déchirer v. a. (dé-chi-ré)
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1Mettre en pièces sans se servir d'un instrument tranchant. Déchirer ses vêtements en signe d'affliction.
- Ou si par mes taureaux il se fait déchirer,Voulez-vous que je l'aime afin de le pleurer ? Corneille, Toison d'or, IV, 1
- Il vient de déchirer Métrobate et Zénon Corneille, Nicom. V, 4
- Arrachons, déchirons tous ces vains ornements Racine, Esth. I, 5
Ayant déchiré ses vêtements, il [Jacob] se couvrit d'un ciliçe
Saci, Bible, genèse, 37, 34L'esprit du Seigneur se saisit de Samson, qui déchira le lion comme il aurait fait un chevreau
Saci, Bible, juges, XIV, 6Solon, à ce mot, déchirant ses habits, frappant sa poitrine, et ne s'expliquant que par des larmes et des sanglots, s'abandonna à la plus vive douleur
Rollin, Hist. anc. Œuvres, t. II, p. 558, dans POUGENS- Il n'est plus ? Quelles mains ont déchiré son flanc ? Voltaire, Mérope, II, 5
Mais tant que je verrai des tigres en furie Déchirer les enfants de ma triste patrie
Voltaire, Triumv. IV, 4- Le tonnerre et les vents déchirent les nuages ST-LAMBERT, Saisons, été.
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Par extension.
Cependant les trois cents Français que déchire la mitraille, persévèrent ; déjà ils atteignaient la position ennemie....
Ségur, Hist. de Napol. X, 4
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Déchirer un acte, un contrat, le mettre en pièces ; et fig. Déchirer un contrat, un acte, une constitution, les anéantir.
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Poétiquement. Déchirer les entrailles de la terre, la fouiller soit pour y chercher les métaux, soit seulement pour la labourer. Plus on déchire les entrailles de la terre, plus elle est libérale.
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Déchirer un bateau, en débiter les parties, les planches.
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Déchirer de coups, donner tant de coups ou des coups si violents que la peau s'enlève.
Ils sont armés de fouets et ils se disposent à le déchirer de coups
Bourdaloue, Exhort. sur la flagell. de J. C. t. II, p. 71
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Déchirer une blessure, la rouvrir, la rendre plus grande ; et fig. renouveler une douleur.
- Pourquoi, renouvelant ma honte et ton injure,De tes funestes mains déchirer ma blessure ? Voltaire, Scythes, III, 4
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Terme militaire. Déchirer la cartouche, déchirer avec les dents l'extrémité par laquelle on l'introduit dans le fusil.
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Fig. Terme militaire. Déchirer la toile, exécuter sans ensemble des feux d'infanterie.
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Déchirer se dit, en un sens plus restreint, pour faire une déchirure. Elle a déchiré sa robe.
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On dit aussi déchirer pour séparer, diviser, sans qu'il y ait une idée d'irrégularité. Déchirer une feuille de papier en deux.
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2Fig. Troubler par des déchirements, par des divisions. Déchirer la société en partis opposés.
Pour ne pas partager vos biens, et pour soutenir le vain honneur de votre nom, vous déchirez et vous déshonorez l'héritage de Jésus-Christ
Massillon, Car. Dang. des prosp. temp.- Moi, j'irais de mon fils, le seul bien qui me reste,Déchirer avec vous l'héritage funeste ! Voltaire, Mérope, I, 3
Jérusalem était déchirée par trois factions
Bossuet, Hist. II, 8Ce prince du plus noble sang qu'il y ait dans le monde et qui travaille à déchirer de ses propres mains sa patrie et le royaume de ses ancêtres
Fénelon, Dial. des morts mod. 9- La France allait encor se déchirer le sein Lemercier, Bruneh. I, 1
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3Causer une vive douleur physique.
- Un mal cuisant déchire ma poitrine Béranger, Malade.
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Fig. Déchirer le cœur, l'âme, causer une vive, une profonde affliction.
- Qu'il déchire mon âme et ne l'ébranle pas Corneille, Poly. II, 2
Vous parlerai-je de ses pertes et de la mort de ses chers enfants ? ils lui ont tous déchiré le cœur
Bossuet, Marie-Thér.- Portant partout le trait dont je suis déchiré Racine, Phèd. II, 2
C'est de déchirer vos cœurs et non vos vêtements
Massillon, Car. Culte.
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Elliptiquement et en sous-entendant le cœur, l'âme.
- ....Hélas ! que vous me déchirez Racine, Bérén. IV, 5
Un trouble assez cruel m'agite et me dévore, Sans que des pleurs si chers me déchirent encore
Racine, ib. IV, 5- Mille soupçons encor viennent me déchirer Racine, Mithr. IV, 1
Quoi ! de quelque remords êtes-vous déchirée ?
Racine, Phèd. I, 3- Tant de ménagement me déchire et m'irrite Voltaire, Scythes, V, 3
- De quel ressouvenir mon âme est déchirée ? Voltaire, Zaïre, II, 3
- Mon épouse, mon fils me déchirent le cœur Voltaire, Orphel. I, 7
- De quelque grand remords tu sembles déchiré Voltaire, Fanat. III, 8
Les douleurs de cette pauvre femme me déchiraient
J.-J. Rousseau, Conf. II- C'est trop gémir et soupirer.Ah ! calmez ces regrets profanes ;Vos maux viendraient me déchirerJusqu'au fond du séjour des mânes GILB., Ode à la reine.
- Les jalouses fureurs dont vous me déchirez Casimir Delavigne, Vêpres sicil. IV, 1
- Pourquoi nous déchirer de regrets superflus ? Casimir Delavigne, ib. IV, 4
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4Déchirer quelqu'un à belles dents, en médire outrageusement.
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Absolument. Diffamer.
Sa mémoire fut déchirée
Bossuet, Hist. I, 11- Vous devez cette grâce à votre propre gloire ;En m'arrachant la mienne on la va déchirer Corneille, Théod. III, 3
Je vais composer contre eux une satire du style de Juvénal qui les déchirera de la belle façon
Molière, Bourg. gent. II, 6Il déchire l'innocence de ces filles
Pascal, Prov. 11Par quelles injures on déchire l'Église romaine
Bossuet, Réfut.Ils déchirent par leurs railleries et même par leurs médisances tout ce que les serviteurs de Dieu font de plus édifiant
Bourdaloue, Sainteté, 2e avent, p. 289Vous avez déchiré la réputation de votre frère
Bourdaloue, Pénitence, 2e avent. p. 485On me déchire de tous côtés, vous ne m'apprenez rien de nouveau
Mme de Maintenon, Lett. à Mme de St Géran, 1er nov. 1682De la même bouche dont on vient de bénir le Seigneur, on déchire ses frères
Massillon, Car. Culte.Les sots, qui déchireraient Corneille s'il n'était pas mort, et qui seront bien aises de vous déchirer, parce que vous êtes vivant
D'Alembert, Lett. à Volt. 27 janv. 1762- Que font ici, dis-moi, les vertus de nos pères ?En déchirant ton siècle, où prétends-tu venir ? MAR. J. CHÉN., Gracques, II, 3
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Absolument.
Une duplicité indigne qui loue en face et déchire en secret
Massillon, Car. Médis.
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5Déchirer la main qui nous protége, rendre le mal pour le bien.
- Un infidèle ami que j'avais mal jugé,Qui déchire la main dont il fut protégé Casimir Delavigne, Vêpres sicil. II, 4
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6Fig. et familièrement. Déchirer l'oreille, les oreilles, affecter le sens de l'ouïe d'une manière désagréable.
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7V. n. Terme du commerce de la broderie. Déchirer, couper les pièces de mousseline, etc. sur lesquelles on doit broder (parce qu'en effet on déchire). Ainsi l'on dit : c'est aujourd'hui qu'on déchire dans telle maison.
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8Se déchirer, v. réfl. Se mettre en pièces.
- Le malheureux lion se déchire lui-même La Fontaine, Fabl. II, 9
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Être déchiré.
En même temps le voile du temple se déchira en deux depuis le haut jusqu'en bas
Saci, Bible, Évang. St Mathieu, XXVII, 51
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Se diviser régulièrement. En ce sens on dit que le calicot se déchire, à la différence d'autres tissus qui, à défaut de ciseaux, se déchirent, c'est-à-dire se divisent irrégulièrement.
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Terme d'hydraulique. Se séparer avant de tomber dans le bassin inférieur, en parlant d'une nappe d'eau.
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9Médire les uns des autres. Les hommes de parti se calomnient et se déchirent.
Eh ! sans sortir de la cour, n'a-t-il pas encore vingt caractères de gens où il n'a point touché ? n'a-t-il pas, par exemple, ceux qui se font les plus grandes amitiés du monde et qui, le dos tourné, font galanterie de se déchirer l'un l'autre ?
Molière, Imprompt. 3Est-il rien de plus commun dans le commerce des hommes que de se déchirer mutuellement par de cruelles et injurieuses médisances ?
Bourdaloue, Exhort. Faux tém. contre J. C. t. II, p. 5Vous avez des domestiques qui se déchirent les uns les autres
Bourdaloue, 2e dim. après Pâques, Dominic. t. II, p. 57Les chrétiens, partagés en Monophysites ou Jacobites et orthodoxes, se déchiraient
Diderot, Opin. des anc. phil. Sarrasins.
Étymologie
Génev. échirer ; picard, dékirer ; wallon, dichurer et hirer ; namurois, churer, hirer et churer, qui sont radicaux de dé-chirer ; provenç. esquirar ; mot hybride composé de dé.... préfixe, et l'ancien haut-allemand skerran, déchirer.