détruire v. a. (dé-trui-r')
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1Renverser une construction de manière qu'il n'en reste plus d'apparence. Détruire un palais. Troie fut détruite de fond en comble par les Grecs.
Vous ferez passer aussitôt au fil de l'épée les habitants de cette ville, et vous la détruirez avec tout ce qui s'y rencontrera jusqu'aux bêtes
Saci, Bible, Deutéron. XIII, 15- Le seigneur a détruit la reine des cités Racine, Athal. III, 7
Le czar aspirait à plus qu'à détruire des villes ; il en fondait une alors peu loin de Nerva même, au milieu de ses nouvelles conquêtes, c'était la ville de Pétersbourg....
Voltaire, Charles XII, 3Une nuit détruisit Pergame
LAMOTTE, Odes, t. I, p. 347, dans POUGENS
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2Par extension, ruiner, anéantir. Les barbares ont détruit l'empire romain. Le temps détruit tout. Le débordement détruisit la récolte. Détruire les animaux nuisibles.
Les Russes ne l'attendirent pas, ils décampèrent et se retirèrent vers le Borysthène, gâtant tous les chemins, et détruisant tout sur leur route pour retarder au moins les Suédois
Voltaire, Charles XII, 4Dans cette extrémité, le mémorable hiver de 1709, plus terrible encore sur ces frontières de l'Europe que nous ne l'avons senti en France, détruisit une partie de son armée
Voltaire, ib.
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Absolument.
- Gengis-khan, que le ciel envoya pour détruire,Vient toujours implacable Voltaire, Orphel. I, 3
Il conclut qu'il est plus aisé de détruire que de bâtir
Voltaire, l'Ingénu, 10Pour vivre il faut détruire
Buffon, Bœuf.
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3Fig.
N'eût-ce pas été, à force de vouloir établir la religion, la détruire par les fondements ?
Bossuet, Hist. II, 13Cette fausse imagination [que Dieu ne gouverne pas le monde] est détruite par la claire notion qu'on a de Dieu
Bossuet, Lib. arb. 3- Il commence, il est vrai, par où finit Auguste ;Mais crains que, l'avenir détruisant le passé,Il ne finisse ainsi qu'Auguste a commencé Racine, Brit. I, 1
Il faut d'autres efforts pour rompre tant de nœuds ; Ce n'est qu'en expirant que je puis les détruire
Racine, Bérén. V, 7- Vous seul pouvez, seigneur, détruire votre ouvrage Racine, Iphig. III, 4
- J'ai détruit l'instrument qu'employa ta vengeance Voltaire, Fanat. V, 1
- Des périls à prévoir, des complots à détruire Voltaire, Orphel. IV, 1
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4Perdre, en parlant des personnes auxquelles on enlève la vie, la fortune, le pouvoir, l'amour, l'amitié, etc.
- Le pauvre tu détruis, la veuve et l'orphelin Régnier, Sat. X
- J'attendrai du hasard qu'il ose le détruire Corneille, Cinna, I, 2
- Pour vous je l'ai dompté, pour vous je l'ai détruit Corneille, Sertor. V, 4
- Jason m'a trop coûté pour le vouloir détruire Corneille, Médée, II, 1
- Quel mal vous ai-je fait, madame, et quelle offense,Pour armer contre moi toute votre éloquence,Pour me vouloir détruire, et prendre tant de soinDe me rendre odieux aux gens dont j'ai besoin ? Molière, Femmes sav. IV, 2
- Il faut de celui-ci conserver l'amitié,Ou s'efforcer de le détruire,Avant que la griffe et la dentLui soit crue et qu'il soit en état de nous nuire La Fontaine, Fabl. XI, 1
Saül cherchait à détruire un innocent à qui Dieu avait donné la royauté
Fénelon, t. XXII, p. 458- Un poëte avide de nuire,De ceux qu'il s'obstine à détruire,Trace d'infidèles tableaux LAMOTTE, Odes, t. I, p. 349, dans POUGENS
- Héritier de l'ingrat qui détruisit mon père Voltaire, Triumv. III, 4
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Détruire quelqu'un dans l'esprit d'un autre, l'y décréditer entièrement.
- Je vous fais un présent capable de me nuire ;Chez vous Quintilien s'en va tous nous détruire,Car enfin qui le suit ? qui de nous aujourd'huiS'égale aux anciens tant estimés chez lui ? La Fontaine, Poésies mêlées, LXX (à Huet, en lui envoyant un Quintilien)
- Il est vrai qu'en son cœur j'ai voulu le détruire Voltaire, Catil. II, 2
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5Se détruire, v. réfl. Tomber en ruine. Ces bâtiments se détruisent tous les jours.
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Être en opposition les unes avec les autres, en parlant des choses qui se combattent.
- Comme on voit tous ses vœux l'un l'autre se détruire ! Racine, Phèd. I, 3
- Tous ses projets semblaient l'un l'autre se détruire Racine, Athal. III, 3
Eusèbe soutient qu'il serait facile de montrer qu'une grande partie de ses narrations se détruisent d'ellesmêmes, et qu'elles ne sentent que la fable et le roman
Rollin, Hist. anc. Œuvres, t. XI, 2e part. p. 644, dans POUGENS.
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6Se donner la mort l'un à l'autre.
Ils [les hommes] ont depuis enchéri de siècle en siècle sur la manière de se détruire réciproquement
La Bruyère, X.
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Se donner la mort à soi-même. Ce malheureux s'est détruit.
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7Se nuire l'un à l'autre, en se discréditant réciproquement, en se rendant de mauvais offices.
- Messieurs les courtisans, cessez de vous détruire ;Faites, si vous pouvez, votre cour sans vous nuire La Fontaine, Fabl. VIII, 3
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Se nuire à soi-même.
Soyez persuadée, ma très chère, que M. de Grignan se soutiendra toujours très bien, pourvu qu'il ne se détruise pas lui-même
Mme de Sévigné, Lett. 13 nov. 1673
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8Se détruire dans l'esprit de quelqu'un, s'ôter soi-même la bonne opinion de quelqu'un.
Il vaut mieux vous dérober un quart d'heure que de me détruire pour toute ma vie dans votre esprit, en vous laissant lieu de croire...
Mlle de Scudéry, p. 183, par Rathery et Boutron, Paris, 1873
Synonymes
DÉTRUIRE, DÉMOLIR, ABATTRE, RUINER, RENVERSER. On abat un mur, cela signifie simplement qu'on le met à terre ; ruiner un château, ce n'est pas l'abattre, il reste un château en ruine ; renverser joint à l'idée d'abattre celle de violence ; la démolition est une œuvre de maçon et non une œuvre de destruction. Détruire, c'est défaire la structure : un château abattu est détruit dès que la forme générale n'existe plus. On le dira d'une tour renversée, si les pierres se disjoignent de manière à ne plus laisser subsister l'apparence d'une tour ; les matériaux ne sont pas détruits, la tour l'est certainement. Il en est de même de tous les ouvrages d'art : un tableau sera détruit si le feu par exemple ou un caustique en a gâté les couleurs au point qu'on ne puisse plus reconnaître les personnages.
Étymologie
Provenç. et espagn. destruir ; ital. distruggere ; du latin destruere, de la préposition de, et struere, bâtir (voy. STRUCTURE). Destruit [détruisit] est régulièrement formé du prétérit latin destruxit, avec l'accent sur tru.