Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

de dans le Littré

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1de prépos. (de)

  1. 1Suivi de l'article le, de se contracte en du avant un nom qui commence par une consonne ou une h aspirée ; suivi de l'article les, il se contracte en des ; devant une voyelle ou une h muette, l'e de de s'élide. Les sens de la préposition de, comme ceux de la préposition à, sont très nombreux et passent par des nuances que l'on saisit mieux en la considérant dans ses constructions avec les espèces de mots qu'en essayant de les rendre par des périphrases. En conséquence ces constructions seront rangées en dix classes ainsi qu'il suit : A. De entre un substantif et un autre mot ; B. de entre un adjectif et un autre mot ; C. de construit avec un pronom personnel ; D. de construit avec un pronom interrogatif ; de construit avec le pronom démonstratif celui ; E. de entre un nom de nombre et un autre mot ; F. de entre un verbe et un verbe ou un autre mot ; G. de avec un adverbe ; H. de avec une préposition ; I. de construit avec une conjonction ; J. conjonction composée avec de.

    • A. De entre un substantif et un autre substantif. 1° Il marque un rapport d'appartenance. Le livre de Pierre. Les fables de la Fontaine. Les malheurs de la guerre. J'ai suivi en cela l'avis de tous les jurisconsultes et de la plupart des casuistes.

      • Pour vous voir renoncer par l'hymen d'une reine à la part qu'ils avaient à la grandeur romaine Corneille, Nicom. I, 2
      • Lui même en diverses formes Range les troncs coupés des chênes et des ormes Rotrou, Herc. mour. V, 1
      • Jusqu'ici de l'amour dédaignant la puissance,Je n'ai connu d'ardeur que celle des combats Rotrou, Bélis. I, 6
      • Le cardinal Charles de Lorraine, archevêque de Reims.... grand génie, grand homme d'État, d'une vive et agréable éloquence, savant même pour un homme de sa qualité et de ses emplois Bossuet, Var. IX, § 91
      • Il paraît que Quintilien est né la seconde année de l'empereur Claude, qui est la quarante-deuxième de Jésus-Christ Rollin, Hist. anc. Œuvres, t. XI, 2e part. p. 706, dans POUGENS.
      • Ô muses, accourez, solitaires divines, Amantes des ruisseaux André Chénier, Élég. XI
    • Il exprime le sentiment qu'on a pour quelqu'un ou quelque chose.

    • Il exprime un rapport d'origine, de dérivation. Le vent du nord. Les peuples du midi. Les productions des colonies.

    • Il marque l'objet, le but, la fin, la nature, la qualité ; dans ce sens il forme avec le terme qui le suit une expression adjective. Acte de vente. Un homme de génie. Un homme de rien.

      • Il est certain que les œuvres de miséricorde ne sont pas seulement de conseil, mais de précepte dans le christianisme Bourdaloue, Exhort. char. env. les nouv. cath. t. I, p. 134
      • Des conseillers d'iniquité, des ministres de la volupté Massillon, Car. Dang. des prosp. temp.
      • Pour aller consulter l'homme de Dieu Massillon, ib. Inconstance.
      • Tout pécheur est donc un enfant de mort et de colère Massillon, ib. Empl. du temps.
      • Hélas ! ils sont des enfants de lumière pour les affaires du siècle Massillon, ib. Pet. nombre des élus.
      • Dieu à qui il n'est pas plus difficile de faire naître l'enfant de la promesse d'une vieillesse stérile que d'un âge plus fécond Massillon, ib. Fausse confiance.
      • Le crime, cet enfant de ténèbres, ne craint pas la lumière Massillon, ib. Resp. hum.
      • Lorsque nous vous exhortons à fuir les spectacles lubriques, les assemblées de péché Massillon, ib. Fausse conf.
      • La malignité de l'ennemi, dit saint Augustin, dresse depuis longtemps deux piéges dangereux à la faiblesse des hommes : un piége de séduction et un piége de terreur Massillon, ib. Resp. hum.
      • Des entretiens dangereux et des commerces de passion remplissent le reste de ses journées Massillon, ib. Mauv. riche.
      • Ce n'est pas ici une chaire de contention, c'est le lieu de la vérité Massillon, ib. Par. de Dieu.
      • Plus Jésus-Christ diminue dans votre cœur, plus l'homme de péché augmente et se fortifie Massillon, ib. Commun.
      • Cette eau de jalousie dont il est parlé dans le Lévitique Massillon, ib. Commun. 2
      • Dans ces maisons de retraite, de prière, d'austérité, où il semble que le Seigneur devrait trouver cette foi qui n'est plus dans le reste de la terre Massillon, ib. Vocation.
      • Cet homme de péché que nous portons dans notre fonds Massillon, Panég. St Bernard.
      • Ne faisons pas de la profession sainte de la piété une vie d'humeur et de caprice Massillon, Car. Injust. du monde.
      • Cette voix de vertu qui se fait entendre dans l'abîme où l'âme est ensevelie Massillon, ib. Lazare.
      • Après bien des années de vertu Massillon, ib.
      • Qu'il est difficile de regarder comme un exil une terre de délices ! Massillon, ib. Dang. des prosp. temp.
      • Vous placez dans le sanctuaire des vases de rebut et d'ignominie Massillon, ib.
      • On ne passe pas en un instant d'un état de justice à un état de péché Massillon, ib. Inconst.
      • L'éducation chrétienne est une éducation de retraite, de pudeur, de modestie, de haine du monde Massillon, ib. Petit nombre des élus.
      • Une vie entière de prière et de vigilance Massillon, ib. Tiédeur.
    • Il exprime l'instrument. Un coup de fusil. Un signe de tête. Un serrement de main.

    • Il exprime la destination. Une salle de spectacle. Un habit de ville. Couverture de mulet. Couvertures de chevaux. Des souliers de chasse.

    • La profession. Un homme de guerre. Une femme de ménage. Un garçon de magasin. Un marchand de vin. Un marchand de vins fins. Un marchand de paille, de foin. Un marchand de plumes à écrire. Un marchand de plumes pour faire des lits.

    • La matière. Une table de marbre. Une tabatière d'or. Pâte d'amandes. Du sucre de pomme. Une marmelade de pommes. Sirop de groseille. De la fécule de pomme de terre. Un ragoût de pommes de terre.

    • Le contenu. Une pièce de vin. Une tasse de lait. Un baril d'olives. Une assiette de poires. Une pension de femmes.

    • La durée Une guerre de vingt ans. Un travail de dix années.

    • Il exprime la date. Un lièvre de trois jours [un lièvre tué depuis trois jours].

      • Les démons chassés, les aveugles nés guéris, les morts de quatre jours ressuscités Bourdaloue, Myst. Résurr. de J.-C. t. I, p. 320
    • La dimension. Un voile de deux aunes. Un homme de six pieds.

    • La valeur. Une pièce de cent sous. Une maison de cent mille francs.

    • La quantité. Une armée de cent mille hommes. Une population de quinze cents âmes.

  2. 2De sert à unir le nom commun d'une chose avec le mot particulier qui la distingue de toutes les autres choses semblables. La ville de Paris. Le mois de mai. Le mot de langue.

    • Ils ont exclu l'unité de la signification du mot de nombre Pascal, Pens. I, 2
    • On entend ce que l'on conçoit par le terme de temps ; c'est ce mouvement supposé Pascal, ib. I, 2
    • Il ne s'ensuivra pas de là que la chose qu'on entend naturellement par le mot de temps soit en effet le mouvement d'une chose créée Pascal, ib.
    • Par suite de cette définition il y aura deux choses qu'on appellera du nom de temps Pascal, ib.
    • Cet usage du mot de sceptre se trouve à toutes les pages de l'Écriture Bossuet, Hist. II, 2
    • Tous les termes de la prophétie sont clairs ; il n'y a que le mot de sceptre que l'usage de notre langue nous pourrait faire prendre pour la seule royauté Bossuet, ib.
    • On disait de même dans le XVIIe siècle : l'année de 1691, et ainsi de suite. Aujourd'hui on supprime de préférence le de : l'année 1862.

  3. 3Construction de de entre un substantif ou un adjectif pris substantivement et un autre substantif, laquelle est analogue à celle de : la ville de Paris, et dans laquelle le nom construit avec de ne fait que déterminer le nom précédent comme Paris détermine ville : un fripon d'enfant, c'est un fripon qui est un enfant ; mon bourreau de maître, c'est mon bourreau qui est mon maître, et ainsi de suite.

  4. 4De, placé entre les titres et les noms propres de famille, s'emploie comme signe de noblesse. Madame de Sévigné. Le duc de la Rochefoucauld. De, qualification nobiliaire pris substantivement. Il a ajouté un de à son nom. Il a pris le de.

    • Le de s'usurpait aussi par qui voulait depuis longtemps Saint-Simon, 106, 127
    • Il n'est vilain qui faute de mieux ne mette au moins un de à son nom Paul-Louis Courier, I, 118
    • C'est sa nouvelle fantaisie de mettre un de avec son nom, depuis qu'il est éligible et maire de la commune Paul-Louis Courier, 2e lettre particulière
    • Eh quoi ! j'apprends que l'on critiqueLe de qui précède mon nom Béranger, Vilain.
  5. 5De placé entre un mot et ce même mot répété exprime l'excellence ; usage qui, provenant de la langue hébraïque, ne s'étend guère au delà des locutions bibliques ou de locutions formées sur ce modèle. Le saint des saints, le lieu le plus saint dans le temple de Jérusalem. Le cantique des cantiques, titre d'un cantique qui est dans la Bible. L'être des êtres, Dieu.

  6. 6De entre un substantif et un verbe à l'infinitif, ce qui est une espèce de substantif. L'art de bien dire. La faculté de prévoir. Aura-t-il la force d'achever un tel travail ?

  7. 6De pris partitivement ; ce qui d'ailleurs, au fond, n'est encore que le cas de de entre un substantif et un autre substantif, puisque, dans la construction partitive, un substantif est sous-entendu. Des hommes m'ont dit, c'est-à-dire un certain nombre d'hommes. De bons livres, c'est-à-dire un certain nombre de bons livres.

    • Nous ne pouvions jeter les yeux sur les deux rivages sans apercevoir des villes opulentes, des maisons de campagne agréablement situées, des terres qui se couvraient tous les ans d'une moisson dorée, des prairies pleines de troupeaux Fénelon, Tél. II
    • La corruption qui tous les jours peut produire de nouveaux fruits de mort Massillon, Car. Fausse confiance
    • Là, Vénus, me dictant de faciles chansons,M'a nommé son poëte entre ses nourrissons André Chénier, Éleg. VIII
    • De pris partitivement devant un nom singulier : je n'ai point d'argent ; il n'a pas eu de contentement ; je n'ai jamais vu de ville plus jolie ; en ce cas le substantif est un nom qui admet la division, ou qui, ne l'admettant pas de sa nature, est considéré comme une sorte de nom collectif divisible : je n'ai point portion d'argent : il n'a pas eu portion de contentement ; je n'ai jamais vu (ville) plus jolie (dans le genre) de ville.

      • Et quoi ? dit le père, que pourrait-il y avoir de manque après que tant d'habiles gens y ont passé ? Pascal, Prov. 6
      • David ne donna jamais de plus beau combat Bossuet, Marie-Thér.
      • Vous ne faites rien de cela dans la vie que vous menez Bourdaloue, Instr. prudence du salut, exhort. t. II, p. 405
    • De se prend partitivement aussi devant un nom de nombre.

      • Nous voyons que les premiers hommes, lorsque le monde plus innocent était encore dans son enfance, remplissaient des neuf cents ans par leur vie Bossuet, Yol. de Monterby.
      • Voit-on fleurir chez eux des quatre facultés ? Boileau, Sat. VIII
      • Je n'aime point ces rois qui ont des trois cents femmes Voltaire, Dial. XV, 5
      • Je suis un paresseux, mon cher philosophe ; je crois que c'est une mauvaise qualité attachée au peu de santé que j'ai ; je passe des six mois sans écrire à mes amis Voltaire, Lett. Pitot, 19 juin 1741
    • De pris partitivement dans une phrase négative avec que, construction dont le sens est pas autre.

      • Nous n'avons point de roi que César Bossuet, Hist. II, 10
    • De pris partitivement devant certain. Nous bûmes de certain vin. De certains hommes vinrent à nous.

      • Ceux [les principes] de la volonté sont de certains désirs naturels et communs à tous les hommes, comme le désir d'être heureux Pascal, Pensées, I, 3
      • Et cela pourrait expliquer de certaines bizarreries VAUVENARGUES, Vivac.
    • Aujourd'hui on supprime souvent le de devant certain.

    • De employé partitivement devant aucuns, aucunes dans le XVIIe siècle et signifiant quelques-uns, de certaines personnes. Cette tournure n'est plus usitée.

      • Il y en a d'aucunes qui prennent des maris seulement pour se tirer de la contrainte de leurs parents Molière, Mal. imag. II, 7
    • De, dans une construction où au fond il est explétif, devant des adjectifs ou des participes pris partitivement d'après l'analyse grammaticale. Il y eut cent hommes de tués. Est-il quelqu'un d'assez osé ? Je n'y vois rien d'étonnant. Sa conduite n'a rien de généreux. Payez ; sinon, rien de fait [rien qui soit fait, arrêté, conclu]. Ces phrases se résolvent en : de tués, il y eut cent hommes ; d'assez osé, d'homme assez osé, est-il quelqu'un ? etc. toutes constructions qui grammaticalement sont partitives.

      • Sans doute ils n'ont aucun dessein d'arrêté Pascal, Prov. 5
      • Est-il rien de plus noir que ta lâche action ? Molière, Sganar. 16
      • Mais ce qui me paraît encore de plus honorable à la vertu, c'est que.... Massillon, Car. Resp. hum.
      • Il est vrai qu'il n'y en avait eu que trois mille cinq cents de vendus en quatre ou cinq jours D'Alembert, Lett. à Volt. 22 sept. 1767
    • Des grammairiens modernes ont prétendu qu'il n'était pas correct de dire : il y a eu cent hommes de tués, et que le de devait être supprimé. La question avait été agitée déjà du temps de Vaugelas qui déclare que le de est appuyé par de bons auteurs. Aujourd'hui l'usage l'a consacré, usage qui d'ailleurs n'a rien d'inexplicable grammaticalement. On remarquera cette tournure : Bossuet ayant à construire rien de plus insensé avec paraître, a mis le verbe au milieu ; construction qui peut sembler insolite, mais qui est bonne et à imiter.

      • Il n'y a rien qui paraisse de plus insensé à ceux qui ne sont pas éclairés d'en haut Bossuet, Hist. II, 11
    • Il n'y a rien de tel que l'adversité pour mûrir un homme. On dit aussi sans le de : il n'y a rien tel que....

    • De se construit de même partitivement et explétivement, avec les mots mieux, pis, plus, moins. Vous n'aurez rien de plus.

      • Quoi de pis que de se déshonorer ? Étranger que j'étais, je n'avais rien de mieux à faire que d'étudier cette foule de gens qui y abordaient sans cesse Montesquieu, Lett. pers. 48
  8. 8De pris absolument devant un substantif, exprime la manière, la disposition, l'état, la situation. De gaieté de cœur. De colère il rompit l'entretien. De peur d'un plus grand mal il céda. De côté et d'autre. Du côté des ennemis.

    • En cet emploi, de signifie parfois : en fait de. N'avoir du pouvoir que l'apparence.

      • Vivre avec des hommes qui n'ont presque de l'homme que la figure Bourdaloue, Exhort. char. env. un sémin. t. I, p. 157
    • D'honneur, d'homme d'honneur, sorte d'affirmation interjective signifiant sur mon honneur, sur la parole d'un homme d'honneur.

      • Bon ! voilà l'autre encor, digne maître D'un semblable valet ! ô les menteurs hardis ! - D'homme d'honneur, il est ainsi que je le dis Molière, Dép. am. III, 8
    • De exprimant qu'il est question, qu'il est traité d'une matière. De la chasse. De la tragédie grecque. Des peintres italiens du XVIe siècle. Il y a de sous-entendu : livre, chapitre qui traite de la chasse, etc.

    • Pendant. De nuit. De jour, la chouette se cache dans les trous, et de nuit elle va chercher sa pâture.

    • À partir de. De, construit de cette façon, indique le changement d'état, de condition : de commis il devint directeur.

    • Cette construction s'emploie aussi avec les adjectifs. De pauvre il devint riche.

      • De chrétien qu'on était, on devient peu à peu tout mondain et presque païen Bourdaloue, Sur la fausse consc. 1er avent, p. 160
    • De.... en.... exprime que l'on va d'un lieu, d'un objet en un autre.

    • De.... à.... exprime, au physique ou figurément, l'intervalle, le passage d'une chose à un autre. De l'Elbe à la mer Baltique ou jusqu'à la mer Baltique.

    • Ils étaient de trente à quarante, leur nombre était entre trente et quarante. Je serai chez moi de cinq heures à SIX, entre cinq heures et six heures.

    • De.... à.... D'homme à homme, c'est-à-dire entre deux hommes, quand il s'agit de deux hommes. D'homme à homme, cela peut se dire et se faire.

    • De vous à moi, c'est-à-dire entre vous et moi, et de manière que ce qui se passe entre vous et moi ne soit pas répété. Ceci est de vous à moi ; vous n'en parlerez pas.

    • De.... en.... De point en point, c'est-à-dire d'un point jusqu'à l'autre, tout à fait, complétement. Il a executé ses ordres de point en point. De bout en bout, c'est-à-dire d'un bout jusqu'à l'autre. De jour en jour, c'est-à-dire un jour après l'autre, chaque jour, incessamment. Le danger devient plus grand de jour en jour.

    • B. 9° De entre un adjectif et un substantif ou un pronom personnel. Digne d'estime. Avide de gloire. Altéré de sang. Je suis mécontent de moi. Faible d'esprit et de corps.

    • De se construit avec le superlatif Le meilleur des hommes.

    • De entre un adjectif et un verbe. Désireux de voir.

    • De entre un adjectif et un infinitif, avec le sens de à cause que, vu que.

    • De ou que de entre un adjectif construit avec si et un verbe, et signifiant assez.... pour....

    • C. 10° De construit avec un pronom personnel. On n'agit pas toujours de soi-même. Il est venu de lui-même s'excuser.

      • Choisissez de vous-même et je ferme les yeux Corneille, Othon, III, 3
      • Je ne fais rien de moi-même Saci, Bible, Évang. St. Jean, VIII, 28
      • Il a fait de lui-même ce que vous auriez tôt ou tard exigé Diderot, Père de fam. I, 5
    • De soi, par sa propre vertu, naturellement. De soi, rien n'est permanent sur la terre. Cela va de soi. Cela s'entend de soi.

      • Rien, suivant la raison, n'est juste de soi Pascal, Pensées, I, 6
      • Tout cela n'a rien, de soi-même, qui soit contraire à la véritable sagesse Bourdaloue, Instr. Prudence du salut, Exhort. t. II, p. 407
    • De moi, c'est-à-dire quant à moi, pour ce qui me concerne ; ancienne locution qui représente : quant à ce qui est de moi ; elle est tombée en désuétude, et on dit : pour moi.

      • De moi, toutes les fois que j'arrête les yeux à voir.... Malherbe, I, 1
      • De moi, plus je suis combattu, Plus ma résistance Montre sa vertu Malherbe, Chanson, V, 27
      • De moi, je fus touché de voir tant de valeur Tristan L'Hermite, Mort de Chrispe, I, 3
    • De devant un pronom démonstratif. De celui-ci allons à celui-là.

    • De cela même, à cause de cela même.

      • Ces tableaux admirables dont parle Pline et qui, selon ce savant connaisseur, n'en étaient que plus admirés, de cela même qu'ils étaient demeurés imparfaits MAIRAN, Éloges, le card. de Polignac.
    • D. 11° De entre un pronom conjonctif et un autre mot.

    • Des grammairiens ont blâmé cette tournure, assurant qu'il fallait dire non : lequel des deux était le plus éloquent, de César ou de Cicéron ; mais lequel des deux, César ou Cicéron, était le plus éloquent, ou bien : lequel, de Cicéron et César, était le plus éloquent ? De ces deux tournures la première est correcte et peut s'employer ; la seconde est peu usitée. Dans tous les cas, l'ancienne tournure, qui est dans Rotrou, est justifiée par l'usage et implique seulement un pléonasme dans le de placé devant chaque nom.

    • De construit dans le même sens avec le pronom démonstratif celui, celle, ceux, celles.

      • Quoi ! de deux personnes qui font les mêmes choses, celui qui ne sait pas leur doctrine pèche ; celui qui la sait ne pèche pas ! Pascal, Prov. 6
    • E. 12° De entre un nom de nombre et un autre mot. L'un des deux. Deux des quatre.

      • Daniel, un des enfants de la captivité Massillon, Car. Resp. hum.
    • De avec ellipse de un. Il vint des derniers, c'est-à-dire un des derniers.

    • Et de, pris absolument devant un nom de nombre, exprime que, comptant quelque chose, on signale particulièrement le nombre indiqué.

      • Et de trois [bourses] ; celle-ci fut rude à arracher BEAUMARCHAIS, Mar. de Fig. V, 19
    • F. 13° De entre un verbe et un nom, construction où il exprime les compléments des différents verbes de la phrase. Que pensez-vous de cela ? Traiter de la paix. Différer d'avis. Médire de quelqu'un. Il se mêle d'affaires qui ne le regardent pas. On l'accusa de ce malheur. Vous le taxiez de folie. Vivre de légumes. Son esprit manque de justesse. Tirer avantage de ses talents. Le vrai ne dépend point du temps ni de la mode. Issu d'une bonne famille.

  9. 8De entre un verbe et un substantif et composant avec ce substantif une sorte de locution adverbiale qui modifie le sens du verbe à la façon des adverbes. Il me parla d'un ton menaçant. Il alla de son propre mouvement le trouver.

  10. 9De entre un verbe passif ou un participe passif ou une construction à sens passif et un substantif ou un pronom personnel et faisant fonction de complément passif.

    • Je suis vaincu du temps, je cède à ses outrages Malherbe, II, 12
    • Tantôt je me la vois d'un pirate ravie Malherbe, V, 21
    • Le soldat qui ne s'était jamais vu tromper des [par les] promesses du roi Vaugelas, Q. C. 499
    • L'agrément est institué de la nature pour représenter la jouissance Descartes, Pass. 90
    • Il a voulu dire seulement avec saintPaul que toute puissance est établie de Dieu PELLISS., Mém. pour les gens de lettres, p. 75
    • J'ai connu un homme qui prouvait par bonnes raisons qu'il ne faut jamais dire, une telle personne est morte d'une fièvre et d'une fluxion de poitrine, mais elle est morte de quatre médecins et de deux apothicaires Molière, l'Amour méd. II, 1
    • Jésus-Christ est-il mort pour des impies dans le temps destiné de Dieu ? Saci, Bible, St Paul, Ép. aux Rom. V, 6
    • Animé d'un regard, je puis tout entreprendre Racine, Andr. I, 4
    • Et de mille remords son esprit combattu Racine, ib. V, 2
    • Excité d'un désir curieux Racine, Brit. II, 2
    • Quoi ! toujours enchaîné de ma gloire passée.... Racine, ib. IV, 3
    • Vaincu du pouvoir de vos charmes Racine, Alex. II, 1
    • Ô ciel ! si notre amour est condamné de toi Racine, Baj. I, 4
    • Jadis Priam vaincu fut respecté d'Achille Racine, Andr. III, 6
    • Aux larmes, au travail le peuple est condamné, Et d'un sceptre de fer veut être gouverné Racine, Ath. IV, 3
    • Ignace suscité de Dieu pour venir au secours de son Église affligée Fléchier, Panég. II, p. 209
    • Appelé de Dieu au ministère de sa parole Fléchier, ib. p. 198
    • Il se regarda donc comme un ouvrier envoyé du père de famille pour défricher cette terre inculte Fléchier, ib. p. 299
    • Une âme rachetée du sang de Jésus-Christ Fléchier, ib. p. 309
    • L'autorité des prophètes, des apôtres, des hommes inspirés de Dieu Massillon, Car. Doutes s. la rel.
    • Moïse son cadet est établi du ciel chef des armées du Seigneur Massillon, ib. Vocation.
    • Un ver secret et dévorant placé de la main de Dieu au milieu de son cœur Massillon, ib. Mauv. riche.
    • Un impie peut être frappé de Dieu, et sentir le poids de la majesté qu'il avait blasphémée Massillon, ib. Inconstance.
    • Quoi ! vous auriez honte d'être choisi de Dieu comme un vase de miséricorde ! Massillon, ib. Resp. hum.
    • être né le premier dans une famille, c'est être choisi du ciel pour succéder aux titres et aux dignités de nos ancêtres Massillon, ib. Vocat.
    • Plus occupé des nouveaux titres dont il est revêtu qu'instruit des derniers avis d'un père mourant Massillon, ib. Mort.
    • Si vous croyez que l'Évangile est une loi donnée de Dieu Massillon, ib. Samaritaine.
    • En rendant l'honneur et le tribut aux puissances établies de Dieu Massillon, ib. Aumône.
    • L'esprit de curiosité donné de Dieu à l'homme Voltaire, Louis XIV, 37
    • Votre Majesté a fait, depuis quarante ans de règne, tout ce qu'il faut pour se faire respecter de ses amis et de ses ennemis D'Alembert, Lett. au roi de Prusse, 8 juin, 1780
    • Les Français sont ma proie : ils n'affranchiront pasLes humbles pavillons que mon mépris leur laisse,Déjà vaincus de leur mollesseEt du seul souvenir de nos derniers combats GILB., Ode sur la guerre.
    • N'attends pas que ton cœur, de mollesse abattu.... Ducis, Abuf. II, 7
    • Ô jours de mon printemps, jours couronnés de rose, à votre fuite en vain un long regret s'oppose André Chénier, Élég. XVI
  11. 11De entre un verbe et un substantif, et signifiant : pour, à cause de, avec.

  12. 12De entre un verbe et un adjectif. Il s'est laissé traiter de lâche, c'est-à-dire il s'est laissé appeler lâche.

    • C'était s'exposer à être traité de séditieux par les Hérodiens Bourdaloue, Serm. 22e dim. après la Pentec. Dom. t. IV, p. 317
    • Même emploi avec un substantif. On le traita publiquement d'homme sans foi La voix publique le qualifiait de traître, c'est-à-dire elle le disait traître. Se qualifier de prince.

  13. 13De entre un verbe et un autre verbe qui sert de complément au premier. On l'accusa d'avoir conspiré. Vous êtes chargé de lui écrire. Il désespérait de réussir. On lui conseille de partir.

    • Dans le XVIIe siècle, de était employé dans des cas où présentement on met à.

      • Il exhorta le poëte de ne plus faire de vers la nuit.... Scarron, Rom. com. I, ch. 12
      • Une galère turque où l'on nous avait invités d'entrer Molière, Scapin, III, 3
      • La crainte fait en moi l'office du zèle.... et me réduit d'applaudir bien souvent à ce que mon âme déteste Molière, D. Juan, I, 1
      • Ah ! je vous apprendrai de me traiter ainsi Molière, Amph. III, 4
  14. 14De entre deux verbes, avec un sens équivalent à : de ce que, vu que, puisque, quand, comme si.

    • De entre un verbe pris impersonnellement, et un infinitif. Il est bon de s'amuser. Il convient de travailler.

  15. 15De devant un infinitif et pris absolument, c'est-à-dire sans nom ou verbe dont il soit le complément. On les appela ; eux, de courir, c'est-à-dire, sous-entendu, ils commencèrent, ils se hâtèrent de courir.

  16. 16De devant un infinitif et pris absolument comme le précédent, mais servant, dans cette construction, soit de sujet complexe au verbe de la phrase, soit d'annonce de ce qui va suivre.

    • Mais de souffrir ma gloire en la bouche des miens,C'est en ôter le prix au ciel dont je la tiens Rotrou, Bélis. I, 1
    • Car, de m'imaginer que vous me méprisiez, j'avoue franchement que je n'ai pas si mauvaise opinion de moi Guez de Balzac, liv. I, lett. 12
    • Car de m'imaginer que vous m'ayez gardé quelque place.... j'ai trop bonne opinion de votre esprit pour m'en persuader cette bassesse Voiture, Lett. 1
    • Je sais quel est leur prix ; mais de les accepter,Je ne puis, et voudrais vous pouvoir écouter La Fontaine, Filles de Minée.
    • De dire si la compagniePrit goût à la plaisanterie, J'en doute La Fontaine, ib. VIII, 8
    • Or d'aller lui dire non, Sans quelque valable excuse, Ce n'est pas comme on en use La Fontaine, Fab. VIII, 13
    • Comme si d'occuper ou plus ou moins de placeNous rendait, disait-il, plus ou moins importants La Fontaine, ib. VIII, 15
    • De raconter quel sort les avait assemblés,Quoique sous divers points tous quatre ils fussent nés,C'est un récit de longue haleine La Fontaine, ib. X, 26
    • Puisque d'observer sa loi, c'est la moindre de nos pensées Bossuet, Bonté et rigueur de Dieu.
    • D'expliquer ce qui s'y passe, ce n'en est pas ici le lieu Bossuet, Or. 7
    • Car de croire que votre conduite leur soit inconnue, et qu'elle demeure secrète pour eux, abus, chrétiens Bourdaloue, Sur le scandale, 1er avent, p. 126
    • De les vouloir parcourir toutes, ce serait une matière infinie Bourdaloue, 6e dim. après l'Épiph. Dominic. t. I, p. 279
    • Car de mépriser la règle et d'en ressentir l'onction, c'est ce qui ne fut jamais et ce qui ne peut être Bourdaloue, Exhort. sur l'observ. des règles, t. I, p. 218
    • De vous en faire aimer, n'est que le dernier de vos soins Hamilton, Gramm. 6
    • Je l'ai vu quelque part : de savoir où, il est difficile La Bruyère, VII
    • De savoir quelles sont leurs limites, ce n'est pas une chose facile La Bruyère, ib.
    • De servir un amant, je n'en ai pas l'adresse Boileau, Sat. I
    • Car de penser alors qu'un Dieu tourne le mondeEt règle les ressorts de la machine ronde,C'est là, tout haut du moins, ce qu'il n'avouera pas Boileau, ib.
    • Thalès répétait souvent que de parler beaucoup n'était pas une marque d'esprit Fénelon, Thalès.
    • De la voir ne servirait qu'à augmenter l'aversion Massillon, Car. Pardon.
    • Car de vous le dépeindre en général, vous ne vous reconnaîtriez pas Massillon, Car. Médis.
    • Vous n'en demeurerez pas à être simple spectateur, vous y applaudirez ; car de s'aller mêler parmi les mondains pour être leur censeur éternel, les avis ne seraient pas là à leur place Massillon, Confér. Fuite du monde.
    • Comme si de coopérer à l'ouvrage de la rédemption des hommes était une œuvre mercenaire Massillon, ib. Zèle contre les scandales
    • Mais, direz-vous, de vouloir toujours reprendre, corriger, exhorter, ce serait se rendre odieux et importun Massillon, ib. Cond. des clercs dans le monde.
    • De préférer la raison à la félicité, c'est être très insensé Voltaire, Bramin.
    • De savoir si Constantin fut cause de la ruine de l'Empire, c'est une recherche digne de votre esprit Voltaire, Mœurs, 10
    • De vous dire précisément s'il y a plus de gens à lier dans un pays que dans un autre, c'est ce que mes faibles lumières ne me permettent pas Voltaire, Cand. 23
    • Et que de supposer qu'un animal est composé de petits animaux est à peu près la même chose que de dire que.... Buffon, Animaux, ch. 8
    • De lui copier ce griffonnage, ce serait pour en mourir Paul-Louis Courier, Lett. II, 18
    • Les Calabrais en veulent surtout aux Français ; de vous dire pourquoi, cela serait trop long Paul-Louis Courier, ib. I, 211
    • Cette tournure est perpétuelle dans le XVIIe siècle, et on ne parle guère autrement ; aujourd'hui on supprime souvent, surtout quand l'infinitif est sujet complexe, ce de qui n'est ni sans utilité ni sans grâce, et qui d'ailleurs peut être repris, quand on veut, d'après les meilleures et les plus sûres autorités.

    • Cette tournure rend compte de phrases comme celle-ci : Sa force était de céder à propos ; il faut entendre que de céder est un sujet complexe, et construire : de céder à propos était sa force.

  17. 17C'est par une même analogie d'emploi et pour un certain besoin de l'oreille que l'on met de ou que de devant des verbes où ces mots sont explétifs.

    • C'est faire injure au maître d'une maison, d'y entrer par la fenêtre Pascal, Prov. 6
    • Son père Antonin lui avait appris qu'il valait mieux sauver un seul citoyen que de défaire mille ennemis Bossuet, Hist. I, 10
    • Que le ciel la préserve à jamais de danger !Voyez quelle bonté de vouloir me venger ! Molière, Sganar. 17
    • Je m'en rapporte à vous-même et vous demande si c'est une chose louable que de rire ; assurément ce n'en est pas une, non plus que de boire et de manger La Fontaine, Psyché, I, p. 101
    • C'est déshonorer la religion, de croire que.... Massillon, Petit car. Écueils.
    • Ce serait dégrader l'Évangile, de le regarder comme la religion du peuple Massillon, Petit car. Respect.
    • Est-ce aimer Dieu que de croire faiblement sa vérité ? que d'entendre indifféremment sa parole ? Fléchier, Panég. I, p. 313
    • Il aima mieux abandonner le butin à son armée que de se l'approprier VERTOT, Révol. rom. I, p. 113
  18. 18De entre le verbe être ou tout autre verbe exprimant un état, et un substantif, construction où il indique que la chose dont il s'agit devient nôtre. La lecture est d'une grande fatigue pour mes yeux affaiblis. Nous sommes de la maison. Il est de votre âge.

    • J'ai toujours marché depuis par le plus beau temps, le plus beau pays et le plus beau chemin du monde ; vous me disiez qu'il était d'hiver quand vous y passâtes ; il est devenu d'été, et d'un été le plus tempéré qu'on puisse imaginer Mme de Sévigné, 348
    • Jésus-Christ leur avait fait expressément entendre que son royaume ne serait pas de ce monde Bourdaloue, Instr. pour la 2e fête de Pâques, Exhort. t. II, p. 263
    • La prière est pour vous d'un dégoût et d'un ennui que vous ne pouvez supporter Massillon, Car. Prière, 1
    • Il se vit bientôt des plaisirs du roi, sans que l'envie des courtisans en parût révoltée Hamilton, Gramm. 5
    • .... Mon voyage dépeint Vous sera d'un plaisir extrême La Fontaine, Fabl. IX, 2
    • Il n'a pas été de ce passage Mme de Sévigné, 148
    • D'Hacqueville est de ce voyage Mme de Sévigné, 286
    • Je ne pouvais me persuader que cette lettre fût de Philoclès [eût été écrite par lui] Fénelon, Tél. XII
    • Hélas ! tout ce qu'elle aimait devait être de peu de durée Bossuet, Anne de Gonz.
    • Le verbe peut être sous-entendu.

      • Henriette, d'un si grand cœur, est contrainte de demander du secours ; Anne, d'un si grand cœur, ne peut en donner assez Bossuet, Reine d'Anglet.
    • Il est de.... c'est le propre de, le caractère de.

      • Il est de la foi, que ce que vous donnez aux pauvres, vous le donnez à Jésus-Christ Bourdaloue, Nativ. de J. C. 2e avent, p. 540
    • Il est de.... comme.... impersonnellement, avec un substantif ou un pronom, signifiant qu'une chose se comporte comme une autre.

      • Il est de ceci comme d'une beauté excellente et d'une autre qui a des grâces : celle-ci plaît, mais l'autre ravit La Fontaine, Psyché, I, p. 102
    • Qu'est-ce.... avec de ou que de.

      • Qu'est-ce de ce langage-là ? c'est-à-dire que faut-il penser de ce langage-là ? ô Dieu ! qu'est-ce que de nous ? Bossuet, Mort. 1
      • Hélas ! si l'on n'aimait pas, que serait-ce de la vie ? Molière, Pourc. III, 10
    • Familièrement. Ce que c'est que de nous ! c'est-à-dire, voyez la misérable condition humaine.

    • Dans une phrase affirmative. Nous ne savons ce que c'est que de tromperie, ou de tromper.

      • Au temps de Papirius, on ne savait pour ainsi dire ce que c'était que de cavalerie ST-ÉVREM., II, 19
    • Malherbe (IV, 10) a dit d'une façon analogue, mais qui a vieilli : Ce ne m'est plus de nouveauté [cela ne me surprend plus] Qu'elle soit parfaite en beauté.

    • Si j'étais de vous ou que de vous, si j'étais à votre place.

    • G. 24° De placé entre un adverbe et un nom ; il s'agit ici des adverbes loin, près, tant, trop, etc. qui apportent à l'esprit l'idée de choses et non, comme l'adverbe proprement dit, l'idée d'une qualité abstraite. Loin de la patrie. Près du tombeau. Moins d'argent. Tant de belles actions. Je suis confondu de tant de bonté. Trop ou trop peu d'exercice nuit à la santé.

    • Voici, voilà avec de. Voilà de quel ton il a parlé. Qu'est-ce donc [l'animal] ? Une montre. Et nous ? C'est autre chose.

    • De placé entre un adverbe et un verbe. Bien loin de céder. Près de partir. De construit avec un adverbe, en tant que nom abstrait de lieu, de temps, de quantité, etc. De là, d'ici. De près, de loin. De trop.

    • De construit avec plus ou moins, au sens de que. Il ne s'y trouva pas moins de trente personnes, c'est-à-dire pas moins que trente personnes. Ce cep portait plus de vingt grappes, c'est-à-dire plus que vingt grappes. Cet emploi est un reste de la vieille langue qui exprimait le complément du comparatif non par que, mais par de (exemple : plus fort de moi), comme l'Italien l'exprime par di ; de ou di rendant l'ablatif latin usité en ce cas.

    • H. 25° De construit avec une préposition. Distinguer l'ami d'avec le flatteur. La justice et la charité ont disparu d'au milieu d'eux. Je suis sorti d'avec lui très satisfait. Vous m'avez chassé de chez moi. D'outre en outre.

      • Vous, homme vain, qui à peine échappé de parmi le peuple.... Massillon, Villeroy.
      • Il [Mahomet enfant] ne sera point ôté d'entre les mains des mortels, parce qu'heureuses les mamelles qui l'allaiteront et les mains qui le toucheront Montesquieu, Lett. pers. 39
      • Aussi a-t-il fallu les aller querir bien loin et les faire venir de delà la mer Voiture, Lett. 70
    • De par le roi, en vertu de l'autorité du roi. Et familièrement, cela s'est fait de par ma volonté (voy. PAR). En cette locution se sont confondues la construction des deux prépositions de par, et l'ancienne forme de part le roi, c'est-à-dire de la part du roi.

    • I. 26° De construit avec la conjonction quand.

      • De quand est cette lettre ? Effets qui diffèrent quand la lune est pleine de quand elle est nouvelle Descartes, Monde, 12
    • J. 27° De ce que, conjonction composée qui signifie parce que, à cause que. De ce que je n'en parle pas, cela ne veut pas dire que je n'y songe plus.

      • Voulez-vous d'autres nullités ? Que direz-vous de ce que le pape ne se contente pas de défendre d'écrire, de prêcher et de rien dire de contraire à ses décisions ? Pascal, Prov. 19
      • Ce n'est pas tant la peur de la mort qui me fait fuir que de ce qu'il est fâcheux à un gentilhomme d'être pendu Molière, Pourc. III, 2
  19. 3Ajoutez :

    • C'est par une construction où de ne sert qu'à déterminer, qu'il faut interpréter ce vers de Molière :

      • C'est un étrange fait du soin que vous prenez, à me venir toujours jeter mon âge au nez [le fait du soin, le fait qui est le soin] Molière, Éc. des maris, I, 1

Remarque

1. La préposition de est prise tantôt dans le sens passif, tantôt dans le sens actif : quand vous dites l'amour de Rome, cela peut vouloir dire l'amour que Rome a pour vous ou l'amour que vous avez pour Rome ; Rome peut être celle qui aime ou celle qui est aimée. Il faut donc que les mots qui entourent de en déterminent bien le sens. 2. De, pris partitivement, veut l'article défini le, la, les quand le substantif n'est pas précédé d'un adjectif : des passants l'avertirent ; de l'argent est nécessaire. Mais cet article se supprime quand un adjectif précède le substantif : d'honnêtes gens ; de belles et bonnes terres ; de bon vin. Ces deux constructions s'expliquent naturellement ; la première s'explique par : un certain nombre des passants ; l'autre par : un certain nombre d'honnêtes gens ; suivant que l'on considère, dans le premier cas, les passants comme déterminés par l'article, et dans le second cas, honnêtes gens comme indéterminés par l'absence d'article. C'est ensuite l'oreille qui a fait le choix et qui a voulu, par exemple, que l'on dît des hommes et non pas d'hommes, qui n'a pas semblé assez plein ; dès lors l'usage s'est fixé et les règles sont intervenues. Avec les adverbes de quantité, c'est de sans article qu'on emploie : beaucoup d'hommes ; trop d'argent, etc. ; bien fait exception (voy. BIEN adverbe) : bien des gens m'ont dit. 3. Quand la phrase est affirmative, de, pris partitivement, veut toujours l'article après soi. Je verse de l'eau. Je demande du pain. Voulez-vous de l'eau ? Si la phrase est négative, de prend l'article ou ne le prend pas ; mais le sens est différent : je ne demande pas de pain ; je ne demande pas du pain. Dans le premier cas, je ne demande rien, pas plus du pain qu'autre chose. Dans le second cas, ce n'est pas du pain que je demande ; mais je désire autre chose. Je ne mange pas de moules, veut dire que je ne les aime pas ou n'en veux pas ; je ne mange pas des moules, veut dire que ce ne sont pas des moules que je mange actuellement. 4. En certaines locutions, où l'adjectif fait corps avec son substantif, on met des plutôt que de : des jeunes gens ; des mauvais sujets ; des bons mots ; des premiers ministres. Pourtant il n'est pas interdit de suivre la règle ordinaire et de dire : de jeunes gens ; de mauvais sujets ; de bons mots. Malherbe a dit, II, 12 : Ceux à qui la chaleur ne bout plus dans les veines, En vain dans les combats ont des soins diligents ; Mars est comme l'Amour ; ses travaux et ses peines Veulent de jeunes gens. Et Molière : 5. Lorsqu'un nombre cardinal est précédé de en, l'adjectif qui suit ce nombre prend ordinairement la préposition de : sur cent habitants, il y en a deux de riches. Comme en devant un nom de nombre ne permet pas de mettre un substantif après, cette remarque ne concerne que les adjectifs, et avec les substantifs l'on prend un autre tour : sur mille habitants, il y en a trois qui sont cabaretiers. 6. Voltaire, Oreste, II, 1, a dit : De deuil et de grandeur tout offre ici l'image. Il y a une faute de langage dans ce vers ; en effet, l'image exprime une idée définie à cause de l'article ; et la préposition de, placée comme elle est, exprime une idée indéfinie. Il aurait fallu dire : une image de deuil et de grandeur, ou bien l'image du deuil et de la grandeur. 7. La remarque précédente touche à un précepte analogue qui est qu'un mot pris indéterminément, c'est-à-dire sans l'article défini le, la, les, ne peut plus être représenté par un pronom dans une phrase suivante. Ainsi il serait incorrect de dire : vous m'avez fait justice, et je l'aime ; le pronom la ne peut représenter justice pris indéterminément. C'est une faute semblable qu'a commise la Bruyère, ch. XI, en disant : On l'a vu une fois heurter de front contre celui d'un aveugle. Cependant cette prescription n'est pas tellement rigoureuse qu'en certaines circonstances bien choisies, et quand le sens n'offre aucune ambiguïté, on ne puisse s'en dispenser. Ainsi il serait trop rigoureux de condamner cette phrase-ci : comme il est de bonne compagnie, il est juste qu'il l'aime. 8. Faut-il dire : je me suis entretenu avec de bons et de sages personnages ou avec de bons et sages personnages. La première forme se trouve dans les passages suivants : La seconde forme se trouve dans ces passages-ci : Il est donc loisible en ceci de prendre l'une ou l'autre tournure. Cependant cela ne s'applique qu'au cas où les adjectifs n'expriment pas des qualités inconciliables ; ainsi il ne faudrait pas dire : il cède à de bonnes et mauvaises pensées ; mais à de bonnes et de mauvaises pensées ; ou aussi : à de bonnes et à de mauvaises pensées. 9. La règle est, quand de est suivi de deux ou plusieurs noms ou verbes, de le répéter à chaque nom et à chaque verbe : le temps de l'action et de la parole, et non le temps de l'action et la parole ; le temps de parler et d'agir, et non le temps de parler et agir. Mais cette règle n'existait pas au XVIe siècle, et l'écrivain n'avait alors qu'à consulter là-dessus son goût et son oreille. Une portion de cette liberté durait encore dans le XVIIe siècle ; témoin ces exemples : Avec la règle actuelle et l'usage ancien, on peut dire que le de doit toujours se répéter, quand il s'agit de substantifs, et qu'aujourd'hui on rejettera une phrase comme celle-ci de Molière : mais qu'avec les verbes on distinguera : qu'en général il faut répéter le de ; qu'on peut pourtant l'omettre quand les deux verbes expriment une action simultanée (par exemple : il importe de bien mâcher et broyer les aliments), et dans une longue énumération, en poésie surtout, si le sens n'en souffre pas. 10. Aujourd'hui, dans les dates où figure le nom du mois, on dit, par abréviation, le 10 mars, le 12 juin, etc. Autrefois on mettait le de : le 10 de mars, le 12 de juin, etc. Voltaire n'y manque jamais dans sa longue correspondance. Mme de Sévigné datait autrement, sans de et avec le nombre ordinal : à Paris, ce dimanche 26e avril ; aux Rochers, mercredi 19e avril. 11. Dans le XVIe siècle et dans le XVIIe, on ne se faisait pas scrupule, dans les constructions avec c'est... que, de répéter, par pléonasme, la préposition de. Ces pléonasmes sont condamnés aujourd'hui, et il faudrait dire : ce n'est pas de vous, madame, qu'il est amoureux ; ou ce n'est pas vous, madame, dont il est amoureux. 12. Le dictionnaire de l'Académie écrit : couverture de mulet et couverture de chevaux, gelée de pomme et gelée de coings. Des grammairiens se sont plaints de ces disparates, et que l'Académie n'eût donné aucune règle. Le fait est que la chose est indifférente et dépend du point de vue, suivant que l'on considère le mot comme singulier et collectif ou comme pluriel et individuel. Ainsi on dira de l'huile d'olive ou d'olives ; mais on dira un baril d'olives, parce qu'ici on ne peut considérer l'olive comme collective ; de la gelée de pomme ou de pommes, mais un panier de pommes ; des caprices de femme ou de femmes, mais une pension de femmes. 13. D'après Vaugelas, de veut toujours être joint immédiatement à son nom, sans qu'il y ait rien d'étranger entre deux, de sorte qu'il y aurait une faute dans cette phrase-ci : j'ai suivi l'avis de tous les jurisconsultes et de presque tous les casuistes ; il faut dire : et presque de tous les casuistes. Ces scrupules n'ont pas été confirmés par l'usage ; et la tournure blâmée se dit et s'écrit aujourd'hui sans conteste. 14. L'usage s'est introduit de dire : il a extrêmement d'esprit, il a infiniment d'esprit ; dans ce cas on traite extrêmement, infiniment comme beaucoup. On dit aussi, et beaucoup moins souvent, bien que plus exactement : il a de l'esprit extrêmement ou infiniment. 15. Est-il correct de dire avec ellipse de la préposition de : on perdit quinze à vingt hommes ; dix à quinze dames étaient présentes ? Cette ellipse, très employée dans le parler vulgaire, et indiquée dans le Dictionnaire de l'Académie au mot à, est maintenant entrée dans l'usage, bien que la grammaire ne puisse la justifier ; que penserait-on en effet, en changeant les termes, de cette locutionci : il y a, Paris à Lyon trente lieues ? Il s'entend de soi qu'on pourra dire grammaticalement, en rétablissant la préposition de : on perdit de quinze à vingt hommes ; de dix à quinze dames étaient présentes. 16. De employé dans les noms propres a deux origines. Tantôt il sert à désigner un nom de lieu, avec qualification nobiliaire ou non : M. de la Rochefoucaut (La Rochefoucaut est un nom de lieu) ; Pierre du Frêne (du Frêne désignant un frêne remarquable dans la localité) ; tantôt de exprime un rapport de filiation : dans le moyen âge où les noms de famille n'étaient pas établis et où le nom de baptême était le vrai nom, on distinguait les individus par le nom de leur père : Petrus Johannis, Pierre fils de Jean ; cela se disait, dans la langue vulgaire, Pierre de Jean ; usage d'où sont venus une multitude de noms propres actuels.

Étymologie

Provenç. espagn. et portug. de ; ital. di ; du latin de.

2s. m. (dé)

  1. 1Petit morceau d'os ou d'ivoire, de figure cubique, marqué sur chaque face d'un différent nombre de points, et servant à jouer Jeter les dés. Dés pipés, dés qu'on a préparés pour tricher au jeu. Dés chargés, dès qui, garnis d'un petit poids dans leur intérieur, tombent de préférence sur un côté déterminé.

    • Coup de dé ou coup de dés, le nombre de points qu'on amène en jetant une fois les dés ; et, figurément, coup de hasard.

      • Ma fille, il ne s'en faut qu'une tête qu'elle [une terre] soit à vous ; ce serait un beau coup de dé Mme de Sévigné, 349
      • Elle peut vous valoir beaucoup, elle peut vous valoir très peu ; tout est coup de dé dans ce monde Voltaire, Lett. Thiriot, 4 mars, 1769
    • Avoir le dé, être le premier à jouer. À vous le dé, c'est à vous de jouer ; et, figurément, à vous le dé, c'est à vous de parler, d'agir.

      • À vous le dé, monsieur [c'est de vous qu'il s'agit] Molière, Mis. V, 4
      • Fauteuil vacant à la deuxième classe, On meurt souvent parmi ces immortels, à vous le dé.... MILLEV., Épigr. Fauteuil acad.
    • Tenir le dé, avoir les dés en main pour jouer ; et, figurément, tenir le dé dans la conversation, s'en rendre maître, la diriger.

    • Quitter le dé, abandonner les dés qu'on tient à la main ; et, figurément, ne vouloir pas tenir ce qu'un autre veut jouer.

    • Faire quitter le dé, faire abandonner les dés par le joueur qui les tient pour qu'ils passent à un autre, et, figurément, faire quitter le dé à quelqu'un, obliger quelqu'un à renoncer à une entreprise.

    • Rompre le dé, c'est brouiller le dé avant qu'on ait vu ce qu'il porte ; et, figurément, rompre le dé à quelqu'un, faire avorter ses desseins, ses entreprises.

    • Flatter le dé, jeter doucement les dés dans l'espoir de n'amener qu'un petit nombre de points ; et, figurément, ne pas parler franchement et librement de quelque chose, adoucir quelque chose de fâcheux.

    • Le dé en est jeté, la résolution en est prise.

    • Fig. et familièrement. Je jetterais cela à trois dés, je jouerais cela à trois dés, c'est-à-dire le choix entre ceci ou cela m'est tout à fait indifférent, et je m'en remettrais volontiers au hasard pour choisir.

    • Au plur. Dés, jeu de dé.

  2. 2Synonyme de domino, au jeu qui porte ce nom ; synonymie qui vient de ce qu'il y a une grande analogie entre les dés et les dominos qui sont en quelque sorte des dés étendus. Je n'ai plus que deux dés. Couvrir, boucher, fermer un dé, mettre, par exemple, du six contre du six. Ouvrir un dé, le faire paraître pour la première fois. Jouer à dé forcé. Rendre le dé, remettre à son partner du six, par exemple, s'il a déjà ouvert le six.

  3. 3Terme d'architecture. La partie cubique d'un piédestal.

    • Petits cubes de pierre qu'on place sous des poteaux, des colonnes, des vases pour les isoler de terre.

  4. 4Dé de drapeau, garniture en métal à l'extrémité inférieure de la hampe d'une enseigne.

  5. 5Plaque de cuivre percée d'un trou circulaire, qu'on adapte aux rouets des bois des poulies pour recevoir l'axe.

    • Morceau de bois percé de trous dans lesquels l'orfévre enfonce au marteau les pièces d'argent qu'il veut rétreindre.

    • Terme de vitrier. Espèce de compartiment de panneau.

    • Terme de marine. Plaque percée pour exécuter les coutures des voiles.

    • Diverses chevilles ou tampons.

    • Terme de typographie. Morceau d'acier qui se place dans la grenouille d'une presse et reçoit le pivot de la vis.

Remarque

Delille a écrit dez, comme on faisait dans le XVIIe siècle :

Étymologie

Provenç. dat, datz ; catal. dau ; espagn. portug. et ital. dado ; d'après Ménage, du latin dare, dans le sens de jeter : datum, ce qui est jeté sur la table ; d'après Golius, de l'arabe dadd, jeu. De ces deux étymologies, la première est de beaucoup la plus vraisemblable.

3s. m. (dé)

  1. 1Petit cylindre de métal ou d'ivoire, qu'on met au bout du troisième doigt pour pousser l'aiguille. Un dé d'argent.

  2. 2Terme de botanique. Dé à coudre, agaric campanulé.

Étymologie

Berry, diau ; espagn. dedal ; ital. ditale ; romagnole, didel ; du latin digitale, de digitus (voy. DOIGT). L'ancienne forme française est deel, contracté en del, et confondu par assimilation avec dé à jouer. Quand on rapproche les formes romanes de dé à coudre et dé à jouer, d'une part dat, dado, et d'autre part dedal, ditale, deel, on voit tout de suite combien elles divergent.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander