Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

défaire dans le Littré

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défaire v. a. (dé-fê-r')

  1. 1Changer l'état d'une chose, de manière qu'elle ne soit plus ce qu'elle était. Défaire un portemanteau. Cette couture est mal faite, il faut la défaire. Défaire un lit, en déranger les couvertures, les draps.

    • Par extension. Défaire un mariage, un marché, le rompre.

    • Absolument.

      • Ils ne songent pas, les bonnes gens qui veulent maintenir toutes choses intactes, qu'à Dieu seul appartient de créer ; qu'on ne fait point sans défaire ; que ne jamais détruire, c'est ne jamais renouveler Paul-Louis Courier, Lettre V
  2. 2Abattre, affaiblir, amaigrir. La maladie a bien défait cet homme.

  3. 3Mettre en déroute, tailler en pièces, vaincre. César défit Pompée à Pharsale.

  4. 4Effacer par plus d'éclat : en ce sens il vieillit. Quand elle arrive au bal, elle défait toutes les autres femmes.

  5. 5Faire mourir. Cette malheureuse a défait son fruit, son enfant.

  6. 6Débarrasser de personnes qui gênent. Défaites-moi de cet importun. On le défit de son adversaire qui fut mis à la Bastille.

    • Ne voulez-vous pas me défaire de votre marquis extravagant ? Molière, Critique, 1
    • J'attends M. Remy, que j'ai envoyé chercher, et, s'il ne nous défait pas de cet homme-là, ma fille saura qu'il ose l'aimer Marivaux, Fausses confid. III, 4
  7. 7Se défaire, v. réfl. Être défait, en parlant de ce qui était fait, arrangé. Ma coiffure s'est défaite. Ce nœud s'est défait. Sa cravate s'est défaite. Le mariage s'est défait.

  8. 8Se décomposer, s'affaiblir. Ce vin se défait aisément.

  9. 9Se déconcerter, perdre contenance.

    • Courage, seigneur.... ne vous défaites pas Molière, Princ. d'Él. IV, 1
    • 0° Se défaire de, se tirer de ce qui serre, enlace. Il s'est défait de ses liens.

      • Ragotin se défit de ceux qui le tenaient, et s'alla jeter, regardant derrière lui d'un œil égaré, dans une grosse touffe de rosiers Scarron, Rom. com. II, 7
  10. 10Se désaccoutumer, se corriger d'une chose.

    • De ces chimères-là vous devez vous défaire Molière, Fem. sav. II, 3
    • Ceux-là se défont des fausses religions et même de la vraie s'ils ne trouvent pas de discours solides Pascal, dans COUSIN
    • Qu'ils se défassent de cette pitoyable maxime Bossuet, Or. 8
    • Il n'est pas possible que j'entre jamais dans la voie de Dieu ou que je m'y établisse, si je ne me défais de cette honte mondaine Bourdaloue, Exhort. sur la flagel. de J. C.
    • Voilà de tous les vices le dernier dont nous travaillons à nous défaire et dont nous croyons devoir nous défaire Bourdaloue, Exhort. sur le soufflet donné à J. C.
    • J'ai été théologien, et on ne se défait pas tout d'un coup de ses habitudes Voltaire, Oreilles de Chest. 2
    • Se défaire de, avec un infinitif.

      • Défaisons-nous de croire que.... Mme de Sévigné, 150
  11. 11Se défaire d'une chose, s'en débarrasser.

    • Ne demandez point à vous défaire des charges que vous avez Bossuet, Lett. Corn. 6
    • Ceux qui n'avaient pas voulu se défaire de leur argent comptant en faveur des frères Hiéronymites Voltaire, Voy. de Scarmentado.
    • J'ai brûlé depuis quelques jours la lettre des Carmélites de Rome ; je ne prévoyais pas qu'elle pût me servir ; et j'aime à me défaire des papiers Mme de Maintenon, Lett. card. de Noailles, 1701, t. IV, p. 232, dans POUGENS.
    • On se défait des idées tristes le plus tôt qu'on peut Mme de Maintenon, ib. 22 août 1699
    • Le germe de l'insecte qui se métamorphose contient actuellement toutes les enveloppes dont cet insecte doit se défaire et tous les organes qui l'accompagnent Bonnet, Consid. corps org. Œuvres, t. V, p. 140, dans POUGENS.
    • Se défaire d'une personne, faire qu'elle nous quitte, et aussi rompre les rapports habituels qu'on avait avec elle.

      • Je me défais de toi, j'y cours, je le rejoins Corneille, le Ment. IV, 1
      • Il y a deux manières de congédier son monde et de se défaire des gens : se fâcher contre eux ou faire si bien qu'ils se fâchent contre vous La Bruyère, VIII
      • Aussitôt qu'on est parvenu à rendre les favoris suspects, les princes ne cherchent plus qu'à s'en défaire Fénelon, Tél. XI
      • Le divan résolut de le renvoyer, non plus comme un roi qu'on voulait secourir, mais comme un hôte dont on voulait se défaire Voltaire, Charles XII, 6
    • Se défaire d'un domestique, le mettre dehors, le congédier.

  12. 12Renoncer à la possession d'une chose par vente, échange ou autrement.

    • Vous êtes orfévre, monsieur Josse, et votre conseil sent son homme qui a envie de se défaire de sa marchandise Molière, Am. méd. I, 1
    • Le berger s'en défait [du bon chien], il prend trois chiens de taille à lui dépenser moins, mais à fuir la bataille La Fontaine, Fabl. VIII, 18
    • L'envie qu'il avait de se défaire de sa charge Mme de Sévigné, 445
    • Ma fille, je vais bien vous surprendre et vous fâcher : M. de Pompone est disgracié ; il eut ordre samedi au soir, comme il revenait de Pompone, de se défaire de sa charge Mme de Sévigné, 386
    • Mon père eut les capitaineries de St-Germain et de Versailles, dont il se défit au président de Maisons Saint-Simon, 6, 48
    • Il eut peine à se défaire de son tableau à un prix modique Diderot, Peinture en cire, Œuvres, t. XV, p. 332, dans POUGENS.
  13. 13Abandonner, renoncer à.

    • Croyez-vous que ces hommes ambitieux, qui ont usurpé un pouvoir tyrannique, et qui, au préjudice de nos lois, refusent si opiniâtrément de se défaire des faisceaux, mettent facilement les armes bas ? VERTOT, Révol. rom. liv. V, p. 39
    • Il le peut à son choix garder ou s'en défaire Corneille, Cinna, II, 1
    • Vous vous défaites bien de quelques droits d'aînesse ; Mais vous défaites-vous du cœur de la princesse ? Corneille, Nicom. III, 6
  14. 14Écarter, faire disparaître. Il l'a marié à une riche veuve et s'est ainsi défait de son rival. On se défit de lui en le mettant à la Bastille.

    • Plus particulièrement, faire mourir.

      • Depuis on fit courir le bruit qu'il avait fait mourir les deux consuls, afin qu'ayant défait Antoine et s'étant défait d'eux, il eût seul les armes victorieuses en sa puissance, COEFFETEAU, dans VAUGELAS, Allusion de mots
      • Si tu prétends régner, défais-toi de nous deux Corneille, Héracl. III, 3
      • Ceux-ci voulurent se défaire de moi Fénelon, Tél. IV
      • Vous vous étiez défait des deux Guises à Blois, mais vous ne pouviez jamais vous défaire de tous ceux qui avaient horreur de vos fourberies Fénelon, Dial. des morts mod. Henri III, Henri IV
      • On l'accusait [Persée, roi de Macédoine] d'avoir tué sa femme de sa propre main depuis la mort de son père, de s'être défait secrètement d'Apelle, du ministère duquel il s'était servi pour faire périr son frère Rollin, Hist. anc. t. IX, p. 10, dans POUGENS
  15. 15Se donner la mort.

    • Mon père dans l'excès de sa douleur me dit : ne va pas répandre le bruit que ton frère s'est défait lui-même ; sauve au moins l'honneur de ta misérable famille Voltaire, Lett. Damilaville, oct. 1762
    • Dire qu'il était mort d'apoplexie, lorsqu'il était évident qu'il s'était défait lui-même Voltaire, Lett. Audra, 4 sept. 1769
    • Pourquoi le désespoir les porte-t-il [les nègres esclaves] à se défaire ou à vous empoisonner ? Raynal, Hist. phil. XI, 24
    • Tandis qu'il fait courir le bruit que sa mère, convaincue d'un attentat sur sa personne sacrée, s'est défaite elle-même, il voit son image, il en est poursuivi Diderot, Claude et Néron, I, § 98
    • Plusieurs de ses disciples se défirent au sortir de son école Diderot, Opin. des anc. phil. Secte cyrén.
    • Jean Choinart trouve sa récolte trop belle [il avait spéculé sur la hausse des grains], rentre chez lui et se défait Paul-Louis Courier, II, 286
    • On sait de son esprit se servir à propos,Revenir, s'apaiser, se remettre en colère,Faire bien le jaloux et vouloir se défaire Regnard, Démocr. II, 7
    • Il est fâcheux que ce sens du verbe défaire vieillisse, et qu'on y ait substitué ou bien se tuer qui est plus vague, puisqu'on peut se tuer par accident, ou bien se suicider qui est un mot suspect et d'un alloi douteux.

  16. 2Ajoutez :

    • Diminuer la bonne mine, la bonne apparence du visage.

      • Celles [manières de se coiffer] qui défont toutes les autres femmes la parent, et celles qui ne conviennent jamais à une même tête sont également bien sur la sienne Lettre sur Mme la duchesse de Mazarin, dans Mélange curieux des meilleures pièces attribuées à M. de St-Evremond, t. I, p. 247, Cologne, 1708
  17. 17V. n. Se détacher. (emploi qui n'est plus usité).

    • Attache-le d'un nœud qui jamais ne défait Corneille, Lexique, éd. Marty-Laveaux

Remarque

J. J. Rousseau a dit : Épée que j'ai portée jusqu'à Turin, où le besoin m'en fit défaire, Conf. I. Il serait plus correct de dire : me fit m'en défaire. Cependant on peut considérer que défaire est pris, par ellipse, pour me défaire, comme cela arrive bien souvent avec les verbes réfléchis.

Étymologie

Dé.... préfixe, et faire ; ital. disfare.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander