Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

dépêcher dans le Littré

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dépêcher v. a. (dé-pê-ché)

  1. 1Faire promptement, hâter l'exécution d'une chose. Dépêchez ce que vous avez à faire. Il dépêcha ses petites affaires.

  2. 2Familièrement, faire vite quelque chose.

    • Ayant dépêché toutes ces bonnes actions avec ce sang-froid actif qui m'étonnait toujours Voltaire, Jenni, 5
    • Manger vite.

      • Il dépêcha le sien [son gâteau] pour me demander le troisième J.-J. Rousseau, Ém. II
    • Dépêcher quelqu'un, expédier vite son affaire.

      • Il n'est pas de ces médecins qui marchandent les maladies ; c'est un homme expéditif qui aime à dépêcher ses malades Molière, Pourc. I, 7
    • Familièrement, se défaire de quelqu'un en le tuant. Pendant qu'il criait au secours, les brigands qui l'avaient arrêté le dépêchèrent.

  3. 3Envoyer, expédier en toute diligence. Dépêcher une nouvelle.

    • On vient de lui dépêcher un courrier Mme de Sévigné, 300
    • Comme Portland ignorait les intentions du roi son maître sur une proposition toute nouvelle et d'une telle importance, il demanda le temps de lui dépêcher un courrier et de recevoir ses ordres TORCY, Mém. t. I, p. 43
    • Cet accord étant fait, les deux rois dépêchèrent chacun dans leur pays un ordre exprès d'assembler une armée de trois cent mille hommes pour enlever Formosante Voltaire, Princ. de Babyl. 1
    • Ajoutez à cela les courses de ce même laquais dont je vous ai parlé, que mon fils dépêche quatre fois par jour et avec qui, quand il revient, il a toujours de fort longs entretiens Marivaux, Vie de Marianne, 4e partie, p. 225
  4. 4Se dépêcher, v. réfl. Se hâter.

  5. 5À dépêche compagnon, voy. DÉPÊCHE COMPAGNON.

Étymologie

Wallon, dispêchi, débarrasser ; bourg. dépoché ; espagn. et portug. despachar ; ital. dispacciare, spacciare, substantif, dispaccio, spaccio. Il est bien naturel de considérer comme identiques d'une part le français, de l'autre l'espagnol et l'italien ; aussi, admettant cette identité, Diez rejette l'étymologie de dis-pedicare, débarrasser, empedicare, embarrasser, empêcher, et se demande si impingere, frapper sûr, arrêter, ne serait pas le radical d'empêcher, par l'intermédiaire d'une forme impactare (la discussion pour em-pêcher est la même que pour dé-pêcher). Quoi qu'on pense de l'étymologie des mots espagnols et italiens, il ne faut pas les faire intervenir ; car l'identité n'en est qu'apparente avec le français ; en recourant à la plus ancienne forme, on reconnaît que le mot n'est pas, comme l'espagnol ou l'italien, de trois syllabes, despachar, dispacciar, mais de quatre, depeecher ; il est donc composé comme preecher (prêcher) de praedicare, et conduit nécessairement au bas-latin dis-pedicare, de pedica, piége (voy. PIÉGE). Pieg-e est monosyllabe (en ne comptant pas la finale) parce que pédica a l'accent sur pe, et peech-er est dissyllabe parce qu'il vient de pedicare, où, comme cela arrive dans le passage des mots latins en français, la consonne intermédiaire est tombée, pe-i-care. Il aurait été possible que la formation du français fût autre, et qu'au lieu de perdre la consonne intermédiaire, le mot latin eût perdu l'i bref, ce qui arrive souvent aussi : pedcare ou pedciare, ce qui eût donné en français pieger. En tout cas, la forme despeecher ne peut être rapportée à l'origine indiquée par Diez, et il faut la réserver pour l'espagnol et l'italien ; tout en admettant qu'il y a eu peut-être, dans la langue d'oïl, confusion et assimilation entre depeecher, venant de pedica, et depecher, venant de dis-pactare (voy. EMPÊCHER).

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander