Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

dévorer dans le Littré

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dévorer v. a. (dé-vo-ré)

  1. 1Saisir à belles dents et manger une proie. Les bêtes l'ont dévoré.

    • Où dit-on que le sort vous a fait rencontrer ? -Parmi des loups cruels prêts à me dévorer Racine, Athal. II, 7
    • Tu es ici dans un antre où les hommes te dévoreront Chateaubriand, Natch. II, 218
    • Et je lui porte enfin mon cœur à dévorer Chateaubriand, Androm. V, 6
    • Quand voulez-vous donc, disait-elle quelquefois au sultan son fils, aider mon lion [Charles XII] à dévorer ce czar ? Voltaire, Charles XII, 5
    • Sous notre heureuse demeure, Avec celui qui les pleure, Hélas ! ils dormaient hier ! Et notre cœur doute encore, Que le ver déjà dévore Cette chair de notre chair ! Lamartine, Harm. II, 1
    • Par extension. Les chenilles ont tout dévoré.

    • Très familièrement. Se dévorer le bras, la jambe, se gratter le bras, la jambe, avec une sorte de rage.

  2. 2Manger avidement. Cet homme dévorait son repas.

  3. 3Fig. Dissiper, se hâter d'user en prodigue d'un bien.

  4. 4Consumer, détruire. Le temps dévore tout.

    • C'est une terre qui dévore ses habitants, se dit d'un pays malsain qui cause une grande mortalité. Les pays équatoriaux dévorent les Européens.

    • Par extension, faire maigrir, altérer le teint, l'apparence.

      • Mandez-moi comme vous vous portez de l'air de Grignan, s'il vous a déjà bien dévorée, et comme je me dois représenter votre jolie personne Mme de Sévigné, 189
  5. 5Piller, épuiser. L'armée dévorait le pays.

    • Sous prétexte de vos longues prières, vous dévorez les maisons des veuves Saci, Bible, Év. S. Math. XXIII, 14
    • Grecs, Arabes, Français, Sarrasins nous dévorent Voltaire, Tancr. I, 1
    • Il [Voltaire] a profité de la circonstance d'un contrôleur général vertueux et zélé pour le bien, pour demander que le pays de Gex où il habite ne soit plus dévoré par les financiers D'Alembert, Lettre au roi de Prusse, 23 févr. 1776
  6. 6Fig. Faire éprouver une sensation pénible, en parlant de la soif, de la fièvre, de la chaleur. La soif, la fièvre le dévore.

  7. 7Dévorer un livre, le lire avec avidité.

    • Ce que je vous dis là ne sont pas des chansons,Et vous devez du cœur dévorer ces leçons Molière, Éc. des femmes, III, 2
    • Je m'arrêtais pour ne pas dévorer votre lettre si promptement Mme de Sévigné, 52
    • Tant qu'on a cru voir dans ce livre [les Caractères de la Bruyère] les portraits de gens vivants, on l'a dévoré pour se nourrir du triste plaisir que donne la satire personnelle D'OLIVET, Hist. Acad. t. II, p. 354, dans POUGENS
    • Dévorant les poëtes fameux Je n'aspirai jamais qu'à m'illustrer comme eux LÉGOUVÉ, Épichar. et Néron, II, 3
  8. 8Dévorer en espérance, convoiter avidement quelque chose.

  9. 9Dévorer le temps, anticiper avec impatience sur le temps.

  10. 10Ne pas laisser paraître, renfoncer en soi-même. Dévorer ses larmes, ses chagrins.

  11. 11Dévorer les difficultés, venir courageusement à bout de ce qui est difficile.

    • Les affaires n'eurent jamais rien d'obscur qu'il n'éclaircît, rien de douteux qu'il ne décidât.... rien de pénible qu'il ne dévorât Massillon, Or. fun. Viller.
  12. 12Se dévorer, v. réfl. Se dévorer l'un l'autre. Les brochets se dévorent les uns les autres.

    • Se dévorer soi-même.

      • Il est juste qu'une espèce si perverse se dévore elle-même Voltaire, Dial. 14
    • Très familièrement. Se dévorer, se gratter avec une sorte de rage. Empêchez donc cet enfant de se dévorer.

    • Fig. Se livrer à l'impatience, au chagrin.

      • Je me dévore de cette envie Mme de Sévigné, 30
      • Et là-dessus on s'abat, on se dévore soi-même, on renonce presque à l'espérance de son salut Massillon, Profess. relig. Serm. 1

Étymologie

Provenç. et espagn. devorar ; ital. divorare ; du latin devorare, de la préposition de, et vorare (voy. VORACE).

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander