racine, Andr. II, 1
- Mais cependant, seigneur, que faut-il que je croieD'un bruit qui me surprend et me comble de joie ? Racine, Iphig. I, 2
- Que croira-t-on de vous, à voir ce que vous faites ? Racine, Andr. III, 1
Les grands ne comptent le reste des hommes pour rien et ne croient être nés que pour eux-mêmes
Massillon, Pet. carême, Obstacl.Jésus-Christ souffre à notre place et les grands croient que tout doit souffrir pour eux
Massillon, ib.À voir le climat affreux de la Moscovie, on ne croirait jamais que ce fût une peine d'en être exilé
Montesquieu, Lett. pers. 50Il en est de l'esprit et du goût comme de la philosophie ; rien n'est plus rare que d'en avoir, plus impossible que d'en acquérir, et plus commun que de s'en croire beaucoup
D'Alembert, Essai sur la société des gens de lettres, Œuvres, t. III, p. 44, dans POUGENS.Rome a trop cru de moi
Corneille, Hor. II, 1- Et j'y pouvais un jour, sans trop croire de moi,Prétendre, en les servant, un honorable emploi Molière, l'Étour. V, 3
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Je crois, à ce que je crois, employés comme incise, c'est-à-dire d'après mon opinion, selon mon sentiment Vous ferez bien, je crois, de ne plus fréquenter cet homme-là. Il avait, à ce que je crois, étudié la question la matinée.
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Je crois bien, signifie en certaines circonstances déterminées par le contexte : cela n'est pas étonnant.
Il n'aime plus cette personne, je crois bien, elle n'est plus la même
Pascal, P. div. 38
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Regarder comme. On le crut fou.
Il ne faut presque rien pour être cru fier, incivil, méprisant, désobligeant ; il faut encore moins pour être estimé tout le contraire
La Bruyère, V
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Croire quelque chose à quelqu'un, croire qu'il possède cette chose. Je lui crois beaucoup d'habileté Je croyais à cet homme plus de droiture qu'il n'en a.
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5S'en rapporter à, compter sur.
- Je croirais ses conseils et je verrais Pyrrhus Racine, Andr. III, 5
- J'ai prononcé sa grâce et je crois sa promesse Racine, Baj. III, 5
- Je fus sourde à la brigue et crus la renommée Racine, Brit. IV, 2
- Un malheureux sans nom, si l'on croit l'apparence Voltaire, Mérope, II, 1
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6V. n. Ajouter foi.
- Je crois sur sa parole, et lui dois tout crédit Corneille, Sertor. II, 4
- Juste retour, monsieur, des choses d'ici-bas ;Vous ne vouliez pas croire, et l'on ne vous croit pas Molière, Tart. V, 3
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Être porté à se soumettre aux autorités supérieures, célestes.
L'esprit croit naturellement, et la volonté aime naturellement, de sorte que, faute de vrais objets, il faut qu'ils s'attachent aux faux
Pascal, Pensées, part. I, art. 10Qu'il croie par raison ou par erreur
Bossuet, Hist. II, 13- Du monde des humains inexplicable histoire !Partout c'est le besoin d'adorer et de croire Delille, Imagin. VIII
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7Avoir la foi. À la première prédication des apôtres, beaucoup crurent.
- Je vois, je sais, je crois, je suis désabusée Corneille, Poly. V, 5
Il y a trois moyens de croire : la raison, la coutume, l'inspiration
Pascal, Pensées, art. XXIV, 43, éd. Lahure, 1860Le miracle qu'elle attendait est arrivé ; elle croit, elle qui jugeait la foi impossible
Bossuet, Anne de Gonz.
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8Croire à, avoir confiance en, ajouter foi à.
Il [Attila] croyait fort aux devins, et c'était peut-être tout ce qu'il croyait
Corneille, Attila, Préf.Quoi ! vous ne croyez pas au séné, ni à la casse, ni au vin émétique ? - Et pourquoi veux-tu que j'y croie ?
Molière, le Fest. III, 1- Allez, ne croyez point à monsieur votre père Molière, Tart. II, 2
Direz-vous qu'ils la reçoivent [cette constitution] extérieurement, mais que dans leur âme ils n'y croient pas ?
Pascal, Lett. de Nic. au P. Annat.- Ô ciel ! qu'on doit peu croireAux dehors imposants des humaines vertus ! Gresset, Édouard III, II, 6
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9Croire à, être persuadé de l'existence de, de la vérité de. Il proteste de son innocence ; mais je n'y crois pas.
Comment n'eussent-ils pas cru aux oracles ? ils croyaient bien aux songes
Fontenelle, Oracl. I, 8Le mot célèbre de Fontenelle à un prince qui lui disait qu'il croyait peu à la vertu : monseigneur, il y a d'honnêtes gens, mais ils ne viennent pas vous chercher
Condorcet, Maurepas.Ainsi de nouvelles erreurs entretiennent dans des erreurs anciennes ; et on croit à toutes avec d'autant plus de confiance, qu'on croit à un plus grand nombre
CONDILLAC, Hist. anc. III, 3- Je crois à la victoire et non pas à la paix LUCE DE LANCIVAL, Hector, V, 4
- Je ne crois plus aux Dieux, je crois aux fils ingrats Casimir Delavigne, Paria, III, 4
Il est dit : croyez à l'Église ; mais il n'est pas dit : croyez aux miracles, à cause que le dernier est naturel et non pas le premier ; l'un avait besoin de précepte, non pas l'autre
Pascal, Pensées, art. XXXIII, 8, éd. Lahure, 1860
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10Croire en, être persuadé de l'existence de. Croire en Dieu.
- Attend pour croire en Dieu que la fièvre le presse Boileau, Sat.I
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Croire en soi, avoir une idée exagérée de son mérite.
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11Se croire, v. réfl. Avoir certaine opinion de soi. Cet homme se croit habile.
- Pour être plus qu'un roi, tu te crois quelque chose Corneille, Cinna, III, 4
Il n'y a que deux sortes d'hommes : les uns justes qui se croient pécheurs, les autres pécheurs qui se croient justes
Pascal, Pensées, art. XXV, 72, éd. Lahure, 1860
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Penser quelque chose au sujet de soi. Il se croyait au moment de réussir.
- Je me croirais haï d'être aimé faiblement Voltaire, Zaïre, I, 2
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Avoir confiance en soi.
- Tout est illustre en eux quand ils daignent se croire Corneille, Pomp. II, 1
Écoutez tout le monde, croyez peu de gens, gardez-vous bien de vous croire trop vous-même
Fénelon, Tél. XXIV
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Être cru. Ce qui se dit souvent finit par se croire.
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S'en croire, obéir au sentiment qu'on a.
- Mais, si je m'en croyais, je ne le verrais pas Racine, Andr. II, 1
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S'en croire beaucoup, s'en croire beaucoup trop, avoir en ses forces ou son mérite une confiance exagérée.
Remarque
1. Croire, suivi de que, dans une phrase affirmative, veut l'indicatif : Je crois que cela est. 2. Croire suivi de que, dans une phrase négative ou interrogative, veut le subjonctif : Je ne crois pas qu'il vienne. Croyez-vous qu'il le fasse ? Avez-vous cru qu'il partît si tôt ? Je ne croyais pas qu'il payât. Croyez-vous encore qu'il ait de l'habileté, après toutes les sottises qu'il a faites ? 3. Croire, dans une phrase interrogative, suivi de que, peut être suivi du futur de l'indicatif ou du conditionnel : Croyez-vous qu'il payera ses dettes ? Aviez-vous cru qu'il payerait ses dettes ? Les grammairiens se sont efforcés d'établir une différence de sens entre ces constructions et celles où l'on met le subjonctif ; croyez-vous qu'il paye ? aviez-vous cru qu'il payât ? mais toutes les différences paraissent arbitraires. 4. 5. On a dit en croire à : Cette locution n'est pas incorrecte en soi, puisqu'on dit activement en croire ; mais elle est peu usitée.
Synonymes
1. CROIRE QUELQUE CHOSE, CROIRE à QUELQUE CHOSE ; CROIRE QUELQU'UN, CROIRE à QUELQU'UN. Croire quelque chose, c'est l'estimer véritable : Je crois ce que vous me dites. Croire à quelque chose, c'est y ajouter foi, y avoir confiance, s'y fier : Je ne crois pas à l'efficacité de ce remède. Croire quelqu'un, c'est ajouter foi à ce qu'il dit : Il ne faut pas croire les menteurs. Croire à quelqu'un, c'est croire à son existence : Croire aux sorciers, c'est croire qu'il y en a ; Croire les sorciers, c'est croire ce qu'ils disent. 2. FAIRE CROIRE, FAIRE ACCROIRE., Faire croire, c'est persuader à autrui une chose que l'on croit vraie ou que l'on croit fausse. Faire accroire, c'est persuader à autrui une chose que l'on sait fausse. Aussi faire croire peut se dire des choses comme des personnes : Ce nuage de poussière me fit croire qu'une troupe de cavaliers venait ; mais faire accroire ne peut se dire que des personnes.
Étymologie
Saintong. crére ; wallon, creure ; Berry, creire ; provenç. creire ; espagn. creer ; portug. crer ; ital. credere ; du latin credere.
Supplément
CROIRE. - REM. 6. Racine a dit : Laharpe trouve là une faute évidente qu'il faut corriger en lisant : croyez-vous ? On ne peut être de l'avis de Laharpe ; les exemples cités à la Remarque 1 rendent sa correction tout à fait inutile. 7. Croyez-moi que, reconnaissez avec moi. 8. Je l'ai cru s'éteindre, a été dit pour : J'ai cru qu'il s'éteignait.