Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

crue dans le Littré

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1crue s. f. (krue)

  1. 1Élévation du niveau des eaux d'un cours d'eau, par suite de pluies ou de fonte de neiges.

  2. 2Croissance. Cet enfant, cet arbre n'a pas pris toute sa crue.

  3. 3Autrefois l'augmentation des tailles. La crue de la taille.

    • Dans l'ancienne pratique et en matière d'inventaire, le cinquième denier au-dessus de la prisée, lequel était attribué aux commissaires-priseurs, parce qu'alors ils étaient responsables. La crue est abolie. Estimation à juste prix et sans crue.

    • En un autre sens.

      • Je ne sais qui a pu imaginer que nous demandions à prendre le sel de la ferme à bas prix, pour en tirer un petit profit qu'on appelle crue Voltaire, Lett. Dupont, 10 oct. 1775
  4. 4Levée de troupes (inusité).

    • Quintius fut continué au gouvernement de la Grèce avec deux légions ; s'il avait besoin de quelque crue, les consuls eurent commandement de la faire et de la lui envoyer Malherbe, Lexique, éd. L. Lalanne

Étymologie

Féminin du participe crû ; provenç. creguda ; catal. crescuda ; espagn. crecida.

2cru, crue adj. (kru, krue)

  1. 1Qui n'est point cuit. De la viande crue. Des fruits crus.

    • Préparer les viandes qu'auparavant ils dévoraient crues J.-J. Rousseau, Inég. 2e part.
    • Fig.

      • La sagesse toute sèche et toute crue fait mal au cœur Guez de Balzac, liv. VI, lett. 5
      • Ils n'en suivaient pas la doctrine toute crue Bossuet, Var. X
  2. 2Qui est d'une digestion difficile. Le concombre est très cru.

  3. 3De l'eau crue, eau chargée de sels et qui ne peut dissoudre le savon ni cuire les légumes.

    • L'eau que je buvois était un peu crue et difficile à passer, comme sont la plupart des eaux des montagnes J.-J. Rousseau, Conf. VI
  4. 4Qui n'a pas encore subi de préparation. Cuir cru. Soie crue. Métaux crus, ceux qui sont tels qu'ils sortent de la mine.

    • Chanvre cru, chanvre qui n'a pas été trempé dans l'eau.

  5. 5Qui n'a pas encore subi une élaboration suffisante.

    • Ces semences, tant qu'elles sont vertes et crues, demeurent attachées à l'arbre pour prendre leur maturité Bossuet, Conn. V, 2
    • Terme de médecine. Humeurs crues, matières crues, celles qui n'ont pas reçu le degré de coction nécessaire.

  6. 6Qui est à l'état de simple ébauche, en parlant des choses de l'esprit. Ce n'est encore là que sa pensée toute crue.

    • Ronsard avait forcé notre langue par des inversions trop hardies et obscures ; c'était un langage cru et informe Fénelon, t. XXI, p. 191
  7. 7Terme de peinture. Un ton cru, ton qui ne se fond pas avec les autres. Couleur crue, couleur trop tranchante.

    • Ce ne sont point les feuilles d'un vert cru qui font les admirables paysages Chateaubriand, Itin. 111
    • Lumière, ombre crue, se dit quand les grands clairs ne sont pas séparés des grands bruns par des gradations de nuances.

  8. 8Choquant, dur, en parlant des expressions, du langage. Cela est bien cru.

  9. 9À cru, loc. adv. Sur la peau nue.

    • Bottés à cru les gros milours [milords], Armés d'épieux, en habits courts Scarron, Virg. trav. IV
    • Il prit les bottes qui étaient au pied du lit et les ayant chaussées à cru.... s'alla mettre auprès de l'Olive Scarron, Rom. com. 2e part. ch. 2
    • Leurs transparents seraient plus beaux, si elles voulaient les mettre à cru Mme de Sévigné, 324
    • N'avoir de la dévotion que ce retranchement me paraît être bottée à cru Mme de Sévigné, 548
    • Un surtout emprunté Vêtit à cru ma triste nudité Voltaire, P. diable.
    • Monter à cru, monter un cheval sans selle ni couverture.

      • Il fut étonné de voir Massinissa, âgé pour lors de plus de quatre-vingts ans, monté à cru sur un cheval selon la coutume de son pays, donner partout les ordres comme un jeune officier et soutenir les fatigues les plus dures Rollin, Hist. anc. Œuvres, t. I, p. 519, dans POUGENS
      • Les barbares [Francs] montaient à cru des étalons sauvages Chateaubriand, Mart. 190
    • Terme d'architecture. Une construction porte à cru, quand elle repose sur le sol même, et non sur des fondements.

    • Teindre sur le cru, ou teindre à demi-bain, mettre les soies à la teinture, sans qu'elles soient bien décreusées.

Remarque

Cet adjectif se met toujours après son substantif.

Étymologie

Liégeois, crou ; namurois, cru, froid et humide en parlant du temps ; provenç. cru ; espagn. et ital. crudo ; du latin crudus.

3cru, crue part. passé (kru, krue)

  1. 1À quoi on donne croyance. Une nouvelle crue légèrement. Les miroirs trop peu crus par celles qui les consultent.

    • Quel plaisir d'aimer la religion, de la voir crue, soutenue, expliquée par de si beaux génies et par de si solides esprits ! La Bruyère, XVI
    • Il resta encore à la piété de la troisième race [les Capétiens] assez de fondations à faire et de terres à donner ; les opinions répandues et crues dans ces temps-là auraient privé les laïques de tout leur bien, s'ils avaient été honnêtes gens Montesquieu, Esp. XXXI, 10
  2. 2À qui on donne croyance. Un sage ami cru trop tard. Les dieux crus par les païens.

  3. 3Regardé comme, tenu pour. Hercule cru fils de Jupiter.

4crû, crue part. passé (kru, krue)

  1. Les arbres crûs depuis mon départ. La rivière crue et menaçante empêchait le passage.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander